mercredi 8 juillet 2026

C'EST PAS SORCIER, MAIS C'EST OBSESSIONNEL !


Lorsque je vends nos livres sur le stand des éditions Astobelarra, on me demande souvent comment j’écris les miens. Apparemment, écrire des romans, ça semble être une prouesse pour le commun des mortels, mais en ce qui me concerne (et sans vouloir passer pour un petit prétentieux), il n’y a rien d’extraordinaire : ce sont juste des idées, un carnet, un stylo et surtout beaucoup de temps. Le reste, il y a de grandes chances pour que vous l’ayez appris à l’école ou dans les livres que vous lisez (si vous lisez). Comme je l’ai déjà écrit ici, les rêves que je fais la nuit sont ma principale source d’inspiration ; ce qui se prête bien à mon genre de prédilection : le fantastique. Mais ensuite, comment ça se passe ?

Il n’y a pas de recette type. Chaque écrivain possède son propre mode de fonctionnement, qui ne conviendrait sans doute pas à un autre. L'enjeu étant de trouver lequel est le sien propre. Moi j’ai compris comment je fonctionnais après Pandémie, le tome 2 de L’infection (mon troisième livre). Ce dont il faut bien être conscient, c’est que tout est une histoire de… temps qu’on consacre à son œuvre. Et de passion. J’écris tous les jours, que ce soit pour mes romans, mon blog, ou autres…

Par exemple, j’écris en détail tous mes rêves dans un calepin ou sur Notes, une appli de mon smartphone. Je les mets en forme et soit je les garde pour moi, si c’est trop intime, soit je les publie sur Instagram ou sur mon blog quand ça le mérite. Parfois, ces historiettes en restent là. Parfois, mon cerveau arrive à faire des liens entre elles et alors une trame émerge du brouillard. Je distingue un semblant de chemin.

Une sorte de ligne temporelle sur laquelle des événements se placent de façon plus ou moins logique. Au départ, c’est souvent un début, un milieu et une fin. Parfois quelques jalons timides se calent entre chacun de ces trois principaux cairns. Ce sont soit des rêves, soit des personnages, soit des anecdotes réellement vécues (par moi ou un/une autre) et que je modifie et transpose dans le récit.

En général, cette timeline très succincte me suffit pour ressentir les premiers soubresauts électriques du flow dans mes entrailles, sous ma peau. Je commence comme ça. Et peu à peu, au gré du temps qui passe, de mes trajets professionnels pendant lesquels je laisse mon esprit vaquer divaguer (j’effectue plus de 30 000km par an pour mon travail, alors vous savez, j’ai du temps pour réfléchir), les choses se mettent en place.

Comme je l’ai dit ailleurs sur ce blog, j’ai beaucoup de mal à me mettre à rédiger au long cours, si je n’ai pas au moins huit heures d’affilée disponibles. C’est pour ça que j’écris mes romans essentiellement pendant mes congés ou week-end. Mais tout se joue dans mon cerveau en tâche de fond. En gros, je préécris mes livres dans ma tête. Je construis mes personnages, je trouve mes mots, j’agence mes phrases de manière virtuelle avant de les coucher sur mon ordinateur (et de les réarranger si nécessaire – et croyez-moi, ça l’est !).

Il me faut environ un an à un an et demi pour terminer un premier jet. Ensuite, je laisse « reposer la pâte ». Parce que lorsque j’écris, c’est comme une course de vélo : je suis le nez dans le guidon et je ne vois que ma roue avant et les 10 prochains mètres. Souvent, la route est lisse et calme, mais gare aux chausse-trappes et à la pluie ! Je trouve cette métaphore très classique mais appropriée (et d’actualité).

LA PASSION, COMME FRANÇOIS PIGNON

Un à deux mois plus tard, je reprends mon manuscrit : je relis, je corrige, je rajoute, je supprime, je peaufine avec un esprit frais. Ça me prend à peu près un mois de plus (quand je ne le fais pas pendant mes congés, sinon, deux semaines suffisent). Ensuite, j’envoie ce premier jet corrigé au comité de lecture, afin d’avoir leur avis. Un mois plus tard, j’ai obtenu leurs retours constructifs et je me remets à l’ouvrage, précisant ceci, reformulant cela… car j’ai toujours du mal à lever le nez du guidon ! À ce propos, avez-vous remarqué à quel point c’est compliqué de se relire ? C’est comme si notre cerveau refusait de le faire : « Nan, je sais déjà ce que ça raconte, pas la peine que je me casse le cul. Allez, salut ! ».

Mais je ne suis pas toujours tous les conseils des collègues d’Astobelarra à la lettre parce que je suis le seul à savoir vraiment ce que j’ai en tête. Et comme je ne révèle jamais tout (notamment dans mon dernier livre, qui aura une suite), leur jugement peut parfois être biaisé… Mais je prends ce qu’il y a à prendre. J’en ai à peu près pour un mois de travail supplémentaire avant de pouvoir dire sans honte : ça y est, je suis prêt !   

Vous voyez : il n’y a rien de sorcier. C’est juste une histoire de passion (la même que celle qui anime François Pignon avec ses cathédrales en allumettes, dans Le Dîner de cons, pour ceux qui n’auraient pas la réf.) et d’organisation du temps de travail. Comme toute médaille, il y a un revers… Tout ce temps, si précieux, qu’on consacre à son œuvre, on le vole forcément à quelqu’un. Oui, ça ne doit pas être de la tarte de me supporter au quotidien, dans mes périodes de créativité.

J’en ai bien conscience et j’en suis désolé pour toutes les victimes collatérales (essentiellement mes proches et mes collègues de boulot). Mais ça va avec ce que je suis : on prend le tout (le bonhomme et ses défauts) ou on ne prend rien. J’ai encore des tas d’histoires à raconter et je ne suis pas prêt à en sacrifier une seule.

En fait, je réalise que j’ai beaucoup de similitudes avec le personnage principal de mon nouveau roman, Un Cauchemar sans nom : je suis un grand adulescent totalement égocentré, au comportement addictif et obsessionnel. Malheureusement, je crois bien que ce sont aussi quelques unes des « qualités » nécessaires pour écrire des romans. Ou, plus largement, pour créer quoi que ce soit d’artistique.

Envie d'en savoir plus ? Jusqu'au 20 juillet 2026, vous pouvez précommander mon dernier roman (véritable métaphore du métier d'écrivain – je précise) à cet endroit précis ! Non seulement vous filerez un petit coup de pouce aux Éditions Astobelarra, mais en plus, vous économiserez 5,70€ (frais de port inclus) car après cette date, ce sera plein tarif pour tout le monde ! Alors on arrête de tergiverser et on sort sa CB ! 😁 

lundi 29 juin 2026

TTUN-TTUN AGUER, PERSONNAGE RECURRENT

Si vous avez lu mes précédents livres, alors vous connaissez Antton Aguer, dit Ttun-ttun. Antton, c’est l’archétype du petit patron local, imbu de pouvoir, et doté d'un égo surdimensionné, méprisant et pourri jusqu’à la moëlle. Un type ne reculant devant aucune exaction pour obtenir ce qu'il convoite et qui n’a qu’un plaisir dans sa vie : tenir celle des autres entre ses doigts.

C’est un entrepreneur autoritaire à la limite de la psychopathie, dont les activités industrielles sont philosophiquement très discutables. C'est également un petit notable de province, un politicien véreux et sans morale qui ne supporte pas la contradiction ou la mise en dérision de sa personne.

Au fond, Ttun-ttun est comme tout le monde. Il voudrait laisser une trace de son passage sur terre et qu’on le considère comme un bienfaiteur (il rêve d’avoir une rue à son nom, mais n’aura que les chiottes publiques) alors qu’en réalité, sa spécialité, c’est la prise illégale d’intérêts, la manipulation des faits, le mensonge, la menace, voire la violence si rien d’autre ne fonctionne.

En fait, sous une croûte superficielle sèche, dure et amère, c’est un faible, un enfant gâté qui veut tout et tout de suite. Je vous l’avoue, je prends un malin plaisir à l’humilier dans mes romans (dans la trilogie L’infection, dans Le Moment ou jamais et, bien entendu, dans Un Cauchemar sans nom –  toujours en précommande ici, à ce jour), au nom cette forme de justice poétique dont je suis friand.

Évidemment, mon Antton Aguer n’existe pas dans la réalité. C’est une caricature absolue. Le réceptacle de toutes les tares que j’ai pu rencontrer dans ma vraie vie professionnelle et personnelle, chez mes congénères (du moins ceux qui jouissent d’une petite autorité, quelle qu’elle soit). Dans ma tête, je trouve qu’il ressemble physiquement à Aimé De Mesmaeker (dans Gaston Lagaffe).

C’est un pratiquant invétéré des sept péchés capitaux (je pense qu’il y en a plus que sept chez Ttun-ttun) qui représente l’humanité dans ce qu’elle a de plus crasse, de plus vulgaire, de plus indigne. C’est un personnage qu’on aime détester tout en le trouvant ridicule. Un genre de polichinelle bête et méchant, mais qui s’ignore.

Vous l'aurez compris, Antton sert de démiurge social contre lequel se débattent mes autres personnages. Il est l’obstacle, la figure d’autorité qu’il faut renverser ou ridiculiser afin de s’émanciper du chaos social, par opposition au chaos narratif que j’invente et décris en parallèle, dans mes romans.

Enfin, si vous ne l'avez pas déjà fait, vous pouvez précommander à prix d'ami (vous économiserez 5,70€) Un Cauchemar sans nom dès aujourd'hui ! ↴
https://www.helloasso.com/associations/astobelarra-le-grand-chardon/collectes/reservez-un-cauchemar-sans-nom-le-nouveau-roman-d-etienne-h-boyer



mercredi 24 juin 2026

#UCSN : INTERVIEW JUIN 2026

#LMOJ, mon livre précédent !

À la veille (presque) de la sortie de mon nouveau roman Un Cauchemar sans nom, Thomas Ponté (également auteur et membre actif de notre maison d'édition) a bien voulu se prêter au jeu de l’intervieweur pour le compte des éditions Astobelarra et tenter de me tirer les vers du nez. Je pense qu’il s’en est bien sorti ! En tout cas, ses questions sont beaucoup plus naturelles et incitatives que celles de n’importe quelle IA que j’ai pu solliciter… Et lui au moins, il a lu mes livres et il est capable de faire des comparaisons et des liens logiques ! Quant à mes réponses, à vous de juger si vous apprenez quelque chose de nouveau, ou pas :

Thomas Ponté : Quel est ton pire souvenir, en tant qu'écrivain ?

Etienne H. BOYER : On va commencer par le meilleur, si tu veux bien ! Si je devais en choisir un, je dirais que mon meilleur souvenir en tant qu’auteur, c’est lorsque l’imprimeur m’a livré la première édition de Mauvais berger ! Les voir, là, comme ça, dans leurs cartons, tous bien rangés en rang comme des petits soldats, ça m’a fait bizarre. Un peu comme lorsque mes vrais enfants ont vu le jour.
À 37 ans, j’avais (enfin) donné vie à un livre !
Le pire souvenir, ce serait le jour de la sortie de Les Routes du crépuscule, je pense. Nous sommes allés à cinq, Thomas Ponté, Constance Dufort, Caroline Herrera et moi-même au salon du livre d’Hendaye. Nous étions placés tout au fond de la salle, l’entrée pour les visiteurs était payante et consécutivement, il n’y a pas eu grand monde. Résultat : 120 kilomètres, presque deux heures de route et huit heures de présence… pour qu’aucun d’entre nous ne dédicace un seul livre ! La Bérézina, comme on dit !
Plus jamais ça !!!

Thomas Ponté : Au-delà de l'aspect technique de l'écriture au sens strict, quelles peuvent être les étapes mentales par lesquelles il t'arrive de passer ? 

Etienne H. BOYER : Lorsque j’ai un roman en tête, plus rien d’autre ne compte. Mon cerveau est sans cesse noyé de pensées invasives (en rapport avec l’histoire). Et lorsqu’enfin j’arrive à me forcer à me concentrer sur autre chose, je sens que ça travaille toujours en tâche de fond. C’est assez compliqué à gérer, car il faut composer avec le travail, la famille, les amis, la maison d’édition, les besoins essentiels… On ne doit faire l’impasse sur rien. Mais ça demande beaucoup d’énergie et je suis généralement une loque, une fois que le livre est terminé.
L’autre moment difficile, c’est lorsque mon manuscrit est partagé au comité de lecture. C’est là (et seulement là) que le doute me prend. Et si c’était nul ? Et si ça ne plaisait pas ? Et si j’avais travaillé pour rien ?
Mais tout n’est pas négatif : par exemple, il y a ces périodes de créativité intense au cours desquelles les vannes du flow sont ouvertes. La dopamine coule à flots dans mes veines et écrire devient alors comme une drogue, jusqu’à s’en oublier. Plus rien ne compte, autour. Je peux passer 20 heures sans manger, sans ressentir la moindre fatigue, le moindre manque, la moindre douleur physique dans une espèce d’euphorie électrisante. Quand vous lirez Un Cauchemar sans nom, vous retrouverez sûrement les chapitres qui ont été écrits dans le >flow.

Thomas Ponté : Tous tes romans appartiennent au fantastique et à la SF ; d'où te vient cet attrait particulier pour ce genre ? Et est-ce que tu te sentirais d'écrire un roman purement réaliste ? 

Etienne H. BOYER : Alors ça, je pense que ça vient de mon éducation. Je suis un enfant des seventies, donc j’ai baigné dans la culture Goldorak, San ku Kai, Star Wars, puis les livres dont vous êtes le héros, Orwell, Barjavel, Lovecraft, Poe, Stephen King, Mad Movies, Fluide Glacial, les comics, et puis les BD comme Druuna ou le Mercenaire… Puis il y a eu les séries télé comme V, Code Quantum, les X-Files et surtout Twin Peaks, et le cinéma avec Terminator, Freddy Krueger, The Shining, les films de zombie, la pop music et le Heavy Metal. En fait, si vous voulez un résumé assez bien vu de cette période, il vous faut regarder les cinq saisons de Stranger Things, des frères Duffer.
Donc ma culture générale, c’est celle-là. Je ne suis pas spécialement nostalgique de la période, mais elle fait partie de moi. Quand on prend tous ces ingrédients, qu’on les mets dans un mixer et qu’on appuie sur le bouton, ça donne un curieux gaspacho à base de dystopie fantastique, de pop culture, de pulp, de gore et de sexe.

Thomas Ponté : Dans LRDC, ton héros se retrouve projeté dans sa jeunesse ; si tu devais tout recommencer toi aussi, en tant qu'auteur, garderais-tu le même cap, ou changerais-tu ton approche de l'écriture ?

Etienne H. BOYER : Si je pouvais retourner dans le passé tout en gardant la mémoire de mon vécu, comme Maxime, je me mettrais à écrire (pour être lu) beaucoup plus tôt. J’écris depuis longtemps, mais ça restait plus ou moins d’ordre privé. J’avais déjà des histoires qui me trottaient dans la tête et que j’avais commencé à rédiger dans un cahier (essentiellement des scenarii de BD parce que plus jeune, je rêvais de devenir dessinateur de BD) mais sans oser aller plus loin. Manque de maturité et de confiance en moi, sans doute ?
En fait, c’est vraiment mon passage en tant que correspondant local de presse chez Sud-Ouest qui a débloqué cette évolution, je pense. Mais cette période est intervenue assez tard dans ma vie. J’avais déjà 30 ans. 

Thomas Ponté : Quel serait pour toi le roman ultime que tu rêverais d'écrire ?

Etienne H. BOYER : J’adorerais écrire un gros roman comme le fait John Irving. Avec une vraie histoire au long cours qui donne du rêve et qui ne serait pas un roman fantastique ni un polar. Un truc qui plairait enfin à ma mère… Mais ce n’est pas ce que je fais.
Je sais que c’est un pari assez risqué, commercialement parlant, de se cantonner aux romans de genre (c’est un peu un public de niche), mais bon. Moi je fais dans le divertissement, le thriller fantastique, le gore. J’écris ce que je suis, ce que j’ai dans la tête, ce que j’aime lire. 

Thomas Ponté : Tes intrigues sont toujours le fruit de rêves que tu fais, mais est-ce qu'à l'inverse ta vie d'écrivain se retrouve parfois dans tes rêves ?

Etienne H. BOYER : Étrangement, les deux univers ne sont pas poreux entre eux. Je rêve de tas de choses différentes qui finissent souvent dans mes romans, mais jamais que j’écris (ou que je participe à un salon du livre), jusqu’à aujourd’hui. Du moins, pas que je me souvienne parce que, comme tout un chacun, je ne me souviens pas toujours de tous mes rêves.

Thomas Ponté : Y'a-t-il des choses qui peuvent te mettre la pression quand tu écris ?

Etienne H. BOYER : Ce qui me met la pression, c’est le temps qui passe, durant lequel je ne peux pas écrire (ou travailler sur mon livre en cours) parce que je suis au boulot, parce que ma famille ou mes amis ont besoin de moi, parce que je dois consacrer du temps à Astobelarra, etc. Pour pouvoir écrire sereinement, j’ai besoin de conditions spécifiques. Le temps disponible est l’élément essentiel, (je n’aime pas me mettre à écrire si je n’ai pas au moins huit heures devant moi) mais il y en a d’autres, comme la solitude, l’isolement, la musique…

Thomas Ponté : S'agissant de ton travail, quelle est la question ou la remarque que tu ne supportes plus d'entendre ?

Etienne H. BOYER : « Pourquoi tu te fais chier avec tout ça ? C’est une perte de temps ! » Ce que je fais, que ce soit écrire des romans, éditer les livres d’autres auteurs et les vendre sur le marché de Mauléon-Licharre, ce n’est pas pour devenir millionnaire ; c’est par pure passion (et par besoin viscéral de partager ce qui me trotte dans le crâne). Et la passion, c’est forcément déraisonnable pour ceux qui ne la comprennent pas. Au pire tu passes pour un fou, au mieux pour un François Pignon.

Thomas Ponté : As-tu écrit quelque chose que tu as du mal à assumer, avec le recul ?

Etienne H. BOYER : J’assume tout ce que j’ai écrit. Cela dit, si j’avais le temps et la force, je réécrirais le tome 1 de L’infection. Pas que je ne l’aime pas, mais on va dire qu’aujourd’hui, 14 ans plus tard, je ne l’aurais pas écrit comme ça, avec tous ces anglicismes et ces termes techniques. Je supprimerais le lexique et je rendrais le texte plus fluide. Bon, je ne le ferai jamais, en vérité. Car contrairement à Mauvais berger !, qui était incomplet, puisque je lui ai rajouté un paquet d’anecdotes qui me sont revenues après coup, L’infection T1 Contage, s’il n’est pas absolument parfait, est tel qu’il devait être : c’est un premier roman, avec ses qualités et ses défauts. J’en reste très fier et il est la première pierre à « mon édifice ».  

Thomas Ponté : Dans ton nouveau roman à paraître, UCSN, tu crées des ponts avec tous tes autres livres (y compris Mauvais berger !). Est-ce qu'il faut forcément avoir lu tes précédents travaux pour pouvoir suivre ?

Etienne H. BOYER : Pas du tout. C’est un roman à plusieurs niveaux de lecture et donc chacun y trouvera ce qu’il veut. Celui ou celle qui n’a pas lu mes précédents efforts ne sera pas perdu car j’explique ce qui doit l’être en temps voulu. Quant à ceux qui connaissent le reste de mes livres, ils y trouveront de nombreux clins d’œil, certains évidents, d’autres plus subtils. Ce sera un peu comme une partie de « Mais où est Charlie », pour eux !   

Thomas Ponté : Les rêves de ton personnage modifient la réalité. Il en est victime mais en devient également l'horloger conscient, aux dépens de son entourage. Comment as-tu jonglé avec cette dualité ? Et penses-tu que tu te conduirais de façon plus responsable ?

Etienne H. BOYER : Comme aurait dit Lord Acton, je pense que « le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument ». Il suffit de regarder les hommes politiques, de par le monde, pour s’en convaincre. Mon personnage ne déroge pas à la règle. Il a une base égocentrée, immature, cynique. Il n’est pas particulièrement sympathique, pour un héros romanesque. D’ailleurs, ce n’en est pas un, malgré ses pouvoirs. C’est juste un homme faible et névrosé qui tente de s’adapter au changement et essaye de modifier sa réalité, parfois même au détriment du reste de la planète, parce qu’il en a les capacités. Mais il n’est pas foncièrement méchant. Il est juste médiocre. Un peu comme nous tous, non ?
Quant à savoir ce que je ferais si j’avais ses pouvoirs… puisque ce personnage vient de mon cerveau, j’imagine que je ne ferais pas mieux que lui ?

Thomas Ponté : Dans UCSN, on passe de rêves et de leurs conséquences prosaïques pour glisser vers l'extraordinaire. Comment peut-on interpréter cette escalade ?

Etienne H. BOYER : Le personnage perd peu à peu pied avec le réel. Et son pouvoir, qu’il contrôle mal mais qui est incommensurable – puisqu’il crée, malgré lui, de nouvelles dimensions et des personnages eux aussi blindés de pouvoirs – lui échappe en une espèce d’accélération exponentielle. Plus il dort, plus il rêve, et plus il modifie sa réalité (et celle des autres en même temps).
C’est une métaphore du pouvoir (quel qu’il soit : argent, autorité, politique, patronal, etc.), qui, s’il est entre les mains d’un irresponsable incapable de le maîtriser, peut dévier et s’emballer, et fatalement créer des désastres.

Thomas Ponté : Sartre disait « l’enfer, c’est les autres ». Est-ce que ton héros ne ferait pas justement partie de ces autres qui imposent leurs vues sur le monde ? Et est-ce que ce « cauchemar sans nom » ne serait pas, finalement, celui des autres qui subissent les lubies d’un être en manque de repères ?

Etienne H. BOYER : C’est un des niveaux de lecture et je pense qu’il y en a autant que de lecteurs ! Mais oui, on peut voir ce personnage comme une sorte d’architecte quantique complètement inconscient, ou au pire comme un démiurge désinvolte, dont le seul but est de satisfaire son égo. Pas si différent d’un Donald Trump, finalement… Mais contrairement à l’actuel président américain, il est également victime de son pouvoir. C’est, je crois, ce qui le sauve.

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lundi 22 juin 2026

LA TANT ATTENDUE PAGE 13

C’est amusant. Depuis que j’ai publié Les Routes du crépuscule (2022 – éditions Astobelarra), de nombreux lecteurs (surtout des lectrices, du reste) me parlent de sa fameuse page 13. Je ne vous ferai pas l’affront de publier ici ce que j’avais écrit sur cette page, mais c’était évidemment une scène de sexe, ou plus exactement une « scène de souvenir » de rapport sexuel. Il faut préciser que le roman commence à la page 11, et donc que ce passage croustillant intervient très vite, à un moment presque inattendu. Et bien sûr, dans ce roman « hypersexué », ce n’est pas le seul passage du genre.

Lorsque j’ai annoncé la publication de Le Moment ou jamais, le roman suivant (2024 – éditions Astobelarra), la première chose qu’on m’a demandée (avec gourmandise ou effroi, je n’ai pas su dire), c’est « est-ce qu’il y aura une page 13 ? ». Littéralement, il y a bien une page 13 dans Le Moment ou jamais. Mais pas de scène de sexe à proprement parler. Le seul passage un peu « olé olé » de ce livre se situe en pages 183 et 184, mais s’apparente plus à de la déviance qu’à autre chose. Mais cette histoire est davantage un roman d’épouvante que #LRDC et ne se prêtait pas vraiment à ce genre de digression.

À noter : il y a également une ou deux scènes de sexe dans le tome 1 et le tome 3 de L’infection, mais ça reste bien chaste, en comparaison avec #LRDC.

Dans Un Cauchemar sans nom, mon prochain roman auquel vous pouvez souscrire dès maintenant ici, qui est un peu la clé de voûte de tout ce que j’ai écrit précédemment, j’ai effectivement remis le couvert. Toutefois, il faudra un peu attendre car le début des « hostilités » ne commencera pas en page 13, mais en page 25, cette fois-ci.

OBSESSION SEXUELLE OU NÉCESSITÉ NARRATIVE ?

Une question se pose : les scènes de sexe sont-elles légitimes, nécessaires dans le roman ou ne sont-elles qu’un argument de vente, des sortes de hameçons destinés à émoustiller les ménagères de 20 à 90 ans ? Et question numéro deux : suis-je un obsédé sexuel ?

Réponse à la première question : moi, je pars du principe que le sexe fait partie de la vie, et est même essentiel, au même titre que manger, boire, dormir et faire caca. De ce fait, je ne m’interdis pas d’en parler car ce n'est pas un sujet tabou, pour moi. Et puis ai-je besoin de le préciser : quel qu’en soit le thème, chaque scènes que j’écris se justifient par rapport à un contexte global, par rapport à la psychologie de mes personnages et forment un tout indivisible.

Et puis les scènes de sexe de mes romans ne sont que de tout petits fragments du reste de chaque livre. Un grain de poussière. Ce n’est jamais le propos principal du texte. Elles rendent les personnages plus humains, plus réalistes. Dans #LRDC, par exemple, elles sont destinées à montrer la faiblesse de Valentine dans un monde dominé par des hommes brutaux, roublards, irrespectueux. Mais dans un deuxième niveau de lecture, elles sont des projections de ce que Maxime imagine d’elle. Parce que oui : à la base, Les Routes du crépuscule, c’est un roman fantastique, #LeSachiezTu !

Ce deuxième niveau devient le premier niveau de lecture dans Un Cauchemar sans nom, puisque le personnage principal a été frappé d’une « malédiction » : à chaque réveil, ses rêves deviennent réalité. Et donc, dans la logique, chaque réalité n’est autre que le produit de ses fantasmes, quels qu’ils soient…

Réponse à la deuxième question : oui. Pas vous ? 😁

vendredi 19 juin 2026

"DÉBORDER BOLLORÉ", AUTOPSIE D'UN #ARPENTAGE

Mercredi soir, j'ai participé à la soirée "arpentage" organisée par la librairie Tandem, à Mauléon-Licharre

Je ne sais pas si vous savez de quoi il s'agit, mais en gros, l'arpentage, c'est :

1) choisir un livre,
2) le découper (au sens littéral) en autant de portions que de participants, 
3) chacun lit sa partie pendant 30 minutes, 
4) chacun restitue ce qu'il a lu en 3 minutes, 
5) enfin, on débat !

Notre session portait sur l'essai "Déborder Bolloré" et nous étions 7 participants (seulement). Le sujet me parlait alors je me suis inscrit.
J'y suis allé sans trop savoir "à quelle sauce j'allais être mangé" (et surtout avec un super préjugé : ON NE COUPE PAS UN LIVRE EN MORCEAUX, SACRILÈGE !!!).
Mais finalement, j'ai trouvé le concept très cool et instructif à la fois. 

Entre autres choses, j'ai découvert que le "capitaine d'industrie" Vincent Bolloré, au travers de ses activités industrielles, de ses choix politiques (même s'il s'en défend), de ses accointances avec l'extrême droite (même s'il s'en défend aussi), de ses intentions suspectes, est exactement le genre de type que j'adore détester. Notez que je le savais déjà, mais dans ce livre quasi journalistique, il y a des sources.

J'ai également appris que les petites maisons d'édition s'organisent pour lui faire la nique, même si ça me semble globalement relever de l'utopie. On voudrait y croire :  il serait possible de déborder, de déboulonner Bolloré. Ce qui ne sera pas facile puisque le bougre est blindé de pognon et a visiblement un doigt dans chaque trou du cul de ceux qui nous gouvernent.

Bref, l'arpentage, c'est vraiment une façon originale de découvrir (de donner envie d'acheter) un livre et surtout, ce n'est pas un concept restreint aux essais. Ça peut aussi s'organiser sur de la fiction, ce que m'a confirmé Marianne, de la librairie.
 
Et ça, c'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd ! 
Il va juste falloir que je dépasse l'idée de sacrifier un de mes bébés... 
Je ne suis pas sûr d'être capable de découper même un exemplaire qui serait malencontreusement tombé dans le trou des chiottes !

En attendant, si vous avez envie d'embarquer dans le cauchemar avec moi, mon prochain livre est en souscription ici à 13€ (frais de port inclus) au lieu de 15 + fdp : 

mardi 16 juin 2026

POURQUOI LES SOUSCRIPTIONS ?

Eh oui, pourquoi est-ce que mon éditeur a décidé de lancer une souscription pour vous permettre de précommander mon nouveau roman, d’après vous ? Pour construire une piscine de Louis d’or, comme Onc’ Picsou, dans laquelle je pourrais me baigner quand j’aurais besoin de sentir le métal précieux couler sur ma peau ? Vous croyez sincèrement que c’est le but de ma vie, de me rouler sur l’or ? J’ai un travail qui paye mes factures, à côté de mon job de romancier.

Bon, alors si ce n’est pas pour ça, c’est pour acheter de la drogue, non ? Après tout, je suis un artiste… On sait bien que les artistes sont tous drogués !
Bah non… Je n’ai pas besoin de ça pour créer mes romans ! Même la bière, j’ai arrêté d’en boire pendant que j’écris. Pas parce que je veux faire gaffe à ma santé ; parce que je n’ai besoin d’aucune dope pour performer.

Si c’est pas pour le pognon et la drogue, alors c’est pour le sexe ! Eh non : pas besoin. Je ne suis certes pas un ascète, mais bon… Je pourrais vivre sans faire l’amour. Ce n’est pas ma priorité. Je rappelle également que je ne touche PAS UN CENTIME sur mes productions. Je le fais pour la beauté de l’art. Par passion.

Alors pourquoi lancer une souscription, bon sang de bon soir ?!


Eh bien pour plusieurs raisons ! La première, c’est que les éditions Astobelarra, c’est avant tout une micro association Loi 1901 gérée par des bénévoles. Et qui dit asso, dit budget limité. Nous faisons tout nous-mêmes, sauf l’impression. Lancer une précommande pour un roman nous permet de compenser une partie du coût de cette impression, qui constitue un bon tiers du prix unitaire du livre. Cela nous permet donc d’envisager sereinement de financer d’autres projets qui ne bénéficieront pas forcément de souscription.

La deuxième raison, c’est que cela permet de mesurer l’engagement du public et la popularité d’un roman. C’est important pour l’éditeur et pour l’auteur, de savoir qu’il y a des gens qui nous font confiance, qui aiment notre démarche et nos œuvres et nous soutiennent au point d’avancer l’achat d’un futur livre, parfois des mois à l’avance.

La troisième raison est plus en faveur du souscripteur, qui va acheter le livre à un prix d’ami (2€ moins cher qu’à partir de la sortie officielle) et sans payer de frais de port (ces derniers peuvent se monter à 7,41€ pièce, de nos jours… ça fait presque 10€ d’économies !!!). Une offre à ne pas manquer, même si vous vous dites : « nan, je lui achèterai quand il sera sorti, ça lui fera plus de sous. »

Vous voulez que je vous dise ? Nous, on préfère que la souscription fonctionne bien plutôt que d’attendre le jour J. C’est nettement plus valorisant (et visible) de faire péter un plafond de crowdfunding que d’écouler sa marchandise en goutte à goutte.

Je vous ai convaincus ? Chouette ! Alors si vous voulez réserver votre exemplaire de mon prochain roman Un Cauchemar sans nom (qui sortira le 27 août 2026, jour de mon anniversaire – pour de vrai !), rien de plus facile : cliquez sur ce lien :
https://www.helloasso.com/associations/astobelarra-le-grand-chardon/collectes/reservez-un-cauchemar-sans-nom-le-nouveau-roman-d-etienne-h-boyer et choisissez un palier. Remplissez le formulaire, payez par CB (sécurisé) et le tour est joué !

Pour finir, si vous voulez avoir un petit aperçu du roman, j'ai mis en ligne les deux premiers chapitres ici : https://tinyurl.com/UCSN-EXTRAITS !

 

lundi 8 juin 2026

UN ARTISTE A-T-IL LE DROIT DE SE POSITIONNER, POLITIQUEMENT PARLANT ?

Un artiste (ou un « wannabe artist », comme moi) peut-il dévoiler publiquement ses idées politiques, voire prendre position pour un candidat aux élections présidentielle ? Le doit-il, surtout (je parle d’un devoir moral, pas d’une obligation légale) ?

Je vais répondre à cette question par une autre question : connaissez-vous les opinions politiques de vos collègues de boulot ? Personnellement, et malgré une grande proximité au quotidien, je l’avoue : non, je ne les connais pas. Et je n’ai pas non plus envie de les connaître, au risque de m’apercevoir qu’il y a un pourcentage de chances pour que je n’aie plus jamais envie de travailler avec eux car leurs convictions pourraient aller radicalement à l’encontre des miennes.

Donc pour la bonne continuation de mon travail dans l’entreprise qui m’emploie et pour la bonne entente de mon équipe, cette ignorance me convient. Elle est même souhaitable et salutaire.

Mais mes collègues de bureau ne sont pas des « personnages publics ». Enfin, pas que je sache. Ils n’ont pas forcément un désir d’être reconnu pour leur art. Moi j’écris des romans et j’édite et publie ceux de mes confrères et néanmoins amis des éditions Astobelarra. Donc en plus d’être salarié d’une entreprise régionale, je possède deux autres casquettes : je suis « artiste » écrivain mais également éditeur, garant de l’image de marque de la maison d’édition qui me publie et pour laquelle je prête bénévolement mes services.

En tant qu’écrivain, j’estime que j’ai le droit, le devoir, même, de me positionner. Un personnage public est (parfois malgré lui) un exemple pour les autres. S’il ne s’exprime pas sur les grands sujets de société, ça pourrait sous-entendre qu’il est lâche (il préfère protéger sa carrière et ses ventes plutôt que de prendre le risque de s’engager), ou pire : qu’il est d’accord avec l’existant, selon l’adage qui voudrait que « qui ne dit mot, consent ».

Donc en tant qu’artiste, je peux, j’ai le droit de m’exprimer de la façon dont je souhaite (à partir du moment où je n’insulte personne), la liberté d’expression étant valable pour tout le monde, même les artistes. En ce qui me concerne, j’estime même que j’en ai le devoir moral.

Le point de vue est différent en tant qu’éditeur ; je dois davantage faire attention à mes propos. D’abord par respect pour ceux que j’appelle « mes talents » (dont je ne connais pas avec précision les opinions politiques, même si je m’en doute un peu, à la lecture de leurs œuvres.). Peut-être n’ont-ils pas envie d’être associés à mes paroles. Ensuite car Astobelarra, même si elle est une maison d’édition associative, est une « marque ». Elle jouit donc d’une image commerciale, d’une réputation qui ne doit pas être dénaturée par les opinions de ses membres.

En tant qu’éditeur, je me dois de faire attention à mes propos, même si, et c’est de notoriété publique, Astobelarra est une structure avec des idées situées plutôt à gauche.

C’est pour cette raison que nous avons créé des espaces de communication dédiés à Astobelarra (notre site web et nos différents comptes sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, LinkedIn et Tiktok). Ensuite, chacun d’entre nous possède ses propres organes de communication. Ainsi, le risque de mélange des genres est plus ou moins écarté. Mais en fait, le souci vient surtout du grand public (ou de la presse), qui aurait tendance à mélanger les casquettes quand ça l’arrange.

Et si l'on regarde parmi les célébrités, Daniel Balavoine avait un discours extrêmement politique, Coluche également. Bon, ils sont mort... De là à dire que ce sont les conséquences de leur engagement... 😑
Prenez Stephen King, par exemple. Il n'a jamais fait de mystères concernant son antipathie envers Donald Trump et sa politique. Sans doute a-t-il perdu des lecteurs républicains dans l'affaire (si tant est que ça existe)... Et alors ? Il reste fidèle à lui-même.  

CHOIX, DROIT OU DEVOIR MORAL ?

Après, c’est à chacun de décider s’il assume que ses opinions politiques tombent dans le domaine public. Moi j’ai depuis longtemps décidé que je n’aurai pas de secret à ce sujet : « mon cœur bat à gauche », comme dirait Rammstein. Et quand je dis à gauche, ce n’est pas celle, molle, louvoyante et compromise de Hollande, Faure, Glucksmann ou Tondelier. C’est LA Gauche, la vraie, celle qui se bat, celle qui dénonce, celle qui veut gouverner pour se débarrasser des privilèges des élites et du capitalisme rampant pour changer profondément la société. Celle qui veut impulser une vraie dynamique capable de renforcer les pouvoirs de l’Europe dans ce monde de prédateurs psychopathes et de traitres. Celle qui est prête à imposer de nouveaux paradigmes qui permettront aux prochaines générations de vivre dans un monde égalitaire et respectueux de la planète, créant les conditions nécessaires afin d'envisager un futur heureux et possible pour toutes et tous.

Comment – à moins d’être un multimilliardaire d’extrême droite – peut-on être contre ces idéaux ? Comment peut-on avoir honte de se prononcer publiquement pour des idées qui vont dans le sens du partage et du bien commun (sans forcément militer activement, du reste) ?
Et moi, de mon côté, comment puis-je avoir ce discours quasi communiste et ne pas me sentir en contradiction avec mon job ? Réponse : je m'en accommode car nécessité fait loi.

Mais reprenons : le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne suis pas un grand fan de Jean-Luc Mélenchon. Je lui préfère de très loin un beaucoup plus calme, sympathique et humain Philippe Poutou (qui ne se présentera pas, a priori) ou même Olivier Besancenot. Mais le calcul est clair : à gauche (la vraie), c’est Mélenchon qui a le plus de chances de passer. En conséquence, et à moins d’un nouveau scandale qui le mette définitivement hors-jeu, je voterai pour la première fois pour lui au premier tour (et au second s’il y est). Seules les idées comptent puisqu’il ne gouvernera jamais tout seul. Il y aura forcément des gens plus raisonnables autour de lui pour tempérer ses excès.

Voilà, un artiste (ou « wannabe artist », comme moi) a le droit de se positionner, dans la mesure où ses opinions n’engagent que lui. De toute façon, quel que soit le contexte, je ne crois pas qu’on puisse séparer l’homme de ses œuvres, l'artiste de son ombre. Que cela plaise à tout le monde ou non.

jeudi 4 juin 2026

ÉCRIRE : UN REMÈDE PERSONNEL OU UNE MACHINE À CAPTER L'ATTENTION ?

Vous connaissez mon obsession pour les intelligences artificielles... Eh bien figurez-vous que j'ai fait analyser toute ma bibliographie (mes 7 livres) par Notebook LM en lui demandant de trouver des motifs récurrents cachés (même de moi, l’auteur). Sans rentrer dans les détails qui pourraient vous divulgâcher mes histoires, voici une sélection de ses retours les plus pertinents :

Ton œuvre apparaît comme une tentative de géométriser le chaos des émotions : utiliser la technique pour mettre de l’ordre dans le désordre biologique et sentimental de l’existence.

Elle raconte la lutte de l’individu pour préserver sa cohésion dans un univers qui cherche sans cesse à le fragmenter ou à le réécrire.

Le temps y est un champ de tension entre le désir de maîtrise absolue (recommencer, corriger) et l’impuissance face au vieillissement, à l’oubli et à la mort. L’écriture devient alors une tentative de cristalliser le temps.

La fiction agit comme un système de réencodage du réel, où l’humain, réduit à une circuiterie défaillante, cherche à déchirer une réalité qui l’étouffe

Le monde n’y est jamais solide : il est une matière souple, textile ou plastique, que l’on peut déchirer, recoudre ou remodeler. L’existence ressemble à un décor posé sur le vide.

Le motif central est celui de « l’ingénieur du chaos » : un homme qui tente de réparer un système défaillant et de maintenir une humanité en voie de désagrégation.

En définitive, chaque livre cherche à canaliser le chaos des émotions et à corriger un « bug » du réel pour le transformer en une légende cohérente.

Pour lui, je n’écris pour la beauté de l’Art. Mon but premier, c’est de combiner un système d’autodéfense métaphysique et un acte d’exorcisme afin de libérer mon esprit de ses fantômes.

En résumé : j’écris pour aller mieux. Cela confirme ce que j'ai toujours affirmé, à savoir que j’écris d’abord pour moi, à la base.

Mais j’écris aussi pour être lu. Et ça, la machine ne l’avait même pas envisagé. Il a fallu que je lui dise pour qu’elle en convienne et aille dans mon sens. Car en effet, je me considère également comme un genre d’entertainer. Le résultat de mon travail de romancier est conçu comme un spectacle narratif quasi cinématographique, mettant en scène la source intime de mes maux tout en utilisant les codes de la culture pop et des genres de divertissement.

Et vous qui m’avez lu, qu’en pensez-vous ? Le LLM a-t-il raison ? Ou est-ce juste une machine infernale, destinée à favoriser l'onanisme égotique ? 

Ci-contre, la couverture de mon prochain roman, réalisée par Macchabee Artworks.

mercredi 27 mai 2026

J’AIME / J’AIME PAS… RAF ?

Dans mon boulot (celui qui paye mes factures), mon chef de service ne veut pas qu’on dise « j’aime / j’aime pas ». Pour lui, ce ne sont pas des arguments recevables. Lui, il veut des raisons objectives, concrètes, constructives, quantifiables, palpables. Je comprends parfaitement sa vision et je pense que c’est la plus juste, dans un cadre professionnel. Pour autant, je ne peux pas nier non plus le côté purement ressenti humain, épidermique, viscéral des choses. Aimer ou ne pas aimer quelque chose (ou quelqu’un), c’est de l’ordre de l’intangible, de l’inexplicable, et pourtant c’est tout aussi réel.

Moi-même, je peux dire que je n’aime pas certaines personnes. Ça peut être dû à des actes posés par ces individus ou à des raisons plus « ésotériques » : sa gueule ne me plait pas. C’est comme ça, c’est humain. Parfois je suis obligé de faire semblant d’apprécier untel pour des raisons « politiques », parce que je travaille avec ou parce que nous avons des projets en commun. Le plus souvent, mon visage et ma posture sont suffisamment expressifs pour que je n’aie pas à jouer les hypocrites.

Il en va de même pour la musique, la littérature, l’art pictural. Je l’avoue : je peux me montrer relativement fermé sur certains sujets. Par exemple, le Jazz. Il y a des années, j’ai établi un postulat simple et n’en déroge pratiquement jamais : JE DÉTESTE LE JAZZ. Je trouve le style répétitif, surcoté, pédant, stridant, aussi long, désagréable et entêtant qu’un robinet qui remplirait le réservoir d’une chasse d’eau infinie. Mais il m’arrive parfois de changer d’avis. Par exemple, avant le début des années 2000, et même si j’étais (de tout temps) fan de Judas Priest ou d’Iron Maiden, on n’aurait jamais réussi à me faire apprécier le Métal extrême. Je trouvais ça bruyant, brouillon, inaudible, crispant, incitant à l’hybristophilie.

J’avais à chaque fois l’impression que Rocco Siffredi essayait d’enculer mon conduit auditif avec une poignée de graviers. Et puis un jour, je suis tombé sur l’EP From the cradle to enslave, de Cradle of Filth et mon avis sur le Black Métal a changé définitivement. Ça a été comme l’index lubrifié qui prépare délicatement l’anus à la sodomie. Pardon pour cette deuxième métaphore pornographique imagée, mais je la trouve particulièrement efficace et appropriée. Je me suis donc mis à en écouter et même à apprécier le genre. Idem pour le Death Metal. 

Donc, vous voyez, en ce qui me concerne, tout espoir n’est pas perdu. Il faut croire que le Jazz a encore ses chances, malgré mon âge avancé…

Et malgré tout ce que je viens de dire sur la subjectivité, il subsiste encore des cas où mon cerveau refuse toute diplomatie. Par exemple cette chanteuse à la tessiture de perceuse-visseuse que les médias persistent à présenter comme la plus grande voix du Pays basque. Parfaitement insupportable ! Et c'est tellement injuste pour toutes les autres voix féminines qui auraient mérité le qualificatif.

Ou alors ce groupe qui se prend très au sérieux, qui sort presque un disque chaque année depuis plus de 30 ans, mais dans lesquels rien ne va : paroles et musiques, sons, rythmique, chant, guitare, décorum… Tout est tellement de travers qu’on se demande si ce n’est pas l’effet cringe qui est recherché, en fin de compte. Tellement infect qu’on en aurait envie de balancer l’enceinte Bluetooth par la fenêtre au bout de cinq minutes d’écoute !

Ou encore cet auteur qui a pondu un seul roman truffé de fautes d’orthographe, de grammaire ou d’erreurs de vocabulaire ou typographiques, mais aussi de contresens et de pléonasmes, et dont l’histoire est improbable autant que téléphonée (je sais, ça a l'air totalement antinomique, mais c'est le cas). C’est tellement écrit avec les pieds que ça en est devenu un private joke et surtout un cas d’école (de ce qu’il ne faut pas faire). Je vous défie de supporter la lecture de ne serait-ce qu’une seule page de ce bouquin infernal ! Et le gars persiste à refourguer sa came à qui veut bien le prendre en pitié. C’est tragicomique, mais en même temps, je doute que le monde du livre (en crise, comme chacun sait) ait eu besoin de cette énième littérature approximative.

Alors oui, en disant tout cela sans filtre, je prends le risque d’être perçu comme un prétentieux injuste, voire d’être traité de méchant connard. Je vous entends déjà : « Et voilà ! Monsieur  meilleurs goûts du monde a encore frappé » !
Mais en réalité, je ne suis pas si méchant. La preuve : je n'ai pas cité les noms ! Et puis, ce serait vite oublier que mon idole, Stephen King, aurait – parait-il – écrit : « l’opinion, c’est comme le trou du cul, tout le monde en a une ».

Vous vous en doutez, j’ai pondu tout ce laïus biliaire pour servir à quelque chose de précis…

Selon vous, qu’est-ce qui protège ces trois artistes de mes critiques mesquines ?

Vous avez une idée ?

Allez, je vous aide : ILS SONT CONVAINCUS PAR CE QU’ILS FONT.

La critique ne les décourage pas, en vertu de cette infaillible philosophie de la vie, qui veut que « La bave blanche de la colombe n’atteint pas le crapaud, mais elle glisse sur le parapluie de son indifférence » (Claire Bretécher dans les Gnangnans). Donc peu importe ce que quiconque pourrait dire au sujet de leur art, ils s’en carrent et ils vont continuer, que vous le vouliez ou non. 

Aussi vrai qu’on est tous le tocard d’un autre, le doute tue plus d’artistes que la médiocrité. S’en foutre et poursuivre sa route, c’est peut-être ça, les clés du bonheur ? Il faut croire qu'on a toujours quelque chose à apprendre, même de « ces gens qu'on aime mépriser »

Tout comme eux, j’ai également reçu mon lot de critiques dégueulasses. Je ne cache pas que ça m’a blessé au début. Et puis, après tout, relativisons : il y a de fortes probabilités pour que, moi aussi, je sois le mauvais écrivain de quelqu’un ; un type illisible, surestimé qu’un autre s’amuse à démonter au comptoir ou sur Internet ! Alors que valent mes mauvaises paroles à leur égard ?

Rien. En tout cas pas plus que la poussière du chemin blanc, derrière chez moi. 

Tout comme eux, moi aussi, j’ai persisté et je continue de signer. Et j’ai reçu tellement plus de retours positifs (vrais ou faux, je ne le saurai sans doute jamais) que de critiques depuis toutes ces années, que ça "ne m'en touche même plus une sans faire bouger l'autre"…
Et de toute façon, je sais que je m’améliore, livre après livre.

Alors je continuerai d’écrire des romans, jusqu’à ce que la source tarisse ou que je meure. En d’autres termes, moins châtiés : rien à foutre des fâcheux ; qu’ils publient d’abord sept livres, eux aussi, et on en reparle !

Pour finir, mes parents (grands chrétiens devant l'Éternel), ont assommé mon adolescence avec ce proverbe : « live and let live ». Vivre et laisser vivre. Il est temps, à mon âge, que je commence à le mettre en pratique...

vendredi 1 mai 2026

UN CAUCHEMAR SANS NOM ? EN ROUTE POUR LA V2 !

Une semaine, déjà, que je me suis retiré du monde dans un petit coin de paradis, pour peaufiner mon nouveau roman. Ça passe trop vite... Je partage mon temps entre écriture (plus ou moins 5 heures par jour) et balades contemplatives en forêt. Un rythme plus humain et des conditions plus apaisantes que d'ordinaire. Ce genre de retraite permet de se recentrer sur l'essentiel et devrait être accessible à tous (voire fortement incitée par les employeurs). Mais foin de digression...

Aujourd'hui, je viens enfin de terminer de relire le premier jet de mon manuscrit et de prendre note des suggestions et corrections apportées par mes collègues écrivains et amis (Constance Dufort, Martin Koppe, Marjorie Vandevenne, Thomas et Mayie Ponté) que je remercie du fond du cœur pour leur patience, leur franchise et leur sérieux. Il y avait, en effet, pas mal de choses à revoir... 

Et pour cause : j'ai écrit ce texte comme si je faisais un sprint en vélo : j'ai roulé à fond, le nez dans le guidon, sans anticiper la survenue des obstacles ou même prendre le temps d'observer le paysage environnant. Parfois ça passe, parce que la route est propre et lisse. Parfois, comme dans le cas qui nous occupe, c'est les pavés déglingués de Paris/Roubaix.

Le plus dur, ça n'a pas été d'accepter la critique. Je ne suis pas une diva ! Je fais des erreurs, comme tout le monde, je présume. Non, le plus difficile, ça a été d'accepter que ce "septième enfant", que je pensais quasiment parfait dès le départ, était en réalité incomplet. Et surtout de m'apercevoir que j'allais devoir le retravailler et que de toute façon, au final, il ne serait pas pour tout le monde. 

Et en effet, le sujet de "un cauchemar sans nom" est particulièrement complexe en termes de diégèse : ça part dans tous les sens et il faut bien suivre pour être capable de faire la différence entre rêve et réalité, passé, présent ou futur. Cette fois-ci, ce ne sera pas au lecteur de se mettre dans ma tête, mais l'inverse. Je vais devoir faire en sorte que tout le monde puisse s'y retrouver, même ceux qui n'ont pas encore lu mes précédents livres. Ce ne sera pas une mince affaire. 

Parce que oui, ce roman est en quelque sorte à la croisée des chemins de tous mes précédents efforts, avec de nombreuses références, mais ce sera aussi le début d'une nouvelle ère. Une véritable gageure qui sera le point de départ d'une nouvelle saga, avec de nouveaux personnages, mais aussi des comebacks et des crossovers. 

Je vous préviens dès le départ : ça se déroulera à Mauléon-Licharre, ce sera un roman fantastique pur jus, avec des rebondissements, de la romance, du sexe, du sang, des morts qui revivent, des entités extradimensionnelles, des tueurs professionnels, des superhéros, un psychiatre et un politicien véreux, et en arrière plan, l'ombre démoniaque de BeauSmart¹. 

Certains personnages secondaires vont rester dans une sorte de flou artistique jusqu'au tome 2. C'est voulu, évidemment. Le protagoniste principal de ce volume n'est pas sympathique. Il n'est pas antipathique non plus, mais c'est un antihéros adulescent, égocentré et irresponsable, doté d'un immense pouvoir, qui est aussi une grande malédiction : chaque fois qu'il dort, ses rêves se réalisent. 

Voilà, je ne peux pas vous en dire beaucoup plus pour le moment. J'ai encore plein de boulot avant de m'attaquer au tome 2. J'espère être fin prêt pour la rentrée littéraire, au plus tard pour Noël prochain. 
À bientôt, pour de nouvelles aventures !   

1) Le principal antagoniste de ma saga fantastique et horrifique "L'infection". 

lundi 13 avril 2026

VIS MA VIE D’ÉDITEUR #1 : ITINÉRAIRE D’UNE MICRO MAISON D’ÉDITION.

Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je prends ma casquette d'éditeur.

Vous savez quoi ? Notre maison d’édition associative, Astobelarra – Le Grand Chardon, va fêter ses 20 ans le 26 juin 2026 ! Depuis 2006, nous avons publié 57 livres dont 51 figurent toujours au catalogue. Cette année, 4 sorties de plus sont d'ores et déjà au programme.
Nous avons beaucoup progressé (à tous les niveaux) depuis nos débuts et, au fil du temps passé, nous nous sommes peu à peu auto-régulés (en termes de gestion de production), nous avons créé un modèle économique pérenne et pour ce faire, nous nous sommes affranchis du fonctionnement classique de la chaîne du livre telle qu’on la connaît (auteur – éditeur – imprimeur – diffuseur/distributeur – libraire) en nous passant, autant que faire se peut, de certains intermédiaires entre l’auteur et le libraire.
Et particulièrement des diffuseurs/distributeurs. Pourquoi ?

  • D’abord parce que si l’on souhaite travailler avec eux, les distributeurs/diffuseurs demandent une quantité minimum d'un titre (500 ex.). Or, nous éditons à 200 ex. renouvelables (mon premier livre « Mauvais berger ! » a été imprimé à 1500 ex. pour le moment et se vend encore aujourd'hui. On est loin des chiffres de ventes du dernier Sarkozy, mais bon... nous n'avons pas de frais d'avocats à payer, nous).
  • Ensuite, les distributeurs/diffuseurs que nous avions fait travailler au milieu des années 2010 ont perdu (ou abîmé) le stock que nous leur avions confié et n'ont jamais réussi à nous fournir de bilans chiffrés des dépôts ou de liste des libraires ayant pris nos productions. À leur décharge, nous n’avions sans doute pas été suffisamment regardants sur cette partie purement « gestion » de notre activité. Bref, pas très pro, tout ça…
  • Enfin, le coût de ce service plus qu’aléatoire : 20% du prix du livre !!! Si on ajoute le coût du dépôt en librairie (30%), le coût de l'impression (25%) et celui de la com' (pubs, réseautage, plv, services presse...), il ne reste plus grand chose pour l'éditeur et surtout l'auteur.

Et sans l'auteur... pas de livre, alors que c’est la matière première qui devrait être la mieux rémunérée. Quelque part, ce n’est pas sans nous rappeler la situation des agriculteurs… C’est pour cela que nous nous sommes entourés d’auteurs et de bénévoles passionnés et touche-à-tout, capables d’écrire, de lire et relire, d’effectuer des corrections, de faire des mises en page, de composer des couvertures originales (même s’il nous arrive de faire travailler des illustrateurs), de gérer les comptes, de communiquer auprès du grand public et de la presse et de créer et maintenir la relation client avec les libraires et dépositaires qui nous soutiennent…

Alors oui, ce fonctionnement alternatif a un coût : il ne nous ouvre pas toutes les portes.

  • Nous restons quasiment invisibles pour le reste de la France et notamment pour la capitale, bien qu'il nous arrive fréquemment de recevoir des commandes de libraires par email. Parfois même de Belgique ou du Québec. 
  • Certaines librairies (avec lesquelles nous n’avons pas forcément l’habitude de travailler) font la tronche lorsqu’on débarque chez elles avec nos bouquins. Elles considèrent sans doute que nous ne sommes « pas loyaux » envers la sacrosainte chaîne du livre, et donc que notre production ne mérite pas de figurer dans leur boutique. Pour elles, nous sommes des demi-portions et il leur est plus facile de vendre le dernier Sarkozy que les élucubrations d’obscurs auteurs régionaux, fussent-elles tout à fait lisibles.
  • Certaines grosses librairies de la région – je ne citerai pas de nom – préfèrent parfois dire aux clients qu’elles ne peuvent pas commander nos livres car ils ne sont plus disponibles, plutôt que de leur dire la vérité. À savoir : « on ne veut pas payer la moitié des frais de port, tels que les CGV de l’éditeur l’indiquent, et donc perdre du PNB »…
  • Nous sommes une association Loi 1901, mais nous éditons à compte d’éditeur. Donc nous sommes une maison d’édition à part entière, même si « micro ». En termes d’image, cela peut être problématique dans le sens où nous ne sommes pas toujours pris au sérieux par les professionnels de la chaîne quel que soit le maillon, soit ante soit post publication. Et ce, même si nous sommes bien référencés sur le site de l’ALCA et relativement reconnus pour la qualité de nos œuvres. Et que nous payons rubis sur l’ongle. Il semble que notre façon de fonctionner leur soit difficile à différencier de celle de l’autoédition.
  • En outre, si nous faisons des ventes sur notre boutique en ligne, notre éthique nous impose de ne pas fonctionner avec des Marketplaces comme Amazon. C’est un choix commercial téméraire qui nous supprime probablement de la visibilité et des opportunités de vente, mais nous préférons travailler sur le réel, avec des libraires de terrain, militants et motivés, qui comprennent notre cause, plutôt qu’avec des milliardaires anthropo-obsolétisants et esclavagistes patentés.
  • Nous restons vigilants sur nos prix. Pas pour être concurrentiels, mais pour que la culture reste abordable pour tous. Nous sommes conscients qu’elle ne constitue pas forcément le poste d’achat principal des familles. Et l’idée n’est pas de faire du bénéfice, mais de ne pas perdre d’argent et de pouvoir réinvestir dans nos prochains ouvrages.
  • Enfin, nous faisons très peu appel à des subventions publiques, bien que cela puisse arriver, notamment sur des projets un peu particuliers (soit parce qu’ils sont bilingues ou en Euskara, soit parce qu’ils ont un coût de production supérieur à notre habitude.

Alors oui, notre modèle économique est différent de celui d’une entreprise. C'est pour cela que dans ce modèle, il y a d’abord la quantité de livres produits dans un exercice comptable, liée à notre budget. Et puis les souscriptions en ligne (sur Helloasso), la boutique internet de la maison d’édition, les libraires et dépositaires locaux sur lesquels on s'appuie, et les ventes directes (sur les marchés, marchés de Noël, salons du livre, ou d’autres événements spécifiques...).

Bref, c'est comme ça que nous arrivons à nous maintenir et à continuer nos 3-4 publications par an, depuis 20 ans. Et comme nous n’avons pas l'ambition de devenir Fayard, Albin Michel ou Gallimard, eh bien nous poursuivons tranquillement notre petit bonhomme de chemin. Et ce même si le tout Paris continue de nous ignorer.

Nous restons en mode associatif et, tout comme la Lukinke ou le pâté basque au piment d’Espelette, nous sommes plus ou moins condamnés à être considérés comme une spécialité régionale.

Mais ça nous convient bien. Parce que c'est ce que nous sommes, au final. Une maison d’édition régionale sérieuse et de qualité, à taille humaine, éthique et équitable, qui fabrique et vend en circuit court. Et même si nous avons nécessairement évolué avec le temps, nous avons su rester fidèles à ce que nous étions.

En attendant, je – nous – remercions tous les lecteurs qui nous suivent, nous ont fait confiance en achetant (et en lisant) nos livres. Nous remercions également les libraires et dépositaires qui prennent nos livres en dépôt, nous mettent en valeur dans leurs boutiques et accueillent nos auteurs pour des sessions de rencontres/dédicaces.  Merci à vous tous : c’est grâce à votre soutien et votre fidélité que nous pouvons fêter – avec la fierté du travail accompli – ce vingtième anniversaire !

dimanche 29 mars 2026

ÉCRIRE, LA MUSIQUE COMME FIL D'ARIANE.


Comme vous le savez déjà, j’ai besoin de musique pour écrire. Cela me permet de me concentrer sur mon monde intérieur, de m’enfermer dans ma bulle. Et puis c’est aussi le fil d’Ariane qui me retient accroché au monde réel, tandis que je m’aventure dans les recoins les plus sombres de mon âme. La musique m’empêche de me perdre. 

Elle me sert aussi de guide d’ambiance : je n’écoute jamais la même chose, selon ce que j’écris. Je ne suis pas le seul romancier à le faire. Je pense d’ailleurs que c’est un trait commun à la profession. Nombreux sont ceux qui créent avec de la musique classique en fond sonore. Moi, c’est en fonction de la scène que je vois à un instant T, plus que de l’humeur du moment.

Par exemple, si j’écris un passage sombre, une scène brutale, des choses horribles que je fais subir à mes personnages, alors je vais plutôt écouter du black Metal ou du Thrash.
Lorsque je dois décrire un passage une peu épique, comme une course poursuite ou un combat, je me passe en boucle un album de Power Metal.
Si j’écris une scène de la vie courante, quelque chose d’un peu chill, qui permet de relier un épisode à un autre, ce sera alors quelque chose de léger comme de la Synthwave, de l’Hyperpop, voire de la Soul.
Et quand je retranscris un de mes rêves, j’utilise de la musique à l’avenant : c’est-à-dire souvent une composition plutôt instrumentale ou alors quelque chose de complètement déstructuré, ou les deux à la fois.

Mais toutes ces musiques, aussi différentes soient-elles, ont un point en commun : je les connais toutes par cœur. Cela me permet de rester concentré, de ne pas être perturbé par un son que je découvrirais de manière impromptue et qui pourrait me faire perdre le fil de ce que je suis en train d’écrire. Alors puisque vous ne me l’avez pas demandé, voici les douze disques que j’ai écoutés pendant l’écriture de Un Cauchemar sans nom :