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vendredi 3 octobre 2025

VIS MA VIE D'ÉCRIVAIN #7 : Le livre qui valait un milliard...


Je dois être un grand naïf, mais je suis toujours étonné de la propension qu'ont certains êtres humains à mettre en œuvre des manières plus ou moins légales de faire du fric sur le dos des autres. 😏

J'étais tranquillement assis sur le trône, en train d'essayer de me distraire en scrollant sur les pages d'Amazon lorsque je suis tombé sur "Mauvais berger!", mon premier livre (première édition) mis en vente à 2000€ !

Oui, vous avez bien lu : DEUX-MILLE EUROS !!! Pour un livre à 10€ à la vente, incomplet (j'ai sorti une version augmentée en 2019), avec des coquilles et une couverture jaunie, comme si elle avait été créée par un ChatGPT consanguin ! 

Pour vous dire, je ne sais même pas si mon éditeur a gagné cette somme avec les ventes de cette tranche de vie (qui demeure notre "best seller", jusqu'à aujourd'hui). Je me demande sur quels critères le vendeur a décidé de lui coller ce prix. Article de collection ? Chef d'œuvre en perdition ? L'auteur serait-il entré à la postérité sans même le savoir ? 💵

Si le prix continue à augmenter de façon aussi exponentielle à mesure que passent les années, sa valeur pourrait atteindre le milliard d'ici la fin du siècle ! Et alors là, à moi les implants capillaires ! On m'appellera Etienne BG, après.

Bon, si je préfère en rire, je ne vous cache pas que tout cela m'agace au plus haut point ; mais je me dis que l'idiot qui achètera ce bouquin à ce prix n'est sans doute pas encore né. Du moins j'espère !


lundi 27 janvier 2025

MI SCAPPA LA PIPI

La pente est raide. Mes chevilles se tordent sur les cailloux du sentier qui sinue dans la forêt. Des fougères et des ronces me fouettent les jambes. Je me dis qu’il serait temps que je fasse un peu de ménage là-dedans. Demain, peut-être ? Je sors enfin de l’obscurité des feuillages et me voilà à crapahuter sur la montagne pelée. De rares pans herbeux autour de moi roulent sous la brise estivale. Le chalet est tout proche, encore quelques mètres. Il me tarde d’arriver car j’ai une immense envie d’uriner. J’aurais pu m’arrêter par là et faire ma miction sur le chemin, mais j’ai une maladie orpheline qui s’appelle la flemme et qui frappe à tout moment, quitte à me laisser dans l’inconfort le plus total. Et puis je déteste faire mes besoins dans la nature. J'ai toujours peur qu'un sanglier ne vienne me faire une olive avec son gros groin gluant, ou qu'un frelon asiatique mal inspiré ne vienne me piquer les parties tandis que je suis ainsi, les mains prises et le cul à l'air, en position de faiblesse. Mais c'est certainement aussi un reliquat traumatique de l'époque où mes parents nous emmenaient avec eux hanter les campings naturistes du grand Sud-Ouest. Ce temps béni durant lequel je ne me déplaçais qu'en courant, fuyant le regard putatif des autres, les mains cramponnées à mon tee-shirt que je tirais à l'avant et à l'arrière, le plus loin possible en direction du sol...

Enfin je pousse la porte. Je détache les sangles de mon sac à dos et le lâche sans ménagement en plein milieu de la carrée. Sans même me déchausser, je file aux toilettes tout en essayant de dégrafer frénétiquement la fermeture éclair de mon pantalon de randonnée. J’appuie sur l’interrupteur en soufflant comme un crapaud sur le point d'éclater. La petite salle qui s’illumine ne ressemble pas à ce qu’elle est d’habitude. Elle est entièrement recouverte, du sol au plafond, d’un carrelage avec imprimé de dégradé brique, typique des années 70. Ici, il n’y a pas de cuvette. L’évacuation des matières se fait par un trou bizarre, situé au beau milieu de la pièce et qui tient plus de l’égout que des chiottes « à la turque ». Plus j’y pense, et plus je trouve que ça ressemble vraiment à une douche à l’italienne, en fait. Cette excentricité aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais le besoin de vider ma vessie en feu est tellement puissant que je ne peux pas y réfléchir plus avant.

D’ordinaire, je m’appuie toujours de la main gauche en haut du mur situé en face de moi. Le contact froid des carreaux de terre cuite me permet de vérifier que je suis bien dans le monde réel. Mais là, la paroi est trop éloignée et je ne voudrais pas risquer de glisser et tomber de tout mon long dans la pisse. Alors je me mets en position cambrée, jambes écartées et légèrement fléchies, histoire d’éviter de m’asperger le bas du pantalon avec de vicieuses gouttelettes rebondissantes et je vise la grille en plastique posée sur la bouche. Ça y-est, j’ouvre les vannes. Le liquide chaud et ambré tant retenu s’extirpe de mon méat urinaire comme des lames de rasoir.

Bizarrement, quelque chose trotte à l’arrière de mon crâne, un peu comme lorsqu’on a oublié de faire un truc très important, mais qu’on ne se rappelle plus de quoi il s’agit. Je contracte mon périnée, le jet s’éteint en goutte à goutte. Je réfléchis : qu’est-ce qui peut bien me préoccuper à ce point ? Inquiet, j’observe mon environnement. Tout à l’air à peu près normal. Je suis bien dans MA cabane, dans MES toilettes et personne ne m’espionne. Je fais un petit écart pour toucher le mur. Il est bien là, frais et humide, comme à son habitude. J’ai beau me creuser la cervelle, rien ne vient contredire cette idée. Et puis l’envie impérieuse de me soulager obscurcit toute ma capacité de jugement. Je dois absolument faire les choses dans l’ordre : d’abord pisser, puis réfléchir. Logique imparable. Alors je me remets en position et j’envoie une nouvelle giclée brûlante dans l’égout.

Quelque chose coule le long de mon aine. Je me réveille d’un coup et stoppe immédiatement les machines.
— Bordel, m’exclame-je ! J’ai failli pisser au lit, comme quand j’étais petit ! J’aurais jamais dû picoler autant hier soir. Quel con ! Ça m’apprendra, teh !

Je me lève d’un coup, attrape une poignée de kleenex pour buvarder sommairement les dégâts et file terminer mon urination dans mes vrais WC, qui ne ressemblent décidément pas à ceux de la cabane dans laquelle je me rends la nuit, dans presque tous mes rêves, depuis quelque temps déjà. J’ai encore des vertiges alcooliques de la veille et je m’appuie au mur pour bien viser. La bière, c’est sympa, mais il faut bien qu’elle ressorte quelque part, une fois qu’on en a ingurgité deux litres !

Ce faisant, je réfléchis : « quand j’étais petit », c’est un abus de langage ! La dernière fois que j’ai pissé au lit, je devais avoir dans les 16 ans. N’empêche, c’est quand même incroyable de se faire auto duper comme ça, par ses propres rêves, à cinquante-trois ans passés ! Je n'arrive pas à comprendre comment je peux être capable de me retenir pendant toute une journée mais que, une fois couché, je sois obligé de rester sur le qui vive, au cas où. C'est comme si ma vessie sans fond le jour devenait fainéante la nuit. Il paraît que c'est lié à mon problème d'apnée du sommeil, diagnostiqué il y a seulement quatre ans. Mais je pense que cette propension à l'énurésie date de bien avant.

Je ne me souviens pas de quand ça a commencé. Il me semble que j'ai toujours pissé au lit, sans interruption, depuis ma plus tendre enfance et ce, jusqu'à la puberté. Et puis un jour, comme ça, sans prévenir et sans raison, alors que je m'étais fait à l'idée que je vivrais sûrement toute ma vie (que j'espérais par conséquent très courte) affublé de cette tare congénitale, j'ai arrêté d'un coup d'un seul, au seuil de l'âge adulte.

******

Mais revenons au commencement. Je suis né le 27 août 1971 à Cognac, un vendredi soir autour de 23h45. D'ordinaire, c'est le moment idéal pour tout un chacun de se jeter un dernier petit apéro dans le gosier, avant de rentrer en titubant dans ses pénates, tout en balbutiant quelque ineptie. Moi j'ai choisi ce jour et cette heure précis pour pousser mon premier vagissement.
Mon premier souvenir date de l'année de mes trois ans, et c'était un cauchemar (comme par hasard). Je me rappelle que mes parents avaient installé mon lit à barreaux dans le couloir (car ma chambre servait à héberger temporairement une grande tante de mon père, qui était très vieille et très malade - ça, on me l'a raconté). Mais je me souviens avec précision de ce rêve : des milliers d'araignées de toutes tailles grouillaient au plafond et me tombaient dessus en faisant de gros "ploc !", comme la pluie d'un orage printanier sur un Vélux. Certaines descendaient doucement, accrochées à leur fil, d'autres me dégringolaient dessus en chute libre. Mes hurlements de terreur nocturne ont réveillé ma mère et le cauchemar a immédiatement pris fin, me laissant secoué de sanglots dans ses bras rassurants.
C'est amusant car je n'ai en vérité jamais eu peur des araignées. Mais ce rêve monstrueusement réaliste est le premier dont je me souvienne, aussi clairement que si c'était hier.

Ensuite, à peu près à la même période, je me rappelle de l'école maternelle Jean de la Fontaine. Ma première maîtresse s'appelait madame R. C'était une femme sèche et anguleuse,  au teint cireux, avec des petits yeux perçants sous de grosses paupières gonflées. Elle portait une coiffure châtaigne, filasse et courte. Dans mes souvenirs, elle avait toujours une voix criarde et arborait une moue de dégoût, comme si elle détestait les enfants. Je corrige : comme si elle me détestait, moi, tout particulièrement. Cette femme fut mon premier contact avec l'école et cela a, je pense, déterminé tout le reste pour moi.
Je crois que je suis resté deux ans dans cet établissement scolaire. Je me rappelle des siestes obligatoires, de m'être ouvert le menton en tombant d'une grosse pierre et d'avoir fomenté un plan avec deux camarades de classe (dont une fille) pour casser la gueule d'un enfant plus petit que moi. Tout ça parce que je le trouvais trop laid.

Evidemment, ma mère a aussitôt été convoquée par la directrice et m'a obligé à donner mon jouet préféré à ce malheureux gamin. L'année d'après, j'intégrais les effectifs de l'école Jean Macé. C'est là que j'ai tenu mon premier stylo pour autre chose que pour dessiner. Et c'est là qu'on m'a forcé à apprendre à écrire de la main droite, alors que j'utilisais naturellement la gauche. Ma mère pensait que j'étais ambidextre, mais j'ai toujours su que j'étais gaucher : mon oeil et mon ouie directeurs sont également à gauche. Lorsque je marche, c'est toujours le pied gauche qui démarre et c'est aussi du bras gauche que je suis le plus fort. Bref, je suis ce qu'on appelle un gaucher contrarié, même si cela n'a jamais été diagnostiqué comme tel par les sachants. À l'époque, être gaucher était encore considéré par la société comme une forme de handicap, un défaut de fabrication qu'il fallait à tout prix corriger. Tels les missionnaires en Afrique, qui tentaient de convertir les peuples indigènes païens au christianisme de gré ou de force, les instituteurs de la vieille école n'avaient de cesse que de tuer dans l'oeuf les gauchers récalcitrants. Je pense avoir été une de leurs victimes, comme tant d'autres, dans les années 70. Aujourd'hui, les choses ont évolué dans le bon sens : on laisse les gauchers être qui ils sont et c'est tant mieux.

Je ne peux pas le prouver, car l'énurésie peut avoir de nombreuses causes différentes, comme le facteur génétique, par exemple, un TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) ou une croissance ralentie du système urinaire, mais je suis persuadé que l'école et notamment cette correction de ma "gaucherie", (dont je me souviens parfaitement), aussi appelée "sinistralité" (autant de termes négatifs pour décrire quelque chose de tout à fait naturel, autant qu'une identité, du reste), est co-responsable de toutes ces années de pipi au lit. L'école a fait de moi ce que je suis aujourd'hui, et ça n'a pas été tous les jours la fête !

À peu près à partir de mon entrée au CP à l'école Paul Bert, je me souviens que mes parents commençaient à s'inquiéter au sujet de mon incontinence nocturne (et diurne : à cette époque, je faisais également caca dans mon slip tout en faisant le tour du quartier à vélo, mais ça, je vous le raconterai une autre fois...). Jugez un peu : j'avais six ans et je pissais encore au lit, toutes les nuits sans exception, comme un bébé. Le matin, ma pauvre mère devait me désincruster des draps souillés et me pousser jusqu'à la douche où elle me briquait au savon pour faire partir l'odeur rance de l'ammoniac collé à ma peau. Mes draps étaient mis à laver et on recommençait inlassablement le même cirque, chaque jour. Ma mère a essayé tout ce qu'elle pouvait pour me faire arrêter, mais il n'y avait rien à faire.

*****

Le réveil au milieu de la nuit ? Ça ne fonctionnait pas. D'abord parce que j'avais le sommeil trop profond, mais aussi parce que le pipi semblait savoir à l'avance à quelle heure ma mère allait débarquer. Soit c'était trop tôt et je me présentais devant la cuvette avec deux ou trois pauvres gouttes (et je pissais le reste dans mes draps une heure plus tard), soit c'était trop tard et alors il ne me restait plus qu'à filer à la salle de bains, tandis que mes parents changeaient mes draps. Ceci sans qu'ils aient l'assurance que je ne les re-souille avant la sonnerie du réveil, une ou deux heures plus tard.

On a essayé le "pipi-stop". C'est ma tante qui nous avait prêté cette machine infernale, en nous garantissant une efficacité à toute épreuve : ça avait marché sur un de mes cousins. Ce dispositif ingénieux, mais complètement inutile sur moi, se présentait sous la forme d'une valisette en plastique kaki, contenant un système électronique composé d'un détecteur d'humidité relié à une alarme. Le détecteur était glissé dans une couche que je devais porter pendant mon sommeil, et était censé me réveiller au moment où je commençais à uriner. Mais là encore : chou blanc. J'ai toujours eu un sommeil agité. Même encore aujourd'hui ; je n'ai jamais compté combien de fois ça arrive par nuit, mais je me tourne et me retourne très souvent, au grand dam de ma compagne (qui ignore tout de sa chance : j'aurais pu ne jamais arrêter de pisser au lit !).
La couche n'a jamais tenu en place. Je me retrouvais chaque matin avec les parties génitales à l'air au milieu d'une mare d'urine déjà froide, lorsque le détecteur daignait enfin sonner. La sirène qu'émettait ce truc diabolique était absolument abominable. C'était un genre de couinement électronique continu et suraigu, capable de réveiller un mort. Mais chaque fois trop tard, dans mon cas.
Heureusement, le gadget maltraitant (qui n'aurait même pas mérité le concours La Pine) est vite retourné à son envoyeur.

On a essayé le "traitement homéopathique" (Sulfur 7 CH et Pulsatilla 5 CH). C'était la grande mode au début des années 80 ; ma mère était fan et les petites boules de sucre ont toujours leurs aficionados en 2024, alors que plus personne ne peut ignorer la supercherie, à moins d'habiter dans une grotte ! Ça ou pisser dans un violon... Et donc, là, sans surprise : ça n'a pas fonctionné non plus.

On a essayé les menaces, les punitions, les prières, les supplications... Même le médecin de famille n'a rien pu faire non plus. Peut-être que mes parents ont testé d'autres recettes, sans que je le sache ? Peut-être ont-ils sacrifié des agneaux pour contenter leur Dieu ? Si ça se trouve, il ont même envisagé, dans leur immense désespoir, de m'abandonner sur une aire d'autoroute, de m'envoyer chez les fous ou de me couper le zizi, qui sait ?
En tout cas, ils ont essayé de dédramatiser (ou de conjurer le mauvais sort) en m'achetant le single de Pippo Franco qui a fait un tabac auprès de la jeunesse italienne dans les années 80, intitulé "Mi scappa la pipi" (j'ai envie de faire pipi). Mais il n'y avait vraiment rien à faire.

Je me souviens de la peur indicible qui m'étreignait, chaque fois que je devais aller dormir ailleurs que dans mon lit. Je n'aurais jamais accepté de participer à une soirée pyjama et fort heureusement, on ne m'en a jamais proposé.
À 12 ans, j'étais toujours énurétique. Je pissais au lit une à deux fois par semaine, parfois plus, selon mon niveau de stress. Je me souviens d'un été au cours duquel j'ai été invité par ma tante (celle du pipi-stop) à passer des vacances avec mes cousins dans la résidence secondaire de mon grand-père, à Musson, dans la banlieue rurale de Royan. Tous les lits étant occupés, je me suis retrouvé dans l'obligation de partager celui de mon cousin (qui avait trois ans de plus que moi, avait déjà sa taille adulte et du poil au cul et ne souillait plus ses draps depuis quelques années). Le premier soir, il m'avait demandé si je pissais encore au lit (c'était notoire, dans la famille). Puis devant mon affirmation, il m'avait demandé combien de fois par mois. Je lui ai menti. "Une fois". "Et tu as pissé ce mois-ci ?" (Il pensait sûrement pouvoir passer entre les gouttes...). "Non", avais-je répondu, ce qui était vrai mais j'avais envie d'entretenir le suspense. Il m'a fait jurer de me retenir au moins toute les nuits de la semaine et j'ai tenu bon. J'ai même pensé que ça-y-était, j'étais guéri. Mais une fois rentré chez moi et à l'approche du retour à l'école, les chutes du Niagara étaient évidemment reparties de plus belle.
Dans le courant de cette nouvelle année scolaire, alors que je souffrais en première année de quatrième, notamment avec la pire prof de français que j'aie jamais eu et qui a bien failli me dégoûter à tout jamais de lire et d'écrire, j'ai eu l'occasion de partir en voyage scolaire en Allemagne avec ma classe. J'étais logé dans une famille mono parentale, et j'avais une correspondante prénommée Maria. Bien sûr, j'ai pissé au lit dès la première nuit, et c'est assailli par la honte que j'ai recouvert mon forfait du mieux que j'ai pu avec ma couette, puis j'ai dissimulé mon pyjama trempé dans un placard de ma chambre. Je me suis douché et je suis parti au collège avec Maria. J'avais presque oublié ce douloureux épisode, quand, une fois rentré à la maison, j'ai retrouvé mon lit entièrement refait avec des draps propres et mon pyjama lavé et plié, posé délicatement sur la couette. La mère de Maria était psychiatre de métier. Elle n'est jamais revenue sur ce triste épisode pendant le reste de mon séjour, mais je savais qu'elle savait et j'avais tellement honte que je l'ai évitée le plus possible, alors qu'elle a vraiment été adorable avec moi, par ailleurs.

Plus tard, alors que nous passions l'été dans un camping à Montalivet (mes parents étaient adeptes du naturisme.  C'étaient les années 80, souvenez-vous !), je me suis réveillé dans ma canadienne à nouveau mijotant dans une mare de pisse. Ma mère, sans doute excédée, et on la comprend, avait sorti mes draps, les avait lavés et étendus sur le fil à linge tendu entre la caravane et un pin des Landes, au vu et au su de tous. Je ne me suis jamais senti aussi mal que ce jour-là, même si personne ne m'a jamais fait la moindre réflexion à ce sujet.

Oui, j'ai vécu toutes ces années avec la peur et la honte. Peur que mon secret soit éventé et que tout le monde se foute de moi au collège puis au lycée, à l'école biblique, au sport, en ville, partout. Et honte de ne pas réussir à contrôler ma vessie la nuit, malgré mon âge avancé.

Alors oui, petit à petit, le délai entre mes flaques de pisses s'est allongé (mais la taille des flaques également, puisque ma vessie grandissait aussi avec moi). À 14 ans, c'était une fois par semaine ; vers 15 ans, une fois toutes les deux semaines. À 16 ans (j'étais en seconde), une fois tous les deux mois. Au fur et à mesure que je grandissais, mon sommeil se faisait de plus en plus léger et j'arrivais à comprendre de mieux en mieux les mécanismes de l'énurésie : à chaque fois qu'un "petit accident" (comme on appelait ça, entre nous) survenait, c'était parce que j'avais rêvé que j'allais aux toilettes. Alors je me suis mis en tête de contrer mon esprit tordu en mettant en place des petits rites. Depuis, chaque fois que l'envie me prend, je m'appuie sur le mur, histoire de vérifier le contact froid du carrelage ou du ciment sur ma main. Ce rituel peut paraître stupide, mais à force de le pratiquer, j'ai pu l'inclure naturellement dans mes rêves. Et donc à chaque fois que mon cerveau m'entraîne du côté des obscur des cabinets, je suis en mesure de vérifier (normalement, sauf cas rare où mon esprit est tellement embrumé que mes trucs et astuces le sont aussi) que je suis bien en train de rêver, ou non.

Et puis entre la seconde et la première, mes parents m'ont envoyé en séjour linguistique en Espagne. J'ai pris presque 20 cm en deux mois. Je n'ai pas pissé au lit de tout l'été. Et quand je suis rentré à la fin août, c'était terminé. La puberté était passée par là. La chape de plomb qui m'avait maintenu dans cette triste condition de mutant dégénéré s'était évaporée. Enfin. J'étais devenu normal, comme les autres. Ou presque.

*****

D'ailleurs j'ai presque fini par oublier que j'avais pissé au lit jusqu'à l'âge de 16 ans. Le temps est passé et je me suis retrouvé au service militaire après avoir foiré mes études d'anglais. À ma décharge, je ne voulais pas être prof, comme mes parents. Moi je voulais intégrer une école de journalisme ou une école de bande dessinée, mais je n'ai pas su trouver la force de m'imposer. Je n'avais pas un dossier formidable et pour mes parents, c'était plus simple que je suive leurs traces, puisque j'avais des facilités dans la langue de Shakespeare. Mais je me suis ennuyé à la fac. J'ai fini par ne plus y aller au bout de quelques mois. Mais là n'est pas le sujet. Lorsque j'ai enfin constaté mon échec universitaire, j'ai été placé devant un carrefour : soit je reprenais sérieusement les mêmes études (c'était hors de question !), soit je partais à l'armée, puisque, né en 71 et parfaitement valide, j'étais dans l'obligation d'effectuer mon service national. J'ai donc choisi cette seconde voie et je suis parti en gendarmerie, en service long, tant qu'à faire. Avec le recul, je pense que je cherchais à me punir moi même de mon oisiveté. Vers la fin de mes 16 mois, encouragé par mon commandant de brigade, je suis allé passer les examens pour entrer en école de sous-officiers de la gendarmerie nationale. Pendant mon service, j'avais obtenu une lettre de félicitations après avoir obtenu des informations décisives ayant mené à l'arrestation de cambrioleurs qui sévissaient dans les environs de ma brigade d'affectation, d'où l'incitation du gradé à ce que je poursuive dans la profession. Moi même, après tout ce temps au contact des forces de l'ordre, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Il y avait certes du bon, mais il y avait aussi (et surtout) des choses sombres qui ne matchaient pas du tout avec mes propres convictions.
Bref, le jour de l'examen est arrivé et je me suis retrouvé assis à une petite table, parmi de nombreux autres candidats en uniforme, à répondre à toute une batterie de tests psychotechniques et de QCM, tous plus infects les uns que les autres. Je pense avoir foiré les test destinés à mesurer mon intellect. Je n'ai jamais été très bon en logique pure. Je me pose trop de questions, je cherche la petite bête, je perds trop de temps... Quant aux test censés mesurer mon quotient émotionnel, j'ai cessé de répondre au bout d'une vingtaine de questions.
Parce que parmi les affirmations, auxquelles on devait répondre si on était "d'accord", "plutôt d'accord", "plutôt pas d'accord" ou "pas d'accord" (je cherche encore à comprendre les nuances...), m'était demandé toutes les 3 questions et de façon subtilement différente à chaque fois si je faisais pipi au lit.
— Mouillez-vous vos draps ?
— Êtes vous énurétique ?
— Avez-vous déjà eu des urinations nocturnes ?
— Faites-vous pipi au lit ?
Comme si j'allais dire la vérité, si ça avait été le cas...
À la sixième du genre, je n'ai plus noirci de case. J'ai souligné la phrase et griffonné un rageur "C'est une obsession chez vous, ou quoi ?" dans la marge étroite, puis j'ai posé mon stylo et croisé mes bras. Je me souviens du regard suspicieux de l'examinateur et du petit sourire en coin entendu que je lui ai renvoyé, genre "t'inquiète, gros, j'ai bien tout fini !". J'ai su à cet instant précis que, quoiqu'il se passerait à l'avenir, je ne serais jamais gendarme de métier. J'ai ensuite passé un entretien bluffant devant un capitaine qui se réjouissait déjà de récupérer une recrue aussi prometteuse que moi. Mais je savais une chose que lui ne savait pas encore... j'avais définitivement fermé cette porte.
En ratant délibérément mon examen d'entrée chez les képis, j'ai eu l'impression de vaincre mon traumatisme d'enfance une seconde fois. 💪

Et jusqu'à aujourd'hui, je n'ai plus eu honte ou peur de ma vessie flemmarde. Mais depuis quelques temps, je me remets à rêver des WC. Serais-je en train de (re)devenir incontinent ? À 53 ans ?
Et le meilleur, dans tout ça ? Figurez-vous que ma fille m'a fait la même ! Je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a comme une leçon pleine d'ironie à tirer de cette aventure. Mais qu'en faire par la suite ?

*****

Il y a quelques jours, ma cousine (la sœur de celui qui pissait aussi au lit autrefois et qui a été sauvé par la haute technologie du Pipi Stop !), à qui j'ai fait lire ce texte (qui est plus une ébauche de souvenir qu'autre chose) m'a posé une question existentielle : en quoi ce traumatisme d'enfance a déterminé l'homme que tu es aujourd'hui ? Qu'a-t'il modifié dans ton comportement, dans ton caractère ?
Sur le moment, je n'ai pas su quoi lui répondre. J'avais besoin de réfléchir plus longuement à ce sujet.
J'ai laissé passer deux semaines, pendant lesquelles la question a tourné en tâche de fond à l'arrière de mon crâne.
Ce trauma a renforcé ma capacité à m'adapter à l'adversité. Il m'a appris la résilience, le dépassement, puis à assumer mes actes, fussent-ils involontaires (ou du moins à être capable d'en parler sans honte). Il m'a donné le sens de l'autodérision et m'a appris à relativiser.
Voilà pour les points positifs. Mais d'un autre côté, il a surtout renforcé mon besoin d'être reconnu par mes pairs (les autres humains) comme une personne normale, sans tare rédhibitoire. En bref, je cherche à me faire apprécier, sinon aimer. En conséquence, je porte un masque à deux faces, qui ne tient qu'à un fil : celui du gars bonhomme et serviable qui rechigne à dire non, et celui du rigolo et bon vivant qui n'hésite pas à verser dans la caricature la plus obscène pour amuser la galerie. 
Mais loin à l'intérieur, je vis dans le stress permanent d'être perçu comme nul, inutile, voire nuisible. J'ai peur de passer pour un taré infréquentable, tout en conchiant la norme et en raillant le pouvoir et l'autorité dès que j'en ai l'occasion. Donc en résumé, j'oscille sans cesse entre faire le clown (parfois jusqu'à l'outrance) et tenter de passer pour un gars sérieux et fiable, capable de raisonner (tout en ne sachant pas si le subterfuge fonctionne).
Tout cela me donne l'impression de passer ma vie à marcher en équilibre précaire sur une slackline mentale, au-dessus d'un puits obscur et sans fond. C'est souvent épuisant.

Mais ce trauma m'a également doté d'un esprit rêveur, qui aime fuir une réalité qui lui est douloureuse et difficile à oublier. Contrairemement à mon grand-père, qui dormait peu et pensait que "dormir, ce n'est pas vivre", moi je préfère largement les bras de Morphée. Car c'est dans les rêves que je puise la matière première de mes romans. D'ailleurs, ce sera plus ou moins le thème de mon prochain livre !
Mais on ne peut pas dormir 24h/24. Il faut de temps en temps payer ses factures et se nourrir pour que le système perdure. C'est sans doute pour cette raison que je m'anesthésie régulièrement la vie. D'autres ont des poisons différents, mais le mien, c'est l'alcool. La bière belge, essentiellement, mais aussi le vin rouge (j'ai un faible pour le Rioja). Moins souvent les alcools forts, et dans ce cas, c'est le Jack Daniel's, sec et sans glace, que je sirote.
Oh, je ne suis pas alcoolique, comme on l'entend généralement. Je peux me passer de boire pendant des semaines sans que ça n'altère en rien mon comportement quotidien. Mais disons que la consommation d'alcool induit un état second qui rend la vie plus supportable. L'alcool m'assure que les masques vont bien tenir et m'aide à supporter ceux des autres ; il m'ouvre les chakras de l'imaginaire et me donne surtout l'envie d'aller me coucher plus vite... Alors je m'enivre jusqu'à en être à moitié estourbi. Mais pas trop... Boire de la bière, ça donne aussi envie de pisser !
Avec l'expérience, je bois rarement à en être malade. Je ne mélange plus les combustibles et je m'arrête avant d'avoir le syndrome du bateau. Et si jamais j'ai mal au cheveux au cours de la nuit, ça se résoud tout seul, sans Doliprane, pendant mon sommeil. Je ne dis pas que je me réveille frais comme un gardon, mais je me dis que ça ira. Et effectivement, à chaque fois, ça passe ! C'est l'alcool magique !
Je plaisante.

Mais pour en revenir au sujet du début, ce traumatisme d'enfance, c'est, je pense, le détonateur. La raison pour laquelle j'exorcise ma vie en l'écrivant. Alors, on dit merci qui ? Merci pipi au lit !

jeudi 26 janvier 2012

“Les mauvais bergers” et “Mauvais berger!”, même combat!

Octave Mirbeau
Je vous parlais il y a quelques temps de mes Google Alerts sur les termes “mauvais berger”,  dont les résultats s’avèrent parfois assez instructifs. Je vous racontais qu’il existait une pièce de théâtre d’Octave Mirbeau intitulée Les mauvais bergers. Ce matin, j’ai eu le plaisir trouver cette nouvelle alerte pointant sur la page Wikipedia de “Jean Roule”, personnage principal de cette pièce.

Je vais vous laisser le soin de lire ce texte (qui m’a donné envie de me procurer le livre de la pièce) et faire le parallèle avec mon histoire de berger.
Mais j’aime bien le principe de ce récit de révolte ouvrière de la fin du XIXeme qui tourne mal. On est, dans ce texte fictionnel, bien plus proche de la vraie vie que dans ce que montrent presque tous les films hollywoodiens, friands de happy endings sirupeux, où les “bons” gagnent toujours à la fin.

Ici, le mauvais berger, c’est le patron, qui, sans scrupule et empli de morgue, use ses ouvriers jusqu’à la corde et n’hésite pas à les affamer, puis à employer la force publique pour les remettre en esclavage. Ce sont aussi les politiciens (socialistes) qui tentent de se saisir du cas des salariés à des fins électorales. C’est encore Jean Roule, le meneur de la révolte, qui, trop entier, trop aigri, refuse les mains tendues et conduit ses collègues (et lui même) à la mort.

Si le texte initial date d’à peine un siècle après la révolution, il est toujours d’actualité aujourd’hui, en témoignent ces quelques extraits de l’acte II, paroles prononcées par Capron et Duhormel (deux infâmes individus bien loin de la caricature), qui auraient pu l’être par… eh bien, certains admirables notables qui nous gouvernent, mais aussi par un paquet de petits chefs lobotomisés et aux ordres d’une société qui n’a jamais vraiment su évoluer sur le fond, depuis les débuts de l’humanité : “Dans une société démocratique bien construite, il faut des riches et des pauvres“,  “Il faut des pauvres pour faire davantage sentir aux riches le prix de leurs richesses… et des riches pour donner aux pauvres l’exemple de toutes vertus sociales!“, et celle-ci que j’ai encore entendu il y a peu, tournée autrement mais avec le même sens : “Le prolétaire est un animal inéducable, inorganisable. On ne le maintient qu’à la condition de lui faire sentir, durement, le mors à la bouche et le fouet aux reins! (…) Il n’y a pas d’autre moyens de mener ces brutes, que ceux qui consistent à les brider de court, à leur serrer la vis (…) sérieusement, fortement, impitoyablement!

C’est tragique, c’est sanglant, mais c’est tellement humain, tellement vrai…
Dans une bien moindre mesure, je me suis revu il y a quelques années, lorsque j’étais délégué syndical chez GEMA WM. J’ai connu les mêmes doutes que Jean Roule, été victime des mêmes traîtrises que lui. Mais moi, j’ai été moins con (ou plus lâche) : J’ai réalisé qu’on ne peut pas changer les hommes contre leur gré, qu’on ne peut pas les sauver de leur atavisme ni de leur éternelle crainte du patron -qui a “toujours raison” (sic!), c’est connu- et j’ai changé de boulot ;-) 

Les Mauvais bergers d’Octave Mirbeau, à lire et à méditer avant mai 2012, donc…
Hors-sujet (mais pas tant que ça), pour ceux d’entre vous qui auraient loupé le coche et n’auraient pas encore lu MON “Mauvais berger!“, je serai de nouveau en dédicace au salon du livre de Navarrenx, dans le halle de la Mairie ce week-end, les 28 et 29 janvier!

lundi 12 septembre 2011

Toujours de belles rencontres à Asunak 2011!

E.H.Boyer sur le stand Astobelarra, au salon bio Asunak le 11/9/2011

Dédicace pour Jeanine.
Asunak (les orties, en basque), est un salon bio organisé par l’association BLE (Biharko Lurraren Elkartea) tous les ans à Hasparren. C’est un endroit très sympathique et convivial auquel nous (l’association Astobelarra – Le Grand Chardon) prenons un grand plaisir à participer en tant qu’exposant, d’autant que nous nous situons en plein dans la thématique.

En plus, on y mange bien (ce qui ne gâche rien). :D 

Cette année, c’est moi qui m’y suis collé. Nous avons vendu un certain nombre de livres et j’ai trouvé deux acheteurs pour “Mauvais berger!”, auxquels j’ai -comme à chaque fois- dédicacé leur exemplaire respectif.  J’essaye toujours de trouver un point de convergence entre le thème du livre et le métier de mon client. Dès fois c’est réussi, et dès fois c’est euh… Bon, ça dépend de ma forme du moment, dirons-nous!

Mais de ce dimanche venteux, je garderai surtout deux très bons souvenirs :
1) D’avoir revu Miren Aire, la bergère d’Urepel avec qui j’ai suivi ma formation de berger il y a… bon Dieu! 12 ans déjà!

2) D’avoir pu discuter avec un tas de gens très sympa, qui sont venus m’aborder au stand pour me parler de mon livre. Parmi eux, un agriculteur m’a dit qu’il l’avait emprunté à la médiathèque d’Hasparren (que je remercie au passage de m’aider à diffuser la bonne parole) sur les conseils d’un de ses confrères rigolards. “Tu dois absolument lire ce livre!“, l’avait-il judicieusement conseillé. Il l’a lu d’une traite, et m’a affirmé avoir apprécié son petit côté “rentre-dedans”.  “On sent que ça devait sortir, et pas un instant on ne met en doute le fait que ce soit du vécu! Je ne connais pas les gens dont vous parlez dans votre témoignage, mais certains de mes amis agriculteurs, oui. Ils m’ont dit ne pas être étonnés outre mesure de votre histoire.

Dédicace pour Xavier.
J’ai toujours un grand plaisir à recevoir ces commentaires positifs, qui me font me dire que j’ai réussi ma mission. Chacun de mes interlocuteurs y va de son anecdote : “je connais un berger sans terre à qui c’est arrivé, mais pas au même endroit que vous.“, etc.
Alors oui, mission accomplie, mais était-ce “à temps“? Il m’a quand même fallu plus de 10 ans pour digérer tout ça. 10 ans pendant lesquels un tas d’autres aspirant-bergers ont eu à subir des comportements inhumains de la part de leurs maîtres de stage ou de leurs employeurs, souffrant en silence, écrasés par des abus d’autorité répétés, découragés car incapables de mettre des mots sur la situation dégradante qu’ils vivaient au quotidien, isolés de la société.

Pour être berger et réussir dans la profession, il faut être prêt psychologiquement à affronter des “monstres“. Je ne parle pas des ours, des loups, des lynx, ou des vautours, qui eux ne sont que de pauvres animaux animés par le seul soucis de survivre, ni même de ce brouillard, dont certains illuminés racontent qu’il favorise l’apparition des “esprits de la montagne“. Je parle de certain(e)s hommes (et femmes) dont la bêtise, la cruauté ou la jalousie n’ont pas de limite. Pour être un bon berger, en plus d’être capable de supporter des conditions de vie et de travail souvent spartiates, il faut soi-même être prêt à devoir bouffer du lion enragé…
Et ça, on ne vous l’apprend malheureusement pas dans les manuels scolaires!

dimanche 19 juin 2011

un “Mauvais berger!” au festival Camin’Arts 2011

Nous avons tenu le stand Astobelarra au festival Camin’arts 2011 (organisé par le collectif FMR) qui se tenait dans le village d’Aramits hier (le samedi 18/7). En dehors du froid polaire et de la pluie du début de la journée, ce fut un assez bon plan pour les éditions associatives souletines. Encore une fois, j’ai été abordé par un gamin et sa mère qui avaient apparemment lu et apprécié “Mauvais Berger!”. La dame m’a dit que c’était un chouette roman (lol). Quand je lui ai dit que c’était une histoire vraie, et que le mauvais berger, il était devant elle, elle a souri, et m’a répondu qu’elle s’en doutait, qu’elle même était bergère et qu’elle avait reconnu tous les protagonistes!

— Ah bon?
— Oh oui, alors!
— Mais vous êtes bergère où?
— A la Pierre Saint Martin!
— D’accord. Sauf que l’histoire en question s’est passée à deux vallées de là où vous allez en estives!
— Ah bon? Ah tiens, j’aurais pourtant juré…

Encore une rencontre très intéressante, qui me pousse vers cette conclusion hâtive mais sans doute très proche de la réalité : il n’y a pas qu’une seule “Nanette” dans les Pyrénées… Je comprends mieux pourquoi certains bergers on tiqué en lisant cette tranche de vie : eux aussi ont sans doute cru s’y reconnaître! Mais comme le dit le proverbe : “que celui qui se sent morveux se mouche“!

A part ça, j’ai quand même vendu 2 exemplaires dédicacés du livre… C’est plutôt confidentiel comme succès, mais j’ai toujours autant de bons retours, alors je pense que quelque part, j’ai réussi ma mission ;-)

vendredi 10 juin 2011

“Mauvais berger!” = 1, Hadopi = 0

Sans Hadopi, j’aurais quand même publié mon bêtes seller international “Mauvais berger!”, et l’industrie du livre n’aurait pas touché un centime… Moi non plus, d’ailleurs!

vendredi 20 mai 2011

Mouche du coche…

Une mouche de Soule et ses crottes...
Vous savez quoi? Depuis cette histoire de “Mauvais berger!“, j’ai pris les moutons en grippe. Je ne peux plus les voir en peinture, ces bêtes grégaires et fourbes. Et même si, aujourd’hui, on ne peut pas dire que je sois particulièrement emmerdé par eux (directement s’entend), leur perfidie plane toujours au dessus de moi et de nous tous, dans ce département (Les Pyrénées Atlantiques, et tout particulièrement près des montagnes, notamment en Soule, où je vis), quoi qu’on fasse.

D’abord parce que les brebis sont partout, dans toutes les fermes, dans tous les villages. Leurs bêlements hystériques et insupportables parviennent toujours jusqu’à mes tympans, portés par des vents farceurs. Oh, on ne sent plus tellement l’odeur de leurs déjections (sauf lorsque les paysans épandent les lisiers au printemps), on finit par être habitués à force. Donc ne comptez pas sur moi pour vous ressortir la très chiraquienne expression  “le bruit et l’odeur“… Par contre s’il y a quelqu’un qui le sent bien, ce parfum d’excrément ovin, ce sont les mouches… Ici, c’est le pays de la mouche, toute espèce confondue : on en est littéralement envahi dès qu’on ouvre une fenêtre, et ça dure des mois!

A la limite, je supporterais les chatouillis incessants que leurs divagations intempestives sur ma peau procurent. Déjà un peu moins bien lorsqu’elles choisissent mon cuir chevelu pour se reproduire bruyamment. Mais ce qui m’exaspère le plus, c’est que ces bestioles chient partout : sur les murs, sur les fenêtres, sur mes carreaux de lunettes, sur mon écran d’ordinateur, à la maison, au boulot, partout… Elles abandonnent des constellations de toute petites gouttes marron et gluantes qui résistent aux lingettes nettoyantes! Alors de temps en temps, la rage me prends et je fais une tuerie à grand coup de tapette. Bon, ça me laisse un arrière goût désagréable dans la bouche (“une vie est une vie”), mais qu’est-ce que ça défoule!

Voilà pourquoi je déteste les moutons… et les mouches!

Alors vous allez me dire : “t’avais qu’à rester en Charente!“. Et je vous répondrais invariablement qu’il y a des compensations à rester vivre ici, que la mouche ou le mouton ne concurrenceront jamais. Mais ça méritait d’être signalé ;-)

Juste pour le plaisir, j’ai vendu (et dédicacé) un “Mauvais berger!” à Musikaren Eguna dimanche dernier. C’est Pierre Gastereguy (l’un des 40 auteurs qui a contribué à Paroles d’écolos) qui m’a fait l’honneur de l’acheter, de le lire, et de le critiquer : “même si selon tes termes le texte de ton ouvrage est assez dur et cru, j’en ai apprécié l’optimisme et finalement une certaine allégresse qui s’en dégage. La lecture est facile, agréable, on attend avec impatience le déroulement des péripéties. Sur le plan de l’expression, je considère que tu as le sens de l’image, ce qui contribue à donner du piquant et du rythme à l’action. En définitive, un bon moment – pour le lecteur que je suis – à me délecter des mauvais moments que tu as connus et auxquels, fort heureusement tu as survécu.” ça fait chaud au cœur de voir que ce bouquin plait encore!

mardi 26 avril 2011

Le propre du “Mauvais berger” : maltraiter les animaux!

Depuis quelques jours, j’hallucine : je reçois un tas d’alertes Google sur les mots-clésMauvais berger“! Presque j’étais trop content, mais…

En fait, ça n’a rien à voir (ou presque) avec mon récit autobiographique illustré, il s’agit du nom d’un récent reportage radiophonique québecois au sujet d’une fourrière canadienne privée nommée le “berger blanc”, autour de laquelle flotte actuellement une aura de scandale. On y dénonce la maltraitance envers les bêtes, l’euthanasie presque systématique des animaux recueillis, etc.
Bref, rien de bien joli joli…


Mais si par hasard, vous avez lu “Mauvais berger!“, je pense que vous aurez compris que ce sinistre fait-divers et mon histoire (vraie) comportent des similitudes, et que c’est aussi pour cette raison que j’ai choisi ce titre sibyllin (on m’a souvent reproché ce choix), mais ô combien judicieux!

lundi 21 février 2011

Very bad shepherd!

Photo originale de Renaud Boyer - 1999
Je me suis amusé à lister dans mes Google Alerts tout ce qu’on pouvait trouver sur le terme “Mauvais berger” sur Internet. Entre les allusions bibliques (Ezechiel 34 et Zacharie 11…), les liens qui pointent vers la pièce de théâtre d’Octave Mirbeau et les innombrables fiches de randonnée au sujet du plateau éponyme situé dans le parc national de la Vanoise, on trouve quelques perles rares de définitions bien senties ou d’interprétations farfelues que je me fais un devoir de vous rapporter.

Ceux qui ont lu le livre savent pourquoi j’ai décidé de l’appeler “Mauvais berger!” Pour ceux qui ne l’ont pas encore eu entre les mains, ces quelques citations vous en diront davantage (ou pas) sur les raisons de ce titre sibyllin!

On a l’air d’un troupeau de brebis égarées
Mauvais berger, mouton mal aimé,
Mieux vaut être seul que mal accompagné.

Capitaine Révolte, “J’ai oublié”.

“Mais Souvent, il est vrai, voulant tirer parti de cette détresse naturelle, se présentent à l’âme de mau­vais bergers… qui ne demandent pas mieux que de la diriger, de la tenir sous leur dépendance, de lui commander, mais cela pour la conduire vers la dé­ception, vers la lassitude, dans la lande aride . Mau­vais berger = professeur de néant, de scepticisme, de calcul intéressé . Cette expérience douloureuse faite, l’âme crie à nouveau sa détresse et son isolement .”
Lafoimapaix.org.

(…)”Les jeunes Domingoze et Nathalie, aujourd’hui âgées de 18 ans ont été abusé sexuellement par le pasteur pendant 6 ans. Mais c’est surtout l’affaire de la jeune Sylvana, 14 ans, qu’il tentait récemment de faire tomber dans son piège pour satisfaire sa libido qui lui apporter ‘’la guine’’, car l’adolescent a vite alerté ses parents qui ont porté plainte contre le ‘’mauvais berger’’ auprès de la  DGR à la fin du mois de janvier“.
ogooueinfos.com.

“(…)La vérité est beaucoup moins belle. André veut bien l’« Internationale », mais il y a un couplet qui le gêne, celui où il est recommandé aux soldats de réserver leurs balles pour les généraux. On a beau être « mauvais berger », on finit par craindre les moutons que l’on rend enragés !”
gallica.bnf.fr.

“Eau de bidet, moule à claques, mauvais berger, sautiche, maroufle, j’saut’dedans,  fleur de Mazas…  Autant d’insultes découvertes grâce à un courriel de mon ami C. P. de L., qui en a d’ailleurs, au passage, profité pour me traiter gentiment de «plouc».
Paperblog.fr.

Que peut faire un mauvais berger devant tout un troupeau de moutons qui refuse d’obéir ? Je suppose que l’a SNCF a demandé conseil à Mme Alliot-Marie qui a toujours d’excellentes idées rencontrant le sens de l’histoire, et fleurant bon le gaz lacrymogène.
Jean de Valon, Avocat à Marseille.

(…)Ce n’était pas une revendication en 1997 mais c’est devenu un acquis social! Nos compatriotes démontrent une fois de plus qu’ils ont bien du mal à prendre du recul sur leur situation et que leur affection pour les mauvais berger(è)es est ans limite.
Un commentaire sur Challenges.fr, au sujet des 35 heures…

On appelle mauvais berger, celui qui profite de l’influence ou du pouvoir qu’il a acquis sur les masses, pour tromper et dépouiller celles-ci. Exemple : Les politiciens sont les mauvais bergers du peuple. Innombrables sont les mauvais bergers, dans la société actuelle. Les politiciens mis à part, il y a encore les philosophes, les penseurs, les artistes qui, profitant de l’auréole que leur confère leur talent, mettent leur intelligence et leur nom au service des dirigeants. Il faut démasquer tous ces mauvais bergers, qui exploitent cyniquement l’inconscience du troupeau ― jusqu’à ce que le troupeau lui-même, prenant conscience de sa veulerie, châtie à son tour les criminels qui l’ont dupé.
Metallatasta-evera.blogspot.com 

Voilà pour les plus récents, et les plus intéressants. Je n’ai pas voulu pousser l’enquête jusqu’à remonter sur les années précédentes… En tout cas vous voilà avisés : un Mauvais berger, ce n’est pas vraiment quelqu’un de sympathique ;-)

samedi 29 janvier 2011

Au salon du livre de Navarrenx 2011

Laurent Caudine et André Cazetien - Navarrenx 2011
Il faut le savoir : le salon du livre de Navarrenx (charmante petite bourgade béarnaise -des Pyrénées Atlantiques, donc- protégée par une muraille datant du XIVeme siècle, et accessoirement capitale mondiale de la pêche au saumon), qui se déroulait traditionnellement lors de la foire artisanale organisée en Mars, vient d’être déplacé au dernier Week-End de Janvier, lors de la “foire à l’occasion”.

Etienne H. Boyer - Navarrenx 2011
Il ne m’appartient pas de dire si le choix est logique ou non, mais se retrouver au beau milieu d’une immense exposition de tracteurs et de quads, pour Astobelarra – Le Grand Chardon, c’est un peu comme si on lâchait un groupe de pigeons ramiers au dessus de la “ligne Maginot” d’Iraty… L’exposition des enfants du village, visible dans une salle attenante en dit long sur les mentalités! Enfin bon, on n’est pas là pour juger nos congénères, pour qui les idées écologistes relèvent souvent d’utopies sectaires de citadins étrangers qui ne comprennent rien à la vie campagnarde, mais pour vendre nos livres.

Donc demain, c’est dimanche, et il va faire un temps de chiottes! Quoi de mieux que de s’organiser une petite sortie à la mairie de Navarrenx, au milieu des stands du salon du livre?

Alors faites-nous mentir, et ruez-vous sur le nôtre pour acheter “Paroles d’écolos (et aussi les autres livres des éditions associatives Astobelarra, si vous voulez)!
Étrangement (ou non), j’ai vendu (et dédicacé) un “Mauvais berger!” cet après-midi! Merci à Virginie, nouvelle bergère à Navarrenx pour cet achat judicieux ;-)


vendredi 17 décembre 2010

Le tic de langage…

Je suppose que vous savez tous ce qu’est un tic de langage? Ce sont ces mots ou expressions du langage courant qu’on aurait un peu trop tendance à radoter sans s’en rendre compte, alors que tous vos interlocuteurs, eux, l’ont remarqué. Il en est même certains (sans aucune éducation) pour vous le faire remarquer! Or, chacun d’entre nous a ses propres tics de langage, même ceux qui voient la paille dans l’œil de leur voisin (mais jamais la poutre qu’ils ont dans le leur). A l’écrit, on s’en rend compte tout de suite, car les phrases deviennent bancales et lourdingues. Mais à l’oral (et selon le public auquel on s’adresse), ça passe souvent inaperçu.

Au lycée, j’avais une prof d’histoire (fort gentille au demeurant) qui répétait sans arrêt (et à toutes les sauces)  l’adverbe “incontestablement», qu’elle déclinait aussi en adjectif (”c’est incontestable»…), et bien évidemment, tous les élèves de la classe l’avaient remarqué, et en jouaient… Certains tenaient les comptes à l’heure; d’autres -plus téméraires- tentaient malicieusement de la pousser à prononcer le fameux mot. Bref, c’était un petit jeu assez rigolo qui avait le mérite de nous tenir éveillés pendant ses cours incontestablement interminables (ça y-est, elle m’a contaminé!).

Ah oui, parce que je ne vous ai pas encore dit… Un tic de langage, c’est comme la peste ou la vérole : ça se répand sans qu’on en ait conscience! Combien d’entre vous emploient à tort et à travers l’expression toute faite “tout-à-fait!» à longueur de journée, au lieu de simplement dire “oui»? Et ceux (dont je suis) qui la remplacent par le ridicule “clair!» sont légion, je pense!

Bref, tout ça pour dire que moi aussi, j’ai mes tics de langage. Lorsque j’étais apprenti berger  dans la magnifique montagne pyrénéenne, la seconde année, c’est mon patron berger, Christophe*, qui un jour m’a fait remarquer avec le plus grand agacement que je disais toujours “Ah!», à chaque fois qu’on me demandait de faire quelque chose que je n’avais pas initialement prévu et qui dérangeait ma routine. Il interprétait cette exclamation -pourtant innocente- comme une preuve de mauvaise volonté, ou au pire comme une forme avortée de contestation aux ordres.

Pourtant, je peux vous assurer que moi, je voulais juste dire quelque chose comme “Ah, d’accord, OK…», comme une affirmation plutôt que comme quoi que ce soit d’autre.
Lui, son tic de langage, c’était le mot “atypique». Un “parcours atypique», un “berger atypique», ça faisait bien devant les caméras de M6 et TF1… Ça m’énervait aussi énormément cette pédanterie affectée, mais je ne lui ai jamais rien reproché de tel. Rien à voir avec de l’hypocrisie! C’est davantage une histoire “de tact” et de politesse, en somme…

Mais  si on change de point de vue relatif, ça pourrait tout aussi bien être une histoire de caste, je suppose : la différence entre une personne qui se prend pour le roi de la montagne, et son ouvrier.
*Nom d’emprunt de l’exploitant agricole pour lequel j’ai travaillé comme aide-berger en 1998 et 1999, et personnage principal du livre “Mauvais berger!».

mercredi 1 décembre 2010

Tout est dit dans “Oggy et les cafards”!

Franchement, je ne comprends pas comment j’ai pu perdre du temps à écrire “Mauvais berger!”
Tout est dit dans cet épisode d’Oggy et les Cafards! Le berger teigneux et esclavagiste, le chien fainéant qui se barre à la première occasion, les moutons moqueurs dont on ne peut rien tirer sans violence, l’ours, le fromage, les asticots… 

Finalement, j’aurais dû faire un dessin animé, moi, tiens ;-)

Mais que cela n’empêche pas les retardataires de s’offrir leur exemplaire de “Mauvais berger!” pour Noël! Vous pouvez le faire ici sur le bon de commande d’Astobelarra (paiement par chèque), ou là, sur la page Price Minister (où l’on accepte aussi le paiement par carte bleue).

Un cadeau sympa pour seulement 10€ (sans compter les frais de port), et en plus vous faites une bonne action en aidant une association loi 1901 (Astobelarra – Le Grand Chardon) dont le but est de remettre l’homme au cœur de la Nature, et la Nature dans le cœur de l’homme

PS : Merci à Mickaël pour ce lien très pertinent vers la vidéo…

mardi 2 novembre 2010

Avoir ou ne pas avoir “les codes”…

Lorsque j’ai rencontré Christophe en “chair et en os”, l’une des premières phrases qu’il m’ait dite -en guise d’avertissement- est quelque chose comme “Pour être berger, il faut avoir les codes. Si tu ne les as pas, tu n’y arriveras jamais”. Sur le moment, devant cette maxime sibylline qui ouvrait mille possibilités d’interprétation (dont certaines que je me refusais même à imaginer tellement elles m’étaient insupportables), j’ai essayé de lui faire préciser ce qu’il voulait dire par “les codes”. Mais ce fut en vain : lui même semblait incapable de traduire ses paroles de façon explicite.

Avec le temps, de cette phrase énigmatique qu’il répétait à l’envi (en particulier lorsqu’il voulait me faire un reproche détourné), j’ai fini par (més)interpréter que ces “codes” étaient quelque chose qu’on ressent dans ses tripes comme une évidence, un instinct, une loi divine. Je me disais que ce devait être un genre de code “moral”, ou de “bonne conduite” du bon berger, et je m’appliquais donc à observer, à comprendre, puis à imiter ces gens dans leurs rapports sociaux autant que dans leur rapport au travail, leurs contacts avec les animaux, etc. Et ce même si cela contredisait parfois mon éducation, ou mes propres convictions.

Étrangement, la dernière phrase que je l’aie entendu prononcer était l’affirmation que décidément, “je n’avais pas ces fameux codes, et que jamais je ne serais un bon berger”, d’où le titre du livre! Il m’aura fallu attendre dix ans pour digérer tout cela et comprendre que ces codes auxquels il faisait sans cesse allusion, ne pouvaient être que… Les codes “génétiques”!

Les mêmes qui font que, quel que soit le pays, la région, la vallée où l’on décide de se fixer, pour l’autochtone, on restera éternellement “l’étranger”, et ce jusqu’à ce qu’on ait au moins trois générations au cimetière (et c’est un minimum)! J’ai bien peur que certaines “traditions” ne changent jamais, même avec le temps qui passe et les “avancées” sociétales…

lundi 20 septembre 2010

Comme une brebis (galeuse) dans la louverie!

Etienne H. Boyer au concours de chiens de berger à Aramits
Ce week-end, les éditions associatives Astobelarra – Le Grand Chardon sont allées (pour la première fois) exposer au concours international de chiens de bergers d’Aramits. J’y suis allé représenter l’association éditrice le dimanche, et accessoirement dédicacer “Mauvais berger!“. Je n’étais pas dupe : je savais à l’avance que nous n’y ferions pas un chiffre d’affaires record. D’abord parce que l’entrée payante (10€ par personne adulte, 5€ par enfant) était assez prohibitive. Alors qu’on ne s’y trompe pas, avec le temps radieux, il y a eu beaucoup de monde mais les bourses étaient clairement vides.

L’autre raison de mes doutes, c’est qu’Astobelarra est une association à fortes tendances écologistes, avec des idées qui entrent en contradiction avec le pastoralisme des temps modernes, cet-à-dire celui des bergers qui ne veulent pas de l’ours (qui je le rappelle, était dans la montagne bien avant l’homme…), tout en vivant de son image. Évidemment, nous n’affichons pas ostensiblement ces convictions (peu importe la manifestation à laquelle nous participons, d’ailleurs), mais c’est une évidence pour ceux qui suivent nos blogs respectifs, et pour ceux qui lisent les livres issus de notre production (ou au moins les 4èmes de couvertures…) comme notre petit dernier, prévu pour décembre.

Enfin, les gens venaient surtout pour voir le travail des chiens, voire pour avaler rapidement quelque nourriture issue de l’agriculture locale (bière incluse), et pas vraiment pour acheter des livres, c’est une évidence!

Donc malgré un tout petit score de 23€ (on ne rembourse même pas la présence de notre stand à cet évènement qui était de 25€), je resterai globalement positif. D’abord parce que j’ai rencontré plein de gens, qui sont venus spontanément me parler de plusieurs choses, me permettant d’en déduire d’autres auxquelles je n’avais jamais pensé. Commençons par quelques perles recueillies :

- un papy-berger est venu me tenir la jambe pendant une bonne heure. Tout en lisant la 4ième de couverture, il m’a demandé pourquoi je ne m’étais pas entendu avec la bergère. “Une histoire d’amour qui s’est mal terminée, peut-être?” Ça m’a beaucoup fait rire, et surtout ça m’a rappelé mon propre grand père qui avait tendance à devenir un peu fleur-bleue, avec l’âge! Comme si les sentiments amoureux pouvaient tout expliquer…

- Un groupe de gamines (dont la plus jeune devait avoir 6 ans et la plus vieille 10) s’est arrêté devant mon stand. Pointant du doigt la couverture de “Mauvais berger!“, l’ainée a déclaré : “Ah tiens! Mauvais berger! On l’a à la maison, je l’ai lu…” Surpris, j’ai questionné la jeune fille : “Hein??? Et tes parents t-ont laissé faire? C’est tout plein de gros mots horribles!” (sans parler des idées qui heurtent déjà pas mal les adultes!). Réponse du tac au tac avec un gloussement malin : “oui, et j’ai bien aimé, c’est super drôle!” Décidément, les enfants d’aujourd’hui n’arrêteront pas de me surprendre!

Le travail du berger et de ses chiens. Fascinant et effrayant.
- Plusieurs personnes (des mémés un peu acariâtres, surtout) se sont exclamées en passant “Mauvais berger? Mais il n’y a pas de mauvais berger ici, monsieur!“, auxquelles j’ai invariablement répondu : “Mais si! Vous en avez un beau spécimen devant vous!“, assorti d’une belle grimace de psychopathe dont j’ai le secret, ce qui leur rendait illico le sourire… J’ai réalisé qu’en fait, en écrivant ce livre, j’avais heurté un tabou. Pour les gens d’ici (qui ont l’air d’idéaliser un tout petit peu la profession), c’est un peu comme s’il ne pouvait décemment pas exister de mauvais bergers, comme il existe de mauvais profs ou de mauvais flics… Et pourtant!

- Un jeune homme auquel j’ai dédicacé le livre, représentant une association de promotion de la réintroduction du Patou des Pyrénées dans les estives, m’a demandé si j’allais venir à la foire très célèbre qui a lieu chaque année dans la vallée où se déroule l’histoire de “Mauvais berger!“. J’ai répondu : “Non. Il y a des limites. S’il devait exister une frontière virtuelle que le livre et son auteur ne dépasseraient pas, ce serait cet endroit là. Je n’y ai d’ailleurs jamais remis les pieds depuis 1999, c’est dire!” Pourtant, il va bien falloir que j’y retourne un de ces jours, ne serait-ce que pour montrer à mes enfants à quel point c’est beau…

- Un couple est arrivé devant moi. Mari et femme ont tenu à me serrer la main et à me tutoyer. “Merci pour ton livre. Tu sais, on a vécu la même chose que toi avec les mêmes personnes, quasiment au mot pour mot! On a découvert Mauvais berger en écoutant l’interview que tu as donnée sur Radio Mendililia (en 2008, NDEHB). On était en plein dedans! Alors on l’a acheté, on l’a lu et relu, et puis on l’a fait tourner à tous ceux qu’on connaissait!” Eux sont exploitants agricoles, et avaient donné leurs brebis en garde à Nanette et Christophe*. Je vous passe les détails, mais apparemment ça a été très chaud! Bien entendu, ils ont changé de lieu de pension pour leurs bêtes, depuis…

En conclusion, je dirais que “Mauvais berger!” est une singularité dans le milieu agricole (local ou non d’ailleurs). Avec ce livre, j’ai montré ce que tout le monde sait mais ne veut/peut pas encore accepter. Et puis qu’un ouvrier agricole puisse avoir le niveau (scolaire) et les couilles d’écrire un livre qui dénonce les agissements et la perversité de ses anciens patrons, ça ne s’est jamais vu. C’est comme une fêlure dans les certitudes et les habitudes, et surtout ces sacro-saintes traditions qu’il faut à tout prix protéger, même lorsqu’elles sont mauvaises.

Bref, à Aramits au début, je me suis senti un peu comme une brebis (galeuse) dans la tanière des loups (en référence à “Babe, le cochon devenu berger“). Sauf qu’aucun loup ne m’a croqué! Je dirais même – si je n’ai vendu que deux livres en tout et pour tout- que j’ai été globalement bien accueilli. Comme quoi…
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*Noms d’emprunt des exploitants agricoles pour lesquels j’ai travaillé comme aide-berger en 1998 et 1999, et personnages principaux du livre.