dimanche 29 mars 2026

ÉCRIRE, LA MUSIQUE COMME FIL D'ARIANE.


Comme vous le savez déjà, j’ai besoin de musique pour écrire. Cela me permet de me concentrer sur mon monde intérieur, de m’enfermer dans ma bulle. Et puis c’est aussi le fil d’Ariane qui me retient accroché au monde réel, tandis que je m’aventure dans les recoins les plus sombres de mon âme. La musique m’empêche de me perdre. 

Elle me sert aussi de guide d’ambiance : je n’écoute jamais la même chose, selon ce que j’écris. Je ne suis pas le seul romancier à le faire. Je pense d’ailleurs que c’est un trait commun à la profession. Nombreux sont ceux qui créent avec de la musique classique en fond sonore. Moi, c’est en fonction de la scène que je vois à un instant T, plus que de l’humeur du moment.

Par exemple, si j’écris un passage sombre, une scène brutale, des choses horribles que je fais subir à mes personnages, alors je vais plutôt écouter du black Metal ou du Thrash.
Lorsque je dois décrire un passage une peu épique, comme une course poursuite ou un combat, je me passe en boucle un album de Power Metal.
Si j’écris une scène de la vie courante, quelque chose d’un peu chill, qui permet de relier un épisode à un autre, ce sera alors quelque chose de léger comme de la Synthwave, de l’Hyperpop, voire de la Soul.
Et quand je retranscris un de mes rêves, j’utilise de la musique à l’avenant : c’est-à-dire souvent une composition plutôt instrumentale ou alors quelque chose de complètement déstructuré, ou les deux à la fois.

Mais toutes ces musiques, aussi différentes soient-elles, ont un point en commun : je les connais toutes par cœur. Cela me permet de rester concentré, de ne pas être perturbé par un son que je découvrirais de manière impromptue et qui pourrait me faire perdre le fil de ce que je suis en train d’écrire. Alors puisque vous ne me l’avez pas demandé, voici les douze disques que j’ai écoutés pendant l’écriture de Un Cauchemar sans nom :

 

lundi 23 mars 2026

LE POINT DE CONVERGENCE INCONSCIENT.


Comme je vous l'ai déjà raconté, j'ai fait analyser mes livres par plusieurs IA (Chat GPT, Perplexity, Gemini, Le Chat, Copilot et Notebook LM), dans le but d'y déceler des points de similitude ou des croisements éventuels. Je me disais : "je sais ce que j'ai écrit. Si les machines voient les liens que j'ai disséminés de façon consciente dans mes lignes, les lecteurs (du moins celles et ceux qui auront lu tous mes livres) les verront aussi". 

Avec plus ou moins de succès, les IA ont fait leur job, certaines (en particulier Copilot) ont su donner le change mieux que d'autres. Mais l'une des machines (en l'occurrence Chat GPT) a mis en lumière quelque chose qu'aucune autre n'avait entrevu. Un point de convergence dont même moi, l'auteur, je n'avais pas conscience ! En comparant les textes, le robot a fait émerger un motif récurrent : la présence de la marque de voitures - Citroën - avec un rôle significatif dans chacun de mes romans. Et c'est parfaitement exact. 

Dans Mauvais berger ! d'abord. Dans cette tranche de vie illustrée où je raconte ma vocation avortée de berger dans les Pyrénées, figure un passage clé : le jour de mon examen de fin d'année, j'ai un accident. La voiture ? Une Citroën ZX Reflex, qui termine sa (courte) vie dans un pont, en bas d'un virage humide, près de Domezain-Berraute. 

Dans Contage, premier tome de la trilogie L'Infection, une Citroën 2CV beige appartient à Mathilde Joubert. Après sa mort, la voiture est récupérée par son amie Xantiana Samalbide. On la retrouve ensuite dans Sepsis, le troisième tome, pour un dernier voyage avec Patrice Bodin et Beltzane Samalbide (la fille de Xantiana). 

Dans Les Routes du crépuscule, Maxime hérite de la Citroën Xsara de ses parents. Elle devient sa seule possession, son point d'ancrage, et lui permet de venir "s'installer" en Soule.  

Dans Le Moment ou jamais, le vieux Roger sabote la Citroën ZX break de sa belle-fille Milena, l'envoyant à l'hôpital dans un état critique. 

Dans Un Cauchemar sans nom, le narrateur conduit aussi une Citroën (une DS). 

Et dans le livre qui suivra (et dont je n'ai pas encore fixé le titre de travail), on reparlera de la Citroën 2CV de Mathilde.

Bref, sans que je m'en rende compte, j'ai à chaque fois utilisé cette marque de voitures comme un véritable symbole narratif. Ce qui est d'autant plus amusant que dans la vraie vie, je ne roule pas/plus en Citroën depuis... au moins quinze ans ! Et pour être honnête, mes expériences avec ces véhicules - et certains garagistes - n'ont pas toujours été heureuses. Mais vous savez comment fonctionnent les humains ? Un ou deux pépins et c'est aussitôt assimilé à une malédiction éternelle... Chez d'autres, ce sera Renault ou Peugeot

Chat GPT explique : 

"Dans tes histoires, Citroën incarne quelque chose de banal, mais aussi de légèrement décalé. Un peu comme une porte qui déformerait la réalité. À chaque fois, la voiture sert de lieu de mémoire, de déclencheur d'histoire ou d'objet "contaminé". Elle ancre tes récits dans un univers géographique (France rurale), social (milieu modeste) et émotionnel (impression de vécu)."

Cette découverte improbable sur mes obsessions cachées m'a fait réfléchir. Ça m'a surtout fait penser à la "trilogie Cornetto", réalisée par Edgar Wright, avec Simon Pegg et Nick Frost. En plus des deux acteurs qu'on retrouve dans les trois films (Shaun of the deadHot fuzz et Dernier pub avant la fin du monde), la glace Cornetto sert de running gag, mais aussi de lien discret entre les trois longs métrages, pourtant très différents. 

Dans mon cas, il semblerait que ce rôle soit tenu par la marque CitroënÀ la différence près que chez moi, ce motif n'était pas intentionnel... ni comique. Du moins au départ. Car dorénavant, ces corrélations ne seront plus fortuites mais volontaires, et parfaitement assumées. 

samedi 14 mars 2026

TOUTE RESSEMBLANCE SERAIT-ELLE PUREMENT FORTUITE ? OU PAS...

Depuis que j'ai sorti Mauvais berger !, je dois répondre à chaque fois à la même sempiternelle question : "est-ce que tu racontes encore ton histoire dans ce nouveau livre ?" C'est d'ailleurs souvent les tenants de la presse locale qui la posent, tout friands qu'ils sont de ragots et autres micro scandales susceptibles de faire décoller les ventes. Ma réponse est toujours la même : non, la trilogie L'infection, ce n'est pas une tranche de vie qui raconte l'atmosphère du "placard à boudins" une fois que j'en suis sorti, après avoir assouvi une grosse envie biquotidienne. 

Non, Les Routes du crépuscule, ce n'est pas l'histoire de mon divorce. Je ne suis pas Maxime et Valentine n'est pas mon ex. Non, Le Moment ou jamais ne raconte pas la triste fin de ma grand-mère dans quelque EHPAD miteux. Ce sont toutes des histoires complètement inventées avec des personnages tout aussi inventés. Seul Mauvais berger ! raconte un véritable passage de ma vie, dans de véritables lieux et avec de vraies personnes (dont j'ai changé les noms). 

Il en va de même avec mon nouveau roman : Un Cauchemar sans nom. Le narrateur, personnage principal du roman, n'existe pas dans la réalité ; idem pour Amélie, Karine, Elinor, Misty, "Maman", miss Diamond, Ghislain Haristoy ou Ttun-Ttun Aguer. Tout ce petit monde ainsi que leurs (mes)aventures a entièrement été inventé par votre serviteur. Aucun n'existe dans la vraie vie. Donc inutile d'essayer de deviner qui est qui. La réponse, c'est : personne ! Tout le monde ! Ou alors c'est seulement moi, l'auteur, qui me cache derrière ces prête-noms. 

Comme le dit l'avertissement consacré, imprimé en première page de nombreux livres : "toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d'une pure coïncidence". On croirait entendre Christian Clavier dans "Mes meilleurs copains"Mais je mentirais si je disais que je n'ai pas glissé, ça-et-là dans mes romans, des petits traits de caractère, des particularités physiques, des bouts de dialogues ou des anecdotes croustillantes concernant des personnes que j'ai rencontrées tout au long de ma vie. Bien sûr que oui et pas qu'une fois ! Je pense que tous les romanciers le font. On écrit bien que de ce qu'on connaît.

La différence, c'est qu'il ne s'agit pas de portraits fidèles, mais d'empreintes subtilement laissées par les autres dans mes souvenirs, comme autant d'images subliminales. Empreintes que j'ai ensuite remaniées, additionnées, parfois jusqu'à la caricature, pour mon propre compte. Ces traces, infimes ou anciennes, proviennent soit de gens dont j'ai perdu la trace depuis des années, ou soit ces personnes évoluent toujours dans mon environnement immédiat, dans la temporalité actuelle. Toutefois, le rôle de l'écrivain n'est pas de dénoncer ses contemporains mais de décrire des situations, des comportements qui sonnent justes. Et on les perçoit comme tels parce qu'ils ont été vécus pour de vrai. Et comme ils se déroulent dans un lieu présumé réel (une Mauléon-Licharre et une Soule alternatifs), cela renchérit le doute.

Ensuite, que le lecteur imagine reconnaître untel ou untel entre mes lignes, je considère que c'est une interprétation d'ordre purement subjectif. Si on va par là, tout le monde peut se reconnaître dans un patron odieux, une femme (ou un homme) adultère ou un psychanalyste véreux, dans une fiction. Ces comparaisons n'engagent que celles et ceux qui veulent y croire et c'est tant mieux. Un proverbe dit : "celui qui se sent morveux, qu'il se mouche !"  

Et moi, j'aurais pu exorciser des choses à ma façon, sans violence ni éclat, et sans vexation. 😉

mercredi 11 mars 2026

SUIS-JE LE SEUL À TROUVER QUE LE LIVRE SE CASSE LA FIGURE ?

Voilà un an que je constate que les salons du livres sont de plus en plus désertés. Celui du week-end dernier ne fait malheureusement pas exception. Pour tout vous dire, il y avait plus d'auteurs que de lecteurs !
Après le boum du Covid, (souvenez-vous : le livre était subitement devenu une denrée essentielle) on dirait que tout le marché est désormais en train de se casser la gueule. Des librairies indépendantes ouvertes il y a à peine 5 ans tirent la sonnette d'alarme et ont recours au crowdfunding pour se refaire une trésorerie, et nos précommandes en ligne ont perdu la moitié de leurs souscripteurs par rapport au début, en 2017. Les rencontres/dédicaces auxquelles nous participons sont systématiquement boudées. Même les espaces culturels qui, d'ordinaire, drainent un monde dingue ne font plus le plein ! Mais qu'est-ce qui se passe ? 

GLISSEMENT CULTUREL.

À cela, pas la peine de chercher une raison fallacieuse : "il pleut, les gens ne sortent pas de chez eux", "il faut beau, les gens vont se promener dehors", "dommage, mais il y avait un autre événement culturel à moins de 30 km (SPOILER ALERT : il y en a toujours un)", "tu peux pas test : il y avait un match de foot/rugby à la télé en même temps", "comme par hasard, la date est tombée en même temps que le grand nettoyage de printemps", "on n'a pas idée d'organiser un truc pareil le jour où on fait les courses", bref, il y en a toujours une bonne.
Mais pour moi, il y a trop de faisceaux convergents qui indiquent de manière très claire que les gens ne lisent plus de livres. Pour le coup, il y a plusieurs raisons à cela (fatigue cognitive, perte de pouvoir d'achat, saturation culturelle, vieillissement du lectorat...), mais à mon avis, LE grand coupable, c'est ce putain de smartphone qui est en train de nous rendre tous complètement débiles ! J'en deviendrais (presque) vulgaire...

UN PRÉDATEUR COGNITIF.

Mais en même temps, il suffit de regarder les gens dans la rue, au travail, parfois même en voiture (les cons !) pour comprendre que cet instrument du quotidien est devenu tellement essentiel à nos petites vies. Nous sommes littéralement hypnotisées par les écrans bleus. Nous passons nos journées à scroller et à partager des vidéos de merde dont les trois quarts ont été produites par une IA, si bien qu'on ne sait plus démêler le vrai du faux. On est à la limite de l'orgasme dès qu'on obtient un like et on se ronge les ongles jusqu'au sang lorsque le nombre de vues de nos posts Linkedin n'augmente pas de façon significative. Et quand ce n'est pas ça, nous interrogeons ChatGPT afin de savoir si le baril de pétrole va augmenter ou si Donald Trump a lancé la guerre en Iran pour mieux cacher des fichiers compromettants de l'affaire Epstein... Sans oublier le pouvoir d'addiction de ces nuisibles applis de jeux... Oui, oui, on dirait bien un vieux qui parle !  

Certains vont affirmer que j'exagère, que je fais des généralités et que je deviens un vieux con, comme tous ceux qui, en leur temps, accusaient les jeux de rôles, les comics et le Heavy Metal de fabriquer des générations de sauvageons abrutis ou d'extrémistes satanistes. Mais je sais très bien que je suis dans le vrai parce que mon propre cerveau est complètement phagocyté par le smartphone. Cet instrument diabolique est tellement addictif que même le soir, avant de m'endormir, il m'est presque impossible de le lâcher.
Ce n'est pas que je n'aie pas de bons livres sur ma table de chevet, hein ? Pour ça, merci, j'ai tout ce qu'il me faut. J'ai même une étagère remplie de bouquins neufs qui attendent que je les dévore. Mais je ne sais pas pourquoi, je n'arrive pas à décrocher de cette saloperie électronique. Une vraie drogue dure. J'en viens presque à espérer que Marrack Obaba balance ses bombes électromagnétiques tout autour du globe afin de couper tous les réseaux (CF ma trilogie L'infection) ! 

NOTRE RAPPORT AU MONDE A CHANGÉ.

Au départ, le téléphone portable n'était pas une mauvaise invention en soi. Le fait de pouvoir communiquer avec nos proches n'importe quand et où que nous soyons, c'est vraiment génial. Mais le smartphone, tel qu'il existe aujourd'hui, nous vole notre vie, notre temps libre, notre imagination, nos passions, nos désirs, nos amis, nos amours, notre santé mentale. Il fait de nous des esclaves accros à l'égotrip et perméables à la connerie la plus crasse, la plus inutile. Le smartphone est, en quelque sorte, pire que #BeauSmart (CF ma trilogie L'infection, encore). Il fait de nous des zombies déprimés et dépravés. Mais surtout, il nous détourne d'une véritable et infinie source de félicité, de culture et d'enrichissement personnel : la lecture.
Malheureusement, je ne peux que constater que le livre est en train de mourir et ça me fait mal. Et je souffre encore plus quand je réalise que je fais partie intégrante du problème. Pourtant, je continue à écrire et à y croire. 

dimanche 1 mars 2026

QUAND LE DOUTE M'HABITE...

"Alas ! Poor Yorick !"

Ne pensez pas que, parce que j’ai déjà publié six livres (dont un est le « best seller » absolu de mon éditeur - quoi "je me la pète ?" - et un autre a obtenu un prix sur un salon), je ne sois jamais habité par le doute. Oui, ça m’arrive plus souvent qu’à mon tour de penser que je n’avance pas, que le comité de lecture a trop défoncé mon manuscrit, que les gens ne vont pas aimer mon roman, que je fais encore trop de fautes, que je perds mon temps, que c’est trop de travail, que je devrais arrêter tout ça, bref, que je fais de la merde. 

Que JE SUIS une merde.

Dans ces moments-là, toute mon énergie créatrice est au plus bas, le goût de vivre m’abandonne et je n’ai qu’une idée en tête : prendre une bouteille de Jack Daniel’s et la siroter jusqu’à ce que je m’endorme sur le canapé. Et si j’en mourrais, eh bien ma foi (mon foie aussi, d'ailleurs), ce ne serait pas si dommageable pour l’existence même. Je ferais alors comme toutes les déjections : je nourrirais la terre pour faire pousser des plantes. Plantes qui se retrouveraient soit dans le régime alimentaire de mes congénères, soit transformées en papier sur lequel un auteur plus talentueux publierait ses propres lignes.

Dans mes moments les plus noirs, je pense aussi au papier WC, qui sert à ce que vous savez…

Heureusement, ces moments ne durent jamais trop longtemps. D’abord parce que je suis résilient. Avec le temps, j’ai appris à résister à ma tendance naturelle à l’autoflagellation. Mais surtout, j’ai compris que, quoi qu’on fasse, il y aura toujours quelqu’un pour penser qu’on est nul à chier. C’est une des leçons que j’ai retenue de Stephen King (encore lui), dans son très intéressant livre : Écriture, mémoires d’un métier. Il faut refuser d’écouter ces voix négatives là. Elles n’apportent rien, ne construisent rien. Nous, si.

Il faut se convaincre que ce qu’on fait a une utilité. Si elle n’en a pas pour le reste de l’humanité, elle doit au moins en avoir une pour nous et c’est l’essentiel. Le doute fait partie du jeu, de l’expérience de la création, de l’écriture. Il ne faut pas le laisser prendre le dessus. Il faut le cloisonner. Si c’est vraiment la passion qui vous anime, alors vous ne pouvez qu’avancer. Si vous êtes convaincu du bien-fondé de ce que vous faites, alors c’est à vous de voir si vous voulez conserver une totale autonomie sur votre œuvre (et, du coup, prendre le risque de vous fermer des portes), ou si vous êtes prêt à faire des concessions (mais sans compromission) afin de lui donner une chance de ratisser un plus large public.

En clair, est-ce que votre ego est prêt à supporter la critique, nécessaire à l’évolution (vers le mieux) de votre travail, ou pas ? C’est un choix à faire. Moi, je ne suis pas une diva, mais j'essaye de ne prendre QUE ce que j’estime être le meilleur, le plus utile, le plus juste. Je m’efforce d’ignorer le reste. 

Enfin, jusqu'à la prochaine crise de doute...

samedi 21 février 2026

BOBONNE OU L’EFFET PAPILLON REVISITÉ

Je discutais l’autre jour avec mes parents, au sujet d’une lettre qu’ils auraient reçue dans les années 80 (mais que je n’ai jamais lue) provenant de mon ancienne professeure de français de quatrième, Mademoiselle Bonnefoy (pas sûr de l’orthographe). Quatre pages truffées de fautes, griffonnées d’une écriture pointue et penchée, dans laquelle elle affirmait avec aplomb que j’étais un mauvais élève, plein de lacunes, dissipé et mal élevé.

Et « Bobonne » (son surnom) avait en partie raison. Dans mes souvenirs, mon niveau en français était très médiocre, pour ne pas dire aussi catastrophique qu’un SMS rédigé par un GenZ. Je n’avais aucune notion d’orthographe, j’étais nul en conjugaison et en grammaire. Je prenais régulièrement des zéros et ma moyenne dans cette matière (et les autres aussi, du reste) était affligeante, au grand dam de mes parents, profs tous les deux, qui, sans aucun doute, étaient en droit d’espérer mieux de leur progéniture.

En fait, je m’en foutais, de l’école. Tout ce que je voulais, c’était m’amuser. Je n’étais pas si méchant qu’elle le disait, mais je l’avoue, je n’avais pas un grand caractère non plus. J’aurais suivi les plus taquins de la classe en enfer, s’il avait fallu. Et c’est ainsi que, dès le début, Mademoiselle Bonnefoy m’a pris en grippe. Je crois même qu’elle m’a foutu à la porte avant la fin de l’appel, le tout premier jour (mais peut-être est-ce un souvenir reconstruit ?).
Dès lors, la guerre était déclarée.

Pour toutes ces raisons, je la détestais de toutes mes forces et je ne ratais pas une occasion de lui jouer des tours pendables. Je tirais des boulettes de papier maché à la sarbacane sur son trenchcoat dès qu’elle écrivait au tableau, je jetais des pendus au plafond, je bavardais, je l’imitais avec une cruelle voix de fausset (elle faisait des bruits de gorge bizarres, des sortes de gémissements ou de mugissements qui nous faisaient pouffer), ou alors j’ennuyais tout bêtement mes camarades de classe. Féminines, si possible, c'était plus facile et plus gratifiant. 

Bien sûr, je m’étais tellement enhardi et j’étais si peu discret qu’il m’arrivait de me faire prendre sur le fait, et plus souvent qu’à mon tour. Et hop, direction la porte. En parallèle, je bâclais systématiquement mes devoirs et mes notes s’en sont ressenties. Après cette fameuse lettre, ma mère a pris la situation en main. Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dû subir pour remonter la pente au cours des deux années qui ont suivi mais, même si je lui en suis reconnaissant aujourd’hui (je parle de ma mère), ça n’a pas été une mince affaire !

Je me souviens en particulier de la passion de cette prof de lettres pour Julien Green, dont elle ne manquait jamais une occasion de nous vanter l’extraordinaire talent d’écrivain. Nous avions même dû acheter (pour l’étudier en classe) « Minuit », du même auteur, dont je ne me rappelle absolument rien. Logique, puisque tout ce qui venait de Bobonne m’horripilait au plus haut point. J’ai donc redoublé ma quatrième et suis retombé sur elle. Que voulez-vous : on est abonné à la poisse ou on ne l’est pas !

Mes notes se sont améliorées (pas directement de son fait, au moins, contrairement à ce qu'elle a annoncé, avec une certaine morgue, à ma mère le jour de la rencontre parents-profs - j'étais là...) et j’ai retrouvé un semblant de grâce à ses yeux. Aujourd’hui (et depuis quelques années déjà), Mademoiselle Bonnefoy n’est plus. Ma colère, elle, est retombée il y a bien longtemps. Cela dit, que se serait-il passé si ma route n’avait jamais croisé la sienne ? Ma mère aurait-elle ressenti la nécessité impérieuse de me remettre (d’arrache-pied) au travail ? Quelle direction aurait pris ma scolarité ? Serais-je allé jusqu’au Bac ? Et surtout, aurais-je eu envie d’écrire des romans aujourd’hui ?

Quelque part, je ne peux m’empêcher de penser qu’à sa façon (et certainement sans le vouloir, du reste), Bobonne a aiguillé le cancre que j’aurais pu rester vers la route sur laquelle je chemine aujourd’hui. Elle est, en quelque sorte, le battement d’aile de papillon de la tempête qui m’anime, 40 ans plus tard. Et je ne peux que l’en remercier. À mon corps défendant.

Repose en paix, Bobonne. Tu l'as bien mérité.

dimanche 15 février 2026

#UCSN : LE DILEMME DES COUVERTURES

Comme je le disais précédemment, mon dernier roman "Un cauchemar sans nom" (#UCSN), encore à l'état de premier jet, a produit un effet différent selon que le lecteur était une fille ou un garçon. Mes deux primo lecteurs masculins ont relevé un certain nombre de choses assez pertinentes et notamment une espèce de dissonance entre le texte et le projet de couverture que je proposais au départ. 

En effet, je commence toujours par créer une couverture qui me sert de guide-âne tout le long du processus de rédaction du livre. Celle que vous voyez à gauche du présent article est la version alpha. C'est l'image qui m'est venue à l'esprit alors que j'entrevoyais les premières lignes conductrices du roman : un homme terrorisé, pris au piège d'un immense attrape-rêve semblable à une toile d'araignée, avec des visages fantomatiques bleuâtres flottant au fond du néant. (Pour mémoire - et pour rigoler - voir ici ma toute première version de la couverture de "L'infection T1 : Contage".)

Ce n'est un secret pour personne : il s'agit d'un mélange d'images générées par ChatGPT, retravaillées sur Photoshop. Je précise que l'image finale, celle qui sera imprimée sur la couverture du livre une fois qu'il sera mis en vente, ne sera pas générée par l'IA, mais une relecture artistique du concept, réalisée par un vrai illustrateur. Un être humain, pas une machine. Ces images que j'ai promptées sont en réalité des moodboards, destinés à inspirer l'artiste. Elles n'ont en aucun cas la qualité et la résolution requises pour devenir de vraies couvertures. 

À la base, je voulais un personnage au premier plan parce que ça permet aux lecteurs de s'identifier. Mais ce livre n'est pas un roman d'horreur, comme l'est "Le Moment ou jamais". L'histoire est beaucoup plus complexe que ce que le projet de couverture laissait entrevoir et le personnage principal n'est pas terrorisé. Il subit les événements avec une certaine résilience. Cette illustration pouvait au final induire tout le monde en erreur, quant à mes intentions. 

Mais reprenons : au fil de l'écriture, j'ai commencé à mieux matérialiser le concept global dans ma tête. M'est alors apparue la vision de la pochette du disque emblématique de Pink Floyd : "Dark side of the moon". On y voit sur fond noir un prisme en triangle isocèle traversé par une lumière blanche, ce qui produit la division des couleurs en spectre, à la sortie du prisme. Le visuel de cet album est un grand classique qui parle à tout le monde mais, outre le fait qu'utiliser cette image serait du pur plagiat, elle n'explique pas encore assez bien le concept de mon roman (que vous ne découvrirez qu'en le lisant) ! Cela dit, et sans que nous nous soyons concertés, Thomas Ponté avait eu la même vision. C'est un signe, non ?  

J'ai même été jusqu'à acheter un prisme X cube pour tester et comparer les effets de différentes sources de lumière (lumière blanche, lumière noire, laser), et c'est le pointeur laser qui symbolise le mieux ce que j'avais en tête. Le prisme ne divise pas le rayon laser en un spectre aux couleurs de l'arc en ciel, il multiplie le rayon, qui conserve toute son intensité. 

C'est en allant au salon du livre de Navarrenx il y a deux semaines que Thomas m'a suggéré une idée de couverture permettant d'exprimer ce concept de façon encore plus logique, sans dénaturer l'idée de départ, tout en collant parfaitement avec l'histoire que je raconte dans le livre. J'ai donc supprimé le personnage au premier plan mais j'ai conservé le principe de l'attrape-rêve. Chaque nœud est remplacé par un prisme, et chaque prisme est relié par un rayon. De même, j'ai supprimé les esprits flottants au fond et je les ai remplacés par ces cordages lumineux, constitués de corps humains en souffrance, enchevêtrés

La nouvelle création graphique que j'ai promptée à ChatGPT a quelque chose de très visuel, d'infernal et de symbolique à la fois, tout à fait en adéquation avec ce que Thomas et moi avions en tête. Je l'ai un peu retravaillée pour supprimer les "hallucinations" de l'IA. Et voilà le travail : ça pourrait même être une pochette d'un disque de black Metal, tellement c'est sataniste, flippant et vertigineux. J'ai donc opté pour cette version plus ésotérique (aux deux sens du terme), et c'est au final le moodboard que je vais transmettre à l'illustrateur. 

Et vous, qu'en pensez-vous ? 

PS : le projet a été confié à Matthias, de Macchabée Artworks <3