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mercredi 8 juillet 2026

C'EST PAS SORCIER, MAIS C'EST OBSESSIONNEL !


Lorsque je vends nos livres sur le stand des éditions Astobelarra, on me demande souvent comment j’écris les miens. Apparemment, écrire des romans, ça semble être une prouesse pour le commun des mortels, mais en ce qui me concerne (et sans vouloir passer pour un petit prétentieux), il n’y a rien d’extraordinaire : ce sont juste des idées, un carnet, un stylo et surtout beaucoup de temps. Le reste, il y a de grandes chances pour que vous l’ayez appris à l’école ou dans les livres que vous lisez (si vous lisez). Comme je l’ai déjà écrit ici, les rêves que je fais la nuit sont ma principale source d’inspiration ; ce qui se prête bien à mon genre de prédilection : le fantastique. Mais ensuite, comment ça se passe ?

Il n’y a pas de recette type. Chaque écrivain possède son propre mode de fonctionnement, qui ne conviendrait sans doute pas à un autre. L'enjeu étant de trouver lequel est le sien propre. Moi j’ai compris comment je fonctionnais après Pandémie, le tome 2 de L’infection (mon troisième livre). Ce dont il faut bien être conscient, c’est que tout est une histoire de… temps qu’on consacre à son œuvre. Et de passion. J’écris tous les jours, que ce soit pour mes romans, mon blog, ou autres…

Par exemple, j’écris en détail tous mes rêves dans un calepin ou sur Notes, une appli de mon smartphone. Je les mets en forme et soit je les garde pour moi, si c’est trop intime, soit je les publie sur Instagram ou sur mon blog quand ça le mérite. Parfois, ces historiettes en restent là. Parfois, mon cerveau arrive à faire des liens entre elles et alors une trame émerge du brouillard. Je distingue un semblant de chemin.

Une sorte de ligne temporelle sur laquelle des événements se placent de façon plus ou moins logique. Au départ, c’est souvent un début, un milieu et une fin. Parfois quelques jalons timides se calent entre chacun de ces trois principaux cairns. Ce sont soit des rêves, soit des personnages, soit des anecdotes réellement vécues (par moi ou un/une autre) et que je modifie et transpose dans le récit.

En général, cette timeline très succincte me suffit pour ressentir les premiers soubresauts électriques du flow dans mes entrailles, sous ma peau. Je commence comme ça. Et peu à peu, au gré du temps qui passe, de mes trajets professionnels pendant lesquels je laisse mon esprit vaquer divaguer (j’effectue plus de 30 000km par an pour mon travail, alors vous savez, j’ai du temps pour réfléchir), les choses se mettent en place.

Comme je l’ai dit ailleurs sur ce blog, j’ai beaucoup de mal à me mettre à rédiger au long cours, si je n’ai pas au moins huit heures d’affilée disponibles. C’est pour ça que j’écris mes romans essentiellement pendant mes congés ou week-end. Mais tout se joue dans mon cerveau en tâche de fond. En gros, je préécris mes livres dans ma tête. Je construis mes personnages, je trouve mes mots, j’agence mes phrases de manière virtuelle avant de les coucher sur mon ordinateur (et de les réarranger si nécessaire – et croyez-moi, ça l’est !).

Il me faut environ un an à un an et demi pour terminer un premier jet. Ensuite, je laisse « reposer la pâte ». Parce que lorsque j’écris, c’est comme une course de vélo : je suis le nez dans le guidon et je ne vois que ma roue avant et les 10 prochains mètres. Souvent, la route est lisse et calme, mais gare aux chausse-trappes et à la pluie ! Je trouve cette métaphore très classique mais appropriée (et d’actualité).

LA PASSION, COMME FRANÇOIS PIGNON

Un à deux mois plus tard, je reprends mon manuscrit : je relis, je corrige, je rajoute, je supprime, je peaufine avec un esprit frais. Ça me prend à peu près un mois de plus (quand je ne le fais pas pendant mes congés, sinon, deux semaines suffisent). Ensuite, j’envoie ce premier jet corrigé au comité de lecture, afin d’avoir leur avis. Un mois plus tard, j’ai obtenu leurs retours constructifs et je me remets à l’ouvrage, précisant ceci, reformulant cela… car j’ai toujours du mal à lever le nez du guidon ! À ce propos, avez-vous remarqué à quel point c’est compliqué de se relire ? C’est comme si notre cerveau refusait de le faire : « Nan, je sais déjà ce que ça raconte, pas la peine que je me casse le cul. Allez, salut ! ».

Mais je ne suis pas toujours tous les conseils des collègues d’Astobelarra à la lettre parce que je suis le seul à savoir vraiment ce que j’ai en tête. Et comme je ne révèle jamais tout (notamment dans mon dernier livre, qui aura une suite), leur jugement peut parfois être biaisé… Mais je prends ce qu’il y a à prendre. J’en ai à peu près pour un mois de travail supplémentaire avant de pouvoir dire sans honte : ça y est, je suis prêt !   

Vous voyez : il n’y a rien de sorcier. C’est juste une histoire de passion (la même que celle qui anime François Pignon avec ses cathédrales en allumettes, dans Le Dîner de cons, pour ceux qui n’auraient pas la réf.) et d’organisation du temps de travail. Comme toute médaille, il y a un revers… Tout ce temps, si précieux, qu’on consacre à son œuvre, on le vole forcément à quelqu’un. Oui, ça ne doit pas être de la tarte de me supporter au quotidien, dans mes périodes de créativité.

J’en ai bien conscience et j’en suis désolé pour toutes les victimes collatérales (essentiellement mes proches et mes collègues de boulot). Mais ça va avec ce que je suis : on prend le tout (le bonhomme et ses défauts) ou on ne prend rien. J’ai encore des tas d’histoires à raconter et je ne suis pas prêt à en sacrifier une seule.

En fait, je réalise que j’ai beaucoup de similitudes avec le personnage principal de mon nouveau roman, Un Cauchemar sans nom : je suis un grand adulescent totalement égocentré, au comportement addictif et obsessionnel. Malheureusement, je crois bien que ce sont aussi quelques unes des « qualités » nécessaires pour écrire des romans. Ou, plus largement, pour créer quoi que ce soit d’artistique.

Envie d'en savoir plus ? Jusqu'au 20 juillet 2026, vous pouvez précommander mon dernier roman (véritable métaphore du métier d'écrivain – je précise) à cet endroit précis ! Non seulement vous filerez un petit coup de pouce aux Éditions Astobelarra, mais en plus, vous économiserez 5,70€ (frais de port inclus) car après cette date, ce sera plein tarif pour tout le monde ! Alors on arrête de tergiverser et on sort sa CB ! 😁 

lundi 29 juin 2026

TTUN-TTUN AGUER, PERSONNAGE RECURRENT

Si vous avez lu mes précédents livres, alors vous connaissez Antton Aguer, dit Ttun-ttun. Antton, c’est l’archétype du petit patron local, imbu de pouvoir, et doté d'un égo surdimensionné, méprisant et pourri jusqu’à la moëlle. Un type ne reculant devant aucune exaction pour obtenir ce qu'il convoite et qui n’a qu’un plaisir dans sa vie : tenir celle des autres entre ses doigts.

C’est un entrepreneur autoritaire à la limite de la psychopathie, dont les activités industrielles sont philosophiquement très discutables. C'est également un petit notable de province, un politicien véreux et sans morale qui ne supporte pas la contradiction ou la mise en dérision de sa personne.

Au fond, Ttun-ttun est comme tout le monde. Il voudrait laisser une trace de son passage sur terre et qu’on le considère comme un bienfaiteur (il rêve d’avoir une rue à son nom, mais n’aura que les chiottes publiques) alors qu’en réalité, sa spécialité, c’est la prise illégale d’intérêts, la manipulation des faits, le mensonge, la menace, voire la violence si rien d’autre ne fonctionne.

En fait, sous une croûte superficielle sèche, dure et amère, c’est un faible, un enfant gâté qui veut tout et tout de suite. Je vous l’avoue, je prends un malin plaisir à l’humilier dans mes romans (dans la trilogie L’infection, dans Le Moment ou jamais et, bien entendu, dans Un Cauchemar sans nom –  toujours en précommande ici, à ce jour), au nom cette forme de justice poétique dont je suis friand.

Évidemment, mon Antton Aguer n’existe pas dans la réalité. C’est une caricature absolue. Le réceptacle de toutes les tares que j’ai pu rencontrer dans ma vraie vie professionnelle et personnelle, chez mes congénères (du moins ceux qui jouissent d’une petite autorité, quelle qu’elle soit). Dans ma tête, je trouve qu’il ressemble physiquement à Aimé De Mesmaeker (dans Gaston Lagaffe).

C’est un pratiquant invétéré des sept péchés capitaux (je pense qu’il y en a plus que sept chez Ttun-ttun) qui représente l’humanité dans ce qu’elle a de plus crasse, de plus vulgaire, de plus indigne. C’est un personnage qu’on aime détester tout en le trouvant ridicule. Un genre de polichinelle bête et méchant, mais qui s’ignore.

Vous l'aurez compris, Antton sert de démiurge social contre lequel se débattent mes autres personnages. Il est l’obstacle, la figure d’autorité qu’il faut renverser ou ridiculiser afin de s’émanciper du chaos social, par opposition au chaos narratif que j’invente et décris en parallèle, dans mes romans.

Enfin, si vous ne l'avez pas déjà fait, vous pouvez précommander à prix d'ami (vous économiserez 5,70€) Un Cauchemar sans nom dès aujourd'hui ! ↴
https://www.helloasso.com/associations/astobelarra-le-grand-chardon/collectes/reservez-un-cauchemar-sans-nom-le-nouveau-roman-d-etienne-h-boyer



vendredi 19 juin 2026

"DÉBORDER BOLLORÉ", AUTOPSIE D'UN #ARPENTAGE

Mercredi soir, j'ai participé à la soirée "arpentage" organisée par la librairie Tandem, à Mauléon-Licharre

Je ne sais pas si vous savez de quoi il s'agit, mais en gros, l'arpentage, c'est :

1) choisir un livre,
2) le découper (au sens littéral) en autant de portions que de participants, 
3) chacun lit sa partie pendant 30 minutes, 
4) chacun restitue ce qu'il a lu en 3 minutes, 
5) enfin, on débat !

Notre session portait sur l'essai "Déborder Bolloré" et nous étions 7 participants (seulement). Le sujet me parlait alors je me suis inscrit.
J'y suis allé sans trop savoir "à quelle sauce j'allais être mangé" (et surtout avec un super préjugé : ON NE COUPE PAS UN LIVRE EN MORCEAUX, SACRILÈGE !!!).
Mais finalement, j'ai trouvé le concept très cool et instructif à la fois. 

Entre autres choses, j'ai découvert que le "capitaine d'industrie" Vincent Bolloré, au travers de ses activités industrielles, de ses choix politiques (même s'il s'en défend), de ses accointances avec l'extrême droite (même s'il s'en défend aussi), de ses intentions suspectes, est exactement le genre de type que j'adore détester. Notez que je le savais déjà, mais dans ce livre quasi journalistique, il y a des sources.

J'ai également appris que les petites maisons d'édition s'organisent pour lui faire la nique, même si ça me semble globalement relever de l'utopie. On voudrait y croire :  il serait possible de déborder, de déboulonner Bolloré. Ce qui ne sera pas facile puisque le bougre est blindé de pognon et a visiblement un doigt dans chaque trou du cul de ceux qui nous gouvernent.

Bref, l'arpentage, c'est vraiment une façon originale de découvrir (de donner envie d'acheter) un livre et surtout, ce n'est pas un concept restreint aux essais. Ça peut aussi s'organiser sur de la fiction, ce que m'a confirmé Marianne, de la librairie.
 
Et ça, c'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd ! 
Il va juste falloir que je dépasse l'idée de sacrifier un de mes bébés... 
Je ne suis pas sûr d'être capable de découper même un exemplaire qui serait malencontreusement tombé dans le trou des chiottes !

En attendant, si vous avez envie d'embarquer dans le cauchemar avec moi, mon prochain livre est en souscription ici à 13€ (frais de port inclus) au lieu de 15 + fdp : 

dimanche 21 juillet 2024

Le moment ou jamais en précommande, ici et maintenant !


J'ai profité de ces quelques semaines de repos forcé (je me suis cassé le poignet...) pour terminer les corrections de mon nouveau roman, "Le Moment ou jamais". Le livre est fin prêt et le BAT est même en cours de production. Je devrais le recevoir dans le courant de la semaine, si tout va bien ! 

Et comme je voudrais que le roman sorte pour les salons du livre de l'automne, j'ai mis en ligne une campagne de souscription : http://tinyurl.com/LMOJ2024. Cette campagne, qui durera jusqu'au 17 aout, vous permet de précommander le livre à 13€ au lieu de 14€ le jour de sa sortie ; vous recevrez votre exemplaire dédicacé chez vous (ou en main propre, selon le cas) et les frais de port sont inclus. Le nom des souscripteurs figurera dans les remerciements du livre à la page 241.*

Voici les détails techniques que je peux d'ores et déjà vous communiquer : 

ISBN : 9791090126459 - Nombre de pages : 248 - Prix unitaire : 14€ - Sortie officielle septembre 2024.

* Beaucoup d'entre vous pourraient être tentés de zapper la souscription pour prendre le livre au moment de sa sortie. "Je préfère te le prendre à toi, tu auras un euro de plus, etc..." Sachez que même si vous me le prenez à moi, l'argent va directement à l'association : je ne touche pas de royalties sur mes œuvres littéraires. C'est un choix personnel auquel je me suis toujours tenu, et ce depuis la publication de mon premier livre. 

Pourquoi je fais ça ? 

1/ Je ne suis pas sensible à l'appât du gain. Et j'ai déjà un employeur qui me paie pour mon travail. Ceci n'est pas une critique à peine voilée à l'endroit de mes confrères auteurs. Chacun fait ses choix et tous sont respectables ; le mien, c'est de laisser tout à mon éditeur. 

2/ Et puis même si je vends mes livres, les sommes gagnées seraient tellement dérisoires que ça me mettrait mal à l'aise (lire ici pour info). 

3/ Je n'écris pas pour gagner de la thune, mais pour mon plaisir personnel (et le vôtre aussi, j'espère). 

4/ Le fait de savoir que mes livres seront lus (et peut-être même appréciés) par des générations d'êtres humains bien après mon passage sur cette Terre suffit à mon bonheur. Un peu de moi restera et c'est tout ce qui compte, même si c'est très vain.

5/ Cet argent récolté, c'est aussi pour que les autres auteurs de l'association (qui sont tous nettement plus talentueux que moi), puissent sortir leurs propres œuvres dans des conditions acceptables. Je ne le fais pas par esprit de sacrifice, mais parce qu'ils le méritent. Parce que cette maison d'édition associative le mérite. 

Donc voilà, si vous voulez vraiment nous aider à continuer, c'est en répondant positivement à nos appels à souscription. Avec HelloAsso, vous avez la garantie que toutes les sommes récoltées iront à Astobelarra, et que toutes les souscriptions seront honorées. Personne n'a eu à se plaindre jusqu'à aujourd'hui ! Merci de votre attention et n'oubliez pas : http://tinyurl.com/LMOJ2024 !!!




mercredi 7 juin 2017

Inédit : la moitié du chapitre "Tout vient à point…"

Comme promis puisqu'on a passé les 1000 € de dons sur ma cagnotte helloasso, je publie ici la moitié du chapitre 5 : "tout vient à point..." qui se déroule en Soule. Il met en lumière deux personnages secondaires du premier tome. On va dire que c'est la partie "romanesque" du livre. 

Pourquoi je ne publie ici que la moitié du chapitre? Tout simplement parce que je ne peux pas le publier dans son intégralité. Trop d'éléments y sont divulgués et ce serait donc gâcher le suspense de mes lecteurs.

A NOTER : Je ne l'ai pas encore relu ni modifié (je prends une semaine de congés pour ça à la fin du mois), donc soyez indulgents, merci ^^. 

Tout vient à point…

Elle en avait rêvé depuis des mois, des années et même deux décennies si on comptait la doucereuse époque de la maternelle. Bien qu’à cet âge-là, le concept même de l’Amour – tel qu’elle le vivait à ce moment précis de sa courte vie – lui ait été complètement étranger. Tout au plus pouvait-on parler de sentiments amicaux exacerbés. Non, à bien y réfléchir, le véritable sentiment amoureux pour Beñat avait commencé à l’étreindre lorsqu’il était passé en sixième et elle en CM2. Elle était restée une année de plus à l’école communale de Libarrenx, tandis que lui entrait au collège de Mauléon-
Licharre. Ce fut la première fois qu’elle ressentit cette forme de vide, de manque obsédant qui vous possède corps et âme lorsque l’être aimé s’éloigne des yeux et du cœur. Ils ne se voyaient même plus les soirs, après l’école, ou les week-ends comme avant. Désormais assommé de devoirs, le garçon, pas très studieux de nature, avait vu son temps libre se réduire comme peau de chagrin. Et dès qu’il avait expédié ses rébarbatifs exercices de maths et ses leçons d’histoire ou d’anglais dont il ne voyait pas du tout l’intérêt, il devait rejoindre son père à la bergerie afin de lui donner un coup de main avec les brebis. C’était presque "un homme" à présent. Il fallait qu’il mette un peu la main à la pâte s’il voulait pouvoir reprendre l’exploitation agricole lorsqu’il serait en âge, ce dont il n’avait évidemment pas vraiment envie. Mais il n’avait pas eu le choix : le paternel taciturne et buriné avait la main leste sur les animaux comme sur ses propres enfants.

Xantiana ne le revit pas davantage durant les années collège : un an de différence, c’est fou comme ça compte, à l’adolescence. Elle se souvenait parfaitement qu’il l’avait même rudoyée la première et unique fois où elle avait essayé de s’incruster dans son groupe de camarades. En outre, la place était déjà prise par une, voire des filles un peu plus formées et moins farouches qu’elle. Se sentir repoussée ainsi l’avait découragée et meurtrie jusqu’au lycée. Elle avait alors essayé de l’oublier dans les bras d’autres garçons. Elle avait presque fini par y arriver avec Pascal Hastoy, de cinq ans son aîné. Mais là encore, elle fut déçue par la lâcheté de la gent masculine. Pascal n’étant pas un jeune homme très réputé pour le sérieux de ses relations amoureuses, avait essayé de la refourguer à son meilleur ami lorsqu’il en avait eu marre d’elle, c’est-à- dire au bout de quelques semaines de bécotages insipides, de mains malhabiles dans le soutif et de vaines tentatives de l’entraîner dans son plumard. Son meilleur ami, qui n’était autre que l’abominable thon décérébré répondant au nom de Patrice Bodin. Ce même triste personnage aujourd’hui soupçonné d’être un cruel tueur en série, auteur d’une vingtaine de meurtres dans la capitale souletine l’année passée ; l’assassin présumé du précédent président des Français, qui devait maintenant croupir lamentablement quelque part en taule, ou dans un hôpital psychiatrique. C’était tout ce qu’il méritait, tout ce qu’elle souhaitait à ce monstre, qu’on aurait dû diagnostiquer comme fou dangereux bien plus tôt. Il y avait pourtant des signes avant-coureurs…
Puis elle songea qu'une loi permettant d'enfermer préventivement les gens pour délit de faciès ou comportement excentrique n'était peut-être pas une si bonne idée, après tout. Les prisons étaient déjà assez surchargées... 
Enfin bref, elle avait évidemment renvoyé l’infortuné Bodin paître comme un malpropre.

Puis vint l’année du baccalauréat. Tandis que Beñat entamait sa seconde année de BTS électromécanique – désignant du coup son frère cadet comme seul héritier de la ferme familiale, celle que ses amis surnommaient affectueusement Xanti se préparait à partir étudier la gestion et la comptabilité à Pau. Elle était devenue une jolie brunette bien appétissante, quoi que fluette et timide. Ce sont peut-être ces deux dernières caractéristiques qui avaient empêché le jeune séducteur de la remarquer parmi la meute de supporters féminines qui venaient l’applaudir, lui, la coqueluche du SAM Rugby, les dimanches après-midi au stade Marius Rodrigo.

Et puis quelques temps plus tard, probablement pistonné par l’entraîneur de l’équipe – bien qu’il le niât farouchement –, Beñat, toujours célibataire endurci, était entré en tant que mécanicien chez Antton Aguer Industries. La chance sourit enfin à Xantiana, lorsqu’elle apprit qu’un poste de comptable se libérait dans la même entreprise. Elle se débrouilla alors pour se faire recruter avant même la fin de l’année scolaire et l’obtention de son diplôme. Elle s’était ensuite liée d’amitié avec Maddalen Etchegaray, la responsable du service expédition, qui traînait régulièrement son haleine trop mentholée pour être honnête et sa vulgarité assumée à la suite de celui qu’on appelait alors – dans son dos – "le Casanova de l’atelier mécanique". Elle intégra sans difficulté le petit groupe qui se retrouvait en dehors du travail, certains soirs de la semaine et, d’une manière générale, tous les week-ends.
Enfin, le chemin vers le cœur du jeune homme lui était tout tracé ! Malheureusement, tout fut temporairement compromis avec l’arrivée de Mathilde Joubert. Cette rouquine incendiaire originaire de Bourgogne avait fait tourner la tête à plus d’un homme dans l’usine, mais aussi partout où elle avait traîné ses guêtres en Soule. Xantiana n’arrivait pas à être jalouse, car la jeune femme, fraîchement débarquée à Mauléon s’était vite révélée être une "âme pure", une vraie amie, altruiste et désintéressée. Mathilde avait tout de suite deviné le profond mal de vivre de Xanti, son amour clandestin et clairement à sens unique pour le beau Beñat. 
Ce dernier, malgré un nombre incalculable de"râteaux" essuyés, continuait jour après jour de trouver Mathilde à son goût et potentiellement accessible. Jusqu’à ce que Patrice Bodin ne la tue, elle et sa collègue Maddalen, un soir maudit au cours duquel elle avait préféré rester à s’enivrer avec Beñat et ses amis, lors du concert du dimanche, à Müsikaren Egüna, plutôt que d’accompagner Maddalen chez son amie.

Xantiana avait souffert de la disparition tragique des deux filles. Elle avait pleuré Mathilde de toutes ses forces, avait même maudit son meurtrier sur plusieurs générations, comme le lui avait appris sa grand-mère un peu "sorcière". Mais le douloureux épisode avait eu un effet bénéfique : il l’avait inéluctablement rapprochée de Beñat, le jour de l'enterrement de Maddalen. Elle ne sut jamais s’il avait eu pitié d’elle ce jour-là, s’il avait simplement voulu la consoler lorsqu’il l’avait prise dans ses bras et qu’il avait fini par l’embrasser, ou si la mort de Mathilde lui avait enfin ouvert les yeux quant aux sentiments qu’elle éprouvait à son égard.
Cela lui posait un douloureux cas de conscience, qu’elle tentait vainement de refréner, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de remercier le malheureux hasard – ou sa bonne étoile – d’avoir fait en sorte que Mathilde ne soit plus jamais un obstacle.

*****

Beñat, quant à lui, n’avait jamais vraiment fait attention à Xantiana avant la mort subite de Mathilde. Certes, il la connaissait depuis sa plus tendre enfance, ils étaient du même village également, mais il n’avait jamais trouvé la jeune femme très séduisante. Ou du moins : il ne s’était jamais attardé sur son cas, tout simplement parce que son aspect physique – s’il était loin d’être repoussant – n’avait pas l’exotisme affriolant qu’il recherchait d’ordinaire chez une femme. Elle avait ce qu’on a coutume d’appeler aujourd’hui "le type basque" : l’œil sombre, le cheveu épais et corbeau, la peau mate, et la taille relativement petite, autant de caractéristiques témoins de lointaines origines bohémiennes, oubliées avec le temps. Un physique somme toute assez classique en Soule. En outre, son caractère en apparence distant et réservé ne donnait pas spécialement envie de faire le premier pas.
Il se rappelait n’avoir pas été très tendre avec elle, pendant l’ingrate période de l’adolescence. Il l’avait sciemment ignorée pendant des années, à vrai dire, et l’avait même carrément trouvée insignifiante, en comparaison avec Mathilde. Mais la voir ainsi écrasée de chagrin lui avait donné envie de la recueillir et de la protéger comme un pauvre petit moineau blessé qui aurait percuté une voiture sur l’autoroute. Et ce sentiment lui avait fait découvrir un nouvel aspect de sa propre personnalité, une espèce de sensibilité exacerbée qu’il avait auparavant toujours considérée comme une faiblesse et qu’il avait pris soin d’étouffer, tout au long de sa vie.

Ce n’était pas de l’amour à proprement parler, mais juste une impression inconnue qu’il apprenait maintenant à apprivoiser, aux côtés de Xantiana. Une sensation pesante et en même temps tellement libératrice, qu’il n’avait encore jamais ressentie avec aucune autre femme. Oui, c’était cela : en sa présence, il se sentait enfin libéré du masque d’acier qu’il s’était patiemment forgé pour se donner une contenance en société, cette apparence artificielle de sportif rigolard un brin obsédé et prompt à faire fondre les filles. Enfin, pas toutes, seulement les plus superficielles, mais elles étaient suffisamment nombreuses et "affamées" pour qu’il puisse s’en contenter. Maintenant, il pouvait enfin être lui-même sans en éprouver de honte. 
C’est pour cette raison qu’il resta avec elle, dans un premier temps. Et puis, peu à peu, il avait fini par trouver cette relation de couple assez confortable et gratifiante. Elle lui conférait un semblant de standing social plutôt appréciable, une certaine crédibilité d’adulte rangé dont il avait toujours rêvé et qui, enfin, s’offrait à lui.
Ce fut à peu près à ce moment-là qu’il réalisa que Xanti ferait une épouse parfaite pour lui, doublée d’une excellente mère pour la nombreuse descendance qu’il comptait lui donner. Elle-même semblait aux anges. Elle irradiait littéralement de bonheur à la perspective de cet avenir prometteur et se donnait à son homme sans compter. Elle aussi rêvait d’une vie stable et d’une famille nombreuse, même si le monde partait en sucette, et que plus personne n’était en sécurité, désormais.
Elle était mue par un impérieux instinct de survie qui ne faisait qu’accroître son désir de se reproduire. Elle se sentait désormais capable de tout réussir, peu importaient les difficultés qu’elle pourrait rencontrer à l’avenir, tant qu’elle aurait Beñat à ses côtés.

Et bien souvent, c’est dans des instants pareils qu’on s’attend le moins à devoir endurer la frustration et le ressentiment. C’est pourtant exactement ce qui tomba sur le jeune couple, quelques mois plus tard, lorsque le gynécologue de la polyclinique d'Oloron Sainte Marie apprit à Xantiana qu’elle ne pourrait jamais avoir d’enfants.

*****

A l'heure où j'écris ces lignes, il reste encore 370€ avant d'atteindre le plafond de ma cagnotte. Allez, ça peut être plié avant ce week-end. On y va => https://www.helloasso.com/associations/astobelarra-le-grand-chardon/collectes/aidez-nous-a-sortir-l-infection-t2-pandemie-par-etienne-h-boyer 
Merci d'avance ^^

vendredi 2 juin 2017

Mon EDC (Everyday Carry) d'écrivaillon [article NON sponsorisé]


Comme je le raconte dans cet article de mon autre blog, je me suis constitué, au fil des années, un EDC (Everyday Carry - que je fais par définition toujours suivre avec moi, où que j'aille) d'écrivaillon que j'ai réuni dans un cartable un peu "roots" en peau de chèvre de chez Gusti cuir. Ce sont en gros les accessoires dont j'ai besoin quasiment au quotidien pour faire fonctionner ma vie... culturelle? Créative? De personal branling?

On y retrouve quoi, dans cet EDC ?

- Un netbook Acer Aspire One avec une sacoche de protection en silicone, son câble d'alimentation et une petite souris optique (je hais le fait de travailler avec un pad). Super important pour écrire n'importe où et n'importe quand avec un confort relatif, ou regarder mes séries préférées quand je n'ai pas envie de travailler. Je l'ai acheté pour mon voyage aux USA et même si la connectique laisse un peu à désirer et que le démarrage est un peu long, j'en reste relativement content.

- Un appareil photo compact Canon Powershot A3200 IS, son étuis de protection semi rigide TnB, son chargeur de batterie et une carte mémoire supplémentaire de 16Go. Pourquoi un appareil photo, alors que j'en ai déjà un par défaut dans mon smartphone? Pour la qualité des images et des vidéos, tout simplement. Depuis que je ne fais plus de correspondance de presse, je fais moins de photos, mais je trimbale tout le temps ce petit appareil, au cas où...

- Ma trousse avec mes stylos, feutres, markers, encres de chine... J'utilise le plus souvent des stylos à bille noirs à capuchon, grands classiques de chez Bic, un critérium point fine et une gomme blanche Staedtler Marsplastic. Sans oublier le stylo pinceau de Pentel pour les dessins ou les dédicaces, quand j'en fais.

- J'utilise un certain nombres de cahiers. Divers petits carnets Oxford (sans spirales car c'est trop gênant pour écrire quand on est comme moi, un gaucher contrarié) pour rédiger mes idées, raconter mes rêves ou juste noter des phrases bien construites qui me passent pas la tête. Un cahier active book, toujours d'Oxford, pour noter tout ce qui n'a pas un rapport direct avec mes livres (comptes rendus de réunions Astobelarra, rendez-vous...) et un carnet relié à feuilles blanches (sans marque) pour tout ce qui est dessins, briefs, etc.

- Mon manuscrit imprimé en cours. En ce moment, évidemment, c'est "L'infection T2 : Pandémie", que je compte bien sortir cet automne aux éditions Astobelarra - Le Grand Chardon. A ce propos, si vous n'avez pas encore souscrit, c'est par là que ça se passe : https://www.helloasso.com/associations/astobelarra-le-grand-chardon/collectes/aidez-nous-a-sortir-l-infection-t2-pandemie-par-etienne-h-boyer!

- Un disque dur externe Samsung M3 de 1 teraoctet ainsi qu'une clé USB publicitaire (Immersive Lab) de 2 Go pour les sauvegardes. Je sauvegarde aussi mes textes dans des e-mails et dans un dossier Google Drive spécifique. On n'est jamais trop parano...

- Et puis une batterie externe pour ne pas tomber en rade, des écouteurs pour ne déranger personne avec ma musique de merde, un chargeur USB, un stylo publicitaire (TANu, ça le fait bien), un couteau de poche Nontron Navette 38 (il faut qu'il ait au moins une lame, un ouvre bouteille et un tire-bouchon - la base de la vie, quoi), un tube de Ventoline (en cas de crise d'asthme, ce qui ne manque jamais de m'arriver au printemps). Ah oui, il y a aussi 2 pâtes de fruit emballées, au cas où je serais parti sans prendre de petit-déjeuner. 

- Enfin, un ou deux bons livres. J'en lis souvent plusieurs à la fois, pour ne pas me lasser trop vite et surtout pour ne pas me laisser influencer par un style d'écriture en particulier.

Voilà, vous savez tout sur cet EDC un peu particulier. Je vous ai fait un inventaire très propret, à la limite du monomaniaque, mais si vous voyiez vraiment l'intérieur de ce sac, vous rigoleriez... J'y fourre aussi tout un tas de bordel qui va du catalogue d'éditions concurrentes aux factures en retard, en passant par des tickets de caisse illisibles et autres junk sans intérêt. 

mardi 16 mai 2017

Campagne de dons Aidez-nous à sortir "L'infection T2 Pandémie" cet automne !

Bonjour les amis!

Je viens de lancer une campagne de crowdfunding HelloAsso (<= cliquez sur le lien !) pour financer la sortie du tome 2 de L'infection : "Pandémie". Alors oui, je sais que vous êtes super sollicités pour acheter ci, pour acheter ça... Comme nous tous, quoi...

Mais il se trouve qu'en ce moment, c'est un peu la dèche chez Astobelarra - le Grand Chardon. Nous avons GRAND besoin de votre aide et de vos dons pour pouvoir boucler notre programme de parutions 2017.
Et sur ce coup-là, nous n'avons pas été gourmands : notre objectif est seulement de 1500€, soit grosso modo le coût de revient de l'impression de 300 exemplaires du livre ; ça ne devrait pas être trop compliqué à atteindre...
Je rappelle à mes aimables lecteurs que nous sommes une association Loi 1901, et de ce fait, si nous récoltons plus d'argent que l'objectif défini, les fonds iraient évidemment aux projets suivants qu'on espère nombreux et de grande qualité, comme toujours.

L'idée de cette cagnotte, c'est qu'en fonction de vos dons, vous pourrez recevoir des contreparties sympathiques dès la sortie du livre (prévue pour l'automne 2017) :

Propulsé par HelloAsso

Alors voilà, je sais qu'on va beaucoup vous rabâcher les choses dans les 3 mois qui viennent, mais cette opération est super importante et pour l'auteur (moi, donc), et pour l'asso et ses bénévoles. N'hésitez pas à faire circuler l'info autour de vous, à la partager sur vos réseaux sociaux !

Loin de moi l'idée de paraphraser les restos du cœur, mais on compte VRAIMENT sur vous sur ce coup-là. Merci d'avance pour ce petit coup de pouce qui nous permettra de remonter la pente !

Alors c'est parti : 
Propulsé par HelloAsso