jeudi 4 juin 2026

ÉCRIRE : UN REMÈDE PERSONNEL OU UNE MACHINE À CAPTER L'ATTENTION ?

Vous connaissez mon obsession pour les intelligences artificielles... Eh bien figurez-vous que j'ai fait analyser toute ma bibliographie (mes 7 livres) par Notebook LM en lui demandant de trouver des motifs récurrents cachés (même de moi, l’auteur). Sans rentrer dans les détails qui pourraient vous divulgâcher mes histoires, voici une sélection de ses retours les plus pertinents :

Ton œuvre apparaît comme une tentative de géométriser le chaos des émotions : utiliser la technique pour mettre de l’ordre dans le désordre biologique et sentimental de l’existence.

Elle raconte la lutte de l’individu pour préserver sa cohésion dans un univers qui cherche sans cesse à le fragmenter ou à le réécrire.

Le temps y est un champ de tension entre le désir de maîtrise absolue (recommencer, corriger) et l’impuissance face au vieillissement, à l’oubli et à la mort. L’écriture devient alors une tentative de cristalliser le temps.

La fiction agit comme un système de réencodage du réel, où l’humain, réduit à une circuiterie défaillante, cherche à déchirer une réalité qui l’étouffe

Le monde n’y est jamais solide : il est une matière souple, textile ou plastique, que l’on peut déchirer, recoudre ou remodeler. L’existence ressemble à un décor posé sur le vide.

Le motif central est celui de « l’ingénieur du chaos » : un homme qui tente de réparer un système défaillant et de maintenir une humanité en voie de désagrégation.

En définitive, chaque livre cherche à canaliser le chaos des émotions et à corriger un « bug » du réel pour le transformer en une légende cohérente.

Pour lui, je n’écris pour la beauté de l’Art. Mon but premier, c’est de combiner un système d’autodéfense métaphysique et un acte d’exorcisme afin de libérer mon esprit de ses fantômes.

En résumé : j’écris pour aller mieux. Cela confirme ce que j'ai toujours affirmé, à savoir que j’écris d’abord pour moi, à la base.

Mais j’écris aussi pour être lu. Et ça, la machine ne l’avait même pas envisagé. Il a fallu que je lui dise pour qu’elle en convienne et aille dans mon sens. Car en effet, je me considère également comme un genre d’entertainer. Le résultat de mon travail de romancier est conçu comme un spectacle narratif quasi cinématographique, mettant en scène la source intime de mes maux tout en utilisant les codes de la culture pop et des genres de divertissement.

Et vous qui m’avez lu, qu’en pensez-vous ? Le LLM a-t-il raison ? Ou est-ce juste une machine infernale, destinée à favoriser l'onanisme égotique ? 

Ci-contre, la couverture de mon prochain roman, réalisée par Macchabee Artworks.

mercredi 27 mai 2026

J’AIME / J’AIME PAS… RAF ?

Dans mon boulot (celui qui paye mes factures), mon chef de service ne veut pas qu’on dise « j’aime / j’aime pas ». Pour lui, ce ne sont pas des arguments recevables. Lui, il veut des raisons objectives, concrètes, constructives, quantifiables, palpables. Je comprends parfaitement sa vision et je pense que c’est la plus juste, dans un cadre professionnel. Pour autant, je ne peux pas nier non plus le côté purement ressenti humain, épidermique, viscéral des choses. Aimer ou ne pas aimer quelque chose (ou quelqu’un), c’est de l’ordre de l’intangible, de l’inexplicable, et pourtant c’est tout aussi réel.

Moi-même, je peux dire que je n’aime pas certaines personnes. Ça peut être dû à des actes posés par ces individus ou à des raisons plus « ésotériques » : sa gueule ne me plait pas. C’est comme ça, c’est humain. Parfois je suis obligé de faire semblant d’apprécier untel pour des raisons « politiques », parce que je travaille avec ou parce que nous avons des projets en commun. Le plus souvent, mon visage et ma posture sont suffisamment expressifs pour que je n’aie pas à jouer les hypocrites.

Il en va de même pour la musique, la littérature, l’art pictural. Je l’avoue : je peux me montrer relativement fermé sur certains sujets. Par exemple, le Jazz. Il y a des années, j’ai établi un postulat simple et n’en déroge pratiquement jamais : JE DÉTESTE LE JAZZ. Je trouve le style répétitif, surcoté, pédant, stridant, aussi long, désagréable et entêtant qu’un robinet qui remplirait le réservoir d’une chasse d’eau infinie. Mais il m’arrive parfois de changer d’avis. Par exemple, avant le début des années 2000, et même si j’étais (de tout temps) fan de Judas Priest ou d’Iron Maiden, on n’aurait jamais réussi à me faire apprécier le Métal extrême. Je trouvais ça bruyant, brouillon, inaudible, crispant, incitant à l’hybristophilie.

J’avais à chaque fois l’impression que Rocco Siffredi essayait d’enculer mon conduit auditif avec une poignée de graviers. Et puis un jour, je suis tombé sur l’EP From the cradle to enslave, de Cradle of Filth et mon avis sur le Black Métal a changé définitivement. Ça a été comme l’index lubrifié qui prépare délicatement l’anus à la sodomie. Pardon pour cette deuxième métaphore pornographique imagée, mais je la trouve particulièrement efficace et appropriée. Je me suis donc mis à en écouter et même à apprécier le genre. Idem pour le Death Metal. 

Donc, vous voyez, en ce qui me concerne, tout espoir n’est pas perdu. Il faut croire que le Jazz a encore ses chances, malgré mon âge avancé…

Et malgré tout ce que je viens de dire sur la subjectivité, il subsiste encore des cas où mon cerveau refuse toute diplomatie. Par exemple cette chanteuse à la tessiture de perceuse-visseuse que les médias persistent à présenter comme la plus grande voix du Pays basque. Parfaitement insupportable ! Et c'est tellement injuste pour toutes les autres voix féminines qui auraient mérité le qualificatif.

Ou alors ce groupe qui se prend très au sérieux, qui sort presque un disque chaque année depuis plus de 30 ans, mais dans lesquels rien ne va : paroles et musiques, sons, rythmique, chant, guitare, décorum… Tout est tellement de travers qu’on se demande si ce n’est pas l’effet cringe qui est recherché, en fin de compte. Tellement infect qu’on en aurait envie de balancer l’enceinte Bluetooth par la fenêtre au bout de cinq minutes d’écoute !

Ou encore cet auteur qui a pondu un seul roman truffé de fautes d’orthographe, de grammaire ou d’erreurs de vocabulaire ou typographiques, mais aussi de contresens et de pléonasmes, et dont l’histoire est improbable autant que téléphonée (je sais, ça a l'air totalement antinomique, mais c'est le cas). C’est tellement écrit avec les pieds que ça en est devenu un private joke et surtout un cas d’école (de ce qu’il ne faut pas faire). Je vous défie de supporter la lecture de ne serait-ce qu’une seule page de ce bouquin infernal ! Et le gars persiste à refourguer sa came à qui veut bien le prendre en pitié. C’est tragicomique, mais en même temps, je doute que le monde du livre (en crise, comme chacun sait) ait eu besoin de cette énième littérature approximative.

Alors oui, en disant tout cela sans filtre, je prends le risque d’être perçu comme un prétentieux injuste, voire d’être traité de méchant connard. Je vous entends déjà : « Et voilà ! Monsieur  meilleurs goûts du monde a encore frappé » !
Mais en réalité, je ne suis pas si méchant. La preuve : je n'ai pas cité les noms ! Et puis, ce serait vite oublier que mon idole, Stephen King, aurait – parait-il – écrit : « l’opinion, c’est comme le trou du cul, tout le monde en a une ».

Vous vous en doutez, j’ai pondu tout ce laïus biliaire pour servir à quelque chose de précis…

Selon vous, qu’est-ce qui protège ces trois artistes de mes critiques mesquines ?

Vous avez une idée ?

Allez, je vous aide : ILS SONT CONVAINCUS PAR CE QU’ILS FONT.

La critique ne les décourage pas, en vertu de cette infaillible philosophie de la vie, qui veut que « La bave blanche de la colombe n’atteint pas le crapaud, mais elle glisse sur le parapluie de son indifférence » (Claire Bretécher dans les Gnangnans). Donc peu importe ce que quiconque pourrait dire au sujet de leur art, ils s’en carrent et ils vont continuer, que vous le vouliez ou non. 

Aussi vrai qu’on est tous le tocard d’un autre, le doute tue plus d’artistes que la médiocrité. S’en foutre et poursuivre sa route, c’est peut-être ça, les clés du bonheur ? Il faut croire qu'on a toujours quelque chose à apprendre, même de « ces gens qu'on aime mépriser »

Tout comme eux, j’ai également reçu mon lot de critiques dégueulasses. Je ne cache pas que ça m’a blessé au début. Et puis, après tout, relativisons : il y a de fortes probabilités pour que, moi aussi, je sois le mauvais écrivain de quelqu’un ; un type illisible, surestimé qu’un autre s’amuse à démonter au comptoir ou sur Internet ! Alors que valent mes mauvaises paroles à leur égard ?

Rien. En tout cas pas plus que la poussière du chemin blanc, derrière chez moi. 

Tout comme eux, moi aussi, j’ai persisté et je continue de signer. Et j’ai reçu tellement plus de retours positifs (vrais ou faux, je ne le saurai sans doute jamais) que de critiques depuis toutes ces années, que ça "ne m'en touche même plus une sans faire bouger l'autre"…
Et de toute façon, je sais que je m’améliore, livre après livre.

Alors je continuerai d’écrire des romans, jusqu’à ce que la source tarisse ou que je meure. En d’autres termes, moins châtiés : rien à foutre des fâcheux ; qu’ils publient d’abord sept livres, eux aussi, et on en reparle !

Pour finir, mes parents (grands chrétiens devant l'Éternel), ont assommé mon adolescence avec ce proverbe : « live and let live ». Vivre et laisser vivre. Il est temps, à mon âge, que je commence à le mettre en pratique...

vendredi 1 mai 2026

UN CAUCHEMAR SANS NOM ? EN ROUTE POUR LA V2 !

Une semaine, déjà, que je me suis retiré du monde dans un petit coin de paradis, pour peaufiner mon nouveau roman. Ça passe trop vite... Je partage mon temps entre écriture (plus ou moins 5 heures par jour) et balades contemplatives en forêt. Un rythme plus humain et des conditions plus apaisantes que d'ordinaire. Ce genre de retraite permet de se recentrer sur l'essentiel et devrait être accessible à tous (voire fortement incitée par les employeurs). Mais foin de digression...

Aujourd'hui, je viens enfin de terminer de relire le premier jet de mon manuscrit et de prendre note des suggestions et corrections apportées par mes collègues écrivains et amis (Constance Dufort, Martin Koppe, Marjorie Vandevenne, Thomas et Mayie Ponté) que je remercie du fond du cœur pour leur patience, leur franchise et leur sérieux. Il y avait, en effet, pas mal de choses à revoir... 

Et pour cause : j'ai écrit ce texte comme si je faisais un sprint en vélo : j'ai roulé à fond, le nez dans le guidon, sans anticiper la survenue des obstacles ou même prendre le temps d'observer le paysage environnant. Parfois ça passe, parce que la route est propre et lisse. Parfois, comme dans le cas qui nous occupe, c'est les pavés déglingués de Paris/Roubaix.

Le plus dur, ça n'a pas été d'accepter la critique. Je ne suis pas une diva ! Je fais des erreurs, comme tout le monde, je présume. Non, le plus difficile, ça a été d'accepter que ce "septième enfant", que je pensais quasiment parfait dès le départ, était en réalité incomplet. Et surtout de m'apercevoir que j'allais devoir le retravailler et que de toute façon, au final, il ne serait pas pour tout le monde. 

Et en effet, le sujet de "un cauchemar sans nom" est particulièrement complexe en termes de diégèse : ça part dans tous les sens et il faut bien suivre pour être capable de faire la différence entre rêve et réalité, passé, présent ou futur. Cette fois-ci, ce ne sera pas au lecteur de se mettre dans ma tête, mais l'inverse. Je vais devoir faire en sorte que tout le monde puisse s'y retrouver, même ceux qui n'ont pas encore lu mes précédents livres. Ce ne sera pas une mince affaire. 

Parce que oui, ce roman est en quelque sorte à la croisée des chemins de tous mes précédents efforts, avec de nombreuses références, mais ce sera aussi le début d'une nouvelle ère. Une véritable gageure qui sera le point de départ d'une nouvelle saga, avec de nouveaux personnages, mais aussi des comebacks et des crossovers. 

Je vous préviens dès le départ : ça se déroulera à Mauléon-Licharre, ce sera un roman fantastique pur jus, avec des rebondissements, de la romance, du sexe, du sang, des morts qui revivent, des entités extradimensionnelles, des tueurs professionnels, des superhéros, un psychiatre et un politicien véreux, et en arrière plan, l'ombre démoniaque de BeauSmart¹. 

Certains personnages secondaires vont rester dans une sorte de flou artistique jusqu'au tome 2. C'est voulu, évidemment. Le protagoniste principal de ce volume n'est pas sympathique. Il n'est pas antipathique non plus, mais c'est un antihéros adulescent, égocentré et irresponsable, doté d'un immense pouvoir, qui est aussi une grande malédiction : chaque fois qu'il dort, ses rêves se réalisent. 

Voilà, je ne peux pas vous en dire beaucoup plus pour le moment. J'ai encore plein de boulot avant de m'attaquer au tome 2. J'espère être fin prêt pour la rentrée littéraire, au plus tard pour Noël prochain. 
À bientôt, pour de nouvelles aventures !   

1) Le principal antagoniste de ma saga fantastique et horrifique "L'infection". 

lundi 13 avril 2026

VIS MA VIE D’ÉDITEUR #1 : ITINÉRAIRE D’UNE MICRO MAISON D’ÉDITION.

Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je prends ma casquette d'éditeur.

Vous savez quoi ? Notre maison d’édition associative, Astobelarra – Le Grand Chardon, va fêter ses 20 ans le 26 juin 2026 ! Depuis 2006, nous avons publié 57 livres dont 51 figurent toujours au catalogue. Cette année, 4 sorties de plus sont d'ores et déjà au programme.
Nous avons beaucoup progressé (à tous les niveaux) depuis nos débuts et, au fil du temps passé, nous nous sommes peu à peu auto-régulés (en termes de gestion de production), nous avons créé un modèle économique pérenne et pour ce faire, nous nous sommes affranchis du fonctionnement classique de la chaîne du livre telle qu’on la connaît (auteur – éditeur – imprimeur – diffuseur/distributeur – libraire) en nous passant, autant que faire se peut, de certains intermédiaires entre l’auteur et le libraire.
Et particulièrement des diffuseurs/distributeurs. Pourquoi ?

  • D’abord parce que si l’on souhaite travailler avec eux, les distributeurs/diffuseurs demandent une quantité minimum d'un titre (500 ex.). Or, nous éditons à 200 ex. renouvelables (mon premier livre « Mauvais berger ! » a été imprimé à 1500 ex. pour le moment et se vend encore aujourd'hui. On est loin des chiffres de ventes du dernier Sarkozy, mais bon... nous n'avons pas de frais d'avocats à payer, nous).
  • Ensuite, les distributeurs/diffuseurs que nous avions fait travailler au milieu des années 2010 ont perdu (ou abîmé) le stock que nous leur avions confié et n'ont jamais réussi à nous fournir de bilans chiffrés des dépôts ou de liste des libraires ayant pris nos productions. À leur décharge, nous n’avions sans doute pas été suffisamment regardants sur cette partie purement « gestion » de notre activité. Bref, pas très pro, tout ça…
  • Enfin, le coût de ce service plus qu’aléatoire : 20% du prix du livre !!! Si on ajoute le coût du dépôt en librairie (30%), le coût de l'impression (25%) et celui de la com' (pubs, réseautage, plv, services presse...), il ne reste plus grand chose pour l'éditeur et surtout l'auteur.

Et sans l'auteur... pas de livre, alors que c’est la matière première qui devrait être la mieux rémunérée. Quelque part, ce n’est pas sans nous rappeler la situation des agriculteurs… C’est pour cela que nous nous sommes entourés d’auteurs et de bénévoles passionnés et touche-à-tout, capables d’écrire, de lire et relire, d’effectuer des corrections, de faire des mises en page, de composer des couvertures originales (même s’il nous arrive de faire travailler des illustrateurs), de gérer les comptes, de communiquer auprès du grand public et de la presse et de créer et maintenir la relation client avec les libraires et dépositaires qui nous soutiennent…

Alors oui, ce fonctionnement alternatif a un coût : il ne nous ouvre pas toutes les portes.

  • Nous restons quasiment invisibles pour le reste de la France et notamment pour la capitale, bien qu'il nous arrive fréquemment de recevoir des commandes de libraires par email. Parfois même de Belgique ou du Québec. 
  • Certaines librairies (avec lesquelles nous n’avons pas forcément l’habitude de travailler) font la tronche lorsqu’on débarque chez elles avec nos bouquins. Elles considèrent sans doute que nous ne sommes « pas loyaux » envers la sacrosainte chaîne du livre, et donc que notre production ne mérite pas de figurer dans leur boutique. Pour elles, nous sommes des demi-portions et il leur est plus facile de vendre le dernier Sarkozy que les élucubrations d’obscurs auteurs régionaux, fussent-elles tout à fait lisibles.
  • Certaines grosses librairies de la région – je ne citerai pas de nom – préfèrent parfois dire aux clients qu’elles ne peuvent pas commander nos livres car ils ne sont plus disponibles, plutôt que de leur dire la vérité. À savoir : « on ne veut pas payer la moitié des frais de port, tels que les CGV de l’éditeur l’indiquent, et donc perdre du PNB »…
  • Nous sommes une association Loi 1901, mais nous éditons à compte d’éditeur. Donc nous sommes une maison d’édition à part entière, même si « micro ». En termes d’image, cela peut être problématique dans le sens où nous ne sommes pas toujours pris au sérieux par les professionnels de la chaîne quel que soit le maillon, soit ante soit post publication. Et ce, même si nous sommes bien référencés sur le site de l’ALCA et relativement reconnus pour la qualité de nos œuvres. Et que nous payons rubis sur l’ongle. Il semble que notre façon de fonctionner leur soit difficile à différencier de celle de l’autoédition.
  • En outre, si nous faisons des ventes sur notre boutique en ligne, notre éthique nous impose de ne pas fonctionner avec des Marketplaces comme Amazon. C’est un choix commercial téméraire qui nous supprime probablement de la visibilité et des opportunités de vente, mais nous préférons travailler sur le réel, avec des libraires de terrain, militants et motivés, qui comprennent notre cause, plutôt qu’avec des milliardaires anthropo-obsolétisants et esclavagistes patentés.
  • Nous restons vigilants sur nos prix. Pas pour être concurrentiels, mais pour que la culture reste abordable pour tous. Nous sommes conscients qu’elle ne constitue pas forcément le poste d’achat principal des familles. Et l’idée n’est pas de faire du bénéfice, mais de ne pas perdre d’argent et de pouvoir réinvestir dans nos prochains ouvrages.
  • Enfin, nous faisons très peu appel à des subventions publiques, bien que cela puisse arriver, notamment sur des projets un peu particuliers (soit parce qu’ils sont bilingues ou en Euskara, soit parce qu’ils ont un coût de production supérieur à notre habitude.

Alors oui, notre modèle économique est différent de celui d’une entreprise. C'est pour cela que dans ce modèle, il y a d’abord la quantité de livres produits dans un exercice comptable, liée à notre budget. Et puis les souscriptions en ligne (sur Helloasso), la boutique internet de la maison d’édition, les libraires et dépositaires locaux sur lesquels on s'appuie, et les ventes directes (sur les marchés, marchés de Noël, salons du livre, ou d’autres événements spécifiques...).

Bref, c'est comme ça que nous arrivons à nous maintenir et à continuer nos 3-4 publications par an, depuis 20 ans. Et comme nous n’avons pas l'ambition de devenir Fayard, Albin Michel ou Gallimard, eh bien nous poursuivons tranquillement notre petit bonhomme de chemin. Et ce même si le tout Paris continue de nous ignorer.

Nous restons en mode associatif et, tout comme la Lukinke ou le pâté basque au piment d’Espelette, nous sommes plus ou moins condamnés à être considérés comme une spécialité régionale.

Mais ça nous convient bien. Parce que c'est ce que nous sommes, au final. Une maison d’édition régionale sérieuse et de qualité, à taille humaine, éthique et équitable, qui fabrique et vend en circuit court. Et même si nous avons nécessairement évolué avec le temps, nous avons su rester fidèles à ce que nous étions.

En attendant, je – nous – remercions tous les lecteurs qui nous suivent, nous ont fait confiance en achetant (et en lisant) nos livres. Nous remercions également les libraires et dépositaires qui prennent nos livres en dépôt, nous mettent en valeur dans leurs boutiques et accueillent nos auteurs pour des sessions de rencontres/dédicaces.  Merci à vous tous : c’est grâce à votre soutien et votre fidélité que nous pouvons fêter – avec la fierté du travail accompli – ce vingtième anniversaire !

dimanche 29 mars 2026

ÉCRIRE, LA MUSIQUE COMME FIL D'ARIANE.


Comme vous le savez déjà, j’ai besoin de musique pour écrire. Cela me permet de me concentrer sur mon monde intérieur, de m’enfermer dans ma bulle. Et puis c’est aussi le fil d’Ariane qui me retient accroché au monde réel, tandis que je m’aventure dans les recoins les plus sombres de mon âme. La musique m’empêche de me perdre. 

Elle me sert aussi de guide d’ambiance : je n’écoute jamais la même chose, selon ce que j’écris. Je ne suis pas le seul romancier à le faire. Je pense d’ailleurs que c’est un trait commun à la profession. Nombreux sont ceux qui créent avec de la musique classique en fond sonore. Moi, c’est en fonction de la scène que je vois à un instant T, plus que de l’humeur du moment.

Par exemple, si j’écris un passage sombre, une scène brutale, des choses horribles que je fais subir à mes personnages, alors je vais plutôt écouter du black Metal ou du Thrash.
Lorsque je dois décrire un passage une peu épique, comme une course poursuite ou un combat, je me passe en boucle un album de Power Metal.
Si j’écris une scène de la vie courante, quelque chose d’un peu chill, qui permet de relier un épisode à un autre, ce sera alors quelque chose de léger comme de la Synthwave, de l’Hyperpop, voire de la Soul.
Et quand je retranscris un de mes rêves, j’utilise de la musique à l’avenant : c’est-à-dire souvent une composition plutôt instrumentale ou alors quelque chose de complètement déstructuré, ou les deux à la fois.

Mais toutes ces musiques, aussi différentes soient-elles, ont un point en commun : je les connais toutes par cœur. Cela me permet de rester concentré, de ne pas être perturbé par un son que je découvrirais de manière impromptue et qui pourrait me faire perdre le fil de ce que je suis en train d’écrire. Alors puisque vous ne me l’avez pas demandé, voici les douze disques que j’ai écoutés pendant l’écriture de Un Cauchemar sans nom :

 

lundi 23 mars 2026

LE POINT DE CONVERGENCE INCONSCIENT.


Comme je vous l'ai déjà raconté, j'ai fait analyser mes livres par plusieurs IA (Chat GPT, Perplexity, Gemini, Le Chat, Copilot et Notebook LM), dans le but d'y déceler des points de similitude ou des croisements éventuels. Je me disais : "je sais ce que j'ai écrit. Si les machines voient les liens que j'ai disséminés de façon consciente dans mes lignes, les lecteurs (du moins celles et ceux qui auront lu tous mes livres) les verront aussi". 

Avec plus ou moins de succès, les IA ont fait leur job, certaines (en particulier Copilot) ont su donner le change mieux que d'autres. Mais l'une des machines (en l'occurrence Chat GPT) a mis en lumière quelque chose qu'aucune autre n'avait entrevu. Un point de convergence dont même moi, l'auteur, je n'avais pas conscience ! En comparant les textes, le robot a fait émerger un motif récurrent : la présence de la marque de voitures - Citroën - avec un rôle significatif dans chacun de mes romans. Et c'est parfaitement exact. 

Dans Mauvais berger ! d'abord. Dans cette tranche de vie illustrée où je raconte ma vocation avortée de berger dans les Pyrénées, figure un passage clé : le jour de mon examen de fin d'année, j'ai un accident. La voiture ? Une Citroën ZX Reflex, qui termine sa (courte) vie dans un pont, en bas d'un virage humide, près de Domezain-Berraute. 

Dans Contage, premier tome de la trilogie L'Infection, une Citroën 2CV beige appartient à Mathilde Joubert. Après sa mort, la voiture est récupérée par son amie Xantiana Samalbide. On la retrouve ensuite dans Sepsis, le troisième tome, pour un dernier voyage avec Patrice Bodin et Beltzane Samalbide (la fille de Xantiana). 

Dans Les Routes du crépuscule, Maxime hérite de la Citroën Xsara de ses parents. Elle devient sa seule possession, son point d'ancrage, et lui permet de venir "s'installer" en Soule.  

Dans Le Moment ou jamais, le vieux Roger sabote la Citroën ZX break de sa belle-fille Milena, l'envoyant à l'hôpital dans un état critique. 

Dans Un Cauchemar sans nom, le narrateur conduit aussi une Citroën (une DS). 

Et dans le livre qui suivra (et dont je n'ai pas encore fixé le titre de travail), on reparlera de la Citroën 2CV de Mathilde.

Bref, sans que je m'en rende compte, j'ai à chaque fois utilisé cette marque de voitures comme un véritable symbole narratif. Ce qui est d'autant plus amusant que dans la vraie vie, je ne roule pas/plus en Citroën depuis... au moins quinze ans ! Et pour être honnête, mes expériences avec ces véhicules - et certains garagistes - n'ont pas toujours été heureuses. Mais vous savez comment fonctionnent les humains ? Un ou deux pépins et c'est aussitôt assimilé à une malédiction éternelle... Chez d'autres, ce sera Renault ou Peugeot

Chat GPT explique : 

"Dans tes histoires, Citroën incarne quelque chose de banal, mais aussi de légèrement décalé. Un peu comme une porte qui déformerait la réalité. À chaque fois, la voiture sert de lieu de mémoire, de déclencheur d'histoire ou d'objet "contaminé". Elle ancre tes récits dans un univers géographique (France rurale), social (milieu modeste) et émotionnel (impression de vécu)."

Cette découverte improbable sur mes obsessions cachées m'a fait réfléchir. Ça m'a surtout fait penser à la "trilogie Cornetto", réalisée par Edgar Wright, avec Simon Pegg et Nick Frost. En plus des deux acteurs qu'on retrouve dans les trois films (Shaun of the deadHot fuzz et Dernier pub avant la fin du monde), la glace Cornetto sert de running gag, mais aussi de lien discret entre les trois longs métrages, pourtant très différents. 

Dans mon cas, il semblerait que ce rôle soit tenu par la marque CitroënÀ la différence près que chez moi, ce motif n'était pas intentionnel... ni comique. Du moins au départ. Car dorénavant, ces corrélations ne seront plus fortuites mais volontaires, et parfaitement assumées. 

samedi 14 mars 2026

TOUTE RESSEMBLANCE SERAIT-ELLE PUREMENT FORTUITE ? OU PAS...

Depuis que j'ai sorti Mauvais berger !, je dois répondre à chaque fois à la même sempiternelle question : "est-ce que tu racontes encore ton histoire dans ce nouveau livre ?" C'est d'ailleurs souvent les tenants de la presse locale qui la posent, tout friands qu'ils sont de ragots et autres micro scandales susceptibles de faire décoller les ventes. Ma réponse est toujours la même : non, la trilogie L'infection, ce n'est pas une tranche de vie qui raconte l'atmosphère du "placard à boudins" une fois que j'en suis sorti, après avoir assouvi une grosse envie biquotidienne. 

Non, Les Routes du crépuscule, ce n'est pas l'histoire de mon divorce. Je ne suis pas Maxime et Valentine n'est pas mon ex. Non, Le Moment ou jamais ne raconte pas la triste fin de ma grand-mère dans quelque EHPAD miteux. Ce sont toutes des histoires complètement inventées avec des personnages tout aussi inventés. Seul Mauvais berger ! raconte un véritable passage de ma vie, dans de véritables lieux et avec de vraies personnes (dont j'ai changé les noms). 

Il en va de même avec mon nouveau roman : Un Cauchemar sans nom. Le narrateur, personnage principal du roman, n'existe pas dans la réalité ; idem pour Amélie, Karine, Elinor, Misty, "Maman", miss Diamond, Ghislain Haristoy ou Ttun-Ttun Aguer. Tout ce petit monde ainsi que leurs (mes)aventures a entièrement été inventé par votre serviteur. Aucun n'existe dans la vraie vie. Donc inutile d'essayer de deviner qui est qui. La réponse, c'est : personne ! Tout le monde ! Ou alors c'est seulement moi, l'auteur, qui me cache derrière ces prête-noms. 

Comme le dit l'avertissement consacré, imprimé en première page de nombreux livres : "toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d'une pure coïncidence". On croirait entendre Christian Clavier dans "Mes meilleurs copains"Mais je mentirais si je disais que je n'ai pas glissé, ça-et-là dans mes romans, des petits traits de caractère, des particularités physiques, des bouts de dialogues ou des anecdotes croustillantes concernant des personnes que j'ai rencontrées tout au long de ma vie. Bien sûr que oui et pas qu'une fois ! Je pense que tous les romanciers le font. On écrit bien que de ce qu'on connaît.

La différence, c'est qu'il ne s'agit pas de portraits fidèles, mais d'empreintes subtilement laissées par les autres dans mes souvenirs, comme autant d'images subliminales. Empreintes que j'ai ensuite remaniées, additionnées, parfois jusqu'à la caricature, pour mon propre compte. Ces traces, infimes ou anciennes, proviennent soit de gens dont j'ai perdu la trace depuis des années, ou soit ces personnes évoluent toujours dans mon environnement immédiat, dans la temporalité actuelle. Toutefois, le rôle de l'écrivain n'est pas de dénoncer ses contemporains mais de décrire des situations, des comportements qui sonnent justes. Et on les perçoit comme tels parce qu'ils ont été vécus pour de vrai. Et comme ils se déroulent dans un lieu présumé réel (une Mauléon-Licharre et une Soule alternatifs), cela renchérit le doute.

Ensuite, que le lecteur imagine reconnaître untel ou untel entre mes lignes, je considère que c'est une interprétation d'ordre purement subjectif. Si on va par là, tout le monde peut se reconnaître dans un patron odieux, une femme (ou un homme) adultère ou un psychanalyste véreux, dans une fiction. Ces comparaisons n'engagent que celles et ceux qui veulent y croire et c'est tant mieux. Un proverbe dit : "celui qui se sent morveux, qu'il se mouche !"  

Et moi, j'aurais pu exorciser des choses à ma façon, sans violence ni éclat, et sans vexation. 😉