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mardi 28 juillet 2026

#UCSN : DES PERSONNAGES FÉMININS PUISSANTS


Je me suis rendu compte récemment que, depuis que je publie des livres, j’ai toujours imaginé des personnages féminins puissants. Hormis dans Mauvais berger ! où je n’ai pas eu besoin puisque Nanette la bergère est une personne réelle, à la base, c’est le cas dans la trilogie L’infection (Mathilde/Antivirus X, Serena, Sophie Régent…) dans Les Routes du crépuscule (Valentine, Jessica, Karine…) et dans Le Moment ou jamais (Sandrine, Isabelle, Milena…). 

Dans Un Cauchemar sans nom, il y en a aussi une tripotée : Amélie, Karine, Ghislaine mais aussi et surtout Élinor, Misty, Miss Diamond et « Maman ». Toutes sont des femmes avec un fort caractère et donnent du fil à retordre à mon personnage principal, le narrateur. Il faut dire qu'à lui seul, il cumule beaucoup de tares : c’est un adulescent égocentré et manipulateur au caractère obsessionnel, affublé d’un terrible pouvoir dont l’utilisation a des conséquences désastreuses. 

Même si elles ont toutes des faiblesses propres à leur caractère, ce sont des femmes fortes, mues par leurs objectifs personnels ou leurs sentiments, qui n’hésitent pas à s’opposer à la volonté ou aux ambitions du héros (qui est davantage un antihéros, en fait). Ce dernier croit pouvoir en faire ce qu’il veut, mais c’est sans compter sur leur résistance active et leur ruse pour les unes, leur force d’inertie ou leur courage pour les autres. 

Ce ne sont pas des héroïnes, à proprement parler. Elles ne gagnent pas à la fin (le narrateur non plus, du reste) et leurs desseins ne sont pas toujours altruistes (litote). Ce sont juste des personnes/antagonistes avec les défauts de leurs qualités. Il se trouve que, hormis Antton Aguer dont je vous ai déjà parlé ici et Roger Barbeau, ce sont quasiment tous des personnages de sexe féminin. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien moi-même. Il le fallait, c'est tout !

mercredi 8 juillet 2026

C'EST PAS SORCIER, MAIS C'EST OBSESSIONNEL !


Lorsque je vends nos livres sur le stand des éditions Astobelarra, on me demande souvent comment j’écris les miens. Apparemment, écrire des romans, ça semble être une prouesse pour le commun des mortels, mais en ce qui me concerne (et sans vouloir passer pour un petit prétentieux), il n’y a rien d’extraordinaire : ce sont juste des idées, un carnet, un stylo et surtout beaucoup de temps. Le reste, il y a de grandes chances pour que vous l’ayez appris à l’école ou dans les livres que vous lisez (si vous lisez). Comme je l’ai déjà écrit ici, les rêves que je fais la nuit sont ma principale source d’inspiration ; ce qui se prête bien à mon genre de prédilection : le fantastique. Mais ensuite, comment ça se passe ?

Il n’y a pas de recette type. Chaque écrivain possède son propre mode de fonctionnement, qui ne conviendrait sans doute pas à un autre. L'enjeu étant de trouver lequel est le sien propre. Moi j’ai compris comment je fonctionnais après Pandémie, le tome 2 de L’infection (mon troisième livre). Ce dont il faut bien être conscient, c’est que tout est une histoire de… temps qu’on consacre à son œuvre. Et de passion. J’écris tous les jours, que ce soit pour mes romans, mon blog, ou autres…

Par exemple, j’écris en détail tous mes rêves dans un calepin ou sur Notes, une appli de mon smartphone. Je les mets en forme et soit je les garde pour moi, si c’est trop intime, soit je les publie sur Instagram ou sur mon blog quand ça le mérite. Parfois, ces historiettes en restent là. Parfois, mon cerveau arrive à faire des liens entre elles et alors une trame émerge du brouillard. Je distingue un semblant de chemin.

Une sorte de ligne temporelle sur laquelle des événements se placent de façon plus ou moins logique. Au départ, c’est souvent un début, un milieu et une fin. Parfois quelques jalons timides se calent entre chacun de ces trois principaux cairns. Ce sont soit des rêves, soit des personnages, soit des anecdotes réellement vécues (par moi ou un/une autre) et que je modifie et transpose dans le récit.

En général, cette timeline très succincte me suffit pour ressentir les premiers soubresauts électriques du flow dans mes entrailles, sous ma peau. Je commence comme ça. Et peu à peu, au gré du temps qui passe, de mes trajets professionnels pendant lesquels je laisse mon esprit vaquer divaguer (j’effectue plus de 30 000km par an pour mon travail, alors vous savez, j’ai du temps pour réfléchir), les choses se mettent en place.

Comme je l’ai dit ailleurs sur ce blog, j’ai beaucoup de mal à me mettre à rédiger au long cours, si je n’ai pas au moins huit heures d’affilée disponibles. C’est pour ça que j’écris mes romans essentiellement pendant mes congés ou week-end. Mais tout se joue dans mon cerveau en tâche de fond. En gros, je préécris mes livres dans ma tête. Je construis mes personnages, je trouve mes mots, j’agence mes phrases de manière virtuelle avant de les coucher sur mon ordinateur (et de les réarranger si nécessaire – et croyez-moi, ça l’est !).

Il me faut environ un an à un an et demi pour terminer un premier jet. Ensuite, je laisse « reposer la pâte ». Parce que lorsque j’écris, c’est comme une course de vélo : je suis le nez dans le guidon et je ne vois que ma roue avant et les 10 prochains mètres. Souvent, la route est lisse et calme, mais gare aux chausse-trappes et à la pluie ! Je trouve cette métaphore très classique mais appropriée (et d’actualité).

LA PASSION, COMME FRANÇOIS PIGNON

Un à deux mois plus tard, je reprends mon manuscrit : je relis, je corrige, je rajoute, je supprime, je peaufine avec un esprit frais. Ça me prend à peu près un mois de plus (quand je ne le fais pas pendant mes congés, sinon, deux semaines suffisent). Ensuite, j’envoie ce premier jet corrigé au comité de lecture, afin d’avoir leur avis. Un mois plus tard, j’ai obtenu leurs retours constructifs et je me remets à l’ouvrage, précisant ceci, reformulant cela… car j’ai toujours du mal à lever le nez du guidon ! À ce propos, avez-vous remarqué à quel point c’est compliqué de se relire ? C’est comme si notre cerveau refusait de le faire : « Nan, je sais déjà ce que ça raconte, pas la peine que je me casse le cul. Allez, salut ! ».

Mais je ne suis pas toujours tous les conseils des collègues d’Astobelarra à la lettre parce que je suis le seul à savoir vraiment ce que j’ai en tête. Et comme je ne révèle jamais tout (notamment dans mon dernier livre, qui aura une suite), leur jugement peut parfois être biaisé… Mais je prends ce qu’il y a à prendre. J’en ai à peu près pour un mois de travail supplémentaire avant de pouvoir dire sans honte : ça y est, je suis prêt !   

Vous voyez : il n’y a rien de sorcier. C’est juste une histoire de passion (la même que celle qui anime François Pignon avec ses cathédrales en allumettes, dans Le Dîner de cons, pour ceux qui n’auraient pas la réf.) et d’organisation du temps de travail. Comme toute médaille, il y a un revers… Tout ce temps, si précieux, qu’on consacre à son œuvre, on le vole forcément à quelqu’un. Oui, ça ne doit pas être de la tarte de me supporter au quotidien, dans mes périodes de créativité.

J’en ai bien conscience et j’en suis désolé pour toutes les victimes collatérales (essentiellement mes proches et mes collègues de boulot). Mais ça va avec ce que je suis : on prend le tout (le bonhomme et ses défauts) ou on ne prend rien. J’ai encore des tas d’histoires à raconter et je ne suis pas prêt à en sacrifier une seule.

En fait, je réalise que j’ai beaucoup de similitudes avec le personnage principal de mon nouveau roman, Un Cauchemar sans nom : je suis un grand adulescent totalement égocentré, au comportement addictif et obsessionnel. Malheureusement, je crois bien que ce sont aussi quelques unes des « qualités » nécessaires pour écrire des romans. Ou, plus largement, pour créer quoi que ce soit d’artistique.

Envie d'en savoir plus ? Jusqu'au 20 juillet 2026, vous pouvez précommander mon dernier roman (véritable métaphore du métier d'écrivain – je précise) à cet endroit précis ! Non seulement vous filerez un petit coup de pouce aux Éditions Astobelarra, mais en plus, vous économiserez 5,70€ (frais de port inclus) car après cette date, ce sera plein tarif pour tout le monde ! Alors on arrête de tergiverser et on sort sa CB ! 😁 

mercredi 24 juin 2026

#UCSN : INTERVIEW JUIN 2026

#LMOJ, mon livre précédent !

À la veille (presque) de la sortie de mon nouveau roman Un Cauchemar sans nom, Thomas Ponté (également auteur et membre actif de notre maison d'édition) a bien voulu se prêter au jeu de l’intervieweur pour le compte des éditions Astobelarra et tenter de me tirer les vers du nez. Je pense qu’il s’en est bien sorti ! En tout cas, ses questions sont beaucoup plus naturelles et incitatives que celles de n’importe quelle IA que j’ai pu solliciter… Et lui au moins, il a lu mes livres et il est capable de faire des comparaisons et des liens logiques ! Quant à mes réponses, à vous de juger si vous apprenez quelque chose de nouveau, ou pas :

Thomas Ponté : Quel est ton pire souvenir, en tant qu'écrivain ?

Etienne H. BOYER : On va commencer par le meilleur, si tu veux bien ! Si je devais en choisir un, je dirais que mon meilleur souvenir en tant qu’auteur, c’est lorsque l’imprimeur m’a livré la première édition de Mauvais berger ! Les voir, là, comme ça, dans leurs cartons, tous bien rangés en rang comme des petits soldats, ça m’a fait bizarre. Un peu comme lorsque mes vrais enfants ont vu le jour.
À 37 ans, j’avais (enfin) donné vie à un livre !
Le pire souvenir, ce serait le jour de la sortie de Les Routes du crépuscule, je pense. Nous sommes allés à cinq, Thomas Ponté, Constance Dufort, Caroline Herrera et moi-même au salon du livre d’Hendaye. Nous étions placés tout au fond de la salle, l’entrée pour les visiteurs était payante et consécutivement, il n’y a pas eu grand monde. Résultat : 120 kilomètres, presque deux heures de route et huit heures de présence… pour qu’aucun d’entre nous ne dédicace un seul livre ! La Bérézina, comme on dit !
Plus jamais ça !!!

Thomas Ponté : Au-delà de l'aspect technique de l'écriture au sens strict, quelles peuvent être les étapes mentales par lesquelles il t'arrive de passer ? 

Etienne H. BOYER : Lorsque j’ai un roman en tête, plus rien d’autre ne compte. Mon cerveau est sans cesse noyé de pensées invasives (en rapport avec l’histoire). Et lorsqu’enfin j’arrive à me forcer à me concentrer sur autre chose, je sens que ça travaille toujours en tâche de fond. C’est assez compliqué à gérer, car il faut composer avec le travail, la famille, les amis, la maison d’édition, les besoins essentiels… On ne doit faire l’impasse sur rien. Mais ça demande beaucoup d’énergie et je suis généralement une loque, une fois que le livre est terminé.
L’autre moment difficile, c’est lorsque mon manuscrit est partagé au comité de lecture. C’est là (et seulement là) que le doute me prend. Et si c’était nul ? Et si ça ne plaisait pas ? Et si j’avais travaillé pour rien ?
Mais tout n’est pas négatif : par exemple, il y a ces périodes de créativité intense au cours desquelles les vannes du flow sont ouvertes. La dopamine coule à flots dans mes veines et écrire devient alors comme une drogue, jusqu’à s’en oublier. Plus rien ne compte, autour. Je peux passer 20 heures sans manger, sans ressentir la moindre fatigue, le moindre manque, la moindre douleur physique dans une espèce d’euphorie électrisante. Quand vous lirez Un Cauchemar sans nom, vous retrouverez sûrement les chapitres qui ont été écrits dans le >flow.

Thomas Ponté : Tous tes romans appartiennent au fantastique et à la SF ; d'où te vient cet attrait particulier pour ce genre ? Et est-ce que tu te sentirais d'écrire un roman purement réaliste ? 

Etienne H. BOYER : Alors ça, je pense que ça vient de mon éducation. Je suis un enfant des seventies, donc j’ai baigné dans la culture Goldorak, San ku Kai, Star Wars, puis les livres dont vous êtes le héros, Orwell, Barjavel, Lovecraft, Poe, Stephen King, Mad Movies, Fluide Glacial, les comics, et puis les BD comme Druuna ou le Mercenaire… Puis il y a eu les séries télé comme V, Code Quantum, les X-Files et surtout Twin Peaks, et le cinéma avec Terminator, Freddy Krueger, The Shining, les films de zombie, la pop music et le Heavy Metal. En fait, si vous voulez un résumé assez bien vu de cette période, il vous faut regarder les cinq saisons de Stranger Things, des frères Duffer.
Donc ma culture générale, c’est celle-là. Je ne suis pas spécialement nostalgique de la période, mais elle fait partie de moi. Quand on prend tous ces ingrédients, qu’on les mets dans un mixer et qu’on appuie sur le bouton, ça donne un curieux gaspacho à base de dystopie fantastique, de pop culture, de pulp, de gore et de sexe.

Thomas Ponté : Dans LRDC, ton héros se retrouve projeté dans sa jeunesse ; si tu devais tout recommencer toi aussi, en tant qu'auteur, garderais-tu le même cap, ou changerais-tu ton approche de l'écriture ?

Etienne H. BOYER : Si je pouvais retourner dans le passé tout en gardant la mémoire de mon vécu, comme Maxime, je me mettrais à écrire (pour être lu) beaucoup plus tôt. J’écris depuis longtemps, mais ça restait plus ou moins d’ordre privé. J’avais déjà des histoires qui me trottaient dans la tête et que j’avais commencé à rédiger dans un cahier (essentiellement des scenarii de BD parce que plus jeune, je rêvais de devenir dessinateur de BD) mais sans oser aller plus loin. Manque de maturité et de confiance en moi, sans doute ?
En fait, c’est vraiment mon passage en tant que correspondant local de presse chez Sud-Ouest qui a débloqué cette évolution, je pense. Mais cette période est intervenue assez tard dans ma vie. J’avais déjà 30 ans. 

Thomas Ponté : Quel serait pour toi le roman ultime que tu rêverais d'écrire ?

Etienne H. BOYER : J’adorerais écrire un gros roman comme le fait John Irving. Avec une vraie histoire au long cours qui donne du rêve et qui ne serait pas un roman fantastique ni un polar. Un truc qui plairait enfin à ma mère… Mais ce n’est pas ce que je fais.
Je sais que c’est un pari assez risqué, commercialement parlant, de se cantonner aux romans de genre (c’est un peu un public de niche), mais bon. Moi je fais dans le divertissement, le thriller fantastique, le gore. J’écris ce que je suis, ce que j’ai dans la tête, ce que j’aime lire. 

Thomas Ponté : Tes intrigues sont toujours le fruit de rêves que tu fais, mais est-ce qu'à l'inverse ta vie d'écrivain se retrouve parfois dans tes rêves ?

Etienne H. BOYER : Étrangement, les deux univers ne sont pas poreux entre eux. Je rêve de tas de choses différentes qui finissent souvent dans mes romans, mais jamais que j’écris (ou que je participe à un salon du livre), jusqu’à aujourd’hui. Du moins, pas que je me souvienne parce que, comme tout un chacun, je ne me souviens pas toujours de tous mes rêves.

Thomas Ponté : Y'a-t-il des choses qui peuvent te mettre la pression quand tu écris ?

Etienne H. BOYER : Ce qui me met la pression, c’est le temps qui passe, durant lequel je ne peux pas écrire (ou travailler sur mon livre en cours) parce que je suis au boulot, parce que ma famille ou mes amis ont besoin de moi, parce que je dois consacrer du temps à Astobelarra, etc. Pour pouvoir écrire sereinement, j’ai besoin de conditions spécifiques. Le temps disponible est l’élément essentiel, (je n’aime pas me mettre à écrire si je n’ai pas au moins huit heures devant moi) mais il y en a d’autres, comme la solitude, l’isolement, la musique…

Thomas Ponté : S'agissant de ton travail, quelle est la question ou la remarque que tu ne supportes plus d'entendre ?

Etienne H. BOYER : « Pourquoi tu te fais chier avec tout ça ? C’est une perte de temps ! » Ce que je fais, que ce soit écrire des romans, éditer les livres d’autres auteurs et les vendre sur le marché de Mauléon-Licharre, ce n’est pas pour devenir millionnaire ; c’est par pure passion (et par besoin viscéral de partager ce qui me trotte dans le crâne). Et la passion, c’est forcément déraisonnable pour ceux qui ne la comprennent pas. Au pire tu passes pour un fou, au mieux pour un François Pignon.

Thomas Ponté : As-tu écrit quelque chose que tu as du mal à assumer, avec le recul ?

Etienne H. BOYER : J’assume tout ce que j’ai écrit. Cela dit, si j’avais le temps et la force, je réécrirais le tome 1 de L’infection. Pas que je ne l’aime pas, mais on va dire qu’aujourd’hui, 14 ans plus tard, je ne l’aurais pas écrit comme ça, avec tous ces anglicismes et ces termes techniques. Je supprimerais le lexique et je rendrais le texte plus fluide. Bon, je ne le ferai jamais, en vérité. Car contrairement à Mauvais berger !, qui était incomplet, puisque je lui ai rajouté un paquet d’anecdotes qui me sont revenues après coup, L’infection T1 Contage, s’il n’est pas absolument parfait, est tel qu’il devait être : c’est un premier roman, avec ses qualités et ses défauts. J’en reste très fier et il est la première pierre à « mon édifice ».  

Thomas Ponté : Dans ton nouveau roman à paraître, UCSN, tu crées des ponts avec tous tes autres livres (y compris Mauvais berger !). Est-ce qu'il faut forcément avoir lu tes précédents travaux pour pouvoir suivre ?

Etienne H. BOYER : Pas du tout. C’est un roman à plusieurs niveaux de lecture et donc chacun y trouvera ce qu’il veut. Celui ou celle qui n’a pas lu mes précédents efforts ne sera pas perdu car j’explique ce qui doit l’être en temps voulu. Quant à ceux qui connaissent le reste de mes livres, ils y trouveront de nombreux clins d’œil, certains évidents, d’autres plus subtils. Ce sera un peu comme une partie de « Mais où est Charlie », pour eux !   

Thomas Ponté : Les rêves de ton personnage modifient la réalité. Il en est victime mais en devient également l'horloger conscient, aux dépens de son entourage. Comment as-tu jonglé avec cette dualité ? Et penses-tu que tu te conduirais de façon plus responsable ?

Etienne H. BOYER : Comme aurait dit Lord Acton, je pense que « le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument ». Il suffit de regarder les hommes politiques, de par le monde, pour s’en convaincre. Mon personnage ne déroge pas à la règle. Il a une base égocentrée, immature, cynique. Il n’est pas particulièrement sympathique, pour un héros romanesque. D’ailleurs, ce n’en est pas un, malgré ses pouvoirs. C’est juste un homme faible et névrosé qui tente de s’adapter au changement et essaye de modifier sa réalité, parfois même au détriment du reste de la planète, parce qu’il en a les capacités. Mais il n’est pas foncièrement méchant. Il est juste médiocre. Un peu comme nous tous, non ?
Quant à savoir ce que je ferais si j’avais ses pouvoirs… puisque ce personnage vient de mon cerveau, j’imagine que je ne ferais pas mieux que lui ?

Thomas Ponté : Dans UCSN, on passe de rêves et de leurs conséquences prosaïques pour glisser vers l'extraordinaire. Comment peut-on interpréter cette escalade ?

Etienne H. BOYER : Le personnage perd peu à peu pied avec le réel. Et son pouvoir, qu’il contrôle mal mais qui est incommensurable – puisqu’il crée, malgré lui, de nouvelles dimensions et des personnages eux aussi blindés de pouvoirs – lui échappe en une espèce d’accélération exponentielle. Plus il dort, plus il rêve, et plus il modifie sa réalité (et celle des autres en même temps).
C’est une métaphore du pouvoir (quel qu’il soit : argent, autorité, politique, patronal, etc.), qui, s’il est entre les mains d’un irresponsable incapable de le maîtriser, peut dévier et s’emballer, et fatalement créer des désastres.

Thomas Ponté : Sartre disait « l’enfer, c’est les autres ». Est-ce que ton héros ne ferait pas justement partie de ces autres qui imposent leurs vues sur le monde ? Et est-ce que ce « cauchemar sans nom » ne serait pas, finalement, celui des autres qui subissent les lubies d’un être en manque de repères ?

Etienne H. BOYER : C’est un des niveaux de lecture et je pense qu’il y en a autant que de lecteurs ! Mais oui, on peut voir ce personnage comme une sorte d’architecte quantique complètement inconscient, ou au pire comme un démiurge désinvolte, dont le seul but est de satisfaire son égo. Pas si différent d’un Donald Trump, finalement… Mais contrairement à l’actuel président américain, il est également victime de son pouvoir. C’est, je crois, ce qui le sauve.

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mardi 3 février 2026

ETIENNE ? J’AI ADORÉ TON ROMAN #LRDC, MAIS...

Parfois, le temps n’est pas de la partie. Ce fut le cas ce week-end, au salon du livre de Navarrenx. Il a plu 80% du temps, ce qui a donné une ambiance un peu morose à l’événement. Je rappelle que ce salon du livre est couplé à la foire agricole, et donc le facteur climat (je parle du temps ET du contexte socio-économique) y tient une certaine importance.

Ceci afin de tenter d’expliquer le résultat plutôt mitigé de notre participation à ce salon, cette année. Je dis « mitigé » parce que nous avons fait mieux – financièrement parlant – que 2024, mais beaucoup moins bien (deux fois moins, pour être précis) que 2025. Mais, dans la vie, il n’y a pas que la réussite financière qui compte ! Il y a également des choses moins triviales et meilleures pour le moral...

Nous étions quatre auteurs sur le stand et chacun d’entre nous a eu la chance de recevoir des retours très positifs au sujet de nos œuvres respectives. Je ne vais pas m’appesantir sur ceux de mes collègues, même s’ils sont tout à fait mérités et élogieux. Je vais vous parler des miens, puisque j’en ai eu deux, assez mémorables.

Le premier : Nous sommes arrivés autour de 9h samedi matin. Il y avait déjà pas mal de monde partout, alors nous nous sommes garés le long des remparts, à l’extérieur de la ville. Le ciel était sombre, transpercé par une alternance d’averses et de bruine. Aussi, marchais-je avec empressement dans la rue principale, casquette et capuche vissées sur la tête, en direction de la mairie (où se trouvait le salon du livre).

Quand tout à coup, une voiture qui roulait dans le sens inverse s’est arrêtée à mon niveau. La conductrice a baissé sa vitre et m’a interpelé : « Etienne ? ». J’ai fait « Euh, oui ? », surpris de me faire ainsi apostropher en pleine rue par un visage que je pensais inconnu, moi-même croyant déambuler incognito. « C’est Virginie, de Lucq de Béarn ! ». Là je l’ai remise. À ma décharge, elle avait un bonnet de Noël et du maquillage festif sur la joue la dernière fois que je l’avais vue (qui était aussi la première, du reste), le 20 décembre dernier. 

« J’ai lu ton livre, Les Routes du crépuscule, que je t’avais acheté », a-t-elle enchaîné. « Je l’ai adoré ! ». « Ah, génial, merci ! », ai-je bafouillé. À partir de ce moment-là, j’étais tellement aux anges que je ne me rappelle plus le reste de la conversation. On s’est dit au revoir et elle a redémarré. J’’étais sur un nuage et j’y ai pensé toute la matinée, ce qui m’a évité de trop m’apitoyer sur le fait que personne (ou presque) n’est venu au salon le matin.

Enfin ça, c’était jusqu’à ce que Michel ne débarque ! « Au fait, j’ai fini ton livre, Les Routes du crépuscule. J’ai beaucoup aimé. Enfin sauf les scènes de cul. Ça, c’était beaucoup trop vulgaire à mon goût. Ça n’a rien à faire dans cette histoire…  Si tu veux écrire un livre de cul, lâche-toi, mais ne mélange pas ! » Là encore, j’étais tellement surpris que j’ai dû bredouiller une excuse à la con (comme si j’étais tenu de le faire). Puis j’ai passé le reste de la journée à maugréer.

C’est bien la première fois qu’on me reprochait un truc comme ça ! Si mes collègues féminines qui ont lu (et aimé) le livre ont presque toutes rougi en m’en reparlant, toutes m’ont demandé s’il y aurait une page 13 dans mon prochain roman et c’est même devenu un private joke ! Bref, encore une fois, je constate que la perception de mes romans, entre filles et garçons, est totalement différente.

Cela dit, Michel a tout à fait le droit de penser ce qu'il veut ; de même, il a peut-être raison sur un point : j’aime les mélanges de genres. J'aime brouiller les pistes, car dans la vraie vie, tout n'est pas lisse non plus. Tout comme dans mes romans, tout est lié et déterminant. Et surtout : rien n'est jamais gratuit. 

Dans Les Routes du crépuscule, il y a des éléments typiques des romans fantastiques, un peu de « nature writing », une touche de philosophie, une pointe de violence comme dans un « thriller », de la romance et du sexe comme dans la « New Adult » et plein d’autres trucs… Et c’est peut-être ça qui perturbe certains lecteurs : le petit côté inclassable de l’œuvre.

Moi-même, j’aurais du mal à le décrire autrement que comme un « roman initiatique ». D’aucuns pourraient me taxer de pédanterie, mais vous savez quoi ? D’aucuns sont des cons ! Je préfère rester sur les commentaires positifs de Virginie et de Michel (même si lui n'a pas goûté mes scènes de cul – les goûts et les couleurs, hein ?) ! 

Il est là, le sel de notre passion ! 

vendredi 30 janvier 2026

VIS MA VIE D’ÉCRIVAIN #8 : SAVOIR PARLER DE SES ROMANS

Parfois, dans les lieux où nous sommes présents et où nous mettons nos livres en vente (salons du livre, marchés, événements spécifiques, comme le festival Metal’o’ween, par exemple), certaines personnes qui viennent à notre stand nous demandent de quoi parlent nos romans. Je ne sais pas pour les autres auteurs, mais moi, c’est comme si on me posait une colle. Et pour cause : je n’ai jamais vraiment travaillé un argumentaire béton sur le sujet. Plusieurs raisons à cela :

1/ J’ai une mémoire de poisson rouge lorsqu’il s’agit de retenir des phrases, des termes, des mots dans un certain ordre. Apprendre par cœur, ce n’est vraiment pas pour moi ! Je pense que c’est une tare congénitale que je possède depuis toujours. Je ne peux pas retenir un texte, une poésie, une citation ou même une blague ! Ça m’a causé bien des problèmes à l’école ! (CF le laboureur et ses enfants, le cancre)

2/ Je suis incapable de reformuler une idée toujours de la même façon, avec les mêmes éléments de langage. Forcément, mon esprit va biaiser et me faire hésiter, tergiverser, perdre mes mots, bref : paniquer, alors que pour le coup, je connais le sujet sur le bout du doigt puisqu’il vient intégralement de moi !

3/ Pour ces deux raisons, je déteste m’exprimer à l’oral. Je me sens exactement comme si j’allais en soirée mondaine cul nu et/ou en charentaises. Je suis extrêmement mal à l’aise lorsqu’il faut parler en public. Je fais de gros efforts sur moi-même pour donner le change mais j’ai toujours cette impression de nullité absolue avant, pendant et après que je me suis exprimé. C’est aussi souvent le cas dans d’autres circonstances (pendant des présentations au boulot, par exemple).

4/ Je n’ai aucun sens de la répartie. À l’écrit, ça va, je me débrouille : j’ai plus de temps pour me poser. Mais à l’oral, on est dans l’instantané. Alors je n’arrive pas à ordonner mes pensées, je n’ai plus aucune subtilité, aucun filtre, je bafouille et je finis fatalement par m’agacer et perdre tous mes moyens.

5/ Je trouve les arguments mais toujours dix ans plus tard (han, j’aurais dû dire ci, répondre ça…). Et puis surtout, je n’arrive pas toujours à faire de liens directs entre les différentes idées. Ou alors ce sont des liens illogiques pour le commun des mortels. Du coup, je finis invariablement par lasser mon auditoire et je passe ma journée à ruminer.

6/ Je déteste me répéter (digression : je n’arrive pas à comprendre comment un musicien peut jouer toute sa vie les mêmes morceaux sur scène – ça me rendrait fou). Et donc, par automatisme, je vais essayer de reformuler une recette qui a pourtant fait ses preuves. Et je vais m’enfoncer dans des discours pompeux ou superficiels (au choix). 

Résultat, le lecteur potentiel n’y comprend rien et finit par se barrer sans acheter mes livres. Par contre, il va faire le plein chez le voisin moins crétin. Quand ça arrive, je me flanquerais des baffes à m'en décalotter la boîte crânienne, et la chanson de Patrick Sébastien me hante pour le restant de la journée. Savoir se vendre, ce n’est vraiment pas donné à tout le monde. Et c’est même triste, pour quelqu’un qui bosse dans la com !

En attendant, je me suis bien cassé le cul à écrire les pitches, les résumés et la communication de mes bouquins. Je pense que ça vaut le coup que vous alliez y jeter un œil ^^

jeudi 11 décembre 2025

SI LA FOLIE EST LE PROPRE DE L'HOMME, EN CE QUI ME CONCERNE, TOUT ESPOIR EST PERMIS !

Tandis que je tentais, tant bien que mal, de vendre nos livres au marché de Noël d'Arette, Thomas Ponté, lui, défouraillait littéralement sur son stand à Hendaye. De là à avouer une petite pointe de jalousie... 😑

Mais on n'est pas là pour parler du succès des marchés, aujourd'hui. 

De temps en temps, nous échangions quelques mots par sms, avec Thomas, histoire de voir où chacun de nous en était et/ou de s'encourager si jamais c'était la bérézina pour l'un ou pour l'autre. Et la conversation a peu à peu pris une tournure plus personnelle. Je vous en reproduis un bout ici :

Thomas : Et j'avais jamais vu ça, mais "Sepsis" attire beaucoup les gamines 😅. Elles voient une môme en couv et elles bloquent un peu dessus. Y en a eu pas mal.

Etienne : Et elles ont pas acheté ?

Thomas : Bah non c'était des enfants 😅

Etienne : Ah oui, alors la scène de la "presque sodo" dans la prison militaire, là, ça l'aurait pas fait.

Thomas : À un autre moment, y a eu des gamines genre 12 ans, je pense qu'elles parlaient de LMOJ et j'ai entendu "non, mais ça c'est trop dark" 😂
(...) Y aussi une mamie qui voulait acheter le T3, je l'ai redirigée vers le T1.
Mais là aussi, je me souviens de la poubelle remplie de sopalin qui sent le foutre... 🤮

Etienne : Haha ! Oui. Chacun de mes livres comporte un "crade spot".

J'ai réfléchi à cela ces derniers jours. Et effectivement, tous mes livres ont au moins un, voire plusieurs passages absolument dégueulasses. Aucun d'entre eux ne doit être lu avant 15-16 ans, je pense.

  • Entre autres, dans "Mauvais berger !" : l'histoire des asticots dans le pénis du bélier. 😨
  • Dans "L'infection T1 : Contage" : diverses scènes horrifiques, dont la cuisson du cerveau de Mathilde.
  • Dans "L'infection T2 : Pandémie" : les congélateurs morbides de Gros-Sam Bonini.
  • Dans "L'infection T3 : Sepsis" : le quasi viol de Sophie par le "sergent Ducon".
  • Dans "Les Routes du crépuscule" : plusieurs scènes violentes, dont le tabassage en règle de Valentine par Ian.
  • Dans "Le Moment ou jamais" : c'est un roman d'horreur. Donc là, on explose les compteurs des passages insoutenables, avec notamment la terrible scène de "trempe-coquette" à l'hôpital de Saint-Palais... 😱
  • Dans "Un Cauchemar sans nom", il y a bien évidemment des moments affreux et marquants. Rassurez-vous, vous les découvrirez en temps voulu.

Parfois, je me demande dans quel recoin infernal de mon cerveau je trouve toutes ces choses affreuses. En chacun de nous sommeille un petit grain de psychopathie, je présume... J'en étais à ce moment de ma réflexion lorsque mon fil d'actualité m'a proposé ce fait divers, particulièrement sordide :

"Dour : Il enfonce une barre de chocolat dans l'anus d'une jeune fille, sous les yeux de ses parents, car elle avait eu un mauvais bulletin.
Dans cette histoire glauque, il y a un papa, une maman, son amant présumé et deux jeunes filles victimes du pire."

Je ne vous copie que le titre et le chapeau de cet article abominable. Libre à vous d'aller vous polluer l'âme de façon irrémédiable en suivant ce lien : https://www.dhnet.be/regions/mons/borinage/2025/12/08/dour-il-enfonce-une-barre-de-chocolat-dans-lanus-dune-jeune-fille-sous-les-yeux-de-ses-parents-car-elle-avait-eu-un-mauvais-bulletin-RGT5ZVMUAJFQBGRMRORSI3R2F4/

Et là j'ai relativisé. Mon cerveau, aussi dérangé soit-il, n'aurait probablement jamais pu imaginer une histoire aussi glauque, avec des personnages aussi malsains. Quoi que vous inventiez, il y aura toujours des gens pour imaginer - et perpétrer - des actes encore plus immondes que les vôtres. 

En ce qui me concerne, tout espoir est permis : j'ai même déconseillé à une maman d'acheter "C'est occupé" pour son fils de 12 ans, attiré par la jolie couverture du nazi qui fait caca sur la France. 

Désolé Thomas Ponté, on ne peut pas gagner à chaque fois !

lundi 3 février 2025

VIS MA VIE D’ÉCRIVAIN #4

Ce week-end, j’ai participé, comme chaque année depuis la sortie de Mauvais berger !, au salon du livre de Navarrenx. Astobelarra présentait quatre livres au prix des remparts cette année, et c’est avec une joie non dissimulée que la maison d’édition souletine a raflé une troisième récompense (dans ce salon), grâce à Les Sens hors des nerfs, le dernier roman de Thomas Ponté, preuve s’il en fallait une, que nos auteurs sont des cracks et leurs textes de grande qualité. Comble de bonheur, nous y avons réalisé (de très haut) notre meilleure performance commerciale depuis que nous participons à ce salon (je sais que c’est un sujet considéré comme trivial par nombre d’écrivains, auxquels je rappelle qu’ils écrivent à la base pour être lus, donc pour que leurs livres soient vendus, eh oui).

Mais je ne suis pas là aujourd’hui pour passer la brosse à reluire à mon éditeur ni à Thomas Ponté (même s’il le mérite, et ce depuis la sortie de son tout premier livre) ni pour parler "pognon de dingue". Dans ce type d’évènement, il arrive parfois qu’il y ait de courtes vagues de clients potentiels et parfois de longs creux, durant lesquels j’ai tout le loisir d’observer mon prochain, avec un œil souvent critique et implacable, il est vrai...
Dans les épisodes précédents, je vous ai fait le portrait d’improbables badauds ou de confrères plus ou moins opiniâtres. Concernant ces derniers, je pensais avoir tout vu, en 18 ans de salons/marchés en tout genre. Erreur ! Il y a toujours pire et avec encore moins de scrupules !

Ce coup-ci, je me suis agacé (et je ne suis pas le seul) du comportement absolument détestable d’un auteur qui, non content d’afficher une expression dédaigneuse pendant tout le week-end, a passé le plus clair de son temps à interpeler les passants, à peine avaient-ils ouvert la porte. Le type se trimbalait dans les travées (parfois loin de son propre stand) avec une affiche A3 plastifiée dans chaque main et les refourguait impérieusement aux gens avant qu’ils aient eu le temps de dire ouf. Le samedi, il y avait 5 auteurs dans le coin où l’organisation l’avait placé (devant l’une des entrées). Le soir même, 3 d’entre eux avaient lâché l’affaire, excédés et découragés, car en face d’un tel zozo adepte de la concurrence la plus déloyale et la plus impitoyable, impossible de vendre quoi que ce soit. Le dimanche, le quatrième auteur restant a tenu jusqu’à 16 heures, et a préféré partir avant de devenir violent (et on le comprend).

Pile à côté : le même vampire mais « en femme » et qui n’a pas hésité à placer son roll-up juste devant le stand de l’infortuné quatrième, dès qu’il a eu le dos tourné. Aucun respect, aucune vergogne, aucune dignité ! Je ne comprendrais jamais ces gens qui sont prêt à toutes les provocations, toutes les exactions et à marcher sur la gueule des autres pour sortir du lot. Tout ça pour vendre un pauvre livre de plus que le voisin. Il me semble que les organisateurs de salons devraient faire signer un règlement intérieur à chaque exposant, dans lequel serait spécifié qu’il est interdit de démarcher à l’extérieur de son stand, interdit de prendre les gens à partie, interdit de racoler et de faire de la vente forcée et surtout interdit de manquer de respect à ses confrères. Il y va du maintien d'une bonne ambiance comme de la réputation des salons du livre. 

Alors on pourra arguer qu’une signature, ça n’engage que ceux qui respectent les règles. Pourtant, si tout est bien spécifié noir sur blanc et accepté par tous les exposants, ça devient quasi-contractuel. Il n’y aurait alors aucun mal à dénoncer puis à dégager le ou les indésirables qui n’en tiendraient pas compte ! Après tout, un homme averti en vaut deux.
D'ailleurs, si ça ne tenait qu'à moi, ce serait : « Tu fais chier tout le monde ? Ben t’es viré (et tricard partout), basta ! »
Ça m’agace d’avoir à écrire ça, mais même dans ce milieu, où l’on pourrait penser que les gens sont un peu mieux éduqués, plus cultivés et donc plus respectueux des autres que la moyenne, l’homme reste un loup pour l’homme. Aussi vrai que certains ne comprennent rien d’autre que la sanction la plus radicale.

vendredi 31 janvier 2025

DES BONBONS À LA VIANDE...

Cette nuit, j'ai rêvé d'une famille (la femme, le fils et le mari) qui fabriquait des bonbons célèbres et prisés par les gens mais dont le mari, "à l'insu" de sa femme partie livrer la production du jour, était également équarisseur pour arrondir les fins de mois. 

Il transformait des animaux en pâtée qu'il emballait dans des grands sacs plastiques transparents puis les mettait dans des cartons (d'à peu près 1m de large sur 30cm de haut chacun), entreposés sur des palettes dans le couloir de service de leur laboratoire, le tout baignant dans une lumière glauque. 

Sauf que le type équarrissait les animaux vivants. Il avait une espèce de broyeur (le genre de machine qu'on utilise pour broyer des branches, mais en énorme) et il soulevait les animaux avec un palan pour les positionner au-dessus de la machine. 

Dans mon rêve, je ne voyais pas la scène directement. Une voix off la décrivait, comme si je regardais un reportage de L214 sur Internet. On entendait les animaux (des vaches essentiellement) hurler atrocement tandis que le broyeur les réduisait en purée avec fracas.

Dans la pièce adjacente, sortant du mur près du sol, il y avait un tuyau de plomb qui crachait des litres de sang, accompagnés de mousse et de vapeur sanglantes. Le tuyau vibrait et éructait bruyamment, ce faisant, et la caméra en mode POV filmait ces détails. Des grosses mouches noires tournaient autour, alléchées par la promesse de festin. 

Le trop plein de sang éjecté coulait ensuite en une rigole sombre sur le carrelage du laboratoire jusqu'à un syphon d'évacuation qui l'engloutissait en faisant des bruits de gargarisme ignobles de baignoire qui se vide. Je me souviens que je sentais l'odeur de la mort envelopper tout et que plusieurs fois je détournais les yeux d'horreur, prêt à pleurer. 

Et le réveil à sonné.

mercredi 29 janvier 2025

LA CANTATRICE


J'assiste à un spectacle de chant lyrique dans une longue salle blanche, avec des tables et des chaises immaculées aussi, disposées en quinconces de chaque cotés d'un chemin central. Quelques plantes majestueuses ornent les côtés, des bouquets de fleurs blanches et roses trônent sur les tables et des voiles blancs pendus au plafond adoucissent la rugosité des murs bruts. On se croirait à un mariage kitsch, sans invités. 

Au bout de la salle, trône une scène sur laquelle se produit un homme un peu grassouillet et d'un certain âge, déguisé en femme. Il-elle porte un tenue mi-affriolante, mi-futuriste composée de sous-vêtements, d'un corset et de portes-jarretelles aux reflets argentés, que recouvre une espèce de cape en tulle. Ses longs cheveux argentés sont dressés sur sa tête, un peu comme s'il avait malencontreusement pris le jus avant que les rideaux ne soient tirés. 

Le chanteur a une voix d'ange, mezzo soprano, magnifique. Il-elle déambule avec grâce sur la scène, faisant virevolter sa cape transparente qui ressemblent à des ailes ; on dirait une apparition divine. Je connais l'air qu'il-elle chante, mais impossible de mettre un titre ou un compositeur dessus. Je sais juste que l'interprétation est magique. 

À la fin de son set, il-elle encourage la salle à reprendre en chœur avec lui-elle et à venir sur scène, mais je suis le seul spectateur, avec une femme un peu guindée qui joue les présentatrices assise à la première table. Moi, je suis assis au fond de la pièce et tout en admirant le spectacle, je sirote un liquide rose, sur lequel flotte un genre de mousse dense et qui m'a l'air très sucrée, mais que je n'arrive pas à attraper avec ma paille. 

Je ressens une gêne, de la pitié pour cet artiste, qui a donné tout ce qu'il pouvait devant un unique spectateur. Mal à l'aise, je finis par me lever pour aller saluer la cantatrice en criant de grands bravos. Je pose mon verre sur la première table et lorsque je m'apprête à grimper la volée de marches qui montent sur la scène, je vois le chanteur qui s'est déjà rhabillé en homme, il a ôté sa perruque argentée et porte un complet gris et des lunettes à écailles.

Il descend vers moi en rajustant sa veste. Je le félicite, il me remercie en me serrant la main mais je sens un peu de tristesse dans sa gestuelle, dans son expression. 

Et je me réveille. On est le 29 janvier 2024, il est 5h30.

mardi 28 janvier 2025

COMME UNE HISTOIRE D’AMOUR PASSION QUI EMPORTE TOUT SUR SON PASSAGE

Vous savez, cette sensation d’avoir des papillons dans le ventre, sans arrêt ? De ne plus penser qu’à elle (ou à lui), au point que tout le reste passe au second plan ? Que quoi que vous fassiez, tout vous ramène inexorablement à elle (ou lui) ? Que dès que vous la (ou le) voyez, vos jambes flageolent, vos lèvres bafouillent et vous avez l’air si stupide (d’ailleurs, vous l’êtes pour de vrai) ? Eh bien c’est ce qu’on appelle la passion amoureuse. C’est ce que tout un chacun (de normalement constitué) ressent lorsqu’une nouvelle histoire d’amour démarre. On ne sait plus où on est et ce qu’on doit faire et plus rien d’autre ne compte. On en oublierait presque les gestes de survie élémentaires, comme se nourrir, se lever pour aller au boulot…

C’est aussi ce que je ressens en ce moment, depuis quelques jours. Et pourtant, aussi étonnant que cela paraisse, je ne suis pas amoureux (enfin pas d’une autre personne que celle avec laquelle je vis). Alors que se passe-t-il ? En fait, je ressens cela à chaque fois que je démarre l’écriture d’un nouveau roman. Avec mon caractère obsessionnel, je ne pense plus qu’à ça, au détriment de presque tout le reste. Je sais, pour l’avoir vécu à plusieurs reprises, que c’est généralement un mauvais moment à passer pour mon entourage et je m’en excuse par avance. Malheureusement, une fois que la machine est lancée, rien (à part la mort, sans doute – ce que je ne me souhaite pas) ne peut l’arrêter. Je dois aller au bout, coûte que coûte ; et croyez-moi : écrire, ce n’est JAMAIS un acte gratuit !

UN CAUCHEMAR SANS NOM

J’ai déjà raconté ici et à plusieurs reprises d’où proviennent mes idées. Elles sont le plus souvent issues des rêves qui hantent mon sommeil ou de mes songes éveillés (lorsque je conduis, par exemple). C’est comme ça que je leur donne vie, en les imbriquant avec ma logique à moi, en les brainstormant sans cesse, en tâche de fond. Eh bien figurez-vous que mon prochain sujet de roman, c’est… Le rêve. Et je n’en dirai pas plus pour l’instant. Je ne veux pas divulgâcher le suspense ni donner des idées à quelqu’un qui écrirait plus vite que moi. Mais pour compléter, je dirais que ce sera un roman fantastique – mais pas que –, dans la même veine que Les Routes du crépuscule, que beaucoup d’entre vous ont adoré.

Grosso modo, il y aura du mystère, de l’amour, des événements tragiques et imprévisibles, de la folie pure, mais aussi de l’humour, un soupçon de philosophie, des personnages odieux, un héros perdu et une fin grandiose et inattendue, avec – a priori, sauf changement de dernière minute – le retour d’un de mes personnages emblématiques, annonçant un renouveau fracassant. Enfin, et dernière info à vous mettre sous la dent : mon titre de travail (qui pourra changer ou pas en fonction de la tournure que prend l’histoire) est « Un cauchemar sans nom » (toujours aussi positif, le garçon !!!). Voilà, je pense que vous en savez assez pour vous faire une petite idée sur ce qui vous attend. Allez, pour l’heure, je retourne à mes carnets ; j’ai encore pas mal de choses à mettre au point pour que ce soit conforme à ce que j’ai dans la tête !

lundi 27 janvier 2025

MI SCAPPA LA PIPI

La pente est raide. Mes chevilles se tordent sur les cailloux du sentier qui sinue dans la forêt. Des fougères et des ronces me fouettent les jambes. Je me dis qu’il serait temps que je fasse un peu de ménage là-dedans. Demain, peut-être ? Je sors enfin de l’obscurité des feuillages et me voilà à crapahuter sur la montagne pelée. De rares pans herbeux autour de moi roulent sous la brise estivale. Le chalet est tout proche, encore quelques mètres. Il me tarde d’arriver car j’ai une immense envie d’uriner. J’aurais pu m’arrêter par là et faire ma miction sur le chemin, mais j’ai une maladie orpheline qui s’appelle la flemme et qui frappe à tout moment, quitte à me laisser dans l’inconfort le plus total. Et puis je déteste faire mes besoins dans la nature. J'ai toujours peur qu'un sanglier ne vienne me faire une olive avec son gros groin gluant, ou qu'un frelon asiatique mal inspiré ne vienne me piquer les parties tandis que je suis ainsi, les mains prises et le cul à l'air, en position de faiblesse. Mais c'est certainement aussi un reliquat traumatique de l'époque où mes parents nous emmenaient avec eux hanter les campings naturistes du grand Sud-Ouest. Ce temps béni durant lequel je ne me déplaçais qu'en courant, fuyant le regard putatif des autres, les mains cramponnées à mon tee-shirt que je tirais à l'avant et à l'arrière, le plus loin possible en direction du sol...

Enfin je pousse la porte. Je détache les sangles de mon sac à dos et le lâche sans ménagement en plein milieu de la carrée. Sans même me déchausser, je file aux toilettes tout en essayant de dégrafer frénétiquement la fermeture éclair de mon pantalon de randonnée. J’appuie sur l’interrupteur en soufflant comme un crapaud sur le point d'éclater. La petite salle qui s’illumine ne ressemble pas à ce qu’elle est d’habitude. Elle est entièrement recouverte, du sol au plafond, d’un carrelage avec imprimé de dégradé brique, typique des années 70. Ici, il n’y a pas de cuvette. L’évacuation des matières se fait par un trou bizarre, situé au beau milieu de la pièce et qui tient plus de l’égout que des chiottes « à la turque ». Plus j’y pense, et plus je trouve que ça ressemble vraiment à une douche à l’italienne, en fait. Cette excentricité aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais le besoin de vider ma vessie en feu est tellement puissant que je ne peux pas y réfléchir plus avant.

D’ordinaire, je m’appuie toujours de la main gauche en haut du mur situé en face de moi. Le contact froid des carreaux de terre cuite me permet de vérifier que je suis bien dans le monde réel. Mais là, la paroi est trop éloignée et je ne voudrais pas risquer de glisser et tomber de tout mon long dans la pisse. Alors je me mets en position cambrée, jambes écartées et légèrement fléchies, histoire d’éviter de m’asperger le bas du pantalon avec de vicieuses gouttelettes rebondissantes et je vise la grille en plastique posée sur la bouche. Ça y-est, j’ouvre les vannes. Le liquide chaud et ambré tant retenu s’extirpe de mon méat urinaire comme des lames de rasoir.

Bizarrement, quelque chose trotte à l’arrière de mon crâne, un peu comme lorsqu’on a oublié de faire un truc très important, mais qu’on ne se rappelle plus de quoi il s’agit. Je contracte mon périnée, le jet s’éteint en goutte à goutte. Je réfléchis : qu’est-ce qui peut bien me préoccuper à ce point ? Inquiet, j’observe mon environnement. Tout à l’air à peu près normal. Je suis bien dans MA cabane, dans MES toilettes et personne ne m’espionne. Je fais un petit écart pour toucher le mur. Il est bien là, frais et humide, comme à son habitude. J’ai beau me creuser la cervelle, rien ne vient contredire cette idée. Et puis l’envie impérieuse de me soulager obscurcit toute ma capacité de jugement. Je dois absolument faire les choses dans l’ordre : d’abord pisser, puis réfléchir. Logique imparable. Alors je me remets en position et j’envoie une nouvelle giclée brûlante dans l’égout.

Quelque chose coule le long de mon aine. Je me réveille d’un coup et stoppe immédiatement les machines.
— Bordel, m’exclame-je ! J’ai failli pisser au lit, comme quand j’étais petit ! J’aurais jamais dû picoler autant hier soir. Quel con ! Ça m’apprendra, teh !

Je me lève d’un coup, attrape une poignée de kleenex pour buvarder sommairement les dégâts et file terminer mon urination dans mes vrais WC, qui ne ressemblent décidément pas à ceux de la cabane dans laquelle je me rends la nuit, dans presque tous mes rêves, depuis quelque temps déjà. J’ai encore des vertiges alcooliques de la veille et je m’appuie au mur pour bien viser. La bière, c’est sympa, mais il faut bien qu’elle ressorte quelque part, une fois qu’on en a ingurgité deux litres !

Ce faisant, je réfléchis : « quand j’étais petit », c’est un abus de langage ! La dernière fois que j’ai pissé au lit, je devais avoir dans les 16 ans. N’empêche, c’est quand même incroyable de se faire auto duper comme ça, par ses propres rêves, à cinquante-trois ans passés ! Je n'arrive pas à comprendre comment je peux être capable de me retenir pendant toute une journée mais que, une fois couché, je sois obligé de rester sur le qui vive, au cas où. C'est comme si ma vessie sans fond le jour devenait fainéante la nuit. Il paraît que c'est lié à mon problème d'apnée du sommeil, diagnostiqué il y a seulement quatre ans. Mais je pense que cette propension à l'énurésie date de bien avant.

Je ne me souviens pas de quand ça a commencé. Il me semble que j'ai toujours pissé au lit, sans interruption, depuis ma plus tendre enfance et ce, jusqu'à la puberté. Et puis un jour, comme ça, sans prévenir et sans raison, alors que je m'étais fait à l'idée que je vivrais sûrement toute ma vie (que j'espérais par conséquent très courte) affublé de cette tare congénitale, j'ai arrêté d'un coup d'un seul, au seuil de l'âge adulte.

******

Mais revenons au commencement. Je suis né le 27 août 1971 à Cognac, un vendredi soir autour de 23h45. D'ordinaire, c'est le moment idéal pour tout un chacun de se jeter un dernier petit apéro dans le gosier, avant de rentrer en titubant dans ses pénates, tout en balbutiant quelque ineptie. Moi j'ai choisi ce jour et cette heure précis pour pousser mon premier vagissement.
Mon premier souvenir date de l'année de mes trois ans, et c'était un cauchemar (comme par hasard). Je me rappelle que mes parents avaient installé mon lit à barreaux dans le couloir (car ma chambre servait à héberger temporairement une grande tante de mon père, qui était très vieille et très malade - ça, on me l'a raconté). Mais je me souviens avec précision de ce rêve : des milliers d'araignées de toutes tailles grouillaient au plafond et me tombaient dessus en faisant de gros "ploc !", comme la pluie d'un orage printanier sur un Vélux. Certaines descendaient doucement, accrochées à leur fil, d'autres me dégringolaient dessus en chute libre. Mes hurlements de terreur nocturne ont réveillé ma mère et le cauchemar a immédiatement pris fin, me laissant secoué de sanglots dans ses bras rassurants.
C'est amusant car je n'ai en vérité jamais eu peur des araignées. Mais ce rêve monstrueusement réaliste est le premier dont je me souvienne, aussi clairement que si c'était hier.

Ensuite, à peu près à la même période, je me rappelle de l'école maternelle Jean de la Fontaine. Ma première maîtresse s'appelait madame R. C'était une femme sèche et anguleuse,  au teint cireux, avec des petits yeux perçants sous de grosses paupières gonflées. Elle portait une coiffure châtaigne, filasse et courte. Dans mes souvenirs, elle avait toujours une voix criarde et arborait une moue de dégoût, comme si elle détestait les enfants. Je corrige : comme si elle me détestait, moi, tout particulièrement. Cette femme fut mon premier contact avec l'école et cela a, je pense, déterminé tout le reste pour moi.
Je crois que je suis resté deux ans dans cet établissement scolaire. Je me rappelle des siestes obligatoires, de m'être ouvert le menton en tombant d'une grosse pierre et d'avoir fomenté un plan avec deux camarades de classe (dont une fille) pour casser la gueule d'un enfant plus petit que moi. Tout ça parce que je le trouvais trop laid.

Evidemment, ma mère a aussitôt été convoquée par la directrice et m'a obligé à donner mon jouet préféré à ce malheureux gamin. L'année d'après, j'intégrais les effectifs de l'école Jean Macé. C'est là que j'ai tenu mon premier stylo pour autre chose que pour dessiner. Et c'est là qu'on m'a forcé à apprendre à écrire de la main droite, alors que j'utilisais naturellement la gauche. Ma mère pensait que j'étais ambidextre, mais j'ai toujours su que j'étais gaucher : mon oeil et mon ouie directeurs sont également à gauche. Lorsque je marche, c'est toujours le pied gauche qui démarre et c'est aussi du bras gauche que je suis le plus fort. Bref, je suis ce qu'on appelle un gaucher contrarié, même si cela n'a jamais été diagnostiqué comme tel par les sachants. À l'époque, être gaucher était encore considéré par la société comme une forme de handicap, un défaut de fabrication qu'il fallait à tout prix corriger. Tels les missionnaires en Afrique, qui tentaient de convertir les peuples indigènes païens au christianisme de gré ou de force, les instituteurs de la vieille école n'avaient de cesse que de tuer dans l'oeuf les gauchers récalcitrants. Je pense avoir été une de leurs victimes, comme tant d'autres, dans les années 70. Aujourd'hui, les choses ont évolué dans le bon sens : on laisse les gauchers être qui ils sont et c'est tant mieux.

Je ne peux pas le prouver, car l'énurésie peut avoir de nombreuses causes différentes, comme le facteur génétique, par exemple, un TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) ou une croissance ralentie du système urinaire, mais je suis persuadé que l'école et notamment cette correction de ma "gaucherie", (dont je me souviens parfaitement), aussi appelée "sinistralité" (autant de termes négatifs pour décrire quelque chose de tout à fait naturel, autant qu'une identité, du reste), est co-responsable de toutes ces années de pipi au lit. L'école a fait de moi ce que je suis aujourd'hui, et ça n'a pas été tous les jours la fête !

À peu près à partir de mon entrée au CP à l'école Paul Bert, je me souviens que mes parents commençaient à s'inquiéter au sujet de mon incontinence nocturne (et diurne : à cette époque, je faisais également caca dans mon slip tout en faisant le tour du quartier à vélo, mais ça, je vous le raconterai une autre fois...). Jugez un peu : j'avais six ans et je pissais encore au lit, toutes les nuits sans exception, comme un bébé. Le matin, ma pauvre mère devait me désincruster des draps souillés et me pousser jusqu'à la douche où elle me briquait au savon pour faire partir l'odeur rance de l'ammoniac collé à ma peau. Mes draps étaient mis à laver et on recommençait inlassablement le même cirque, chaque jour. Ma mère a essayé tout ce qu'elle pouvait pour me faire arrêter, mais il n'y avait rien à faire.

*****

Le réveil au milieu de la nuit ? Ça ne fonctionnait pas. D'abord parce que j'avais le sommeil trop profond, mais aussi parce que le pipi semblait savoir à l'avance à quelle heure ma mère allait débarquer. Soit c'était trop tôt et je me présentais devant la cuvette avec deux ou trois pauvres gouttes (et je pissais le reste dans mes draps une heure plus tard), soit c'était trop tard et alors il ne me restait plus qu'à filer à la salle de bains, tandis que mes parents changeaient mes draps. Ceci sans qu'ils aient l'assurance que je ne les re-souille avant la sonnerie du réveil, une ou deux heures plus tard.

On a essayé le "pipi-stop". C'est ma tante qui nous avait prêté cette machine infernale, en nous garantissant une efficacité à toute épreuve : ça avait marché sur un de mes cousins. Ce dispositif ingénieux, mais complètement inutile sur moi, se présentait sous la forme d'une valisette en plastique kaki, contenant un système électronique composé d'un détecteur d'humidité relié à une alarme. Le détecteur était glissé dans une couche que je devais porter pendant mon sommeil, et était censé me réveiller au moment où je commençais à uriner. Mais là encore : chou blanc. J'ai toujours eu un sommeil agité. Même encore aujourd'hui ; je n'ai jamais compté combien de fois ça arrive par nuit, mais je me tourne et me retourne très souvent, au grand dam de ma compagne (qui ignore tout de sa chance : j'aurais pu ne jamais arrêter de pisser au lit !).
La couche n'a jamais tenu en place. Je me retrouvais chaque matin avec les parties génitales à l'air au milieu d'une mare d'urine déjà froide, lorsque le détecteur daignait enfin sonner. La sirène qu'émettait ce truc diabolique était absolument abominable. C'était un genre de couinement électronique continu et suraigu, capable de réveiller un mort. Mais chaque fois trop tard, dans mon cas.
Heureusement, le gadget maltraitant (qui n'aurait même pas mérité le concours La Pine) est vite retourné à son envoyeur.

On a essayé le "traitement homéopathique" (Sulfur 7 CH et Pulsatilla 5 CH). C'était la grande mode au début des années 80 ; ma mère était fan et les petites boules de sucre ont toujours leurs aficionados en 2024, alors que plus personne ne peut ignorer la supercherie, à moins d'habiter dans une grotte ! Ça ou pisser dans un violon... Et donc, là, sans surprise : ça n'a pas fonctionné non plus.

On a essayé les menaces, les punitions, les prières, les supplications... Même le médecin de famille n'a rien pu faire non plus. Peut-être que mes parents ont testé d'autres recettes, sans que je le sache ? Peut-être ont-ils sacrifié des agneaux pour contenter leur Dieu ? Si ça se trouve, il ont même envisagé, dans leur immense désespoir, de m'abandonner sur une aire d'autoroute, de m'envoyer chez les fous ou de me couper le zizi, qui sait ?
En tout cas, ils ont essayé de dédramatiser (ou de conjurer le mauvais sort) en m'achetant le single de Pippo Franco qui a fait un tabac auprès de la jeunesse italienne dans les années 80, intitulé "Mi scappa la pipi" (j'ai envie de faire pipi). Mais il n'y avait vraiment rien à faire.

Je me souviens de la peur indicible qui m'étreignait, chaque fois que je devais aller dormir ailleurs que dans mon lit. Je n'aurais jamais accepté de participer à une soirée pyjama et fort heureusement, on ne m'en a jamais proposé.
À 12 ans, j'étais toujours énurétique. Je pissais au lit une à deux fois par semaine, parfois plus, selon mon niveau de stress. Je me souviens d'un été au cours duquel j'ai été invité par ma tante (celle du pipi-stop) à passer des vacances avec mes cousins dans la résidence secondaire de mon grand-père, à Musson, dans la banlieue rurale de Royan. Tous les lits étant occupés, je me suis retrouvé dans l'obligation de partager celui de mon cousin (qui avait trois ans de plus que moi, avait déjà sa taille adulte et du poil au cul et ne souillait plus ses draps depuis quelques années). Le premier soir, il m'avait demandé si je pissais encore au lit (c'était notoire, dans la famille). Puis devant mon affirmation, il m'avait demandé combien de fois par mois. Je lui ai menti. "Une fois". "Et tu as pissé ce mois-ci ?" (Il pensait sûrement pouvoir passer entre les gouttes...). "Non", avais-je répondu, ce qui était vrai mais j'avais envie d'entretenir le suspense. Il m'a fait jurer de me retenir au moins toute les nuits de la semaine et j'ai tenu bon. J'ai même pensé que ça-y-était, j'étais guéri. Mais une fois rentré chez moi et à l'approche du retour à l'école, les chutes du Niagara étaient évidemment reparties de plus belle.
Dans le courant de cette nouvelle année scolaire, alors que je souffrais en première année de quatrième, notamment avec la pire prof de français que j'aie jamais eu et qui a bien failli me dégoûter à tout jamais de lire et d'écrire, j'ai eu l'occasion de partir en voyage scolaire en Allemagne avec ma classe. J'étais logé dans une famille mono parentale, et j'avais une correspondante prénommée Maria. Bien sûr, j'ai pissé au lit dès la première nuit, et c'est assailli par la honte que j'ai recouvert mon forfait du mieux que j'ai pu avec ma couette, puis j'ai dissimulé mon pyjama trempé dans un placard de ma chambre. Je me suis douché et je suis parti au collège avec Maria. J'avais presque oublié ce douloureux épisode, quand, une fois rentré à la maison, j'ai retrouvé mon lit entièrement refait avec des draps propres et mon pyjama lavé et plié, posé délicatement sur la couette. La mère de Maria était psychiatre de métier. Elle n'est jamais revenue sur ce triste épisode pendant le reste de mon séjour, mais je savais qu'elle savait et j'avais tellement honte que je l'ai évitée le plus possible, alors qu'elle a vraiment été adorable avec moi, par ailleurs.

Plus tard, alors que nous passions l'été dans un camping à Montalivet (mes parents étaient adeptes du naturisme.  C'étaient les années 80, souvenez-vous !), je me suis réveillé dans ma canadienne à nouveau mijotant dans une mare de pisse. Ma mère, sans doute excédée, et on la comprend, avait sorti mes draps, les avait lavés et étendus sur le fil à linge tendu entre la caravane et un pin des Landes, au vu et au su de tous. Je ne me suis jamais senti aussi mal que ce jour-là, même si personne ne m'a jamais fait la moindre réflexion à ce sujet.

Oui, j'ai vécu toutes ces années avec la peur et la honte. Peur que mon secret soit éventé et que tout le monde se foute de moi au collège puis au lycée, à l'école biblique, au sport, en ville, partout. Et honte de ne pas réussir à contrôler ma vessie la nuit, malgré mon âge avancé.

Alors oui, petit à petit, le délai entre mes flaques de pisses s'est allongé (mais la taille des flaques également, puisque ma vessie grandissait aussi avec moi). À 14 ans, c'était une fois par semaine ; vers 15 ans, une fois toutes les deux semaines. À 16 ans (j'étais en seconde), une fois tous les deux mois. Au fur et à mesure que je grandissais, mon sommeil se faisait de plus en plus léger et j'arrivais à comprendre de mieux en mieux les mécanismes de l'énurésie : à chaque fois qu'un "petit accident" (comme on appelait ça, entre nous) survenait, c'était parce que j'avais rêvé que j'allais aux toilettes. Alors je me suis mis en tête de contrer mon esprit tordu en mettant en place des petits rites. Depuis, chaque fois que l'envie me prend, je m'appuie sur le mur, histoire de vérifier le contact froid du carrelage ou du ciment sur ma main. Ce rituel peut paraître stupide, mais à force de le pratiquer, j'ai pu l'inclure naturellement dans mes rêves. Et donc à chaque fois que mon cerveau m'entraîne du côté des obscur des cabinets, je suis en mesure de vérifier (normalement, sauf cas rare où mon esprit est tellement embrumé que mes trucs et astuces le sont aussi) que je suis bien en train de rêver, ou non.

Et puis entre la seconde et la première, mes parents m'ont envoyé en séjour linguistique en Espagne. J'ai pris presque 20 cm en deux mois. Je n'ai pas pissé au lit de tout l'été. Et quand je suis rentré à la fin août, c'était terminé. La puberté était passée par là. La chape de plomb qui m'avait maintenu dans cette triste condition de mutant dégénéré s'était évaporée. Enfin. J'étais devenu normal, comme les autres. Ou presque.

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D'ailleurs j'ai presque fini par oublier que j'avais pissé au lit jusqu'à l'âge de 16 ans. Le temps est passé et je me suis retrouvé au service militaire après avoir foiré mes études d'anglais. À ma décharge, je ne voulais pas être prof, comme mes parents. Moi je voulais intégrer une école de journalisme ou une école de bande dessinée, mais je n'ai pas su trouver la force de m'imposer. Je n'avais pas un dossier formidable et pour mes parents, c'était plus simple que je suive leurs traces, puisque j'avais des facilités dans la langue de Shakespeare. Mais je me suis ennuyé à la fac. J'ai fini par ne plus y aller au bout de quelques mois. Mais là n'est pas le sujet. Lorsque j'ai enfin constaté mon échec universitaire, j'ai été placé devant un carrefour : soit je reprenais sérieusement les mêmes études (c'était hors de question !), soit je partais à l'armée, puisque, né en 71 et parfaitement valide, j'étais dans l'obligation d'effectuer mon service national. J'ai donc choisi cette seconde voie et je suis parti en gendarmerie, en service long, tant qu'à faire. Avec le recul, je pense que je cherchais à me punir moi même de mon oisiveté. Vers la fin de mes 16 mois, encouragé par mon commandant de brigade, je suis allé passer les examens pour entrer en école de sous-officiers de la gendarmerie nationale. Pendant mon service, j'avais obtenu une lettre de félicitations après avoir obtenu des informations décisives ayant mené à l'arrestation de cambrioleurs qui sévissaient dans les environs de ma brigade d'affectation, d'où l'incitation du gradé à ce que je poursuive dans la profession. Moi même, après tout ce temps au contact des forces de l'ordre, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Il y avait certes du bon, mais il y avait aussi (et surtout) des choses sombres qui ne matchaient pas du tout avec mes propres convictions.
Bref, le jour de l'examen est arrivé et je me suis retrouvé assis à une petite table, parmi de nombreux autres candidats en uniforme, à répondre à toute une batterie de tests psychotechniques et de QCM, tous plus infects les uns que les autres. Je pense avoir foiré les test destinés à mesurer mon intellect. Je n'ai jamais été très bon en logique pure. Je me pose trop de questions, je cherche la petite bête, je perds trop de temps... Quant aux test censés mesurer mon quotient émotionnel, j'ai cessé de répondre au bout d'une vingtaine de questions.
Parce que parmi les affirmations, auxquelles on devait répondre si on était "d'accord", "plutôt d'accord", "plutôt pas d'accord" ou "pas d'accord" (je cherche encore à comprendre les nuances...), m'était demandé toutes les 3 questions et de façon subtilement différente à chaque fois si je faisais pipi au lit.
— Mouillez-vous vos draps ?
— Êtes vous énurétique ?
— Avez-vous déjà eu des urinations nocturnes ?
— Faites-vous pipi au lit ?
Comme si j'allais dire la vérité, si ça avait été le cas...
À la sixième du genre, je n'ai plus noirci de case. J'ai souligné la phrase et griffonné un rageur "C'est une obsession chez vous, ou quoi ?" dans la marge étroite, puis j'ai posé mon stylo et croisé mes bras. Je me souviens du regard suspicieux de l'examinateur et du petit sourire en coin entendu que je lui ai renvoyé, genre "t'inquiète, gros, j'ai bien tout fini !". J'ai su à cet instant précis que, quoiqu'il se passerait à l'avenir, je ne serais jamais gendarme de métier. J'ai ensuite passé un entretien bluffant devant un capitaine qui se réjouissait déjà de récupérer une recrue aussi prometteuse que moi. Mais je savais une chose que lui ne savait pas encore... j'avais définitivement fermé cette porte.
En ratant délibérément mon examen d'entrée chez les képis, j'ai eu l'impression de vaincre mon traumatisme d'enfance une seconde fois. 💪

Et jusqu'à aujourd'hui, je n'ai plus eu honte ou peur de ma vessie flemmarde. Mais depuis quelques temps, je me remets à rêver des WC. Serais-je en train de (re)devenir incontinent ? À 53 ans ?
Et le meilleur, dans tout ça ? Figurez-vous que ma fille m'a fait la même ! Je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a comme une leçon pleine d'ironie à tirer de cette aventure. Mais qu'en faire par la suite ?

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Il y a quelques jours, ma cousine (la sœur de celui qui pissait aussi au lit autrefois et qui a été sauvé par la haute technologie du Pipi Stop !), à qui j'ai fait lire ce texte (qui est plus une ébauche de souvenir qu'autre chose) m'a posé une question existentielle : en quoi ce traumatisme d'enfance a déterminé l'homme que tu es aujourd'hui ? Qu'a-t'il modifié dans ton comportement, dans ton caractère ?
Sur le moment, je n'ai pas su quoi lui répondre. J'avais besoin de réfléchir plus longuement à ce sujet.
J'ai laissé passer deux semaines, pendant lesquelles la question a tourné en tâche de fond à l'arrière de mon crâne.
Ce trauma a renforcé ma capacité à m'adapter à l'adversité. Il m'a appris la résilience, le dépassement, puis à assumer mes actes, fussent-ils involontaires (ou du moins à être capable d'en parler sans honte). Il m'a donné le sens de l'autodérision et m'a appris à relativiser.
Voilà pour les points positifs. Mais d'un autre côté, il a surtout renforcé mon besoin d'être reconnu par mes pairs (les autres humains) comme une personne normale, sans tare rédhibitoire. En bref, je cherche à me faire apprécier, sinon aimer. En conséquence, je porte un masque à deux faces, qui ne tient qu'à un fil : celui du gars bonhomme et serviable qui rechigne à dire non, et celui du rigolo et bon vivant qui n'hésite pas à verser dans la caricature la plus obscène pour amuser la galerie. 
Mais loin à l'intérieur, je vis dans le stress permanent d'être perçu comme nul, inutile, voire nuisible. J'ai peur de passer pour un taré infréquentable, tout en conchiant la norme et en raillant le pouvoir et l'autorité dès que j'en ai l'occasion. Donc en résumé, j'oscille sans cesse entre faire le clown (parfois jusqu'à l'outrance) et tenter de passer pour un gars sérieux et fiable, capable de raisonner (tout en ne sachant pas si le subterfuge fonctionne).
Tout cela me donne l'impression de passer ma vie à marcher en équilibre précaire sur une slackline mentale, au-dessus d'un puits obscur et sans fond. C'est souvent épuisant.

Mais ce trauma m'a également doté d'un esprit rêveur, qui aime fuir une réalité qui lui est douloureuse et difficile à oublier. Contrairemement à mon grand-père, qui dormait peu et pensait que "dormir, ce n'est pas vivre", moi je préfère largement les bras de Morphée. Car c'est dans les rêves que je puise la matière première de mes romans. D'ailleurs, ce sera plus ou moins le thème de mon prochain livre !
Mais on ne peut pas dormir 24h/24. Il faut de temps en temps payer ses factures et se nourrir pour que le système perdure. C'est sans doute pour cette raison que je m'anesthésie régulièrement la vie. D'autres ont des poisons différents, mais le mien, c'est l'alcool. La bière belge, essentiellement, mais aussi le vin rouge (j'ai un faible pour le Rioja). Moins souvent les alcools forts, et dans ce cas, c'est le Jack Daniel's, sec et sans glace, que je sirote.
Oh, je ne suis pas alcoolique, comme on l'entend généralement. Je peux me passer de boire pendant des semaines sans que ça n'altère en rien mon comportement quotidien. Mais disons que la consommation d'alcool induit un état second qui rend la vie plus supportable. L'alcool m'assure que les masques vont bien tenir et m'aide à supporter ceux des autres ; il m'ouvre les chakras de l'imaginaire et me donne surtout l'envie d'aller me coucher plus vite... Alors je m'enivre jusqu'à en être à moitié estourbi. Mais pas trop... Boire de la bière, ça donne aussi envie de pisser !
Avec l'expérience, je bois rarement à en être malade. Je ne mélange plus les combustibles et je m'arrête avant d'avoir le syndrome du bateau. Et si jamais j'ai mal au cheveux au cours de la nuit, ça se résoud tout seul, sans Doliprane, pendant mon sommeil. Je ne dis pas que je me réveille frais comme un gardon, mais je me dis que ça ira. Et effectivement, à chaque fois, ça passe ! C'est l'alcool magique !
Je plaisante.

Mais pour en revenir au sujet du début, ce traumatisme d'enfance, c'est, je pense, le détonateur. La raison pour laquelle j'exorcise ma vie en l'écrivant. Alors, on dit merci qui ? Merci pipi au lit !