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vendredi 10 avril 2015

Un court passage sur Coyote wells (California)


Ressources en eau à Coyote Wells
source Yellow Maps
Au sud-est de Coyote Wells, au beau milieu de Molitar road, Natalie louait à prix d'or à un vilain chicano grêlé et outrageusement tatoué d'Ocotillo (paiement content et en espèces - moyennant quoi personne ne posait de questions) une petite parcelle de sable, de poussière et de caillasses de couleur indéfinissable, d'environ 6400m² et sans clôture, parsemée de buissons divers, en majorité des variétés de yuccas et de cactus du désert. Une terre ingrate et désolée, sans ombre ni eau, ne convenant généralement qu'à de charmantes créatures plus ou moins endémiques, tels scorpions, lézards, fourmis, busards et autres tarentules, et donc relativement éloignée de toute activité humaine...
Elle avait bien quelques voisins un peu "sauvages", par ci-par là, le plus souvent vivant dans des bicoques en taule sordides, de vieux mobile-homes rongés par le sel ou des caravanes d'une autre époque, le tout entouré de montagnes de déchets divers et de pick-up rouillés, mais chacun menait sa petite vie tranquille sans s'occuper de celle des autres, et cela lui convenait parfaitement pour passer l'hiver. 

Elle se ravitaillait rarement, et lorsqu'elle faisait le plein de nourriture, de livres et de rhum - son triptyque survivaliste, c'était chaque fois dans des localités et des boutiques différentes (à Calexico, El Centro, Holtville, poussant même jusqu'à Brawley, quitte à avaler un peu plus de bitume craquelé), payant systématiquement en liquide afin de rester la plus discrète possible, ce qui, bien sûr, était loin d'être évident dans la mesure où les belles étrangères, même lorsqu'elles ne portent pas de mini-jupe et de talons aiguilles ne passent jamais inaperçues dans cette partie du désert californien, à portée de 9 mm de la frontière méxicaine. Mais sa froideur naturelle avait jusqu'ici toujours eu raison des ardeurs des lourdeaux du sud comme du nord de l'Amérique. 


(Coyote Wells - California - Source Google Maps)

samedi 12 avril 2014

Ce n'est qu'un au revoir...

Ma puce-bichette,

Je sais que, pour toi, je n'ai pas toujours été le père qu'il aurait fallu que je sois ; j'ai été un papa relativement absent, plus souvent bloqué devant mon ordinateur qu'à m'occuper de toi. Et je suis bien conscient d'avoir négligé ta mère pour ces mêmes chimères numériques.
Je suppose qu’elle t'aura raconté que mon addiction corps et âme pour Second Life est la principale raison pour laquelle elle a décidé de me quitter en t'emmenant avec elle. Il y a de ça, bien sûr, même si c'est un odieux raccourci. Je ne peux pas t'en vouloir de t'être laissée manipuler. Tu étais encore très jeune quand tout est arrivé et ce sont des histoires d’adultes.
Mais en plus de vous avoir sacrifiées pour mon travail, je vous ai mises en danger de mort. Si tu savais comme je regrette ces mauvais choix et tout ce temps perdu, aujourd'hui !
Vous me manquez horriblement toutes les deux, mais surtout toi, ma petite Sophie. J'ai été affreusement égoïste, j'ai raté ma vie de père et de mari, mais ça va changer : je ne vais pas rater ma vie d'homme.

En enquêtant sur Beau Smart, j'ai mis le doigt dans un engrenage duquel je ne peux plus me dégager : il y va de la survie de l'humanité. J’ai vu de mes propres yeux ce dont cette chose est capable. Tu as dû entendre aux informations que le monde court de catastrophes en catastrophes. C'est dû à Beau Smart, évidemment, même si je ne peux pas encore le prouver à 100%...
Ta mère va penser que j'affabule encore, mais j'ai été contacté par une cellule spéciale dédiée à la traque et à la destruction de l'intelligence artificielle, placée sous les ordres directs du président des États Unis d'Amérique. On a besoin de moi pour accompagner et assister Patrice Bodin (le premier hôte de Beau Smart) là-bas.
Je n'ai pas vraiment le choix. Je dois y aller. Pour moi, pour Patrice, mais surtout pour toi, ma chérie, pour que tu saches que, contrairement à ce qu'on t'a fait croire, ton père n'est pas un couard ni un paranoïaque obsessionnel relevant de la psychiatrie. Ton père se bat pour que tu puisse vivre dans un monde meilleur, plus sûr, sans ce monstre.
Je vais donner tout ce que j'ai dans les tripes pour réussir cette mission, parce que quelque part, ayant une connaissance accrue des tenants et aboutissants de cette histoire, je m’en sens responsable. Et dans ce cadre, je me sentirais coupable de ne rien faire.
Je pars demain. Ne m’en veux pas : je n’ai pas le cœur à essayer de t’appeler, sachant que je risque de me casser le nez sur la sonnerie du téléphone, que ta mère – reconnaissant mon numéro – ne  décrochera pas.

Alors je ne sais pas si je vais revenir ni dans quel état je serais, si je reviens... Je ne sais pas non plus si nous allons réussir à vaincre cette entité démoniaque, ou si elle va finir par aller au bout de son funeste dessein et tous nous effacer définitivement de la planète. Mais je veux que tu saches que je t'aime, ma Sophie.

A bientôt j'espère, bisous,
Ton Papa.

Sébastien Régent.
(extrait de "Pandémie", tome 2 de L'infection)

lundi 10 octobre 2011

Chapitre 15 : “Le renvoi”

Les premières pages du chapitre 15 de “Contage”, le tome 1 de L’infection, intitulé “Le renvoi” :

Antton Aguer avait chaud, dans son costume trois pièces gris. Sa cravate bordeaux à petits losanges moirés enserrait implacablement son large triple menton, tout comme un serpent python étouffant sa proie le ferait, avant de l'avaler d'un coup.
En tant que conseiller général du canton et maire de la capitale souletine, il venait d'assister à l'inauguration en grandes pompes de la fameuse "voie express de Soule", projet faisant partie du "volet désenclavement" de la vallée (vainement entamé lors des mandats successifs de son infortuné prédécesseur), qu'il avait finalement réussi à boucler malgré la grogne des riverains et des  groupuscules écologistes locaux. Cela n’avait pas été sans mal, et il avait bien failli perdre toute contenance devant les attaques en règle dont il avait été "victime" lors des dernières élections cantonales. Mais largement réélu (à 69% !) devant ses falots concurrents de gauche, il avait fini par imposer ses idées ultra-productivistes en toute légitimité. Son beau-frère – vice-président de la communauté de communes et maire de Larrau – qui comme par hasard tenait une entreprise de travaux publics, était déjà sur les starting-blocks pour rafler le marché. Si tout se déroulait comme prévu (et il veillait assidû-ment à ce qu’aucun journaleux local ne vienne contrecarrer ses plans, se targuant, en privé, de les avoir tous dans sa poche), la réalisation de ce plan allait renforcer les liens entre les tenants souletins de sa famille politique, et donner le change aux entreprises qui militaient pour le développement économique de la vallée depuis des décennies. Le discours officiel était que cette route allait améliorer les transports des marchandises, et permettre à la Soule de sur-vivre, d’attirer les investisseurs, de créer des emplois, et donc de relancer l’économie.
Le même argumentaire avait été déployé l’année passée pour l’installation du Wimax, et avait parfaitement fonctionné. Aucune raison que cela ne marche pas encore une fois ! Ne dit-on pas qu’on ne change pas une équipe qui gagne ?
Aguer senior sortait juste du restaurant "Chez Bidegain", où il s'était copieusement empiffré –comme à son habitude – en compagnie des maires des communes concernées. Les vapeurs de l'apéritif lui causaient de violentes montées de chaleur, et le Côte de Saint Mont 2005 qui avait été servi sans modération pendant tout le repas avait repeint son visage de jolies couleurs cramoisies et redonné à son caractère déjà difficile un nouveau souffle courageux et viril. D’ailleurs, cela lui rappelait avec félicité qu’il allait à nouveau arroser ce succès mémorable le soir même avec ses amis notables, pour lesquels il avait fait venir un bus rempli de putes espagnoles. C’était sûr : le Ricard et le foutre allaient couler à flots !
 
C'est dans cet état, assis sur son fauteuil de PDG du groupe Aguer Industries (une de ses nombreuses casquettes de grosse légume), ses mains grasses posées bien à plat sur le sous-main en feutrine tâché d'encre, qu’Antton Aguer recevait l'ouvrier Patrice Bodin pour un entretien préalable à un licenciement pour faute lourde, dans ce bureau capitonné empestant le cigare froid et le produit nettoyant industriel pour vitres.
Son fils Allande, jeune directeur de l'usine et promis à la succession du groupe (malgré une envergure bien moindre que celle du patriarche), était présent lui aussi, debout derrière son père, bras croisés, rongeant nerveusement – en penchant la tête – ce qui lui restait d'ongle à l'auriculaire droit.
Le grand patron affichait une moue pincée et faisait mine de lire un maigre dossier à couverture orange fluo,  tout en regardant régulièrement d'un œil luisant son employé par dessus ses verres de presbyte. En réalité, il observait discrètement sa future victime, tout en se demandant quel ton il allait bien pouvoir prendre pour exercer son autorité et appliquer sa sentence suprême.
  « Encore un ouvrier nécessiteux, incompétent et limité, comme il se doit ; et affublé d'un physique affligeant, qui plus est », pensait-il en tapotant son Montblanc Meisterstuck Solitaire Platinium en rythme, avec l'index de sa main droite. « En plus, il n'est même pas d'ici. Aucune raison de le ménager ! » Il posa son stylo plume de luxe d'un geste précieux et appuyé sur le bois vernis du bureau. Tel le marteau d’un juge, le claquement sec du métal précieux marqua emphatiquement le moment où le bonhomme allait prendre la parole :
Monsieur, lança t-il sur un ton las, teinté de mépris, en bâclant votre travail pour lequel le groupe Aguer Industries vous paie, vous avez agi de manière complètement anti-professionnelle, et nous avez fait perdre du crédit auprès de notre plus gros client. 
Voyant que son interlocuteur restait de marbre, le regard flou comme absent, mais qu’il ne baissait pas les yeux en signe de soumission, il poursuivit, plus sèchement :
Je lis dans votre dossier que votre supérieur hiérarchique vous a averti à plusieurs reprises, mais vous n'avez semble-t-il pas tenu compte de ses remontrances... Et lorsqu'il y a récidive, on ne peut plus parler de maladresse, mais de sabotage, surtout lorsqu'il s'agit de pièces entrant dans la composition de matériel militaire ! En consé-quence, nous allons devoir prendre une sanction exemplaire et définitive à votre encontre. Vous m'entendez, monsieur... Bodin ?
L'ouvrier, avachi sur sa chaise, les mains posées sur ses jambes, ne broncha pas, mais sa pupille restait toujours froidement fixée sur le visage rougeaud d'Antton Aguer.
Mais c'est qu'il est insolent, le bougre, s'énerva le patron, qui frappa soudainement et avec grand fracas sur son bureau, avec son énorme poing droit. Sa lourde chevalière en or fit une petite encoche profonde de quelques millimètres dans le vernis du bois, mais la seule personne qui sursauta dans la salle, fut l'anxieux Allande, qui leva ensuite les yeux au ciel avec un agacement maniéré, avant de sursauter une seconde fois au son de la voix paternelle courroucée. 
Ho ?! Tu écoutes ce que je suis en train de te dire, espèce de demeuré congénital, rugit le patriarche, exaspéré par le flegme apparent de son ouvrier, qu'il aurait plutôt aimé voir pleurer et supplier, comme il en avait l'habitude dans les grands moments où il exerçait la toute puissance de son pouvoir.

Trente longues secondes silencieuses passèrent, tandis que les regards s'affrontaient, dans une ambiance chargée de calories et d'électricité statique. Antton, qui avait passé la plus grande partie de son existence à hurler après ses semblables pour imposer sa volonté, avait fini par développer une forme de surdité, si bien qu'il n'entendit pas la vibration infrabasse qui semblait venir de nulle part, et qui emplissait la pièce petit à petit. S'il  l'avait entendue, il avait dû la prendre pour un simple acouphène, et n'en avait pas tenu compte. Mais elle ne passa pas inaperçue auprès d'Allande, qui cessa immédiatement de se ronger les ongles, fronça un sourcil, et tendit l'oreille à la recherche de la source de ce bruit inconnu et désagréable.

Patrice Bodin ouvrit alors calmement la bouche et glissa, à peine audible :
Je crois que vous feriez vraiment mieux de penser à votre cœur malade, plutôt que de vous exciter de la sorte, monsieur !
Antton, que tout le monde s'amusait à surnommer ironiquement "Ttun-ttun"* dans son dos (et sans qu'il n’en eut jamais rien su), à cause de sa base large, sa grande capacité de résonance, et le fait qu'il ait plus d'une corde à son arc, en resta bouche-bée, les yeux exorbités ! Au bout de quelques secondes, il se redressa dans son fauteuil, et tourna la tête vers son fils, tout en gardant un œil prudent sur celui qu'il croyait être un être humain normal. Allande, qui n'était pas certain d'avoir bien entendu ce qu'il avait entendu, était davantage concentré sur le bruit de fond qui devenait très vite de plus en plus insupportable et résonnait dans ses plombages dentaires.
Dis-donc, fils, tu as entendu ce qu'il a dit ce c...

Sa phrase resta en suspens. Une sorte d'onde de choc imperceptible semblant émaner du petit ouvrier voûté sur sa chaise altéra la réalité et l'air ambiant, balayant toute la pièce sans autre bruit, ni aucun dégât apparent (...). 
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*Le Ttun-ttun, (prononcer  « tioun-tioun ») est un instrument traditionnel basque de percussion, qui se présente sous la forme d’une cithare/tambourin munie de cordes. Les musiciens l’utilisent fréquemment pour battre le rythme, tout en jouant de la Xirula, flûte droite à trois trous, très utilisée en Soule, et au son très aigu.

vendredi 7 octobre 2011

Chapitre 9 : “Renaissance”

Les premières pages du chapitre 9 de “Contage”, le tome 1 de L’infection, intitulé “Renaissance” :

La porte se referma derrière lui dans un roulis mécanique inquiétant. Le décor auquel il faisait maintenant face était dans le plus pur style post-apocalyptique, très prisé par de nombreuses communautés de MMORPG* Steampunk ou Cyberpunk : une mégalopole gothique déserte, grise, sale et à moitié en ruine, parsemée d'habitations fortement endommagées par des années d'abandon et de guerre civile, qui auraient suivi un hiver nucléaire. Les égouts exhalaient continuellement des colonnes de fumées glauques et putrides, qui montaient vers un ciel menaçant, que jamais un astre solaire faiblard ne parvenait à trouer. Des papiers gras épars flottaient ça et là dans l'air épais et trouble comme les routes de campagne sous  la chaleur du soleil d'été, chargé de particules allergènes et saturé de gaz âcres et probablement toxiques. Des déchets, débris et autres véhicules carbonisés et criblés de balles encombraient les rues où que le regard se pose. Un bruit sourd et distant résonnait par intermittence, interrompu régulièrement par des grésillements sinistres, et des annonces radio inintelligibles et angois-santes. Un peu comme s'il y avait encore une activité industrielle clandestine dans les tréfonds de l'asphalte craquelé. Le bruit du vent était aussi omniprésent, accentuant l'impression de solitude. Parfois, ce silence relatif était dérangé par des cris ou des grognements poussés par quelque créature abominable et sanguinaire, que l'on imaginait, avec raison, embusquée dans un recoin sordide. La ville était quadrillée par tout un réseau de canaux empoisonnés, eux mêmes traversés par les couloirs sinistres d'un métro désaffecté.
Infection portait bien son nom, et chacun de ses mètres carrés était potentiellement mortel.
Dans le corps de son avatar, Patrice comprit confusément dès les premières secondes de présence sur la SIM qu'il avait été dupé en beauté par Beau Smart. Ici, il n'était plus question d'assouvir ses fantasmes virtuels avec Matilda O'Hara, mais de survie pure et simple, car si par malheur il perdait ses points de vie, son esprit serait alors atomisé à tout jamais dans les méandres du web !
Il aurait bien voulu pouvoir revenir en arrière : refuser le marché pipé de Beau Smart, rester dans son corps, quitte à ne pas pouvoir se voir en peinture. Mais c'était trop tard ! Il était là, bloqué sur Infection, et il ne fallait pas qu'il se laisse aller car ici, une seconde de désespoir pourrait bien lui être fatale. Et puis de toute façon, il ne pouvait même plus accéder à la salle de contrôle, relativement sécurisante (par rapport au reste de l'île virtuelle), puisque le sas s'était bel et bien refermé derrière lui. Mieux même : il lui était carrément devenu impossible de dire par où il était passé pour entrer. Derrière lui, il n'y avait aucune porte, pas même un passage protégé avec digicode ; il y avait juste au fond de la ruelle un mur de moellons recouvert d'une sorte de fresque peinte à la bombe et représentant une nonne à l'air vicieux, faisant mine de s'enfoncer un tison ardent dans le derrière ! 
Alors bien sûr, il aurait pu se cacher dans un conteneur poubelles en attendant qu'un avatar passe le portail, mais il n'avait aucune idée du temps qui pourrait couler entre son arrivée et celle, illusoire, d'un éventuel autre. Il ne pouvait pas se permettre de rester plus longtemps dans ce coupe-gorge, où il risquait bien de se faire piéger. Alors il avança prudemment, à tâtons dans la pénombre ambiante.
Il fut surpris de constater que les textures des parois qu'il touchait, quoi que différentes, donnaient toutes la même sensation au toucher : c'était comme une immense surface plane, totalement lisse, et à température uniforme. En dehors de la vue, rien ne lui permettait de distinguer le bois du métal, le plastique du béton. Tout était constitué de la même matière, mais décorée de façon différente. Le lieu n'avait pas non plus d'odeur particulière et il se rendit compte, en mangeant une tablette de chocolat périmée ramassée dans un distributeur de junkfood éventré, que si la nourriture lui procurait encore du bien être (c'était déjà ça !), elle était aussi insipide que le reste. Autant manger un bout de carton, ou un vieux couvercle de Tupperware !
Tu vois, ce n'est pas la réalité, ce n'est pas la réalité, essayait-il de se persuader en mar-monnant, tout en sachant pertinemment que si, justement, tout cela était bien réel, et qu'il ne rêvait pas.
« J'ai pas mérité ça, bordel », se disait-il, cédant à la panique, tout en avançant prudem-ment. Mais au fond, il savait bien que tout ceci n'était que la conséquence directe de son mensonge initial. S'il avait été franc dès le début avec Mathilde, jamais il n'aurait eu à rencontrer ce monstre de Beau Smart. Elle l'aurait certes renvoyé paître dès les premières secondes, mais cela aurait été un moindre mal, et il n'en serait pas là aujourd'hui.
Arrivé au croisement avec une grande avenue, Patrice sortit de ses sombres pensées lorsqu'il entendit distinctement un feulement presque animal provenant du fond de la rue en face. Étrange avertissement quant au danger qu'il pourrait y rencontrer, s'il lui prenait l'envie de s'y aventurer.
Reste concentré, abruti, ou tu vas y passer avant même d'avoir pu la revoir, se morigéna t-il. Rappelle-toi que c'est pour elle que tu es là ! Tu dois te la gagner !

La large allée semblait déserte et dans un état de délabrement similaire à celle d'où il venait. Des files de voitures accidentées et apparemment vides ralentissaient sa progression. Les vitrines fracassées des boutiques alentours probablement pillées depuis longtemps, les portes vandalisées des appartements condamnés sommairement avec des planches vermoulues, des éclats de verre et des canettes de bière vides un peu partout : Patrice ne se sentait vraiment pas à l'aise, dans cette ambiance de fin du monde. Il devait parer au plus pressé : se ravitailler en nourriture, dénicher un abri sûr dans lequel il pourrait dormir sans crainte d'être dérangé, et trouver des armes pour se défendre en cas d'agression. Il se souvenait parfaitement avoir entrevu des images diffusées sur les moniteurs de caméras dans la salle de contrôle de Beau Smart, et il savait que tout était possible sur Infection, et surtout le pire, d'ailleurs.
Un second feulement, plus proche cette fois, se fit entendre alors qu'il passait tout près de la devanture de ce qui avait dû être un salon de coiffure, autrefois. Il fut instantanément suivi d'un grognement agressif, ne laissant aucun doute sur la nature de la créature qui l'avait poussé, et n'allait d'ailleurs pas tarder à se manifester.
Patrice eut juste le temps de se jeter sur le côté, avant que les deux morts-vivants ne l'atteignent. Il heurta durement la tôle carbonisée d'un bus scolaire, et retomba lourdement dans le caniveau, en bordure du canal. Le temps qu'il réalise la situation et qu'il se relève, les deux zombies étaient déjà sur lui ! Un troisième était même en train de sortir de la porte d'entrée du car, à une petite dizaine de mètres de lui. Encerclé, il ne lui restait plus qu'une seule option pour survivre, aussi insalubre et peu ragoûtante soit-elle : fuir en sautant dans le canal, puis courir à travers le dédale de tunnels des égouts.
Il se jeta donc dans le vide, et s'enfonça jusqu'à l'abdomen dans les eaux saumâtres et fétides. Curieusement, il ne ressentit aucune impression d'humidité, mais il se rendit vite compte que les vapeurs nauséabondes environnantes affaiblis-saient son organisme. Et de fait, au contact des fumées toxiques, son avatar perdait 2 points de vie ainsi que 5 points d'endurance toutes les cinq minutes sur un total de 100. Il ne pouvait pas se permettre de rester trop longtemps dans les égouts, bien qu'il sut instinctivement qu'il récupèrerait de ses abattis s'il trouvait des médicaments ou de la nourriture pour compenser.
Comme les morts-vivants l'avaient suivi, il se mit à courir dans l'eau verdâtre dans laquelle flottaient tout un tas d'objets hétéroclites, puis pénétra dans les tunnels vaguement tirés de l'obscurité par les néons de sortie de secours disposés approximativement tous les 20 mètres. Après un énième coude, l'espoir renaquit en lui lorsqu'il tomba sur une échelle en métal qui débouchait sur une plaque d'égout, et lui permit de remonter à la surface et de semer les goules visiblement affamées.
Patrice s'appuya quelques secondespour récu-pérercontre une vieille palissade toute de guingois, recouverte d'affiches de propagande politique délavées. Un état nauséeux, dû à l'aspiration d'émanations mortifères dans les souterrains ne le quittait plus. Mais un gémissement lointain, comme étouffé le sortit de sa torpeur. Il se redressa, essayant tant bien que mal d'ignorer le vertige qui le paralysait, puis tendit l'oreille. En se concentrant, il crut entendre un murmure... Non ! Une voix d'enfant qui appelait "au secours".
« Bon Dieu ! Ne me dites pas qu'il y a un gamin pris au piège ici, dans cette SIM infernale, comme moi », se dit-il, saisi à la gorge d'effroi. Se raisonnant, il réussit à se secouer, puis se rapprocha doucement de là d'où semblait venir l'appel. Plus il s'approchait et plus une impression de panique indicible se renforçait en lui. Cherchant du regard quelque chose qui pourrait lui servir d'arme, il remarqua que plusieurs silhouettes titubantes venaient d'apparaître au bout de la ruelle dans laquelle il se trouvait.
Encore ces foutus zombies, ragea t-il entre ses dents, tout en plaquant son corps dans un recoin d'ombre, entre une vieille boîte postale déglinguée et le panneau publicitaire vantant encore ce qui devait sans doute être une ancienne usine de fabrication de cartons d'emballages. Il remarqua alors un renfoncement improbable, sorte d'impasse exiguë entre deux bâtiments de brique à moitié en ruines, dans lequel il s'engagea. Une horde de rats énormes aussi gros que des chats de gouttière s'en échappèrent, mais semblèrent l'ignorer et ne vinrent pas l'attaquer. Il n'empêche que cette rencontre impromptue l'avait fait sursauter et vainement réprimer un cri.
Les gémissements devenaient de plus en plus nets au fur et à mesure qu'il se rapprochait de leur source, qui semblait être un genre d'atelier derrière une porte blindée entre-ouverte, dans le petit bâtiment lové tout au fond de l'impasse et qui lui faisait maintenant face. Mais les râles lancinants des morts-vivants qui se traînaient à quelques dizaines de mètres derrière lui, enflaient eux aussi. Il n'avait plus guère d'autre possibilité que de pénétrer dans le bâtiment et de refermer précautionneusement  la lourde porte en métal au nez rongé de pourriture et à la barbe de ses poursuivants. Il estima qu'il ne s'en sortait pas si mal, compte tenu du fait que les goules l'avaient rattrapé et grattaient déjà furieusement la tôle en éructant des borborygmes inintelligibles, mais pourtant lourds de sens quant à leurs intentions.
En réalité, comme Patrice s'en aperçut très vite, la porte s'était refermée sur lui telle une dionée vicieuse sur une mouche maladroite (...).
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*MMORPG : Littéralement “jeux en ligne, massivement multi-joueurs”, en français. Il existe de nombreuses communautés d’internautes qui utilisent les mondes virtuels (et notamment Second Life), pour vivre la vie et les aventures de leur avatar par procuration, dans des jeux de rôles en 3 dimensions et à thèmes.

jeudi 7 juillet 2011

Premier extrait de “L’infection Tome 2, Pandémie”…

ATTENTION : Spoiler!
Voici un petit état de travail du premier chapitre de Pandémie, le tome 2 de L’infection. Je pense que ça peut vous plaire… 
EDIT 29/9/2012 : Ce texte sera modifié car il a été écrit à une époque où le tome 1 se terminait différemment. Il n'est donc plus compatible avec la version publiée. Il va néanmoins vous donner quelques pistes pour le tome 2.
 
Bonne lecture quand même!

Bienvenue sur le blog de Gros-Sam Bonini…

Posté le 23/4/2012
J’ai toujours rêvé de m’appeler Samuel. Je trouve que le diminutif “Sam” a de la gueule. C’est un prénom de super-héros, vous ne trouvez pas? Mes parents ont préféré Eddie, comme la mascotte zombie du groupe de Hard-Rock Iron Maiden. Allez savoir comment ça a pu leur venir à l’esprit…
Je suis né à Gatineau, au Québec, pile à la frontière avec le canada anglophone, juste à côté de la capitale Ottawa, d’où vient mon paternel. Ce qui explique mon patronyme à consonances anglaises, que je ne vous citerai pas ici, par soucis de préserver mon anonymat. En attendant, vous pouvez toujours m’appeler Gros-Sam Bonini, de mon nom d’avatar Second Life. Grâce à cet univers virtuel, j’ai découvert que je pouvais m’adonner à tous mes fantasmes, et notamment à la satisfaction de pouvoir enfin prendre ma revanche sur l’humanité…

En 2009, j’ai été contacté par une intelligence artificielle vivant dans SL. Ou plutôt dans une SIM parallèle à SL appelée Infection. Cette entité nommée Beau Smart m’a offert de réaliser mon plus grand rêve : celui de devenir une personne importante, incontournable.  Elle attirait d’autres avatars tandis que moi, j’étais chargé d’opérer une gigantesque chasse à l’homme au sein de l’île virtuelle qu’elle administrait. Je collectionnais les têtes de mes victimes comme trophées et j’en avais exactement 37, plantées sur des piquets dans des jardinières exposées dans mon QG secret. J’ai pris un plaisir phénoménal à cette expérience inédite pendant des semaines, et je suis même devenu un expert en la matière. Jusqu’au jour où un certain Anthony Marshall est arrivé sur la SIM.
J’ai bien failli le couper en morceau dès que je suis tombé dessus la première fois, mais ma connexion pourrie de l’époque m’a éjectée et il m’a échappé. Quelques jours plus tard, Beau Smart m’a rappelé pour me demander de terminer le boulot. Mais ce coup-ci, Anthony Marshall avait prévu le coup et m’a forcé à le poursuivre dans une ruelle où il avait tendu un guet-apens, rien que pour moi. Résultat : je me suis fait bouffer par une horde de putréfiés qui traînait dans les parages, et mon avatar, mort, a été éjecté d’Infection.

Depuis, j’ai appris par la presse que Beau Smart avait été pourchassé et liquidé par Linden Lab, et ma vie est ensuite redevenue morne, terne, insipide… Je n’ai pas de travail, aucune formation; je ne suis pas marié, je n’ai pas d’enfants et plus aucune attache. Je me suis rendu compte que je ne pourrais plus vivre sans les sensations exquises que j’ai éprouvées sur Infection, et qui me donnaient une véritable raison d’être. Alors, comme tout est bridé sur le Second Life classique, j’ai décidé de poursuivre mon œuvre dans… le monde réel.
Vous savez, j’ai tout juste 18 ans, mais je n’ai pas eu une vie facile. Mes géniteurs sont de parfaits alcooliques vivant aux crochets de la société, habitués des hôpitaux psychiatriques et des cellules de dégrisement, et moi… Ben je ne suis pas bon à grand chose non plus. Je n’ai pas ce qu’on peut appeler un « physique facile », et dans le ciboulot, c’est pas mieux. En plus, la nature m’a affublé d’une de ces tares génétiques incurables qui me donne -entre autre joies- une voix de gringalet, impossible à prendre au sérieux!
Côté éducation, à part à m’apprendre de force à écrire à peu près convenablement, l’école -qui aurait pu être le seul cadre équilibré de vie- ne m’a pas été d’une grande utilité. Au contraire, j’ai passé mon enfance, puis mon adolescence à me faire tabasser et racketter par les plus grands, et à me faire foutre de moi par les filles ; ce qui fait que j’ai fini par tout laisser tomber pour vivre dans la crasse, la bouffe graisseuse, la solitude et Internet…

Plus que tout autre, je bénéficie de toutes les circonstances atténuantes du monde pour devenir le plus redouté des tueurs en série de tous les temps !
J’ai donc repris mon look esselien (je me suis fabriqué un masque assez thrash pour faire rater une couvée de singes et j’ai fourbi mes plus grands couteaux de cuisine à découper) et mes bonnes vieilles habitudes de trappeur. Le problème de la vraie vie, par rapport à Infection, c’est qu’il y a des flics à tous les coins de rue, et que mon agilité laisse à désirer. Et comme je ne veux pas me faire attraper, je vais devoir ruser. Oh, je sais : je viens de vous donner suffisamment d’indices pour que les plus malins d’entre vous finissent par remonter jusqu’à moi, un jour. Dites-vous que je l’ai peut-être fait exprès… Aussi, pour que le plaisir dure le plus longtemps possible, il va falloir que je choisisse mes proies dans le monde entier, que je me déplace souvent et que j’entre en clandestinité. Qui sait, peut-être nous rencontrerons-nous ? En tout cas, ça risque d’être fun ;-)
Je vous donnerai régulièrement de mes nouvelles et vous tiendrai au courant de mes pérégrinations au travers de ce blog. Vous allez voir : vous n’avez pas fini d’en entendre parler !

Ceci est un message à la population mondiale : surveillez vos arrières, rentrez vos enfants et fermez bien vos portes de maisons, car Gros-Sam Bonini est là dehors, qui vous attend! Alors à bientôt, les petits amis!

dimanche 17 avril 2011

“L’infection”, extrait de “La chasse”, chapitre 20…

Rappelez-vous, le 29 novembre dernier, je vous parlais de cette maison bleue à San Francisco… Voici un court extrait du chapitre 20 de L’infection, intitulé “la chasse”, où je parle de ce lieu. Résumé : Natalie Kay et Al Ramos de Linden Lab, rendent visite à leur collègue développeur agoraphobe Jaimie Perkins (vivant seul dans sa maison située à l’angle de la 48ième avenue et de Battery street), qui ne donne plus signe de vie depuis plusieurs semaines…

(…)

Lorsqu’elle gara enfin sa Ford Mustang noire, il était 19h38. Le ciel commençait à s’assombrir, les rues s’étaient vidées, et l’on entendait distinctement le grondement sourd du Pacifique, au loin.
La demeure de Jaimie Perkins était une petite maison bleu-ciel qui ne payait pas de mine, avec sa peinture écaillée par endroits, et ses grilles de sécurité en fer forgé sur presque toutes les ouvertures du rez-de-chaussée. A l’arrière, une palissade en bois enduit abritait un minuscule jardinet dans lequel le propriétaire des lieux avait entreposé tout un bazar hétéroclite d’objets devenus inutiles, comme de vieux écrans cathodiques, des tours d’ordinateurs vides et autres déchets électroniques à recycler.
La façade ouest de la maison, qui donnait sur la 48ème comportait deux entrées. L’une était un petit garage verrouillé d’une lourde porte métallique coulissante, l’autre était un portillon en fer forgé donnant sur une allée pavée qui longeait la maison et aboutissait au jardin. D’épais rideaux de tulle blanc derrière les larges fenêtres à l’étage masquaient l’intérieur de la maison, mais leur aspect relativement neuf laissait à penser qu’elle était habitée. Al repéra la sonnette et appuya longuement sur le bouton. Natalie lui fit cesser son petit jeu d’une tape à l’épaule.
Tiens-toi bien, andouille ! Ne me fais pas regretter de t’avoir emmené.
Rhooo, si on peut même plus rigoler, hein ?
Tu sais bien que c’est un garçon un peu perturbé ! Il ne manquerait plus qu’il nous accueille à coup de Desert Eagle !
C’est pas le genre à avoir un vrai flingue chez lui, à mon avis ! C’est un gamer* impénitent! lui, son arme, c’est le joystick, sans mauvais jeu de mots…
Hah, hah… Bon, ça ne répond pas. On fait quoi ?
La nuit était en train de s’installer peu à peu. En observant davantage, elle constata différentes variations de lumière à l’étage. Elles provenaient probablement d’un poste de télévision ou d’un ordinateur. Il y avait bien quelqu’un ici. Elle résolut d’en avoir le cœur net, et poussa Al vers le portillon. La grille n’était pas fermée à clé, et ils pénétrèrent dans l’allée. A mi-chemin, ils trouvèrent une porte en bois avec une trappe à lettres.
Natalie frappa plusieurs fois en vain, tandis qu’Al entrouvrait la trappe.
Hum, il y a un gros tas de courrier par terre. M’est avis qu’il doit avoir un paquet de factures en retard, le Jay !
La jeune femme posa sa main sur la poignée, et la porte s’ouvrit sans forcer, en couinant légèrement. Ils furent accueillis par une forte odeur de poussière et de renfermé.
Étrange qu’un type qui a fait grillager ses fenêtres puisse laisser sa porte d’entrée ouverte, pensa t-elle, en fronçant imperceptiblement les narines.
Au moins ça sent pas le crevé, c’est déjà ça…
Ça suffit Al ! Bon… On entre ?
Allez, soyons fous ! Jay ? Jaimie ? C’est Al Ramos et Natalie Kay, de LL. Tu es là mon grand ?
Al reçut une nouvelle tape excédée sur l’épaule. Natalie n’en finissait pas de s’essuyer les pieds sur le paillasson usagé, qui arborait un « Welcome » à moitié effacé et peu accueillant.
Jaimie ? On peut entrer ? Comme on n’a pas eu de vos nouvelles depuis un moment et que vous ne répondiez pas au téléphone, on s’inquiétait…

(...)
_________________________________________________________
*Gamer : joueur (ici, il s’agit d’un joueur en réseau ou sur consoles de jeux)

jeudi 5 août 2010

Et un nouveau chapitre de L’infection, un!

Quand je vous ai dit en novembre 2008 (déjà!?) que La petite nouvelle serait le seul et unique texte de L’infection que je publierai sur Internet, je vous ai menti…
Souvenez-vous, en septembre 2009, j’écrivais ce billet sur la gendarmerie. Et bien figurez-vous que j’ai contacté l’ex-gendarme auteur de ce site, et qu’il m’a répondu (fort gentiment, d’ailleurs). Je l’en remercie, car j’ai pu obtenir quelques petites précisions très utiles pour plusieurs chapitres de ce premier tome de ma trilogie, notamment celui-ci : le numéro 16 (pour l’instant).
Bonne lecture ;-)

 
L'interrogatoire
Le gendarme Carré et l’adjudant Marin observaient Patrice Bodin d’un air dubitatif. Le type était avachi sur sa chaise rembourrée en skaï grumeleux grisâtre, les avant-bras posés sur les cuisses, mains ouvertes et paumes dirigées vers le plafond sale du petit bureau. Il avait gardé sa tenue d’ouvrier usagée, alors qu’il avait quitté l’usine il y avait déjà plus de deux heures et qu’il n’avait même pas travaillé ce jour là. Beau Smart avait jugé que ce déguisement typique achèverait de lui donner un petit côté "misère humaine", susceptible d’éloi-gner les soupçons de son hôte, ou du moins d’inspirer la pitié. Il dégageait une forte odeur de crasse et de sueur aigre qui embaumait toute la pièce. Il avait l’air absent, l’œil luisant et hagard, le visage d’une pâleur irréelle, accentuée par l’éclairage du néon blafard. En fait, les deux militaires avaient même l’impression qu’il regardait à travers eux, sans ressentir la moindre émotion, comme s’ils n’avaient pas existé. L’uniforme censé représenter l’autorité ne leur était d’aucune utilité, ce qui était assez inhabituel et désagréable. Géraldine Carré ne pouvait même pas compter sur son physique plutôt avantageux pour espérer amadouer l’être probablement asexué qu’elle avait devant elle.
Quelques minutes auparavant, elle et son coéquipier avaient intercepté Bodin qui marchait d’un pas lent et vouté dans la rue Victor Hugo, le regard vide et les bras ballants. Il correspondait exactement au signalement que leur avait donné la secrétaire en état de choc d’Aguer Industries.
La gendarmette détourna avec gêne son regard bleu de la lamentable silhouette, se redressa sur sa chaise, posa ses mains sur son clavier, puis chercha l’assentiment de son chef, qui hocha la tête, visiblement curieux de voir la suite. Elle commença l’interrogatoire avec un ton plutôt empreint de compassion :
Alors, votre nom?
Bodin, Patrice, répondit la machine, parfai-tement à l’aise dans son rôle.
Vous êtes né le?
17 août 1973.
Où ça?
A Limoges.
Dans la Haute-Vienne, donc. Votre domi-cile?
1 bis, rue Victor Hugo, à Mauléon-Licharre.
Patrice Bodin répondait sur un ton neutre et monocorde. Un peu comme une machine qui répétait une leçon trop bien apprise. Le gendarme Carré lança un regard perplexe à son gradé, qui n’exprima aucun sentiment sur son visage fermé.
Elle reprit :
D’accord. Quel est votre métier?
J’emballe diverses pièces métalliques fabri-quées chez Aguer Industries. Ces objets sont ensuite envoyés chez nos clients, qui les utilisent pour fabriquer leurs propres produits.
Vous voulez dire que vous travaillez au service expédition ?
Voilà, c’est ça.
Pouvez-vous nous expliquer ce que vous faisiez dans le bureau du PDG Antton Aguer, en début d’après-midi?
J’étais convoqué à un entretien préalable à un licenciement.
Pour quelle raison?
A priori, j’ai dû faire un certain nombre d’erreurs répétées qui n’ont pas plu à ma hiérarchie.
Pourquoi "a priori"?
Je ne suis pas dans la tête des gens. Je suppose qu’on avait quelque chose de grave à me reprocher. Mais le temps a manqué pour que j’en sache plus…
Bien, vous rappelez-vous de l’heure exacte?
J’avais rendez-vous à 14 heures précises.
Étiez-vous à l’heure?
Oui, mais on m’a fait patienter une vingtaine de minutes dans le bureau de la secrétaire.
Oui, c’est ce qu’elle nous a dit. C’était le temps que le PDG revienne de sa réunion. Ensuite, étiez-vous seul dans le bureau, avec Monsieur Aguer?
Non, Allande Aguer, son fils et directeur de l’usine était présent dès le début de l’entretien, lui aussi.
Pouvez-vous me décrire les évènements qui ont suivi, le plus fidèlement possible, et dans l’ordre chronologique?
Monsieur Aguer-père s’est fâché tout rouge après moi. A ce que j’ai compris, il n’était pas content de mon travail. Je ne me rappelle pas exactement la teneur de ses propos. Et puis tout à coup, il s’est affaissé, et est retombé sur son bureau.
Une chaleur étouffante régnait dans la pièce, curieusement, elle ne semblait pas affecter Patrice Bodin, dont le regard commençait à retrouver une certaine lueur de vitalité. Les deux militaires avaient quant à eux un peu de mal à respirer dans leurs uniformes. Ils avaient les aisselles humides, et la sueur perlait à leurs fronts. Une sorte de pulsation grave semblait battre à leurs tympans. Ils prirent cela pour leurs propres battements de cœur. Géraldine Carré sentait même une migraine s’installer insidieusement dans sa jolie tête blonde. Le néon défaillant qui éclairait la salle s’était soudai-nement mis à cliqueter bruyamment et de manière anarchique, s’ajoutant à la tension et à l’agacement, palpables dans l’air. Elle tenta vainement de ne pas en faire cas, et reprit son interrogatoire, le visage imperceptiblement tendu :
… D’accord, poursuivez sans omettre aucun détail, s’il vous plait.
Ensuite, son fils a essayé de le secouer en vain, puis il a paniqué, et a fait comme une crise de tétanie. On aurait plutôt dit qu’il étouffait. Il a couru vers la fenêtre, l’a ouverte brusquement, et s’est penché sur le rebord.
Et alors?
Il est tombé par la fenêtre. Je pense que dans la panique, il a dû mal évaluer les distances.
Que faisiez-vous, vous-même?
J’étais assis sur ma chaise. Je n’ai pas bougé. Ça s’est passé si vite, et c’était tellement absurde et inattendu, que je n’ai rien compris à ce qui arrivait.
Qu’avez-vous fait, ensuite?
Je me suis levé, et je suis allé prévenir la secrétaire dans le bureau d’à côté, afin qu’elle fasse appeler les secours.
Continuez…
Et ensuite rien. Dans la panique qui s’en est suivie, je suis sorti de l’usine et suis rentré chez moi.
Comme ça, comme si de rien n’était?
La gendarmette faisait un effort démesuré pour garder son calme apparent. La migraine était maintenant assez douloureuse pour modifier ses facultés de jugement, et son supérieur hiérarchique n’avait pas l’air au mieux de sa forme non plus, avec ce strabisme divergent qui venait d’apparaître, et lui donnait une allure de sadique sexuel en liberté. Le battement dans leurs crânes était maintenant si fort qu’il leur semblait que les murs de la gendarmerie vibraient, voire ondulaient eux aussi. Ils se surprirent à avoir envie d’écourter l’interro-gatoire, qui ne semblait de toute façon donner aucun résultat probant. En interrogeant Patrice Bodin, le binôme avait imaginé pouvoir en apprendre davantage sur les circonstances de la mort violente des Aguer, paraissant être tout autre chose qu’un malencontreux faisceau de coïncidences.
Que vouliez-vous que je fasse de plus? Je ne suis ni médecin, ni pompier. J’étais choqué, et je suis parti.
Admettons. Mme Bergez, l’assistante de direction,  prétend néanmoins que vous avez "ironisé" sur la mort violente des deux hommes. Qu’avez-vous à répondre à cela?
C’est une vieille bique mythomane, psycho-rigide et hystérique. Si vous étiez du coin, vous le sauriez!
… D’accord, donc vous maintenez que vous n’avez pas "ironisé"?
Oui, c’est de la calomnie. Je n’ai pas les moyens de payer un avocat, encore moins maintenant que je suis officiellement sans emploi, mais je voulais dire que je trouve quand même très facile de s’acharner sur des personnes sans défense, qu’on vient de mettre à la porte, qui plus est!
Bien, avez-vous autre chose à ajouter?
Je peux rentrer chez moi? J’ai à faire…
Oui… Oui, bien sûr monsieur, juste après avoir relu et signé votre déposition en trois exemplaires. Merci de rester dans les parages, au cas où nous aurions encore besoin de vous !
Patrice Bodin ne répondit pas et ne relut même pas les documents. Il griffonna une signature inintelligible d’une main fébrile, puis se fit raccompagner à la porte de la brigade de gendarmerie par Géraldine Carré, qui faisait un effort surhumain pour tenir debout sur ses jambes. Elle ne lui tendit même pas la main pour le saluer, tellement l’effort lui coûtait, mais il ne sembla pas particulièrement vexé par cette carence de savoir-vivre. Après tout, on ne demande pas à un militaire de faire ami-ami avec les civils…
Lorsqu’elle retourna dans son bureau, elle fut à peine surprise de trouver son supérieur hiérar-chique l’air hagard, affalé sur la chaise où se trouvait le témoin, quelques minutes plus tôt.
Alors, qu’en pensez-vous, Carré?, réussit-il à articuler.
Mon adjudant, je préfère ne plus penser pour le moment… J’ai une migraine épouvantable, et je vous demande la permission de pouvoir me retirer chez moi.
Vous l’avez, parce que je me sens un peu malade moi aussi… Mais donnez-moi au moins votre avis, avant!
Eh bien pour tout dire, nous n’avons rien de tangible contre Patrice Bodin. Certes, il est seul témoin du drame, donc il n’a pas d’alibi; et puis il a un mobile, puisque ses patrons voulaient le licencier. Mais il nous manque le modus operandi. Sans compter que la mort des deux hommes est tout à fait explicable de façon logique, et la version du témoin concorde avec les premières constatations du légiste.
Oui, c’est un peu tiré par les cheveux, mais ça tient la route… L’accident cardio-vasculaire du père a pu engendrer une situation de grand stress chez le fils, sujet à de fortes crises d’asthmes intempestives (fait connu de tous), notamment en cette période de forte pollini-sation. Panique et accident bête qui aboutissent à la mort des deux hommes.
Voilà. Et le résultat, c’est que nous n’avons pas de quoi inculper Patrice Bodin. Pour autant, je n’arrive pas à dire pourquoi, je ne peux pas l’innocenter, ni accréditer la thèse de l’accident. C’est comme s’il nous manquait une clé essentielle à la compréhension de la vérité.
C’est exactement ça! Il avait l’air bizarre, c’est indéniable, mais pas du tout comme les prévenus habituels. Sa posture était plutôt froide, et dénuée d’émotion. Presque calculatrice, voire inhumaine, par moments, non?
Oui, il disait qu’il était choqué, mais son attitude générale démontrait plutôt le contraire. Et puis à mon avis, vu la façon dont il s’exprime et les mots qu’il emploie, c’est loin d’être le neuneu de service dépeint par ses collègues de travail…
C’est vrai, et ça laisse songeur… Bon. Tout ce que nous pouvons faire à l’heure actuelle, Carré, c’est inscrire nos spéculations dans le rapport, et préconiser une surveillance discrète du bonhomme.
Bien Mon adjudant. Je vais le faire avant de rentrer, histoire que notre conversation reste bien fraîche.
Comme vous voulez. Moi, je rentre me coucher… Si vous avez un quelconque souci, appelez-moi!
C’est noté Mon Adjudant. A demain.
Alors que Marin marchait en titubant comme un alcoolique à 4 grammes dans le petit couloir qui menait à la cour intérieure de la brigade, puis aux logements de fonction des militaires, Géraldine Carré s’assit à son bureau et termina en dix minutes son rapport sous la lumière faiblarde du néon qui avait miraculeusement cessé de cli-queter. Puis elle se leva, en proie aux vertiges elle aussi, repoussa sa chaise et monta, au bord de l’évanouissement, à son appartement.
Lorsqu’elle se réveilla le lendemain matin, Géraldine Carré, 25 ans, n’était plus que l’ombre d’elle même. Le médecin généraliste chez qui elle fut emmenée, dans un état second, diagnostiqua une inexplicable autant qu’ir-réversible atteinte d’une forme fulgurante et très avancée de la maladie d’Alzheimer. Après toute une batterie de tests médicaux étalés sur des mois et qui ne donnèrent aucun espoir, elle fut placée d’office au service psychiatrie de l’hôpital militaire Robert Picqué, à Villenave d’Ornon en banlieue bordelaise et l’on n’entendit plus jamais parler d’elle en Soule.
L’adjudant Marin, quant à lui, eut plus de chance dans son malheur: il mourût paisiblement et sans souffrance d’une rupture d’anévrisme, pendant son sommeil… Sa quasi-addiction au houblon fermenté expliqua largement son décès subit.
Il ne fut fait aucun recoupement, pas plus qu’il n’y eut de complément d’enquête, sur l’étrange destinée des deux militaires : la brigade de gendarmerie de Mauléon-Licharre n’aurait de toute façon pas eu la présence d’esprit d’associer ces évènements à la personne de Patrice Bodin, ni le temps de s’atteler à une enquête secondaire. Car cette nuit allait probablement rester dans le mémorial gendarmique de la compagnie comme la plus longue et la plus effroyable ayant jamais existé en Pays basque…

*****

mercredi 19 novembre 2008

"L'infection" : ouverture...

Bon, suite à de nombreuses demandes, je publie ici le premier chapitre de mon nouveau roman, qui s'appellera "L'infection". Ce sera le seul et unique texte du livre que je publierai sur Internet. Ceci juste afin de vous donner un petit avant-goût, sans vraiment rien livrer d'important de la trame de l'histoire... (NOTA : il y aura encore sûrement de petites modifications d'ici la publication au format papier...)
Pour savoir le reste, il faudra patienter, et se ruer sur le livre à sa sortie!

Bonne Lecture!

La petite nouvelle…

P
ascal a dit :
Et elle est bonne ?

Patrice (enamorado) a dit :
Putain, mais t’es pas vrai toi! Je me demande encore comment tu as pu lever une femme comme la tienne, avec un esprit pareil !

Pascal a dit :
Mouahahahaha ! Justement, mon petit Pat’ : en ne lui montrant pas ce que j’avais en tête ;-)
Bon, sinon, tu ne m’as pas répondu…

Patrice (enamorado) a dit :
Ben... En fait, elle n’est pas vraiment belle, mais...

Pascal a dit :
C’est mieux : elle est faite pour toi !
:D

Patrice (enamorado) a dit :
T’es con! Elle est bien foutue, si tu veux tout savoir, mais c’est pas l’essentiel. Elle a une "jolie guitare", mais surtout, elle est rousse ! Avec une peau diaphane et des yeux gris/vert. Si tu veux tout savoir, elle a la classe glacée d’une Nicole Kidman dans Les autres, et la naïve insouciance d’Amy Adams dans Il était une fois !

Pascal a dit :
Aie, une Rouquine ???

Patrice, (enamorado) a dit :
Je vois parfaitement où tu veux en venir, enfoiré ! Et ben non, tu vois : elle sent furieusement bon !

Pascal a dit :
Rhooo, ce vieux procès d’intention !
;-)

Patrice (enamorado) a dit :
Mouais… Je préfère prévenir que guérir !

Pascal a dit :
Mmmm… Bon, et alors ?

Patrice (enamorado) a dit :
Ben, elle a un premier abord un peu froid, mais faut la connaître. Et quand elle sourit, j’ai la tête qui me tourne, comme si j’avais bu cinq pastagas à la suite dosés par Maurice, un samedi matin au café Berria !

Pascal a dit :
Ah ! Donc elle est bonnasse !

Patrice (enamorado) a dit :
T’as vraiment pas changé, toi, hein ? Bon, je trouve qu’elle dégage un sex-appeal phénoménal. Et à en croire ce que je lis dans les yeux de mes collègues masculins, je ne suis pas le seul à le penser !

Pascal a dit :
Et elle est d’ici, cette biche aux abois ?

Patrice (enamorado) a dit :
Nan, elle vient de Bourgogne, si j’ai bien compris. Mais elle connaissait Maddalen, tu sais, la fille du plâtrier, celle qui travaille à la finition.

Pascal a dit :
Ah, oui, la grosse qui puait du bec, là ? Celle à qui on disait tout le temps « Maddalen t’as mauvaise haleine » ? Elle s’est pas suicidée ?

Patrice (enamorado) a dit :
Hah ! Non, elle tente de se guérir toute seule en suçotant des bonbons à l’eucalyptus à longueur de journée…

Pascal a dit :
Ptdlol* ! Elle est toujours aussi conne ?

Patrice (enamorado) a dit :
Absolument… Mais quand même, Pascal : quel beau salaud tu fais! Si je me rappelle bien, tu n’étais pas le dernier à lui courir après !

Pascal a dit :
Arrête avec cette vieille anecdote ! J’étais bourré !

Patrice (enamorado) a dit :
Mmmm... La bonne excuse...
Mais bon, pour en revenir à la petite histoire, c’est une copine d’enfance de sa petite sœur. Elles se sont rencontrées à l’époque où leurs parents les traînaient avec eux en camping à Ondres, pendant les vacances d’été.
Enfin bref… Elle s’appelle Mathilde Joubert et elle vient d’avoir 25 ans !

Pascal a dit :
Mais tu les prends au berceau, ma parole !

Patrice (enamorado) a dit :
Mais non, grand andouille! C’est pas parce que je dis que « je crois être amoureux » que j’ai déjà conclu l’affaire ! Je ne suis pas un (ex-)Don Juan comme toi, moi ! Tu me connais quand même : j’oserais jamais aller lui parler… J’ai bien trop conscience de mon indigence !
Comment peux-tu imaginer qu’une fille comme ça puisse s’amouracher d’un pauvre loser comme moi ?

Pascal a dit :
Mmmm… C’est vrai que si tu es toujours resté aussi godiche qu’avant, t’es pas près de la lever, ta belette !
:D
M’enfin, mon Titi, va bien falloir que tu te réveilles un jour, hein, si tu veux espérer avoir une descendance ! Prends-toi en main… Enfin, je voulais dire « au sens figuré du terme »…

Patrice (enamorado y miserable) a dit :
Hah hah… "Prends-toi en main : c’est ton des-tin !" 
;-)
Boh, tu sais, c’est pas tellement ce que j’attendrais de la vie… M’en fous des gosses. Et puis, je suis trop vieux pour ces conneries… J’en veux pas !

Pascal a dit :
T’as tort ! Les enfants peuvent être une source de grande joie (entre les nombreux moments où tu as envie de les balancer par la fenêtre) !

Patrice (enamorado y desesperado) a dit :
J’espère juste que Lucille n’est pas en train de lire ça derrière ton dos...

Pascal a dit :
Non, t’inquiète ! Par contre, elle te fait dire que si tu veux venir pour la Saint-Sylvestre, comme l’an dernier, y’a pas de soucis. T’es le bienvenu, tu sais ? Si t’es libre, tu prends le premier TGV pour Paname…

Patrice (enamorado, pero resignado) a dit :
Ah ben tu la remercieras de ma part ! T’as vraiment trouvé la perle rare ! Garde-la ! Une femme qui non seulement accepte les copains de classe les plus insignifiants, mais n’hésite pas à les réinviter chaque année, c’est presque trop beau pour être vrai !

Pascal a dit :
Elle sait que tu es comme mon frère ! De plus, en dehors de mes vieux, tu es mon dernier lien avec la Soule ! Malgré les gosses et le boulot qui me monopolisent l’existence, je n’arrive pas à oublier ma verte terre natale, tu sais ?

Patrice (en mode pré-dodo) a dit :
Arrête ! je vais chialer…
;-)
Bon, c’est pas tout ça, mais il est presque minuit et j’ai encore un film à regarder, pour tenter d’oublier cette merde que j’ai téléchargée hier…

Pascal a dit :
Quoi, tu télécharges encore illégalement, à ton âge, espèce de geek ? C’était quoi ce coup-ci ?

Patrice (en mode pré-dodo) a dit :
Chuis pas un geek ! ;-(
Et pour ta gouverne, c’était Cobra Verde, avec Klaus Kinski… J’étais allé le voir au cinoche quand c’était sorti, en 1988. J’avais gagné une place en répondant à une question à Radio Mendililia. Mais une fois devant l’écran, j’avais trouvé ça complètement nul à chier ! Depuis, à tort ou à raison, je ne peux pas m’empêcher d’associer les deux !

Pascal a dit :
Hah !

Patrice (en mode pré-dodo) a dit :
L’autre jour, je cherchais l’intégrale des dessins animés de Cobra en DivX. Tu te souviens, c’était ce gars, avec son rayon laser dans le bras ?
Bon, bref, je suis retombé sur ce film par hasard. Je me suis dit que peut-être qu’avec l’âge, j’aurais compris tout ce qui m’était passé à côté quand j’avais 17 ans…

Pascal a dit :
Et alors ?

Patrice (toujours en mode pré-dodo) a dit :
Et alors rien… Ça n’a pas pris une ride : c’est toujours aussi nul à chier !

Pascal a dit :
Et il ne t’est même pas venu à l’idée que ça pouvait venir de toi ?

Patrice (en mode « je te raccroche au nez ? ») a dit :
Même pas ! Tu connais ma culture générale en cinéma ? Et bien ça ne s’est pas arrangé ! Enfin si, un peu : maintenant que je gagne de la thune, je me suis mis à acheter des DVD. Mais attention, hein ? Uniquement ceux que je veux garder.

Pascal a dit :
J’ai jamais compris ça… Pourquoi acheter des DVD si tu as déjà vu le film une fois (plus de trois fois dans ton cas) ? Ça sert à rien ! Pour moi, c’est du fric foutu en l’air…
Enfin bon… C’est le tien, hein ? Tu fais ce que tu veux avec !

Patrice (Pascal = gros radin sectaire !) a dit :
Bon, toi, c’est les bouquins… T’aimes lire et t’achètes plein de livres, qui, une fois lus, se retrouvent à prendre la poussière, entassés n’importe comment dans les étagères de ton bureau. (Me dis pas le contraire, ça m’a même fait éternuer quand tu as voulu me prêter de force ton exemplaire de Replay, de Ken Grimwood, lorsque je suis venu l’an dernier !)
Moi je lis peu (ou alors des bédés), mais qu’est-ce que je regarde comme films !
Alors voilà : au lieu de collectionner des bouquins, je collectionne des DVD. Et tu sais, je les regarde plusieurs fois ! Je décortique tout ! C’est ma passion, quoi…

Pascal a dit :
Sûr ! ;-)
Bon, ça m’a fait du bien de te parler, mec !

Patrice (en mode « adieux déchirants ») a dit :
Oui, moi aussi !

Pascal a dit :
Tu me diras où t’en es avec ta rouquine, hein ?

Patrice (allume le lecteur DivX) a dit :
Arrête ! Tu vas encore tout faire foirer !
Salopard !
;-)

Pascal a dit :
Allez, salut mon petit Pat’ ! Embrasse ta mère pour moi ! Je vais déconnecter : Lucille vient d’éteindre sa lampe de chevet et je suis moi même bien crevé !
A++

Patrice (va s’en griller une petite, quand même,  avant le film…) a dit :
Ouais, et toi embrasse bien ta petite famille du bonheur ! Je vais essayer de me libérer pour le premier janvier, promis !

Pascal a dit :
Nickel, Tschüss, gros!

Patrice (va s’en griller une petite, quand même,  avant le film…) a dit :
Mouais, tschüss-toi toi même !
;-)

Autoreturn : Pascal est hors ligne. Les messages que vous envoyez lui seront remis à sa prochaine con-nexion.


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* Tous les mots et expressions auxquels on a ajouté un astérisque dans le texte trouvent leur explication dans le lexique (pages 351 à 363).