mercredi 12 août 2026

LA DOUBLE VIE DE "PAPY JEAN"...

Mon grand-père – Jean Boyer, ou Papy Jean pour les intimes – était un type tout ce qu'il y a de plus normal. Ancien fonctionnaire communal, il était petit, trapu ; il portait une casquette de vieux pour cacher sa calvitie et était toujours habillé de gris ou de beige tirant sur le gris. C'était un homme plein de principes, hypocondriaque et maniaque de la propreté. Il était éduqué, intelligent, il avait l'œil pétillant, mais c'était quand même un Français ordinaire, sans histoire. Du moins en apparence.

Et comme pour contredire les statistiques, il était devenu veuf à 65 ans. Il avait connu la guerre et le STO mais nous avons rarement parlé de cet aspect de son passé. Il était plutôt taiseux à ce sujet. Sauf la fois où il m'a raconté que les préservatifs de son époque étaient en boyau de porc et qu'ils étaient lavables et réutilisables ! J’aurais préféré ignorer cette précision sordide…
Pour être honnête, je ne savais pas grand-chose de son existence, à part quelques détails insignifiants. Par exemple, je savais qu’il avait arrêté de fumer il y avait longtemps et qu’il cachait un paquet de GSF intact dans la boîte à gants de sa Citroën Visa vert métallisé (qu'il pilotait tambour battant, n’hésitant jamais à doubler en virage et en côte, comme si l'éventualité d'avoir un accident mortel n'était pas envisageable – et peut-être était-ce le cas, du reste ?). « C’est pour ne jamais oublier », m’avait-il avoué, penaud, le jour où j’avais par hasard découvert le pot aux roses, un ou deux ans avant que le crabe ne finisse par lui dévorer les entrailles. J’avais envié sa force de caractère, moi qui venais de me mettre à cette très mauvaise habitude et qui allais la faire perdurer « on and off » pendant les vingt années suivantes.

Alors qu’en 1995, je regardais son corps amaigri, flétri et qui avait pris la même teinte que ses vêtements favoris, reposer dans sa dernière bière, je me suis rendu compte que, même si je l’avais toujours aimé, je ne l’avais jamais vraiment connu. Aussi, me bornerai-je à décrire ce que je savais de lui.

Depuis le milieu des années 80, il vivait seul dans la grande maison qu'il avait fait construire avec feue ma grand-mère, quelque part au centre de la rue Montesquieu, à Cognac. Ce couple de protestants y avait élevé quatre enfants, dont mon père, Etienne, premier du nom et troisième arrivé en ce monde. Voilà pour le contexte.

La maison de mon grand-père était située sur un terrain rectangulaire en contrebas de la rue, avec une petite cour gravillonnée à l'avant et un grand jardin fourni à l'arrière. Enfin, il était grand pour mes six ans, mais petit pour mes vingt-quatre, lorsque Papy Jean nous a quittés.

La maison comportait deux niveaux. Dans la partie basse, on trouvait deux grands espaces sombres et frais dont l'un servait de garage pour une voiture, l'autre de lieu de stockage pour tout un bazar hétéroclite et inimaginable, allant des piles de vieux journaux aux cages pour les chiens, en passant par des boîtes de conserve et autres bocaux vides ou pleins. Mon grand-père conservait religieusement dans cet endroit – qui nous était bien sûr interdit – tout un bric-à-brac dont il a fallu se séparer, après qu’il a disparu.
Il régnait là-dedans une odeur caractéristique, mélange de poussière et de graisse à outil que je n’ai jamais oubliée. Proust avait sa madeleine, moi l'odeur du garage de Papy. On ne naît pas tous égaux, dans la vie.

Au fond, une porte menait à une troisième partie, composée d'une buanderie, des WC et une grande chambre/salle de jeux qui a accueilli à peu près tous les enfants et petits-enfants de la famille. Un escalier central menait à l'étage, mais avant de monter, on pouvait accéder au jardin à l'arrière, par la véranda. Ce jardin clos était scindé en deux îlots séparés par trois allées bétonnées. La partie gauche était entretenue alors que celle de droite était presque impraticable, un peu comme si elle était envahie de bosquets de noisetiers très denses. Aussi, n'en parlerai-je pas plus avant. 
À gauche, donc, dans de petites clairières savamment organisées, on trouvait un portique de balançoire d'un autre âge (sans les planches et cordes car mon grand-père était terrifié à l'idée que l'un d'entre nous puisse se blesser en tombant), mais curieusement, la perspective que l'un de nous puisse se noyer dans la mare à poissons rouges ne l'avait pas poussé à fortifier le lieu avec barbelés et miradors. Quelques allées transversales, surplombées de treilles fleuries de roses, menaient aux côtés du jardin. Au fond, un moulin en plastique de plus d'un mètre de haut constituait la dernière chose intéressante à voir dans cette partie du terrain.
Si l'on poursuivait à droite, on trouvait un long bâtiment en béton contenant un ancien poulailler et un ancien clapier à lapins. Je me souviens y avoir vu des animaux (dont des faisans), lorsque j'étais tout petit, quand ma grand-mère était toujours de ce monde. Ils ont disparu par la suite. Dans le prolongement de ce bâtiment, on trouvait une autre pièce (sombre, vide, poussiéreuse et oppressante dans mes souvenirs) dont une porte latérale menait à un autre garage, lequel donnait sur la rue Montesquieu, au bout d'une petite allée gravillonnée.

Mais revenons à la maison et son escalier central, très raide et dangereux (ma grand-mère et ma cousine Nathalie en avaient fait les frais…). Ses maudites marches débouchaient sur un long couloir à l'étage, presque en face de la cuisine. À droite, un dégagement, une chambre, dans laquelle mon grand-père s'adonnait à des activités sportives (vélo d'appartement, tapis roulant... qu'il martyrisait au son de marches militaires allemandes – "pas par nostalgie du 3ème Reich, hein ? Mais parce que c'est bien rythmé et entraînant", s'était-il presque excusé).
Je me suis toujours demandé pourquoi Papy Jean persistait à vouloir se maintenir en forme, après la mort de Mamie Lucie. Pour moi, ça n'avait aucun sens : pourquoi perdre son temps et faire autant d'efforts lorsque ça n'est pas nécessaire ?
Ma mère soupçonnait qu'il s'entraînait parce qu'il avait "une habitude" (selon l'expression consacrée de François Mauriac – dans son roman Génitrix) et le charriait régulièrement avec ça, prêchant le faux pour savoir le vrai, mais Papy a toujours su éluder. Il était malin et protégeait sa vie privée. On n'a jamais su ce qu'il faisait lorsqu'il partait en vadrouille pendant des jours, seul ou avec son copain "Tintin". Allait-il aux putes à Dantxaria ou avait-il simplement une maîtresse, quelque part dans les environs ?

Naturellement, je ne savais pas non plus ce que je viens de conscientiser, aujourd'hui-même. Car mon grand-père était bien plus que ce petit bonhomme gris et passe-partout à casquette. Et il avait une raison beaucoup moins triviale de se maintenir alerte. 

Mais revenons à la maison : du même côté du couloir, on trouvait une minuscule salle de bain avec baignoire, et enfin des toilettes séparées. La cuisine pouvait être isolée du couloir au moyen de portes coulissantes vitrées. Le fond de la cuisine donnait sur une petite terrasse couverte qui fut transformée en véranda par la suite. La table de la cuisine était recouverte d'une toile cirée jaune et usée par endroits, elle-même encombrée de papiers, ustensiles et robots ménagers divers et inutiles. Car mon grand-père, en plus de tout garder au cas où ça pourrait servir, était un acheteur compulsif.

Ce qui me reste en mémoire de cette pièce, dans laquelle j'ai pris le goûter, fait mes devoirs, joué aux dames, aux dominos et aux petits chevaux, puis à la console Atari avec mon frère cadet et mes cousins, ce sont surtout deux objets qui recelaient quelque chose de magique, pour mes jeunes yeux : le canif de mon grand-père avec son manche en corne de vache sombre, toujours propre, bien aiguisé, prêt à l'emploi, allongé dans le tiroir des couverts aux côtés de son jumeau plus clair (celui de ma grand-mère décédée), et le décapsuleur fantaisie, sur le frigo, qui représentait un mexicain jouant de la guitare électrique (dont j'ai fini par hériter, des années plus tard, au grand dam de mon cousin Stéphane. Cet ouvre-bouteille exotique est devenu mon "totem d'immunité" contre le quotidien routinier).

Au fond à gauche, une double porte vitrée ouvrait sur une salle à manger carrée, aux meubles chargés de bibelots et de vieilles photos familiales. Nous y échangions nos cadeaux de Noël avec la famille élargie chaque premier janvier. Une cloison avait été abattue en face afin d’accéder au salon, dans lequel s'étalait l'imposant piano de mon arrière-grand-mère (Sophie, la musicienne, que je n'ai pas connue), une commode rococo sur laquelle trônait une énorme télévision à tube cathodique, quelques fauteuils et un guéridon avec une photo en noir et blanc de mon père enfant, qui jaunissait dans un cadre doré.
Entre le piano et la télé, une porte ouvrait sur le couloir central, qui repartait à gauche vers la chambre de mon grand-père et la partie cuisine. À droite, c'était la porte d'entrée, suivie d'un escalier extérieur en béton qui menait à la cour avant et au portail. En face, une porte condamnée. Du moins c'est ce que tout le monde m'affirme, même encore aujourd'hui.
Mais moi je sais ce que j'ai vu.

Cette ouverture permettait d'accéder à l'ancienne chambre de Gérard, l'aîné de la famille. Elle jouxtait celle de mes grands-parents. Une fois les enfants partis de la maison, mon grand-père avait fait abattre la cloison entre sa chambre et celle de Gérard afin de créer une sorte de « suite parentale ». C'est un grand mot. La porte était restée là, dans le couloir, mais nous avions l'interdiction de l'ouvrir.

Sauf qu'un jour – je devais avoir six ou sept ans – j'ai vu mon grand-père sortir par cette porte. L'espace d'un instant, j'ai eu l'occasion d'apercevoir ce qu'il y avait dans la « pseudo pièce », derrière lui. Et j'y ai vu une petite salle sombre, sans fenêtre et toute en longueur, comme une extension perpendiculaire du couloir, mais de laquelle exhalait un air glacial, poussiéreux et glauque. L’endroit m'a paru engorgé d'objets mystérieux que je n'ai pas su reconnaître. Mis à part un fusil à pompe, probablement chargé et prêt à être utilisé, posé contre une étagère branlante. Cette vision n'a duré qu'un court instant mais l'endroit a éveillé ma curiosité autant que mon effroi. Quelque chose d'anormal venait de se produire juste sous mes yeux mais mon cerveau refusait de l'admettre. Papy Jean possédait un "passage dimensionnel" dans sa maison. Je n'aurais pas su le nommer ni le décrire, à ce moment-là, autrement que comme un « cagibi magique », mais j'avais parfaitement compris, intuitivement et malgré mon jeune âge, de quoi il s'agissait.
Mon grand-père a eu l'air surpris de me trouver là, la bouche ouverte, témoin fortuit de sa double vie. Puis, contrarié par mon indiscrétion enfantine, il m'avait chassé du couloir sans ménagement (mais sans violence).

Les années ont passé. J'ai grandi et je n'ai jamais reparlé de cet épisode avec lui. Chacun a droit à son jardin secret. Et depuis, Papy Jean nous a malheureusement quittés. Ses héritiers directs ont vendu sa maison, dont personne ne voulait, si bien que je ne saurai jamais si tout cela a existé, si c'était une hallucination, les réminiscences d'un rêve ou un souvenir reconstruit. Pire : je ne saurai jamais si quelqu'un d'autre que moi connaissait la vérité.

Bien plus tard, j'ai demandé à mon père et à ma cousine si cette pièce interdite leur disait quelque chose, mais il semblerait que je sois le seul à l'avoir jamais vue ouverte. Pour eux, elle était condamnée, d'autant plus que mon grand-père avait placé une armoire devant la porte, côté chambre à coucher. Pour eux, cette porte dans le couloir central n'était que le reliquat d'une ancienne chambre, rien de plus.

Mais pour moi, ce gourbi hors de l'espace et du temps que j'avais aperçu, ne serait-ce qu'une fraction de seconde, était bien réel. Et il le restera, jusqu’à preuve irréfutable du contraire.

mardi 28 juillet 2026

#UCSN : DES PERSONNAGES FÉMININS PUISSANTS


Je me suis rendu compte récemment que, depuis que je publie des livres, j’ai toujours imaginé des personnages féminins puissants. Hormis dans Mauvais berger ! où je n’ai pas eu besoin puisque Nanette la bergère est une personne réelle, à la base, c’est le cas dans la trilogie L’infection (Mathilde/Antivirus X, Serena, Sophie Régent…) dans Les Routes du crépuscule (Valentine, Jessica, Karine…) et dans Le Moment ou jamais (Sandrine, Isabelle, Milena…). 

Dans Un Cauchemar sans nom, il y en a aussi une tripotée : Amélie, Karine, Ghislaine mais aussi et surtout Élinor, Misty, Miss Diamond et « Maman ». Toutes sont des femmes avec un fort caractère et donnent du fil à retordre à mon personnage principal, le narrateur. Il faut dire qu'à lui seul, il cumule beaucoup de tares : c’est un adulescent égocentré et manipulateur au caractère obsessionnel, affublé d’un terrible pouvoir dont l’utilisation a des conséquences désastreuses. 

Même si elles ont toutes des faiblesses propres à leur caractère, ce sont des femmes fortes, mues par leurs objectifs personnels ou leurs sentiments, qui n’hésitent pas à s’opposer à la volonté ou aux ambitions du héros (qui est davantage un antihéros, en fait). Ce dernier croit pouvoir en faire ce qu’il veut, mais c’est sans compter sur leur résistance active et leur ruse pour les unes, leur force d’inertie ou leur courage pour les autres. 

Ce ne sont pas des héroïnes, à proprement parler. Elles ne gagnent pas à la fin (le narrateur non plus, du reste) et leurs desseins ne sont pas toujours altruistes (litote). Ce sont juste des personnes/antagonistes avec les défauts de leurs qualités. Il se trouve que, hormis Antton Aguer dont je vous ai déjà parlé ici et Roger Barbeau, ce sont quasiment tous des personnages de sexe féminin. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien moi-même. Il le fallait, c'est tout !

lundi 27 juillet 2026

#UCSN : LE DOSSIER DE PRESSE + LES 2 PREMIERS CHAPITRES

À l’occasion de la sortie prochaine de mon nouveau roman Un Cauchemar sans nom (le 27/08/2026 chez les éditions Astobelarra), j’ai, pour la première fois, créé un dossier de presse complet, dans les règles de l’art. Je n’avais jamais fait ça auparavant. D’ordinaire, je fabrique des fiches techniques (comme celle-ci) que j’envoie à la presse et éventuellement aux libraires. Mais ce n’est pas aussi complet et ça ne donne pas autant envie. 

Je sais que ça se fait chez les grandes maisons d’édition (mais elles ont généralement un service communication dédié, là où nous sommes tous bénévoles) alors je me suis dit qu’on allait commencer à faire les choses comme il faut, nous aussi. On en a les compétences et, quand même, après 20 ans d’existence et presque 60 livres publiés, il était temps qu’on apprenne à se vendre… On tâchera de faire le même travail pour nos prochaines sorties. 

En tout cas, j’espère que ce dossier de presse vous donnera envie d’en savoir plus sur mon livre.
Et si c’est le cas, vous pouvez lire ici les deux premiers chapitres ! Enfin... Avant de vous précipiter sur le bon de commande (ici) le jour j ! 

mercredi 8 juillet 2026

C'EST PAS SORCIER, MAIS C'EST OBSESSIONNEL !


Lorsque je vends nos livres sur le stand des éditions Astobelarra, on me demande souvent comment j’écris les miens. Apparemment, écrire des romans, ça semble être une prouesse pour le commun des mortels, mais en ce qui me concerne (et sans vouloir passer pour un petit prétentieux), il n’y a rien d’extraordinaire : ce sont juste des idées, un carnet, un stylo et surtout beaucoup de temps. Le reste, il y a de grandes chances pour que vous l’ayez appris à l’école ou dans les livres que vous lisez (si vous lisez). Comme je l’ai déjà écrit ici, les rêves que je fais la nuit sont ma principale source d’inspiration ; ce qui se prête bien à mon genre de prédilection : le fantastique. Mais ensuite, comment ça se passe ?

Il n’y a pas de recette type. Chaque écrivain possède son propre mode de fonctionnement, qui ne conviendrait sans doute pas à un autre. L'enjeu étant de trouver lequel est le sien propre. Moi j’ai compris comment je fonctionnais après Pandémie, le tome 2 de L’infection (mon troisième livre). Ce dont il faut bien être conscient, c’est que tout est une histoire de… temps qu’on consacre à son œuvre. Et de passion. J’écris tous les jours, que ce soit pour mes romans, mon blog, ou autres…

Par exemple, j’écris en détail tous mes rêves dans un calepin ou sur Notes, une appli de mon smartphone. Je les mets en forme et soit je les garde pour moi, si c’est trop intime, soit je les publie sur Instagram ou sur mon blog quand ça le mérite. Parfois, ces historiettes en restent là. Parfois, mon cerveau arrive à faire des liens entre elles et alors une trame émerge du brouillard. Je distingue un semblant de chemin.

Une sorte de ligne temporelle sur laquelle des événements se placent de façon plus ou moins logique. Au départ, c’est souvent un début, un milieu et une fin. Parfois quelques jalons timides se calent entre chacun de ces trois principaux cairns. Ce sont soit des rêves, soit des personnages, soit des anecdotes réellement vécues (par moi ou un/une autre) et que je modifie et transpose dans le récit.

En général, cette timeline très succincte me suffit pour ressentir les premiers soubresauts électriques du flow dans mes entrailles, sous ma peau. Je commence comme ça. Et peu à peu, au gré du temps qui passe, de mes trajets professionnels pendant lesquels je laisse mon esprit vaquer divaguer (j’effectue plus de 30 000km par an pour mon travail, alors vous savez, j’ai du temps pour réfléchir), les choses se mettent en place.

Comme je l’ai dit ailleurs sur ce blog, j’ai beaucoup de mal à me mettre à rédiger au long cours, si je n’ai pas au moins huit heures d’affilée disponibles. C’est pour ça que j’écris mes romans essentiellement pendant mes congés ou week-end. Mais tout se joue dans mon cerveau en tâche de fond. En gros, je préécris mes livres dans ma tête. Je construis mes personnages, je trouve mes mots, j’agence mes phrases de manière virtuelle avant de les coucher sur mon ordinateur (et de les réarranger si nécessaire – et croyez-moi, ça l’est !).

Il me faut environ un an à un an et demi pour terminer un premier jet. Ensuite, je laisse « reposer la pâte ». Parce que lorsque j’écris, c’est comme une course de vélo : je suis le nez dans le guidon et je ne vois que ma roue avant et les 10 prochains mètres. Souvent, la route est lisse et calme, mais gare aux chausse-trappes et à la pluie ! Je trouve cette métaphore très classique mais appropriée (et d’actualité).

LA PASSION, COMME FRANÇOIS PIGNON

Un à deux mois plus tard, je reprends mon manuscrit : je relis, je corrige, je rajoute, je supprime, je peaufine avec un esprit frais. Ça me prend à peu près un mois de plus (quand je ne le fais pas pendant mes congés, sinon, deux semaines suffisent). Ensuite, j’envoie ce premier jet corrigé au comité de lecture, afin d’avoir leur avis. Un mois plus tard, j’ai obtenu leurs retours constructifs et je me remets à l’ouvrage, précisant ceci, reformulant cela… car j’ai toujours du mal à lever le nez du guidon ! À ce propos, avez-vous remarqué à quel point c’est compliqué de se relire ? C’est comme si notre cerveau refusait de le faire : « Nan, je sais déjà ce que ça raconte, pas la peine que je me casse le cul. Allez, salut ! ».

Mais je ne suis pas toujours tous les conseils des collègues d’Astobelarra à la lettre parce que je suis le seul à savoir vraiment ce que j’ai en tête. Et comme je ne révèle jamais tout (notamment dans mon dernier livre, qui aura une suite), leur jugement peut parfois être biaisé… Mais je prends ce qu’il y a à prendre. J’en ai à peu près pour un mois de travail supplémentaire avant de pouvoir dire sans honte : ça y est, je suis prêt !   

Vous voyez : il n’y a rien de sorcier. C’est juste une histoire de passion (la même que celle qui anime François Pignon avec ses cathédrales en allumettes, dans Le Dîner de cons, pour ceux qui n’auraient pas la réf.) et d’organisation du temps de travail. Comme toute médaille, il y a un revers… Tout ce temps, si précieux, qu’on consacre à son œuvre, on le vole forcément à quelqu’un. Oui, ça ne doit pas être de la tarte de me supporter au quotidien, dans mes périodes de créativité.

J’en ai bien conscience et j’en suis désolé pour toutes les victimes collatérales (essentiellement mes proches et mes collègues de boulot). Mais ça va avec ce que je suis : on prend le tout (le bonhomme et ses défauts) ou on ne prend rien. J’ai encore des tas d’histoires à raconter et je ne suis pas prêt à en sacrifier une seule.

En fait, je réalise que j’ai beaucoup de similitudes avec le personnage principal de mon nouveau roman, Un Cauchemar sans nom : je suis un grand adulescent totalement égocentré, au comportement addictif et obsessionnel. Malheureusement, je crois bien que ce sont aussi quelques unes des « qualités » nécessaires pour écrire des romans. Ou, plus largement, pour créer quoi que ce soit d’artistique.

Envie d'en savoir plus ? Jusqu'au 20 juillet 2026, vous pouvez précommander mon dernier roman (véritable métaphore du métier d'écrivain – je précise) à cet endroit précis ! Non seulement vous filerez un petit coup de pouce aux Éditions Astobelarra, mais en plus, vous économiserez 5,70€ (frais de port inclus) car après cette date, ce sera plein tarif pour tout le monde ! Alors on arrête de tergiverser et on sort sa CB ! 😁 

lundi 29 juin 2026

TTUN-TTUN AGUER, PERSONNAGE RECURRENT

Si vous avez lu mes précédents livres, alors vous connaissez Antton Aguer, dit Ttun-ttun. Antton, c’est l’archétype du petit patron local, imbu de pouvoir, et doté d'un égo surdimensionné, méprisant et pourri jusqu’à la moëlle. Un type ne reculant devant aucune exaction pour obtenir ce qu'il convoite et qui n’a qu’un plaisir dans sa vie : tenir celle des autres entre ses doigts.

C’est un entrepreneur autoritaire à la limite de la psychopathie, dont les activités industrielles sont philosophiquement très discutables. C'est également un petit notable de province, un politicien véreux et sans morale qui ne supporte pas la contradiction ou la mise en dérision de sa personne.

Au fond, Ttun-ttun est comme tout le monde. Il voudrait laisser une trace de son passage sur terre et qu’on le considère comme un bienfaiteur (il rêve d’avoir une rue à son nom, mais n’aura que les chiottes publiques) alors qu’en réalité, sa spécialité, c’est la prise illégale d’intérêts, la manipulation des faits, le mensonge, la menace, voire la violence si rien d’autre ne fonctionne.

En fait, sous une croûte superficielle sèche, dure et amère, c’est un faible, un enfant gâté qui veut tout et tout de suite. Je vous l’avoue, je prends un malin plaisir à l’humilier dans mes romans (dans la trilogie L’infection, dans Le Moment ou jamais et, bien entendu, dans Un Cauchemar sans nom –  toujours en précommande ici, à ce jour), au nom cette forme de justice poétique dont je suis friand.

Évidemment, mon Antton Aguer n’existe pas dans la réalité. C’est une caricature absolue. Le réceptacle de toutes les tares que j’ai pu rencontrer dans ma vraie vie professionnelle et personnelle, chez mes congénères (du moins ceux qui jouissent d’une petite autorité, quelle qu’elle soit). Dans ma tête, je trouve qu’il ressemble physiquement à Aimé De Mesmaeker (dans Gaston Lagaffe).

C’est un pratiquant invétéré des sept péchés capitaux (je pense qu’il y en a plus que sept chez Ttun-ttun) qui représente l’humanité dans ce qu’elle a de plus crasse, de plus vulgaire, de plus indigne. C’est un personnage qu’on aime détester tout en le trouvant ridicule. Un genre de polichinelle bête et méchant, mais qui s’ignore.

Vous l'aurez compris, Antton sert de démiurge social contre lequel se débattent mes autres personnages. Il est l’obstacle, la figure d’autorité qu’il faut renverser ou ridiculiser afin de s’émanciper du chaos social, par opposition au chaos narratif que j’invente et décris en parallèle, dans mes romans.

Enfin, si vous ne l'avez pas déjà fait, vous pouvez précommander à prix d'ami (vous économiserez 5,70€) Un Cauchemar sans nom dès aujourd'hui ! ↴
https://www.helloasso.com/associations/astobelarra-le-grand-chardon/collectes/reservez-un-cauchemar-sans-nom-le-nouveau-roman-d-etienne-h-boyer



mercredi 24 juin 2026

#UCSN : INTERVIEW JUIN 2026

#LMOJ, mon livre précédent !

À la veille (presque) de la sortie de mon nouveau roman Un Cauchemar sans nom, Thomas Ponté (également auteur et membre actif de notre maison d'édition) a bien voulu se prêter au jeu de l’intervieweur pour le compte des éditions Astobelarra et tenter de me tirer les vers du nez. Je pense qu’il s’en est bien sorti ! En tout cas, ses questions sont beaucoup plus naturelles et incitatives que celles de n’importe quelle IA que j’ai pu solliciter… Et lui au moins, il a lu mes livres et il est capable de faire des comparaisons et des liens logiques ! Quant à mes réponses, à vous de juger si vous apprenez quelque chose de nouveau, ou pas :

Thomas Ponté : Quel est ton pire souvenir, en tant qu'écrivain ?

Etienne H. BOYER : On va commencer par le meilleur, si tu veux bien ! Si je devais en choisir un, je dirais que mon meilleur souvenir en tant qu’auteur, c’est lorsque l’imprimeur m’a livré la première édition de Mauvais berger ! Les voir, là, comme ça, dans leurs cartons, tous bien rangés en rang comme des petits soldats, ça m’a fait bizarre. Un peu comme lorsque mes vrais enfants ont vu le jour.
À 37 ans, j’avais (enfin) donné vie à un livre !
Le pire souvenir, ce serait le jour de la sortie de Les Routes du crépuscule, je pense. Nous sommes allés à cinq, Thomas Ponté, Constance Dufort, Caroline Herrera et moi-même au salon du livre d’Hendaye. Nous étions placés tout au fond de la salle, l’entrée pour les visiteurs était payante et consécutivement, il n’y a pas eu grand monde. Résultat : 120 kilomètres, presque deux heures de route et huit heures de présence… pour qu’aucun d’entre nous ne dédicace un seul livre ! La Bérézina, comme on dit !
Plus jamais ça !!!

Thomas Ponté : Au-delà de l'aspect technique de l'écriture au sens strict, quelles peuvent être les étapes mentales par lesquelles il t'arrive de passer ? 

Etienne H. BOYER : Lorsque j’ai un roman en tête, plus rien d’autre ne compte. Mon cerveau est sans cesse noyé de pensées invasives (en rapport avec l’histoire). Et lorsqu’enfin j’arrive à me forcer à me concentrer sur autre chose, je sens que ça travaille toujours en tâche de fond. C’est assez compliqué à gérer, car il faut composer avec le travail, la famille, les amis, la maison d’édition, les besoins essentiels… On ne doit faire l’impasse sur rien. Mais ça demande beaucoup d’énergie et je suis généralement une loque, une fois que le livre est terminé.
L’autre moment difficile, c’est lorsque mon manuscrit est partagé au comité de lecture. C’est là (et seulement là) que le doute me prend. Et si c’était nul ? Et si ça ne plaisait pas ? Et si j’avais travaillé pour rien ?
Mais tout n’est pas négatif : par exemple, il y a ces périodes de créativité intense au cours desquelles les vannes du flow sont ouvertes. La dopamine coule à flots dans mes veines et écrire devient alors comme une drogue, jusqu’à s’en oublier. Plus rien ne compte, autour. Je peux passer 20 heures sans manger, sans ressentir la moindre fatigue, le moindre manque, la moindre douleur physique dans une espèce d’euphorie électrisante. Quand vous lirez Un Cauchemar sans nom, vous retrouverez sûrement les chapitres qui ont été écrits dans le >flow.

Thomas Ponté : Tous tes romans appartiennent au fantastique et à la SF ; d'où te vient cet attrait particulier pour ce genre ? Et est-ce que tu te sentirais d'écrire un roman purement réaliste ? 

Etienne H. BOYER : Alors ça, je pense que ça vient de mon éducation. Je suis un enfant des seventies, donc j’ai baigné dans la culture Goldorak, San ku Kai, Star Wars, puis les livres dont vous êtes le héros, Orwell, Barjavel, Lovecraft, Poe, Stephen King, Mad Movies, Fluide Glacial, les comics, et puis les BD comme Druuna ou le Mercenaire… Puis il y a eu les séries télé comme V, Code Quantum, les X-Files et surtout Twin Peaks, et le cinéma avec Terminator, Freddy Krueger, The Shining, les films de zombie, la pop music et le Heavy Metal. En fait, si vous voulez un résumé assez bien vu de cette période, il vous faut regarder les cinq saisons de Stranger Things, des frères Duffer.
Donc ma culture générale, c’est celle-là. Je ne suis pas spécialement nostalgique de la période, mais elle fait partie de moi. Quand on prend tous ces ingrédients, qu’on les mets dans un mixer et qu’on appuie sur le bouton, ça donne un curieux gaspacho à base de dystopie fantastique, de pop culture, de pulp, de gore et de sexe.

Thomas Ponté : Dans LRDC, ton héros se retrouve projeté dans sa jeunesse ; si tu devais tout recommencer toi aussi, en tant qu'auteur, garderais-tu le même cap, ou changerais-tu ton approche de l'écriture ?

Etienne H. BOYER : Si je pouvais retourner dans le passé tout en gardant la mémoire de mon vécu, comme Maxime, je me mettrais à écrire (pour être lu) beaucoup plus tôt. J’écris depuis longtemps, mais ça restait plus ou moins d’ordre privé. J’avais déjà des histoires qui me trottaient dans la tête et que j’avais commencé à rédiger dans un cahier (essentiellement des scenarii de BD parce que plus jeune, je rêvais de devenir dessinateur de BD) mais sans oser aller plus loin. Manque de maturité et de confiance en moi, sans doute ?
En fait, c’est vraiment mon passage en tant que correspondant local de presse chez Sud-Ouest qui a débloqué cette évolution, je pense. Mais cette période est intervenue assez tard dans ma vie. J’avais déjà 30 ans. 

Thomas Ponté : Quel serait pour toi le roman ultime que tu rêverais d'écrire ?

Etienne H. BOYER : J’adorerais écrire un gros roman comme le fait John Irving. Avec une vraie histoire au long cours qui donne du rêve et qui ne serait pas un roman fantastique ni un polar. Un truc qui plairait enfin à ma mère… Mais ce n’est pas ce que je fais.
Je sais que c’est un pari assez risqué, commercialement parlant, de se cantonner aux romans de genre (c’est un peu un public de niche), mais bon. Moi je fais dans le divertissement, le thriller fantastique, le gore. J’écris ce que je suis, ce que j’ai dans la tête, ce que j’aime lire. 

Thomas Ponté : Tes intrigues sont toujours le fruit de rêves que tu fais, mais est-ce qu'à l'inverse ta vie d'écrivain se retrouve parfois dans tes rêves ?

Etienne H. BOYER : Étrangement, les deux univers ne sont pas poreux entre eux. Je rêve de tas de choses différentes qui finissent souvent dans mes romans, mais jamais que j’écris (ou que je participe à un salon du livre), jusqu’à aujourd’hui. Du moins, pas que je me souvienne parce que, comme tout un chacun, je ne me souviens pas toujours de tous mes rêves.

Thomas Ponté : Y'a-t-il des choses qui peuvent te mettre la pression quand tu écris ?

Etienne H. BOYER : Ce qui me met la pression, c’est le temps qui passe, durant lequel je ne peux pas écrire (ou travailler sur mon livre en cours) parce que je suis au boulot, parce que ma famille ou mes amis ont besoin de moi, parce que je dois consacrer du temps à Astobelarra, etc. Pour pouvoir écrire sereinement, j’ai besoin de conditions spécifiques. Le temps disponible est l’élément essentiel, (je n’aime pas me mettre à écrire si je n’ai pas au moins huit heures devant moi) mais il y en a d’autres, comme la solitude, l’isolement, la musique…

Thomas Ponté : S'agissant de ton travail, quelle est la question ou la remarque que tu ne supportes plus d'entendre ?

Etienne H. BOYER : « Pourquoi tu te fais chier avec tout ça ? C’est une perte de temps ! » Ce que je fais, que ce soit écrire des romans, éditer les livres d’autres auteurs et les vendre sur le marché de Mauléon-Licharre, ce n’est pas pour devenir millionnaire ; c’est par pure passion (et par besoin viscéral de partager ce qui me trotte dans le crâne). Et la passion, c’est forcément déraisonnable pour ceux qui ne la comprennent pas. Au pire tu passes pour un fou, au mieux pour un François Pignon.

Thomas Ponté : As-tu écrit quelque chose que tu as du mal à assumer, avec le recul ?

Etienne H. BOYER : J’assume tout ce que j’ai écrit. Cela dit, si j’avais le temps et la force, je réécrirais le tome 1 de L’infection. Pas que je ne l’aime pas, mais on va dire qu’aujourd’hui, 14 ans plus tard, je ne l’aurais pas écrit comme ça, avec tous ces anglicismes et ces termes techniques. Je supprimerais le lexique et je rendrais le texte plus fluide. Bon, je ne le ferai jamais, en vérité. Car contrairement à Mauvais berger !, qui était incomplet, puisque je lui ai rajouté un paquet d’anecdotes qui me sont revenues après coup, L’infection T1 Contage, s’il n’est pas absolument parfait, est tel qu’il devait être : c’est un premier roman, avec ses qualités et ses défauts. J’en reste très fier et il est la première pierre à « mon édifice ».  

Thomas Ponté : Dans ton nouveau roman à paraître, UCSN, tu crées des ponts avec tous tes autres livres (y compris Mauvais berger !). Est-ce qu'il faut forcément avoir lu tes précédents travaux pour pouvoir suivre ?

Etienne H. BOYER : Pas du tout. C’est un roman à plusieurs niveaux de lecture et donc chacun y trouvera ce qu’il veut. Celui ou celle qui n’a pas lu mes précédents efforts ne sera pas perdu car j’explique ce qui doit l’être en temps voulu. Quant à ceux qui connaissent le reste de mes livres, ils y trouveront de nombreux clins d’œil, certains évidents, d’autres plus subtils. Ce sera un peu comme une partie de « Mais où est Charlie », pour eux !   

Thomas Ponté : Les rêves de ton personnage modifient la réalité. Il en est victime mais en devient également l'horloger conscient, aux dépens de son entourage. Comment as-tu jonglé avec cette dualité ? Et penses-tu que tu te conduirais de façon plus responsable ?

Etienne H. BOYER : Comme aurait dit Lord Acton, je pense que « le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument ». Il suffit de regarder les hommes politiques, de par le monde, pour s’en convaincre. Mon personnage ne déroge pas à la règle. Il a une base égocentrée, immature, cynique. Il n’est pas particulièrement sympathique, pour un héros romanesque. D’ailleurs, ce n’en est pas un, malgré ses pouvoirs. C’est juste un homme faible et névrosé qui tente de s’adapter au changement et essaye de modifier sa réalité, parfois même au détriment du reste de la planète, parce qu’il en a les capacités. Mais il n’est pas foncièrement méchant. Il est juste médiocre. Un peu comme nous tous, non ?
Quant à savoir ce que je ferais si j’avais ses pouvoirs… puisque ce personnage vient de mon cerveau, j’imagine que je ne ferais pas mieux que lui ?

Thomas Ponté : Dans UCSN, on passe de rêves et de leurs conséquences prosaïques pour glisser vers l'extraordinaire. Comment peut-on interpréter cette escalade ?

Etienne H. BOYER : Le personnage perd peu à peu pied avec le réel. Et son pouvoir, qu’il contrôle mal mais qui est incommensurable – puisqu’il crée, malgré lui, de nouvelles dimensions et des personnages eux aussi blindés de pouvoirs – lui échappe en une espèce d’accélération exponentielle. Plus il dort, plus il rêve, et plus il modifie sa réalité (et celle des autres en même temps).
C’est une métaphore du pouvoir (quel qu’il soit : argent, autorité, politique, patronal, etc.), qui, s’il est entre les mains d’un irresponsable incapable de le maîtriser, peut dévier et s’emballer, et fatalement créer des désastres.

Thomas Ponté : Sartre disait « l’enfer, c’est les autres ». Est-ce que ton héros ne ferait pas justement partie de ces autres qui imposent leurs vues sur le monde ? Et est-ce que ce « cauchemar sans nom » ne serait pas, finalement, celui des autres qui subissent les lubies d’un être en manque de repères ?

Etienne H. BOYER : C’est un des niveaux de lecture et je pense qu’il y en a autant que de lecteurs ! Mais oui, on peut voir ce personnage comme une sorte d’architecte quantique complètement inconscient, ou au pire comme un démiurge désinvolte, dont le seul but est de satisfaire son égo. Pas si différent d’un Donald Trump, finalement… Mais contrairement à l’actuel président américain, il est également victime de son pouvoir. C’est, je crois, ce qui le sauve.

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lundi 22 juin 2026

LA TANT ATTENDUE PAGE 13

C’est amusant. Depuis que j’ai publié Les Routes du crépuscule (2022 – éditions Astobelarra), de nombreux lecteurs (surtout des lectrices, du reste) me parlent de sa fameuse page 13. Je ne vous ferai pas l’affront de publier ici ce que j’avais écrit sur cette page, mais c’était évidemment une scène de sexe, ou plus exactement une « scène de souvenir » de rapport sexuel. Il faut préciser que le roman commence à la page 11, et donc que ce passage croustillant intervient très vite, à un moment presque inattendu. Et bien sûr, dans ce roman « hypersexué », ce n’est pas le seul passage du genre.

Lorsque j’ai annoncé la publication de Le Moment ou jamais, le roman suivant (2024 – éditions Astobelarra), la première chose qu’on m’a demandée (avec gourmandise ou effroi, je n’ai pas su dire), c’est « est-ce qu’il y aura une page 13 ? ». Littéralement, il y a bien une page 13 dans Le Moment ou jamais. Mais pas de scène de sexe à proprement parler. Le seul passage un peu « olé olé » de ce livre se situe en pages 183 et 184, mais s’apparente plus à de la déviance qu’à autre chose. Mais cette histoire est davantage un roman d’épouvante que #LRDC et ne se prêtait pas vraiment à ce genre de digression.

À noter : il y a également une ou deux scènes de sexe dans le tome 1 et le tome 3 de L’infection, mais ça reste bien chaste, en comparaison avec #LRDC.

Dans Un Cauchemar sans nom, mon prochain roman auquel vous pouvez souscrire dès maintenant ici, qui est un peu la clé de voûte de tout ce que j’ai écrit précédemment, j’ai effectivement remis le couvert. Toutefois, il faudra un peu attendre car le début des « hostilités » ne commencera pas en page 13, mais en page 25, cette fois-ci.

OBSESSION SEXUELLE OU NÉCESSITÉ NARRATIVE ?

Une question se pose : les scènes de sexe sont-elles légitimes, nécessaires dans le roman ou ne sont-elles qu’un argument de vente, des sortes de hameçons destinés à émoustiller les ménagères de 20 à 90 ans ? Et question numéro deux : suis-je un obsédé sexuel ?

Réponse à la première question : moi, je pars du principe que le sexe fait partie de la vie, et est même essentiel, au même titre que manger, boire, dormir et faire caca. De ce fait, je ne m’interdis pas d’en parler car ce n'est pas un sujet tabou, pour moi. Et puis ai-je besoin de le préciser : quel qu’en soit le thème, chaque scènes que j’écris se justifient par rapport à un contexte global, par rapport à la psychologie de mes personnages et forment un tout indivisible.

Et puis les scènes de sexe de mes romans ne sont que de tout petits fragments du reste de chaque livre. Un grain de poussière. Ce n’est jamais le propos principal du texte. Elles rendent les personnages plus humains, plus réalistes. Dans #LRDC, par exemple, elles sont destinées à montrer la faiblesse de Valentine dans un monde dominé par des hommes brutaux, roublards, irrespectueux. Mais dans un deuxième niveau de lecture, elles sont des projections de ce que Maxime imagine d’elle. Parce que oui : à la base, Les Routes du crépuscule, c’est un roman fantastique, #LeSachiezTu !

Ce deuxième niveau devient le premier niveau de lecture dans Un Cauchemar sans nom, puisque le personnage principal a été frappé d’une « malédiction » : à chaque réveil, ses rêves deviennent réalité. Et donc, dans la logique, chaque réalité n’est autre que le produit de ses fantasmes, quels qu’ils soient…

Réponse à la deuxième question : oui. Pas vous ? 😁