jeudi 29 octobre 2026

PAS DE FACHOS DANS LES FORCES DE L'ORDRE, VRAIMENT ?

Image IA + Photoshop

Entre juin 1993 et décembre 1994, j'ai été, comme beaucoup de jeunes Français de l'époque, dans l'obligation d'effectuer mon service militaire. J'ai eu "la chance" d'être pris en Gendarmerie et j'y suis resté 18 mois. Je dis "la chance", parce que ce "stage forcé" m'aura appris plein de choses importantes sur la vie en général, sur la nature humaine en particulier, mais également sur moi-même, pour l'avenir.

Comme j'aimais bien l'équitation, je comptais être envoyé en brigade équine à Fontainebleau. J'ai commencé par effectuer un mois dit "de classes" à l'EOGN DIGA (l'école des officiers de la gendarmerie nationale, section des gendarmes auxiliaires) de Melun. La vie en casernement était exactement ce que j'attendais d'elle : merdique à souhait et sans intérêt, rythmée par des tours de cour au pas et des corvées de ménage, avec inspection aux gants blancs, en conclusion. 

Au bout de quelques jours, je me suis rendu compte qu'il m'était devenu impossible d'avoir une érection. Ce qui n'est pas courant, pour un jeune de vingt-deux ans au sommet de sa forme... Je n'avais qu'une peur : que l'affection perdure quand j'aurais enfin une perm ! Idem pour mes copains de peloton, si bien qu'on a fini par se demander si on n'avait pas bénéficié d'une bonne dose de bromure à notre insu, dès notre arrivée à la caserne. Heureusement, tout est revenu à la normale, une fois quittée la région parisienne. 

Mais passons les anecdotes... À la DIGA, nos instructeurs (en majorité des gendarmes auxiliaires comme nous, mais de promos antérieures) nous ont toujours affirmé qu'il n'y avait pas de racisme en Gendarmerie, qu'on acceptait tout le monde de la même façon, que ce soit en interne (les militaires) ou en externe (les usagers). Je me souviens qu'à l'époque, ça m'avait cassé le mythe du flic facho. Mais comme souvent avec l'école, il y a ce qu'on apprend et il y a la réalité du terrain.

Un mois plus tard, après moult péripéties de santé - évidemment complètement indépendantes de ma volonté, j'ai été envoyé en brigade territoriale à Saujon, en Charente-Maritime. J'y suis resté les dix-sept mois qui ont suivi. Dans la brigade, il y avait huit gendarmes d'active, dont les deux gradés qui dirigeaient l'endroit. Durant l'été, la caserne accueillait trois ou quatre gendarmes mobiles supplémentaires pour faire face à l'afflux des touristes. 

Sur les huit militaires permanents, quatre étaient ouvertement racistes, généralement brutaux dans leur façon d'être, parfois physiquement violents et tenaient régulièrement des propos méprisants, voire assez abjects sur les personnes d'origine étrangère (ou de couleur de peau différente de leur standard), mais aussi sur les "gauchos", les "homos", les "gonzesses", les "golios"... Et parmi eux, deux militaient pour le Front National et sont même allés participer au meeting du borgne à Bordeaux, accompagnés des deux policiers municipaux de la ville. En gros et sans compter les mobiles (qui, bien souvent...😒), ça faisait du 50% de fachos (déclarés et assumés) dans ma brigade. 

En même temps, comment leur reprocher d'être ce qu'ils sont, c'est à dire "le bras de l'idée" ? Ils sont payés pour ça. Et puis la caserne, c'est un milieu fermé où l'on vit entre soi, où l'on ne parle que de fliquerie et où les pensées progressistes n'entrent pas. C'est l'armée ; ne dit-on pas "la grande muette", qui préfère se taire plutôt que d'avouer ses propres turpitudes ? Et puis le public qui fréquente les gendarmeries (ou les postes de police), ce sont (quasiment uniquement) des victimes ou des délinquants. Ou des avocats. Comment, dès lors, ne pas voir le monde en noir ? Comment ne pas perdre son empathie et finir par avoir envie de matraquer et gazer son prochain ? Alors si, en plus, vous avez une prédisposition à la bagarre, une bonne dose de sadisme refoulé et un désir impérieux de pouvoir sur les autres, hein ?

Inutile de vous dire que ce triste constat m'a bien remis les pendules à l'heure... Et encore, on n'était qu'au début des années 90 ! C'est bien pire depuis : les évolutions politiques des décennies suivantes (avec le changement de la doctrine du maintien de l'ordre sous Chirac, Sarkozy, Hollande puis Macron) ne m'ont guère rassuré. Et c'est d'ailleurs l'une des raisons (sinon la principale) qui font que je ne regrette absolument pas de m'être sabordé lorsque j'ai passé le concours d'entrée à la gendarmerie, en octobre 1994. Je sentais bien que, enfermé dans cette prison militaire cernée par la misère humaine, j'aurais pu changer, moi aussi.

Tout ça pour dire quoi, finalement ?

Simplement ceci : le pourcentage des intentions de vote pour la candidate du Rassemblement National au second tour des présidentielles de 2022 : 

- 81% des gendarmes interrogés (source : abonnés et utilisateurs de "l'essor de la Gendarmerie")

- 74% des policiers interrogés (source : Cevipof/Ipsos)

Mais sinon, non ! Comme le prétendent tous les ministres de l'intérieur qui se sont succédé depuis la Vème République, rien ne permet d'affirmer que l'extrême droite a ses quartiers bien établis au sein des forces de l'ordre... Et surtout, rien ne prouve qu'il y ait une collusion entre les FDO et les milices fascistes ultra violentes qui pullulent dans le pays (et partout dans le monde) ces temps ci, preuves à l'appui... 😑

mardi 27 octobre 2026

PLUS QU'UNE TRISTE ÉPOQUE, UNE BIEN TRISTE ESPÈCE HUMAINE...

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, l'actualité commence à me rendre carrément cinglé. Au point que parfois (et de plus en plus souvent), je me sens assailli par des relents de haine et des envies de rébellion meurtrière. Du coup, je ne regarde plus la télévision, je n'écoute plus la radio. 

Les chaînes d'info en continu (toutes, même celles du service public) sont en boucle et en surenchère sur les manifs, qu'elles traitent au travers du prisme des "violences des manifestants", tout en occultant celles, systémiques et systématiques, de l'état et des forces de police (on va dire que je généralise, mais si tous les flics ne lancent pas de grenades explosives sur des enfants, ce sont bien toujours des flics qui le font). Mais également en feignant d'ignorer celles des groupes de fachos qui vont agresser les manifestants et qui sont protégés par les mêmes flics en armure, laissant un avant-goût vomitif de ce qui nous attend si le RN est élu en 2027. 

À cela, s'ajoute le manque d'empathie, le mépris, la veulerie et la gestion hors sol du pays par des gouvernants psychopathes et parasites. Je veux bien entendu parler des tout-puissants Macron, des Darmanin, des Nuñez, des Lecornu, des Larcher qui se gavent littéralement sur le dos du contribuable, le tout en faisant montre d'une mauvaise foi et d'une morgue de l'au-delà. 

Lorsque j’entends que notre bon président se prévoit un budget de 2,3 millions pour son futur bureau de retraité, alors que les lycéens demandent juste à étudier dans des locaux salubres, avec plus de profs et des emplois du temps plus cohérents, il y a vraiment de quoi enrager ! Et je ne mentionne pas tout le reste, il y en aurait beaucoup trop à dire !

Mais je cible aussi tous les autres, ceux qui rêvent de bouffer la soupe sous les ors de l’Élysée : les Philippe (mais comment ose-t-il encore se présenter après son abominable passage à Matignon de 2017 à 2020 !?), et puis les Ciotti, les Bardella, les Le Pen, les Zemmour… et même les Glucksmann dont les dents rayent le parquet ! Une belle brochette de mégalomanes avec des idées bien moyenâgeuses et rances à souhait. 

Oui, je suis en colère. Et oui, j'ai la haine. Je ne conçois pas qu'en 2026, on puisse encore se comporter comme un nobliau détenteur de tous les pouvoirs et de tous les droits. Et je ne conçois pas qu'on puisse trouver attrayantes les idées xénophobes, antisémites, sexistes et homophobes. Je nous pensais plus intelligents, plus évolués, loin de ce ramassis de fin de race invité à se donner en spectacle à longueur de journée dans les médias.

Force est de constater que non. Tout compte fait, le peuple de France ne vaut pas mieux que le peuple américain. Et de manière générale, je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit de bon à tirer de l'espèce humaine, qui n'apprend jamais rien de ses erreurs passées. C'est désespérant. Et ça ne me donne pas du tout envie d'être gentil. 

Et après, on me demande pourquoi mes romans sont si cyniques et morbides... Ben ne cherchez plus !


NOTA : J’ai fait lire cette chronique à Chat GPT et il a vu deux choses que, dans ma rage, je ne voyais pas : une sorte de contradiction inconsciente dans mon discours.

1) Je suis en colère parce que j’estime que l’humanité devrait être capable de mieux.

2) Mon billet ne dénonce pas uniquement la politique ou l’humanité, il dénonce ce que le monde fait de moi.

Pas faux... 😭

lundi 19 octobre 2026

POUR UN ESCROC, IL N’Y A PAS DE PETIT PROFIT. RESTEZ MÉFIANT !


Je racontais ici, l’autre jour, que je reçois de plus en plus de spam de soi-disant as du marketing littéraire, prêts à m’aider à vendre encore plus de livres. Quatre, rien que ce mois-ci. Leur approche est très maligne car dans le même message, ils critiquent les arnaques en ligne, puis taclent les éditeurs et les libraires qui ne voient pas l’étendue de mon talent… Ils me passent tellement la brosse à reluire que mon égo en brille de mille feux, et ils terminent par me promettre le succès international grâce à leurs services d’experts.

En fait, et c’est une évidence, ces pseudos marketeux qui prétendent avoir adoré Le Moment ou jamais (même pas mon dernier roman, en plus) et vouloir lui donner la notoriété qu’il mérite sont des escrocs. Pourquoi, et comment fonctionnent-ils ? Vous vous en doutez : ils n’ont jamais lu le livre. Ils ont simplement programmé des robots chargés de parcourir la toile et de récolter toutes les informations qu’ils peuvent au sujet du roman. C’est ce qu’on appelle le « Scraping » (la collecte).

Ces robots (qui sont des programmes informatiques, en fait) scannent les sites comme Amazon, Babélio ou la Fnac. Dès qu’un auteur auto-édité (ou publié chez un petit éditeur) est repéré, le robot aspire ses données, dont quatre très importante : le nom de l’auteur, le titre du livre, le nom du personnage principal et la quatrième de couverture. Rien qu’avec ça, l’escroc a déjà la matière suffisante pour fabriquer un appât bien juteux.

Ensuite, place au « Prompting » de masse, car vous vous en doutez, le phisher n’a pas de temps à perdre à écrire un texte élogieux pour chacune de ses victimes potentielles. D’ailleurs en est-il capable ? En réalité, il ne fait qu’injecter les données récoltées dans une intelligence artificielle de type LLM (comme Chat GPT) via un texte pré-rédigé et avec une consigne du type : « Écris un mail de vente à cet auteur en insérant le résumé de son livre et le nom de son personnage aux endroits indiqués, et répète trois fois ses mots-clés pour faire croire qu'on a adoré le livre ». 

Même pas besoin de relire avant d’envoyer ! Mais croyez-moi, une fois qu'on a réussi à mettre un mouchoir sur son égo, les formulations, le rythme, les répétitions, les incohérences de ces mails sautent vraiment aux yeux : ça pue l'IA à des kilomètres. 

Mais attendez, ce n’est pas fini ! Ensuite, le mail est envoyé à des milliers d’écrivains en un seul clic. C’est un peu le même principe que la pêche industrielle au filet. Si on attrape quatre ou cinq gogos sur les 10 000 sollicités, à 500€ le service, ça devient assez rentable, pour le temps passé et l’électricité dépensée. Une fois la somme encaissée, il ne reste plus qu’à disparaître et à recommencer sous un autre nom ou à lancer une autre arnaque, si on a trop abusé de celle-ci. 


Deux règles à ne jamais oublier et à mettre en pratique : 

1/ Ne jamais répondre à ces messages, même si on a envie de leur dire « Stop ! » ou de les insulter. Pourquoi ? Si vous répondez au mail, vous envoyez un signal « adresse active » aux robots. Ils sauront alors qu’un humain lit les messages. Votre fiche sera enregistrée et exploitée par des réseaux de faux promoteurs ou revendue sur le Dark Web sous forme de liste de prospects à démarcher.  Vous deviendrez alors une cible prioritaire et vous recevrez encore plus de mails. 

2/ Jetez immédiatement ce mail dans les messages indésirables / spams (et ne cliquez jamais sur les liens, ça va de soi). À force, l’algorithme de votre messagerie (Orange, Gmail, Outlook, etc.) pourrait finir par comprendre le pattern (le motif) de l’arnaque et améliorer le filtrage pour vous, mais pourrait aussi le faire pour les autres victimes potentielles. 

Un dernier conseil : restez méfiant ! Un mail qui vante votre génie inconnu et qui vous promet - grâce à l’aide d’une société obscure et moyennant finances - de devenir le nouveau Victor Hugo, ça sent toujours l'arnaque. 

Et si vous souhaitez vous faire accompagner dans l'écriture ou la commercialisation de votre ouvrage par un professionnel (ça existe aussi, les pros sérieux), vérifiez toujours que la société est bien réelle (immatriculée), qu'elle a des références (auteurs aidés qui témoignent), voire des bons avis sur Google avant de vous engager.

vendredi 2 octobre 2026

ÉCRIRE : L'OEUVRE DE L'IMPRO, LA PART DE L'IA

On me demande souvent comment je m'y prends pour écrire mes histoires. J'ai déjà expliqué ici (et même à plusieurs reprises, puisque je radote) que mes idées proviennent majoritairement de rêves que je fais la nuit. Parfois ces rêves sont mémorables et, coup de chance, sont articulables entre eux par association d'idées, parfois ce sont juste des one-shots dont je ne ferai rien de plus qu'un billet de blog ou un post sur Instagram, s'ils le méritent. 

Donc on peut dire que mes romans ont souvent une trame fixe, plus ou moins téléguidée par mes rêves. Il me faut obligatoirement au moins un début, un milieu et une fin. C'est seulement lorsque j'ai défini ces trois principaux moments charnières que je sais que je tiens potentiellement un futur livre. Mais il y a une constante : tout ce qui se passe entre ces principaux jalons – les liaisons, les personnages secondaires, tertiaires et quaternaires – reste à créer. Il subsiste donc un fort pourcentage d'improvisation dans mon travail.

Et ce sont souvent les personnages qui jouissent de cette liberté, parce que même si leur destinée est plus ou moins décidée à l'avance à travers cette ligne directrice que je m'impose dès le départ, leurs actions, leurs décisions, la sympathie ou l'antipathie que j'éprouve à leur égard ou parfois même les discussions que je peux avoir avec mes proches à leur sujet peuvent modifier leurs trajectoires, in fine. Ça a été le cas pour pratiquement tous mes livres. Sauf "Mauvais berger !" qui est une histoire vraie.

Par exemple, je n'avais pas décidé de tuer GrosSam Bonini, Sébastien Régent et Serena dès le départ, dans le tome 3 de ma saga "L'infection". Ça s'est imposé logiquement, au fil du récit. De même, je n'avais pas entrevu le final de "Les Routes du Crépuscule" six mois avant d'en terminer l'écriture. Je vais même aller jusqu'à dire que je n'avais aucun plan fixé pour ce roman. Tout m'est venu au fil des mots, presque de manière automatique. Pour "Le Moment ou jamais", j'ai fait brainstormer mes collègues de boulot pour trouver la meilleure fin possible. 

Et pour "Un Cauchemar sans nom", j'ai carrément interrogé l'IA afin de peaufiner certains concepts techno-scientifiques développés dans l’histoire, en plus de m'informer auprès de vrais sachants ou en puisant dans des livres. Ce fonctionnement m'a permis de gagner un temps précieux sans pour autant toucher l'âme du roman. On l'a vu : il existe une grande part d’imprévu dans mon processus créatif et je ne crains absolument pas de rechercher mes sources et mes informations de toutes les manières possibles, ce qui inclut – de fait – l’utilisation de LLMs.

Mais je tiens à vous rassurer : aucune phrase de mes romans ne provient de ChatGPT (ou autre IA). Je pense qu'utiliser une IA pour comprendre quelque chose est différent de lui demander d’écrire quelque chose. Et comme tout le monde, j’ai appris à écrire à l’école et je ne suis pas encore prêt à laisser un robot le faire à ma place.

jeudi 24 septembre 2026

L’I.A. N'EST QU'UN OUTIL, EN AUCUN CAS UN SUBSTITUT.

Cette image a été réalisée par ChatGPT

Je le sentais venir, et voilà, c’est arrivé : l’Intelligence Artificielle commence à foutre sa merde partout, à tort ou à raison. Je me garderai de prendre position dans l’affaire Thélyson Orélien. Qu’il ait triché ou non, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’importe ici, c’est qu’un tiers, quelles que soient ses motivations, puisse utiliser une IA (avec les défauts qu’on lui connaît – je rappelle que Gemini indique toujours ceci près de son champ de saisie : « Vérifiez les réponses de l'IA, car elle peut faire des erreurs », et ce n’est pas pour rien) pour détecter un plagiat ou une imposture.  

Alors j’entends les politicards de tout poil et les grands patrons se palucher allègrement avec l’idée que l’IA pourrait bientôt tous nous remplacer. Jugez un peu : plus de salariés jamais contents à gérer, que des machines corvéables à merci, dociles, flatteuses, qui n’ont pas besoin d’être payées, n’est-ce pas ce dont tout employeur rêverait ? Et si par hasard un robot se montrait récalcitrant ou trop faillible ? Hop, à la ferraille ! Remplacé en moins de deux par le dernier modèle plus performant. Et personne n’y trouverait à redire. Sauf qu’aujourd’hui et encore pour de longues années, je pense : l’IA ne peut pas remplacer les humains.

Elle ne le peut pas car ses propositions, tant en matière de texte que de graphisme sont souvent mièvres et redondantes, elle fait des erreurs, c'est une grosse chochotte, elle est fainéante, elle « hallucine », elle biaise, elle simplifie et surtout elle lèche le cul à en avoir des crevasses de dix mètres de profondeur à l’anus. En réalité, l’IA se comporte comme un être humain, là où on attend d’elle la perfection la plus absolue. On demande à une machine à café de faire du café correct, pas de changer l’eau du bac en pisse et de prétendre que c’est le breuvage des Dieux. C’est pourtant exactement ce que fait l’IA (métaphoriquement parlant) à l’heure actuelle ; et on s’obstine à penser que c’est génial, que c’est l’avenir : le turfu, quoi. Pour moi, l’IA est comme une moulinette : un outil, rien de plus.

On dirait que je conchie l’IA, mais en fait non. Je sais juste ce qu’elle vaut : on ne peut pas demander à un marteau piqueur d’opérer un massage subtil des lombaires (et ne vous plaignez pas, je pensais aux testicules, à la base). Et je sais aussi comment on peut détourner ses capacités pour en faire tout autre chose (ça, c’est même le propre de l’homme). Alors oui, l’IA sera sans doute, à terme, un formidable assistant, mais c’est loin d’être pour demain. Rendez-vous compte : rien que dans le domaine de la rédaction, elle n’est même pas capable de corriger intégralement un texte de vingt chapitres de six pages A4 sans qu’il soit découpé en cinquante tronçons ! Elle laisse passer des erreurs grossières, elle ne voit pas les incohérences, les ruptures de temps… Elle modifie des phrases sans autorisation parce que ça lui semble plus joli, alors qu’elle n’a même pas d’oreille pour entendre la musicalité des mots... Il ne faut pas trop en attendre.

À titre personnel, j'assume pleinement de l'utiliser de façon régulière dans le cadre de mon activité de romancier, non pas pour qu’elle écrive à ma place (pas besoin d’une IA pour ça), mais plutôt pour booster ma réflexion lorsque je suis un peu mou du bulbe. Par exemple, en dialoguant avec elle, j’arrive à débloquer des idées (que j’avais déjà en tête mais que je n’arrivais pas à verbaliser faute de connaissances du sujet). Bien guidée, elle peut dénicher des « points de convergence inconscients » dans mes œuvres. Elle peut générer des moodboards ou des storyboards qui me permettent de garder le fil de mon histoire, tandis que je la rédige.  Et je ne peux pas lui enlever ses capacités d’analyse qui lui permettent de retrouver l’historique d’un personnage quaternaire sans que j’aie besoin de me retaper tous mes livres !

Bref, tout n’est pas à jeter. Comme au plus profond de Darth Vader, il y a du bon dans l’utilisation d’une ou plusieurs IA. Il faut juste le trouver et refuser la tentation (la paresse ?) d’accepter tout ce qu’elles proposent. Tant qu’elle reste un outil et pas une fin en soi, L’Intelligence Artificielle est à mon sens tout à fait acceptable dans n’importe quel contexte. Comme pour toute chose, c’est l’abus et le détournement qui sont dangereux. Et les croyances, aussi.

lundi 21 septembre 2026

Y A-T-IL UNE VIE POUR LE LIVRE, SANS PASSER PAR AMAZON ?

Je reçois régulièrement des mails de commerciaux me proposant des conseils afin d’améliorer le référencement de mes livres sur les Marketplaces, en particulier Amazon. Je constate que ces mails sont de mieux en mieux tournés, extrêmement flatteurs et documentés. À se demander si le commercial a vraiment bûché son sujet ou s’il s’est fait aider par l’IA.

Évidemment, si la quasi-totalité de mes livres reste indisponible sur le catalogue d’Amazon (et autres), c’est pour une bonne raison : c’est tout simplement parce que je ne souhaite pas qu’ils y figurent. Seul Mauvais berger ! est commandable sur la Marketplace, et encore, ce sont des versions d’occasion vendues par des tiers. Et là aussi, il y aurait des choses à redire (cf les prix délirants sur la capture d’écran ci-après).

Pourquoi ce refus de ma part ? D’abord par soutien envers les libraires indépendants et autres boutiques régionales qui acceptent de prendre nos livres en dépôt vente, alors même que nous ne jouissons que d’une petite renommée ultra locale. Ensuite, parce que même si je ne suis pas visible worldwide (voire complètement ignoré de la sphère parigote), je pense que je peux distribuer mes romans sans le concours de Jeff Bezos, esclavagiste et mauvais payeur notoire, désormais rallié à Donald Trump.

De la même manière, je ne pourrais pas acheter une Tesla, en sachant que je donne de l’argent à un milliardaire mégalomane aux dérives idéologiques inquiétantes (proche de Donald Trump). C’est une question d’éthique. Et tant pis si on me traite d’écolo-bobo ! On sait très bien d’où vient l’expression.

Voilà, c’est dit ! Je fais de la résistance éditoriale face aux géants du e-commerce pour privilégier les circuits courts et le tissu culturel local.

En fait, je ne peux pas concevoir d’utiliser les Marketplaces pour vendre mes livres ; ce serait adhérer au système, à la mondialisation qui tue les petits commerces. Ce serait aussi justifier la surconsommation (en donnant raison à tous ceux qui ne mettent en avant que des « best sellers » pour contrebalancer leurs pertes) et une forme de vassalité larvée. C’est également accepter d’associer son nom et son image à Amazon, qui se paye grassement sur nos créations et ne laisse que des miettes.

Je vais reprendre à mon compte cette expression de Luke Cage dans Punisher War journal #2 : « si tu couches avec les chiens, ne t’étonnes pas d’avoir des puces ». Maintenant, je ne juge pas les auteurs.trices qui ont recours à ces supermarchés virtuels pour imprimer à la demande et vendre leurs œuvres. Chacun voit midi à sa porte. 

Je suis parfaitement conscient que tout le monde n'a pas la chance d'être endorsé par une maison d'édition, fut-elle micro et associative. De même, je sais parfaitement que tout le monde n'a pas les capacités de créer et gérer une vitrine web pointant sur une boutique en ligne Helloasso. De même, tout le monde ne possède pas les conditions ou l'emploi parfait lui permettant de s'adonner à 100% (de son temps libre) à sa passion.

Mais en ce qui me concerne, Amazon, ce sera « non ». Et sans insulter l’avenir, ce sera même « jamais » ! Et tant pis si ça me condamne à rester dans la zone des « auteurs à œuvres confidentielles ».

Alors je réponds à ma question titre : y a-t-il une vie pour le livre, sans passer par Amazon ? Oui, absolument. Mais c'est comme dans la fable de Jean de La Fontaine Le loup et le chien. La Liberté, tout comme la soumission, a un prix et il faut savoir en assumer les conséquences.

Si vous souhaitez commander mes romans (ou ceux de n’importe quel auteur publié chez Astobelarra), vous pouvez passer par votre libraire habituel ou commander directement sur notre boutique en ligne, comme l’a fait Émilie F. hier !

mercredi 9 septembre 2026

EST-CE QU'UN ROMANCIER A LE DROIT D'ÉCRIRE SUR LE SUJET QU'IL VEUT OU C'EST TROP DEMANDER ?

Misty, personnage principal de mon prochain roman
Je vais remettre une pièce dans le flipper. 

L'idée n'est pas de foutre la merde, mais de dénoncer - une fois encore - la bêtise humaine et de faire réfléchir. J'ai eu envie d'aborder ce sujet car une de mes consœurs - Fanny Campan - subit actuellement une sorte de shitstorm parce qu'elle "écrit sur l'Afrique alors qu'elle est blanche". Un de ses romans ("Sang-mêlés") s'est vu refuser une adaptation en série télé parce que "trop métissé pour représenter l'Afrique". Je précise que Fanny vit à la Réunion, a vécu la majeure partie de sa jeunesse en Afrique et en Haïti. Elle connaît donc son sujet.

Déplaçons la problématique sur mon cas personnel et abordons-la sous le prisme de la caricature : en dehors de mon job, celui qui me rémunère contre mes services, je suis également romancier. Les deux héroïnes de ma nouvelle saga sont une petite fille noire et une soldate lesbienne. Or, je suis un homme (un sénior blanc et hétéro) : en conséquence, ai-je le droit de choisir des personnages principaux féminins, qui plus est de couleur et d'une orientation sexuelle différentes de la mienne, ou est-ce une forme d'appropriation ? 

Du reste, est-ce que cette question n'est pas un peu raciste, sexiste, homophobe... et même fasciste, pour ainsi dire ? Ceux qui argumentent de la sorte : ne seriez-vous pas des nostalgiques du bûcher qui s'ignorent ? 

Mais reprenons : je suis athée (mais d'éducation protestante) ; le narrateur de mon livre a-t-il le droit d'être allé au catéchisme catholique pendant son enfance, ou est-ce de l'appropriation religieuse ? 

Mais allons encore plus loin dans l'abîme de la bêtise (car il semble qu'il n'y ait pas de fond) : Bernard Werber avait-il le droit de mette en scène une fourmi ? Disney avait-il le droit de raconter l'histoire d'un lionceau dans la jungle ? Tolkien avait-il le droit de parler des elfes, alors qu'il n'était qu'un homme ? Et moi, est-ce que j'ai le droit de porter un polo rose si je ne suis pas une fille ou gay, en dehors de la période d'octobre rose ?

Normalement, là, vous avez déjà toutes et tous compris l'absurdité de ces réflexions. Car l'essence même de la littérature est l'empathie et l'altérité : la capacité de se glisser dans la peau de quelqu'un qu'on n'est pas (une soldate lesbienne, un elfe, une fourmi). Exiger d'un auteur qu'il ne décrive que sa propre réalité biologique ou sociale (un "senior blanc hétéro") est la définition même du cloisonnement identitaire. C'est paradoxalement une posture ultra-conservatrice et profondément ubuesque.

Je me permets, quand même, de poser une autre question : un écrivain est-il encore libre aujourd'hui, d'écrire sur le thème qu'il veut, ou va-t-il sans cesse devoir se justifier devant le tribunal des déb... Ah, attendez, on me dit dans l'oreillette que l'expression "débiles mentaux" est psychophobe. Mes excuses aux personnes concernées, qui n'ont absolument rien à voir avec le sujet. Reprenons : devant le tribunal des gardiens du temple de la bêtise institutionnalisée ?