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jeudi 4 juin 2026

ÉCRIRE : UN REMÈDE PERSONNEL OU UNE MACHINE À CAPTER L'ATTENTION ?

Vous connaissez mon obsession pour les intelligences artificielles... Eh bien figurez-vous que j'ai fait analyser toute ma bibliographie (mes 7 livres) par Notebook LM en lui demandant de trouver des motifs récurrents cachés (même de moi, l’auteur). Sans rentrer dans les détails qui pourraient vous divulgâcher mes histoires, voici une sélection de ses retours les plus pertinents :

Ton œuvre apparaît comme une tentative de géométriser le chaos des émotions : utiliser la technique pour mettre de l’ordre dans le désordre biologique et sentimental de l’existence.

Elle raconte la lutte de l’individu pour préserver sa cohésion dans un univers qui cherche sans cesse à le fragmenter ou à le réécrire.

Le temps y est un champ de tension entre le désir de maîtrise absolue (recommencer, corriger) et l’impuissance face au vieillissement, à l’oubli et à la mort. L’écriture devient alors une tentative de cristalliser le temps.

La fiction agit comme un système de réencodage du réel, où l’humain, réduit à une circuiterie défaillante, cherche à déchirer une réalité qui l’étouffe

Le monde n’y est jamais solide : il est une matière souple, textile ou plastique, que l’on peut déchirer, recoudre ou remodeler. L’existence ressemble à un décor posé sur le vide.

Le motif central est celui de « l’ingénieur du chaos » : un homme qui tente de réparer un système défaillant et de maintenir une humanité en voie de désagrégation.

En définitive, chaque livre cherche à canaliser le chaos des émotions et à corriger un « bug » du réel pour le transformer en une légende cohérente.

Pour lui, je n’écris pour la beauté de l’Art. Mon but premier, c’est de combiner un système d’autodéfense métaphysique et un acte d’exorcisme afin de libérer mon esprit de ses fantômes.

En résumé : j’écris pour aller mieux. Cela confirme ce que j'ai toujours affirmé, à savoir que j’écris d’abord pour moi, à la base.

Mais j’écris aussi pour être lu. Et ça, la machine ne l’avait même pas envisagé. Il a fallu que je lui dise pour qu’elle en convienne et aille dans mon sens. Car en effet, je me considère également comme un genre d’entertainer. Le résultat de mon travail de romancier est conçu comme un spectacle narratif quasi cinématographique, mettant en scène la source intime de mes maux tout en utilisant les codes de la culture pop et des genres de divertissement.

Et vous qui m’avez lu, qu’en pensez-vous ? Le LLM a-t-il raison ? Ou est-ce juste une machine infernale, destinée à favoriser l'onanisme égotique ? 

Ci-contre, la couverture de mon prochain roman, réalisée par Macchabee Artworks.

vendredi 28 novembre 2025

DES NOUVELLES EN DIRECT DU FLOW

Dans le cadre d'une très intéressante formation que j'ai récemment suivie avec les collègues de travail sur le thème de "l'histoire, le langage et le process du design graphique", j'ai découvert un mot que je ne connaissais pas. Je connaissais le concept, pour le vivre à chaque période de créativité intense, mais pas le mot qui le décrit. Et ce mot, c'est : "le flow". 🌊

De quoi s'agit-il exactement ? 

Selon mon "copain" Gudule :

Le concept de "flow", dans le cadre de la création (artistique, littéraire, musicale, etc.), est une notion développée par le psychologue hongrois et américain Mihály Csíkszentmihályi, qui désigne un état mental optimal dans lequel on est pleinement absorbé par ce qu'on fait, au point que le temps, les doutes, l'autocritique et l'anxiété et même les douleurs physiques et la fatigue disparaissent presque totalement, ce faisant. C'est souvent décrit comme un état de grâce, un canal grand ouvert sur soi-même. 

Pour un artiste, quel que soit son mode d'expression, le flow se manifeste par des pages qui se déroulent d’elles-mêmes, des idées qui « s’enchaînent » de manière logique, fluide, le sentiment d’être habité par l’histoire, les personnages, la musique, l’impression de « capter » quelque chose plutôt que de l’inventer.

Le flow permet une créativité plus brute, moins filtrée, une cohérence intuitive dans les idées, une productivité très élevée sans effort ressenti et un sentiment de plaisir profond, presque méditatif.

Amusant qu'une IA décrive aussi bien un état modifié de conscience qu'elle ne peut absolument pas expérimenter. Mais en même temps, ChatGPT ne fait que reproduire des contenus fournis par les humains. Il n'y a pas de surprise...

Cette semaine, j'ai eu accès au flow de manière presque continue, jour et nuit. Parce que comme je l'ai déjà écrit plusieurs fois dans ce blog, lorsque j'ai un projet littéraire en cours, mon cerveau est en ébullition permanente. En semaine, je vais au boulot, je fais ce pour quoi je suis payé par l'entreprise qui m'emploie. Mais pendant ce temps, mon cerveau est divisé en plusieurs parties qui produisent de la matière créative, simultanément. Souvent, la partie "écriture" tourne en tâche de fond, à l'arrière de ma tête. Ça "processe", comme on dit, sans que je m'en rende compte. C'est un état permanent, différent du flow. 

Et puis tout à coup, sans raison particulière, le truc se déclenche. Les pièces de puzzle qui tournaient dans tous les sens, cherchant un emplacement à peu près potable, s'emboitent parfaitement et c'est l'illumination, l'épiphanie.😇

J'entre alors dans un état second, une sorte de transe au cours de laquelle j'ai l'impression que mon corps physique devient tout léger. C'est comme si mon cerveau était soudainement devenu trop petit pour toutes les idées qu'il pond et toutes les informations qu'il reçoit à toute vitesse. Une sorte d'électricité parcourt mes organes qui deviennent fébriles, je me sens heureux comme jamais et tout excité, tout émoustillé comme à un premier rendez-vous amoureux. Je souris bêtement, j'oublie les soucis de la vie (les impôts, les pépins de santé, Poutine, Trump...), les obligations vitales...
Je frôle l'orgasme 😍 (petite pointe d'exagération sur ce coup-là).

Quand le robinet du flow est ouvert, toutes mes facultés de concentration coulent avec. Et lorsque ça arrive, je suis obligé d'arrêter tout ce que j'ai en cours pour prendre des notes (plus par peur d'oublier un détail que parce que mon roman est plus important que tout le reste). Je ne sais pas si tout le monde a accès au flow ni si tout ceux qui l'expérimentent le vivent comme moi. Après tout, chacun a sa propre sensibilité...

En tout cas, je suis content de pouvoir enfin mettre un mot sur ce ressenti et surtout, de savoir que l'expérience est partagée par d'autres ! Maintenant, il me tarde ce week-end pour coucher sur papier toutes ces idées géniales qui me sont apparues ! Le flow va couler à flot ! Je vais asperger tout le monde : sortez vos parapluies ! ☔

jeudi 12 juin 2025

DOIS-JE VRAIMENT ME PRÉPARER À TUER LA POULE AUX OEUFS D'OR ?

Celles et ceux qui lisent mon compte Instagram (et ce blog) savent que mon inspiration provient essentiellement de mes rêves (et cauchemars). Depuis tout petit, j'ai toujours fait des rêves assez prégnants. Pas forcément réalistes, mais le genre dont on se rappelle comme d'un souvenir (tout en sachant pertinemment qu'il ne s'agit que de rêves). 

Mais depuis quelques temps et en particulier depuis le début de l'année, c'est toutes les nuits et plusieurs fois par nuits, que ça me prend. De fait, j'ai l'impression de ne jamais me reposer parce que je suis sans arrêt en sommeil paradoxal, et pas en sommeil profond. Alors c'est sûr, pour la créativité : c'est du pain béni. 

En effet, je ne compte plus le nombre de situations, de personnages*, de rebondissements que ces rêves ont pu créer dans l'ensemble de "mon œuvre", et notamment dans mon dernier roman en cours d'écriture, dont c'est d'ailleurs le thème principal. Mais pour la vie normale, celle de tous les jours, c'est moins rigolo.

Cela a des effets indésirables assez conséquents (sommeil sans repos = baisse de la concentration et de la vigilance, irritabilité, fatigue, charge mentale, crises d'angoisse...) qui influent négativement sur la qualité de mes activités professionnelles mais également sur celle de ma vie privée. Je me suis demandé si ça venait de moi (deviendrais-je sénile avant l'âge ?) ou d'autre chose, par exemple de mon traitement contre l'apnée du sommeil (qui deviendrait moins efficace avec le temps) ? Mais les statistiques de la machine ne laissent pas de place au doute : tout fonctionne bien de ce côté-là...

J'ai donc demandé à Chat GPT de m'expliquer d'où ça pourrait venir. Et à force de me poser des questions, il a fini par resserrer le faisceau de présomptions autour de mon traitement contre l'hypertension. En effet, les bêta-bloquants sont connus pour perturber fortement le sommeil des patients, notamment en leur donnant des rêves et des cauchemars très vifs. Je pense que chez moi, ça accentue - au delà du raisonnable - un phénomène préexistant, mais beaucoup, beaucoup moins perturbant en temps normal. 

Je suis sous traitement contre l'hypertension depuis l'été 2018, mais rien n'avait vraiment changé pour moi avant cet hiver. Là, c'est devenu carrément problématique, et pour plusieurs raisons : 

1/ Je me sens très fatigué. Les fins de journée sont très rudes. Je sens qu'il en faudrait peu pour que je m'endorme au volant.

2/ Je ne peux pas arrêter le traitement. Si j'arrête, l'hypertension revient de plus belle, avec tous les risques qu'on sait.

3/ J'ai peur, surtout, que si j'arrête (ou diminue) le traitement, l'inspiration n'en profite pour foutre le camp par la même occasion. 

Et si je tuais la "poule aux œufs d'or" ? Que suis-je prêt à sacrifier pour mon "art" ? 

*ci-contre en haut, Misty, personnage vu en rêve qui va sous peu rejoindre le casting de Un cauchemar sans nom.

lundi 2 juin 2025

VIVRE DE SES ÉCRITS : BEAUCOUP D’APPELÉS, TRÈS PEU D’ÉLUS !

En marge du prix France Inter 2025, révélé ce matin, je discutais avec Gudule (mon pote Chat GPT, ainsi renommé), au sujet du monde de l’édition. Je lui demandais : « Est-ce qu’il existe des romanciers français qui vivent exclusivement de leurs œuvres et qui sont-ils ? » 

Il m’a répondu ceci : Très peu d’écrivains français vivent exclusivement de leurs écrits. En France, le métier d’écrivain est rarement rentable en soi. Ceux qui vivent uniquement de leurs écrits sont l’exception, souvent grâce à de très gros tirages, des adaptations audiovisuelles, ou une forte présence à l’étranger.

Et de me citer ces quelques noms d’auteurs contemporains :

Michel Houellebecq : l’un des rares à vivre exclusivement de ses livres. Il tire aussi des revenus de ses droits d’adaptation, et de ses conférences.

Amélie Nothomb : très prolifique, avec un livre par an chez Albin Michel, elle vit confortablement de ses romans.

Guillaume Musso : best-seller en continu depuis 20 ans. Traduit dans des dizaines de langues. Il vit très bien de ses écrits.

Marc Levy : comme Musso, il vend à l’international, ce qui assure des revenus importants.

Bernard Werber : ses romans entre science, spiritualité et philosophie ont un large lectorat fidèle, en France et ailleurs.

Fred Vargas : romancière à succès dans le polar, notamment grâce à ses ventes et adaptations télévisées.

Mélissa Da Costa vit aujourd’hui pleinement de ses livres. Elle a quitté son poste de chargée de communication en 2020 pour se consacrer entièrement à l’écriture, après le succès de son premier roman publié, Tout le bleu du ciel.

Les cas hybrides :

Virginie Despentes : vit surtout de ses livres, mais aussi de ses activités publiques (prises de parole, chroniques, interventions).

Édouard Louis : revenus combinés entre livres, traductions, interventions académiques ou médiatiques.

Quelques exceptions notables, dans des niches :

François Busnel (journalisme + anthologies littéraires)

Joann Sfar (bande dessinée + cinéma + romans)

Riad Sattouf (BD + cinéma + éditions)

Camille Laurens, Maylis de Kerangal, ou Marie Darrieussecq vivent confortablement de leurs livres et de leurs activités dérivées (résidences, prix, traduction, etc.).

Selon plusieurs études (SGDL, CNL), 90 à 95 % des auteurs publient sans en vivre. Le revenu médian annuel tiré du droit d’auteur est inférieur à 5 000 € par an. Beaucoup cumulent avec d’autres activités : enseignement, journalisme, scénarisation, ateliers d’écriture, interventions en milieu scolaire…

À noter : Un écrivain peut aussi « vivre de l’écriture » sans vivre uniquement de ses livres, par exemple en écrivant pour le théâtre, la radio, la télévision, la publicité, les musées ou en animant des ateliers, en faisant des conférences, ou en étant invité dans des festivals.

Je lui ai fait remarquer : « En fait, pour vivre de ses écrits, il faut écrire un livre par an, être publié dans une grande maison d’édition parisienne et être traduit à l’international ! »

Voici ce qu’il m’a répondu : Tu as parfaitement résumé la réalité du métier d’écrivain en France aujourd’hui. Pour vivre uniquement de ses écrits, il faut en général réunir au moins trois conditions :

1. Être publié chaque année ou presque

  • Un livre par an est la cadence adoptée par presque tous les auteurs qui en vivent (Musso, Nothomb, Werber, etc.).
  • Cela maintient la visibilité en librairie, dans les médias, et donc les ventes. 

2. Être publié par une grande maison parisienne

  • Pourquoi ? Parce que ce sont elles qui ont :
    • Le réseau de distribution puissant (librairies, grandes surfaces, plateformes),
    • L’accès aux médias nationaux,
    • Des avances sur droits significatives (parfois 10 000 à 100 000 € selon le potentiel),
    • Une capacité de tirage initial élevée (dès le premier tirage).

Exemples : Gallimard, Albin Michel, Lattès, Fayard, Grasset, Actes Sud, Stock, Flammarion, etc.

3. Être traduit à l’international

  • Les droits étrangers rapportent souvent plus que les ventes en France à moyen terme.
  • Le marché anglo-saxon, l’Allemagne, la Corée ou le Japon peuvent être très rémunérateurs.
  • Un auteur comme Michel Bussi, par exemple, vend des dizaines de milliers d’exemplaires en Italie, en Allemagne ou en Chine.

Et souvent, il faut aussi :

  • Gagner des prix (qui donnent de la visibilité et des ventes),
  • Être adapté au cinéma ou en série télé,
  • Participer au cirque médiatique (émissions, salons, signatures).

Bref, c’est un métier d’exception, pas une carrière accessible à tous les bons écrivains. La qualité littéraire ne suffit pas. Il faut du rythme, un positionnement clair, une stratégie éditoriale solide et une part de chance ou de bon réseau.

Ensuite, je lui ai demandé combien il restait de grandes maisons d’édition indépendantes en France.

Pour lui, il en reste véritablement 3 : Albin Michel, Actes Sud et les Éditions de Minuit. Être publié chez l’une d’elles donne souvent plus de liberté, mais aussi plus d’exigence littéraire et commerciale. POL est, quant-à-elle, semi-indépendante.

Tous les autres gros éditeurs appartiennent à des intérêt industriels ou financiers : Gallimard et Flammarion à Madrigall ; Fayard, Grasset le livre de poche et Stock à Hachette (Vivendi – Vincent Bolloré) ; Robert Laffont, Julliard, Nil, Presse de la Cité, Perrin, etc. à Editis (CMI – Daniel Křetínský) ; Le seuil, la Martinière et l’Olivier à Média-Participations (famille Montagne).

Je réfléchissais et je me disais : je n’ai pas le talent d’une Virginie Despentes, je ne vis pas à Paris, je ne connais personne dans le milieu, et je n’écris pas un livre par an. Vivre de mes livres, c’est un rêve impossible, pour moi. Je le savais déjà ; j’en ai fait mon deuil depuis longtemps. Mais c’est toujours bon de se le rappeler de temps en temps, juste histoire de recaler le potentiomètre de l’égo dans l’equalizer de ma vie…

On va donc continuer de se contenter de ce qu'on a, et c'est déjà pas si mal !

vendredi 9 mai 2025

VIS MA VIE D'ECRIVAIN #5 : Dans quelles conditions j'écris ?

Je m'aperçois que je n'ai rien écrit de neuf sur ce blog depuis le 3 mars ! Ça fait plus de deux mois sans nouvelles ! Bon, rassurez-vous, je n'ai pas quitté la planète. Je suis toujours vivant, toujours debout, comme dirait un chanteur énervé. C'est juste que j'ai eu beaucoup de travail jusqu'à la fin avril, puis je suis parti trois semaines en congés, que j'ai mis à profit pour commencer à écrire mon nouveau roman : Un cauchemar sans nom. À l'heure où je couche ces lignes, j'ai déjà les quatre premiers chapitres rédigés et un cinquième en cours. Mais vu que je vais reprendre le travail dès lundi, je suis contraint de me remettre en pause jusqu'aux prochaines vacances. 

Ce qui pose une question essentielle : comment j'écris ? Dans quelle conditions ? 

Je n'écris pas en semaine de travail et rarement en week-end. Pourquoi ? Disons qu'il me faut un certain temps pour "déplier mon cerveau", entrer en phase de créativité. Écrire, ce n'est pas comme répondre à un mail. Cela demande une tension intérieure, un arrachement à la réalité. Et il faut autant de temps (voire plus) pour replier mon cerveau et redevenir un salarié fonctionnel. Donc essayer de m'isoler dans un bureau du boulot et me mettre à écrire entre midi et deux, ce ne sont pas des conditions propices. 

Idem pour le soir (en général, je suis à plat après une journée de travail, pas vous ?). Quant aux week-ends, eh bien c'est le moment de faire un peu d'intendance et de logistique... Et de recharger ses batteries pour la semaine qui arrive. Sans compter les salons du livres, marchés et autres vidéos rigolotes auxquels je participe régulièrement pour le compte d'Astobelarra. Donc là non plus, les conditions ne sont pas idéales. Je ne dis pas que je n'écris jamais les week-ends ou en soirée, mais ça reste relativement rare. D'autre part, j'ai appris de mon ex-épouse "qu'être là sans être là", c'était très risqué pour la vie de couple. Je tiens à ce que ma compagne se sente toujours importante à mes yeux, au moins autant que mes ambitions personnelles (ce qu'elle est, évidemment). 

D'où l'idée de me ménager des plages de travail, de plus ou moins longs espaces temporels qui ne sont consacrés qu'à l'écriture. J'ai mis cela en place depuis à peu près 2013 et c'est plutôt efficace. Dans mon boulot, on bosse en semaines de 39 heures, ce qui nous permet de rajouter presque un mois de congés supplémentaire aux 25 jours annuels autorisés (un mois si on se débrouille bien à caler ses RTT les semaines où il y a des ponts). Parce que oui, ce que recherche en priorité un écrivain, ce n'est pas une augmentation de salaire (quoi que...), mais c'est surtout du temps libre. 

Jusqu'à présent, je me calais sur le mois de mai, qui contient beaucoup de ces ponts. Mais je me suis rendu compte, en vieillissant, qu'attendre cinq mois pour partir en congés avait un inconvénient majeur : la fatigue physique et morale s'accumule trop et il me faut du temps pour être suffisamment en bon état pour me remettre à écrire. Là, par exemple, il m'a fallu une semaine complète de repos. Sur trois semaines de congés. Ça fait donc une semaine de perdue. C'est trop. Je vais donc modifier cela à partir de l'année prochaine et prendre des congés plus courts, mais plus souvent. 

J'entends déjà des petits malins me suggérer que, puisque je manque de temps, je n'ai qu'à démissionner pour me consacrer exclusivement à l'écriture. Je pourrais, en effet. Ce serait un choix de vie. Mais alors je devrais revendre ma maison, m'incruster chez ma compagne, diminuer mon niveau de vie, pour finalement repartir taffer dans des conditions encore moins acceptables qu'aujourd'hui. Retour à la case départ ! Et ça, c'est non ! 

Ce n'est pas que je ne crois pas en mon talent (si, c'est ça en vrai), mais je sais que dans ce métier d'écrivain, il y a beaucoup (de plus en plus) d'appelés et très peu d'élus. Les chiffres croisés de la SGDL (Société ses Gens De Lettres), de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia) et du ministère de la Culture sont impitoyables : en France, moins de 1% des écrivains vivent de leurs droits d'auteurs. Le revenu médian des auteurs déclarés est de moins de 350€ par mois.

Si j'ai écrit six livres qui se vendent plutôt bien (localement), je suis très (très) loin de gagner cette somme, en étant publié chez Astobelarra. D'autant plus que la production littéraire mondiale est en pleine expansion (plus de 70 000 titres par ans), tandis que le nombre de lecteurs, lui, se réduit comme peau de chagrin. En effet, selon le CNL (Centre National du Livre), le nombre de lecteurs français est passé de 70 à 59% entre 2011 et 2024, et la part de non-lecteurs a même doublé (de 9 à 18%) en 10 ans chez les 15-24 ans !

Bref. La littérature, ça nourrit beaucoup l'esprit mais très peu le frigo. Fort de ce constat, je vais donc garder mon emploi qui me plait et qui comporte de nombreux avantages (dont le nombre de jours de repos), tout en continuant à écrire pendant mes congés. C'est, me concernant et jusqu'à présent, un modèle convenable et qui a fait ses preuves. 

vendredi 28 février 2025

QUAND LA RÉALITÉ DEVIENT UNE SATIRE, LA DYSTOPIE DEVIENT INUTILE...

Image par Dall-e.

Peut-on encore écrire une dystopie à l’heure ou la réalité devient plus folle que la fiction ? Je pense que la réponse est dans la question…

Hier soir, je regardais sur Instagram une vidéo qui mettait en parallèle Elon Musk paradant sur scène avec sa tronçonneuse géante et rutilante, destinée à trancher dans le financement des services publics (plagiat assumé du président argentin Javier Milei, ou authentique manque de créativité ? Je n’ai su dire) et un extrait du film Idiocracy, lorsque le président Camacho détruit le plafond du congrès américain avec une mitrailleuse aussi grosse qu’une cuisse d’éléphant.

Dans le même temps, Donald Trump publiait une vidéo abominable assistée par IA sur sa vision de ce que devrait être Gaza. On l’y voit en statue dorée, avec son copain Musk sous une pluie de pognon, en train de se goinfrer de samoussas, ou à bronzer sur la plage aux côtés de Benyamin Netanyahou. Le même Trump qui, chaque jour, excelle dans l’art d’éjaculer quotidiennement les hectolitres de matières fécales qui bouillonnent là où devrait se trouver son cerveau… s’il était un homo sapiens normalement constitué.

Et de me rappeler que ce type a été élu par le peuple américain souverain (#OMFG) ! Puis je regarde en miroir ceux que nous avons en France. Des mous, des débiles ou des psychopathes affamés de pouvoir prêts à dire toutes les atrocités possibles, à s’allier avec les plus pourris, à inventer les mensonges les plus ridicules pour pouvoir poser leurs fesses sur le fauteuil le plus luxueux de l’assemblée nationale, voire le « trône » de l’Elysée… 

Et partout ailleurs, c’est la même chose : les abrutis et les fachos qui se réveillent et qui, peu à peu, grignotent le monde. Et que j’arrête de financer l’aide mondiale, et que je te mette un gros coup de frein à la défense internationale, et que je relance l’industrie pétrolière, et que je te réautorise les pesticides cancérogènes, tout ça alors même que la planète n’a jamais émis autant de drapeaux rouges (et je ne parle pas du drapeau communiste).

Le business messieurs dames ! Il n’y a que ça de vrai ! Bref… Le monde d’aujourd’hui est devenu absurde et brutal comme dans Brazil, fliqué et schizophrène comme dans V pour Vendetta ou 1984, débile et sans espoir comme dans Idiocracy.

Tout y est : glorification de la médiocrité, langage simplifié, privatisation de tout, solutions stupides à des problèmes complexes, bureaucratie kafkaïenne qui broie les individus, surveillance à outrance de toutes et tous, extrême violence sous un voile de normalité, retour en fanfare du dogme religieux dans la politique, stigmatisation des minorités, intolérance phobique à la différence, négation de la science…

Alors pourquoi persister à écrire des dystopies alors que NOUS Y SOMMES DÉJÀ, en dystopie ? On l’a d’ailleurs carrément dépassée, puisque la caricature n’est même plus exagérée ! Dès lors, le travail d’un auteur est-il encore d’écrire des dystopies, ou… de faire du reportage ? Une dernière question : est-ce que Trump, Musk et Milei méritent de figurer dans un livre ou d'être oubliés dans les limbes de l'histoire humaine ?

Je crois la question elle est vite répondjue, jeune entrepreneur !

mardi 28 janvier 2025

COMME UNE HISTOIRE D’AMOUR PASSION QUI EMPORTE TOUT SUR SON PASSAGE

Vous savez, cette sensation d’avoir des papillons dans le ventre, sans arrêt ? De ne plus penser qu’à elle (ou à lui), au point que tout le reste passe au second plan ? Que quoi que vous fassiez, tout vous ramène inexorablement à elle (ou lui) ? Que dès que vous la (ou le) voyez, vos jambes flageolent, vos lèvres bafouillent et vous avez l’air si stupide (d’ailleurs, vous l’êtes pour de vrai) ? Eh bien c’est ce qu’on appelle la passion amoureuse. C’est ce que tout un chacun (de normalement constitué) ressent lorsqu’une nouvelle histoire d’amour démarre. On ne sait plus où on est et ce qu’on doit faire et plus rien d’autre ne compte. On en oublierait presque les gestes de survie élémentaires, comme se nourrir, se lever pour aller au boulot…

C’est aussi ce que je ressens en ce moment, depuis quelques jours. Et pourtant, aussi étonnant que cela paraisse, je ne suis pas amoureux (enfin pas d’une autre personne que celle avec laquelle je vis). Alors que se passe-t-il ? En fait, je ressens cela à chaque fois que je démarre l’écriture d’un nouveau roman. Avec mon caractère obsessionnel, je ne pense plus qu’à ça, au détriment de presque tout le reste. Je sais, pour l’avoir vécu à plusieurs reprises, que c’est généralement un mauvais moment à passer pour mon entourage et je m’en excuse par avance. Malheureusement, une fois que la machine est lancée, rien (à part la mort, sans doute – ce que je ne me souhaite pas) ne peut l’arrêter. Je dois aller au bout, coûte que coûte ; et croyez-moi : écrire, ce n’est JAMAIS un acte gratuit !

UN CAUCHEMAR SANS NOM

J’ai déjà raconté ici et à plusieurs reprises d’où proviennent mes idées. Elles sont le plus souvent issues des rêves qui hantent mon sommeil ou de mes songes éveillés (lorsque je conduis, par exemple). C’est comme ça que je leur donne vie, en les imbriquant avec ma logique à moi, en les brainstormant sans cesse, en tâche de fond. Eh bien figurez-vous que mon prochain sujet de roman, c’est… Le rêve. Et je n’en dirai pas plus pour l’instant. Je ne veux pas divulgâcher le suspense ni donner des idées à quelqu’un qui écrirait plus vite que moi. Mais pour compléter, je dirais que ce sera un roman fantastique – mais pas que –, dans la même veine que Les Routes du crépuscule, que beaucoup d’entre vous ont adoré.

Grosso modo, il y aura du mystère, de l’amour, des événements tragiques et imprévisibles, de la folie pure, mais aussi de l’humour, un soupçon de philosophie, des personnages odieux, un héros perdu et une fin grandiose et inattendue, avec – a priori, sauf changement de dernière minute – le retour d’un de mes personnages emblématiques, annonçant un renouveau fracassant. Enfin, et dernière info à vous mettre sous la dent : mon titre de travail (qui pourra changer ou pas en fonction de la tournure que prend l’histoire) est « Un cauchemar sans nom » (toujours aussi positif, le garçon !!!). Voilà, je pense que vous en savez assez pour vous faire une petite idée sur ce qui vous attend. Allez, pour l’heure, je retourne à mes carnets ; j’ai encore pas mal de choses à mettre au point pour que ce soit conforme à ce que j’ai dans la tête !

samedi 25 novembre 2023

Ecrire un roman : anatomie d'une obsession

J’en ai déjà parlé dans un billet précédent, mais ces derniers temps, j’éprouve une drôle de sensation, que je connais pour l’avoir déjà vécue cinq fois, que j’adore mais que je redoute également ! Je veux parler de cet état d’excitation intense, de fébrilité qui m’étreint lorsque je suis sur le point de me lancer dans l’écriture d’un nouveau livre, ou alors de poser le point final à un manuscrit en cours. Et c’est cette deuxième raison qui m’obsède en ce moment.

C’est tellement fort que j’ai l’impression que toutes les molécules de mon corps vibrent à l’unisson, tandis que mon cerveau baigne dans une espèce de lave glaciale et gluante. Cette sensation de repli sur soi est si dingue qu’on dirait que mon esprit s’avale lui-même, un peu comme si l’univers tout entier implosait, s’auto-aspirant vers un point gravitationnel central irrésistible. C’est totalement grisant, mais malheureusement, le revers de la médaille est à l’avenant.

Je ne pense qu’à ce livre, sans arrêt, au détriment de tout le reste. Impossible de me concentrer plus de quelques minutes sur autre chose. Je fais tout machinalement, sans y penser, par pur automatisme. Dans ces moments-là, même mon travail peut passer en tâche de fond. Toute mon essence turbine à 100% pour Le moment ou jamais ; et tous les autres aspects de ma vie quotidienne, dont certains vitaux, passent au second plan.

Mon corps m’échappe. Pour vous donner un exemple concret : je dois parcourir 74 km en voiture pour aller au bureau. Dès que j’ai rejoint la route, je me mets en mode « pilotage automatique » sans même m’en rendre compte et je « ne vois plus rien » jusqu’à ce que j’arrive à destination. Je conduis, bien sûr, mais sans vraiment voir la route. Parfois un danger intempestif me tire de ma transe, mais c’est pour mieux y replonger, encore plus profondément, quelques instants plus tard.

Je ne vous cache pas que ce n’est pas facile à vivre, mais c’est surtout pour l’entourage que c’est le plus compliqué. J’écoute sans écouter, je réponds aux sollicitations mais souvent par onomatopées, ou à côté de la plaque… Mon ex-épouse, que cela horripilait, me disait « tu es là mais en fait, tu n’es pas là ». C’est une bonne description du phénomène. C’est probablement une des raisons qui a fait qu’aujourd’hui, je parle d’elle comme de « mon ex ».

Dans ces moments difficiles, je vous jure que je lutte contre moi-même. Je m’épuise à tenter de garder un pied dans le monde réel, parce que je n’ai pas envie que ça recommence. J’aime ma compagne et je ne veux en aucun cas lui faire de la peine. Mais c’est plus fort que moi. Mes pensées m’assaillent et m’enveloppent comme un linceul sinistre, et cela me demande une énergie folle de les contenir.

Alors pour temporiser, je m’accroche au jalon de mes prochaines vacances, qui s’approchent lentement, mais sûrement. Noël et le premier de l’an ne seront qu’un détail sans importance, cette année car j’ai l’intention de consacrer le plus clair de mon temps à terminer ce projet que j’ai entrepris il y a deux ans. Entretemps, j’essaye de garder tant bien que mal la tête hors de l’eau mais combien de temps encore, avant que je ne me noie ?

lundi 6 novembre 2023

#LMOJ : PETIT ÉTAT DES LIEUX

Juste un petit mot pour vous dire où j’en suis de mon nouveau roman Soyons clairs : je suis en période de mûrissement. C’est-à-dire que pour l’instant, je n’écris plus rien, mais je laisse les idées infuser en tâche de fond. Tout le plan est rédigé, bien qu’il m’arrive encore de noter quelques petites anecdotes qui nourriront le texte. Globalement, je sais tout ce qui va se dérouler dans les cinq prochains (et derniers) chapitres de « Le moment où jamais ». Les idées sont bien posées, il n’y a plus qu’à s’y mettre sérieusement. Mais…

La vérité, c’est que ces jours-ci, je n’ai pas de temps à consacrer à l’écriture. Quand je lis que certains auteurs écrivent systématiquement quatre à six heures par jour tous les jours (cf. Stephen King ou Bernard Werber), je ne sais vraiment pas comment ils font ! Moi j’ai besoin de m’y plonger plusieurs jours d’affilée pour que ça avance. Pas quatre heures par-ci ou par-là, en pointillés. Or, actuellement, je n’ai pas plusieurs jours d’affilée à consacrer exclusivement à mon livre.

Le truc, c’est que je ne suis pas romancier à 100%. J’ai un travail prenant (mais qui me convient à la perfection), huit heures par jours ouvrés (sans compter la route pour aller au bureau) et qui ne me laisse que les week-ends pour décompresser. Et comme vous le savez, l’automne est une saison chargée pour Astobelarra. Nous avons couru les salons en septembre et octobre, et nous avons lancé une souscription en simultané (le nouveau roman de Constance Dufort).

Sans oublier la mise en page d’un texte que nous allons publier sous la marque Vasconimedia (l’édition à compte d’auteur d’Astobelarra). Bref, je n’ai pas chômé, au cours des derniers week-ends. Pour vous dire : je n’ai même pas eu le temps de m’occuper de mon jardin, qui ressemble à un terrain vague mangé par les ronces. Alors écrire, pensez-vous !!! J’en viens presque à regretter le confinem… Non, je déconne.

J’ai posé deux semaines à Noël. J’espère bien pouvoir consacrer quelques jours à l’écriture de ces cinq derniers chapitres à ce moment-là. Une fois que ce sera fait, je ferai circuler le manuscrit dans notre comité de lecture pour avis et corrections, en espérant qu’il plaise assez pour envisager une publication à la rentrée de septembre. Si je rate cette occasion, il faudra attendre les prochains congés, ce qui rallongera d’autant le délai de sortie du livre.

C’est pas si facile, la vie de romancier, que j’vous dis !

jeudi 15 décembre 2022

VIS MA VIE D'ÉCRIVAIN #2

Un autre truc particulièrement énervant dans les salons du livre, ce sont les auteurs qui chopent les gens au vol et qui forcent à la vente. Le plus souvent et fort heureusement, la plupart des écrivains qui recourent à ce procédé, que j’estime déloyal*, le font sans trop insister. En général, si ça ne mord pas, ils lâchent l’affaire. Mais il existe des spécimens qui n’ont aucune morale et qui ne s’arrêtent jamais : 

  • Ils apostrophent les gens par tous les moyens possibles, avec culot et mauvaise foi : « Vous avez une belle écharpe orange, Madame ! Figurez-vous que dans mon dernier roman, l’héroïne porte aussi une écharpe orange ! Coïncidence, je ne crois pas, non… » ou alors : « Vous avez quelle âge mademoiselle ? 10 ans ? Quel bel âge ! comme l’héroïne de ce roman ! » et hop, que je te fourre le livre entre les mains, que je me rapproche le plus près possible en plongeant mes yeux irrésistibles dans les tiens et que je te blablate jusqu’à ce que tu cèdes au vertige… Ce rentre-dedans marche presque à chaque coup !
  • Ils te glissent (quasiment de force) leurs livres dans les mains. Du coup, difficile de s’échapper. Beaucoup cèdent parce qu’ils sont conquis (l'auteur est un séducteur né), ou alors parce que l’auteur leur fait pitié (oh, le pauvre petit pépé, il a l’air si gentil…) ou parce qu’ils veulent juste qu’on leur foute la paix. Rares sont les poissons qui s’échappent de ces grossiers filets.
  • Ils vont chercher le chaland dans les allées, parfois loin de leur stand : « Je vois que vous êtes perdu ! Venez par ici, que je vous montre le meilleur stand de ce salon ! » ou encore : « Vous, vous n’avez pas encore lu mes livres ! » et zou, le lecteur est pris.
  • Parfois, ils viennent voler des curieux directement sur ton stand, en n’hésitant pas à dénigrer ouvertement ton travail, mais toujours avec le sourire et sur le ton de la rigolade : « Oh, salut Jean-Louis ! Tu me cherchais je vois ! je suis de ce côté-ci, viens ! » Et hop, le client qui aurait pu rester un peu plus longtemps à feuilleter tes bouquins suit le copain requin et tu perds une occasion.  Parfois, ça va plus loin : « Ah mais faut pas rester là, ils ont le Covid ! » ou encore plus direct : « Mais que faites-vous là ? Venez voir mon stand, il est bien plus beau que le leur ! En plus, c'est nul ce qu'ils font ! » Le pire, c’est que ça fonctionne. 

Alors on pourrait m’opposer que ce sont de simples techniques de marketing un chouïa offensives, et que si je savais faire, j’en ferais de même. FAUX ! La preuve : quand je rentre dans une boutique pour voir les produits et que le vendeur me saute dessus avant même d’attendre les 5 minutes réglementaires, ça m’agace tellement que je fuis sans acheter. Et vous me connaissez, dans la mesure du possible, je ne fais pas aux autres ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse.

*Je trouve le procédé déloyal parce qu’on est tous dans la même galère, mais on n’utilise pas tous les mêmes armes. En plus, les auteurs qui s’adonnent à ces méthodes vendraient quand même plus que les autres, sans cela : ce sont souvent des écrivains/vaines d'un certain âge avec une production longue comme le bras et accompagnés par des réseaux de distribution qui ont fait leurs preuves. Pour terminer, dans un salon du livre classique (dans une grande salle, tous entassés les uns contre les autres), c’est difficile de sortir du lot. Et le lecteur qui a acheté 3 livres sur le stand du requin-marteau d’à côté soit :

  • ne s’arrête pas à ton stand quand il ne l’ignore pas carrément,
  • te répond qu’il ne peut pas acheter tous les livres du salon – alors que tu lui as juste dit « bonjour monsieur », par pure politesse…
Il y a même certains salons régionaux (les plus gros, en général) où les requins, barracudas et autres piranhas sont tellement nombreux, voraces et cannibales que je n'ose plus y mettre les pieds. C'est bien plus valorisant de faire des marchés de Noël ou des fêtes de l'espadrille !

Mais le pire, dans tout ça, c’est quand le fameux « grand squale » trouve quand même le moyen de venir te narguer en te racontant – sans une once de tact – qu’il a vendu comme jamais, voire à te sortir le bilan chiffré de ses ventes quand c’est vrai.

J’ai envie de dire : « mais on s’en balek de tes stats, mec ! On sait bien que tu vendrais père et mère si ça rapportait » ! Mais moi, quand je fais des salons du livre, ce n’est pas pour faire du chiffre, mais pour que mes livres soient vus et lus. Et même si c’est par une poignée de personnes, c’est toujours ça. Et puis je préfère la qualité à la quantité. C’est pour ça que je ne me battrai pas comme si ma vie en dépendait. D'ailleurs ce n’est pas le cas : à côté de l’écriture, j’ai un job qui paie mes factures et que j’aime bien (coup de bol). Ce que je fais, je le fais par passion uniquement, mais sans autre ambition que de faire passer un bon moment à mes lecteurs, fussent-ils rares.

Alors si ça vend, c’est cool. Si ça ne vend pas, c’est pas grave, on, fera mieux la prochaine fois ! En attendant, et même si les requins en question restent relativement fréquentables, malgré un égo et un esprit de compétition surdimensionnés, qu'ils ne s'étonnent pas si on s'arrange pour être positionnés le plus loin possible d'eux 😁

mercredi 16 novembre 2022

Les 5 règles pour écrire son roman dans de bonnes conditions

Je l’ai déjà dit quelque part dans ce blog, mais écrire un roman, c’est un processus très particulier. Je n’hésiterai pas à le comparer avec le travail du comédien, qui doit totalement entrer dans son personnage pour le jouer avec justesse. Pour moi, cela nécessite que je me concentre exclusivement sur mon histoire et mes personnages et que je laisse tout le reste au second voire au troisième plan.

Pour écrire dans de bonnes conditions, il y a cinq règles à respecter :

1/ s’isoler du monde extérieur, des siens, des réseaux sociaux, bref, de tout ce qui pourrait déranger, perturber le processus de création. Ensuite, chacun sa recette, qui suis-je pour juger la vôtre 😁…

2/ réduire ses besoins vitaux au strict minimum pour gagner un maximum de temps disponible et une concentration optimale. Si vous avez quelqu’un pour vous faire à manger, la vaisselle, votre lessive, et surtout qui comprend la nécessité impérieuse de vous laisser tranquille dans ces moments-là, c’est le mieux. 

3/ Laisser l’histoire et les personnages vous pénétrer l’esprit. En fait, ils doivent devenir vous durant le lapse de temps que vous leur consacrez. De cette faculté d’imprégnation va dépendre la crédibilité de votre œuvre.

4/ savoir sortir de l’écriture de votre roman pour aller assouvir des besoins naturels essentiels (manger, boire, dormir, aller aux toilettes, marcher une ou deux heures tout en réfléchissant à votre livre ou au sens de la vie, pourquoi pas ?). Ça a l'air d'entrer en pleine contradiction avec le point n°2, mais en fait non. 

5/ ne pas laisser vos personnages envahir votre personnalité propre. Une fois que vous posez le stylo ou le clavier, ça doit s’arrêter.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que je rentre de deux semaines de congé pendant lesquelles je me suis consacré à l’écriture de mon nouveau roman « Le moment ou jamais » #LMOJ. Pour ce faire, je me suis isolé chez mes parents, qui ont géré toute la partie logistique de mon séjour, sans que j’aie à y mettre le nez (ils ont été adorables et compréhensifs, comme toujours <3). Je me suis plongé dans mes personnages et notamment dans le principal : Roger Barbeau, un gentil papi qui devient un vilain vieux (et je ne vous en dirai pas plus sur la trame du roman). Je suis tellement bien rentré dans le rôle que Roger a transpiré dans mon comportement (un cognaçais en voiture - qui m’avait refusé la priorité - en a fait les frais), et est même resté coincé plusieurs jours après mon retour. Je sens encore sa présence à l’heure où j’écris ces lignes, bien qu’elle s’atténue avec le temps. Rendez-vous compte : j’ai écrit les cinq premiers chapitres, à coup de six heures par jour.

Depuis que j’ai repris le boulot, je n’ai pas eu l’occasion (ou la force ?) de m’y remettre sérieusement, mais je note toujours des idées ou des modifications éventuelles dans un petit carnet qui me servira de pense-bête, pour la prochaine fois. Et la prochaine fois que j’aurais du temps et les bonnes conditions pour m’y replonger, justement, ce sera dans six semaines et demi ! Je me suis fixé l’été prochain, comme deadline, pour fournir le manuscrit quasi définitif à mon éditrice. L’avenir dira si j’ai tenu les délais.

D’ici-là, j’espère ne pas être devenu Roger, définitivement…👹