Affichage des articles dont le libellé est vis ma vie d'écrivain. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est vis ma vie d'écrivain. Afficher tous les articles

vendredi 9 mai 2025

VIS MA VIE D'ECRIVAIN #5 : Dans quelles conditions j'écris ?

Je m'aperçois que je n'ai rien écrit de neuf sur ce blog depuis le 3 mars ! Ça fait plus de deux mois sans nouvelles ! Bon, rassurez-vous, je n'ai pas quitté la planète. Je suis toujours vivant, toujours debout, comme dirait un chanteur énervé. C'est juste que j'ai eu beaucoup de travail jusqu'à la fin avril, puis je suis parti trois semaines en congés, que j'ai mis à profit pour commencer à écrire mon nouveau roman : Un cauchemar sans nom. À l'heure où je couche ces lignes, j'ai déjà les quatre premiers chapitres rédigés et un cinquième en cours. Mais vu que je vais reprendre le travail dès lundi, je suis contraint de me remettre en pause jusqu'aux prochaines vacances. 

Ce qui pose une question essentielle : comment j'écris ? Dans quelle conditions ? 

Je n'écris pas en semaine de travail et rarement en week-end. Pourquoi ? Disons qu'il me faut un certain temps pour "déplier mon cerveau", entrer en phase de créativité. Écrire, ce n'est pas comme répondre à un mail. Cela demande une tension intérieure, un arrachement à la réalité. Et il faut autant de temps (voire plus) pour replier mon cerveau et redevenir un salarié fonctionnel. Donc essayer de m'isoler dans un bureau du boulot et me mettre à écrire entre midi et deux, ce ne sont pas des conditions propices. 

Idem pour le soir (en général, je suis à plat après une journée de travail, pas vous ?). Quant aux week-ends, eh bien c'est le moment de faire un peu d'intendance et de logistique... Et de recharger ses batteries pour la semaine qui arrive. Sans compter les salons du livres, marchés et autres vidéos rigolotes auxquels je participe régulièrement pour le compte d'Astobelarra. Donc là non plus, les conditions ne sont pas idéales. Je ne dis pas que je n'écris jamais les week-ends ou en soirée, mais ça reste relativement rare. D'autre part, j'ai appris de mon ex-épouse "qu'être là sans être là", c'était très risqué pour la vie de couple. Je tiens à ce que ma compagne se sente toujours importante à mes yeux, au moins autant que mes ambitions personnelles (ce qu'elle est, évidemment). 

D'où l'idée de me ménager des plages de travail, de plus ou moins longs espaces temporels qui ne sont consacrés qu'à l'écriture. J'ai mis cela en place depuis à peu près 2013 et c'est plutôt efficace. Dans mon boulot, on bosse en semaines de 39 heures, ce qui nous permet de rajouter presque un mois de congés supplémentaire aux 25 jours annuels autorisés (un mois si on se débrouille bien à caler ses RTT les semaines où il y a des ponts). Parce que oui, ce que recherche en priorité un écrivain, ce n'est pas une augmentation de salaire (quoi que...), mais c'est surtout du temps libre. 

Jusqu'à présent, je me calais sur le mois de mai, qui contient beaucoup de ces ponts. Mais je me suis rendu compte, en vieillissant, qu'attendre cinq mois pour partir en congés avait un inconvénient majeur : la fatigue physique et morale s'accumule trop et il me faut du temps pour être suffisamment en bon état pour me remettre à écrire. Là, par exemple, il m'a fallu une semaine complète de repos. Sur trois semaines de congés. Ça fait donc une semaine de perdue. C'est trop. Je vais donc modifier cela à partir de l'année prochaine et prendre des congés plus courts, mais plus souvent. 

J'entends déjà des petits malins me suggérer que, puisque je manque de temps, je n'ai qu'à démissionner pour me consacrer exclusivement à l'écriture. Je pourrais, en effet. Ce serait un choix de vie. Mais alors je devrais revendre ma maison, m'incruster chez ma compagne, diminuer mon niveau de vie, pour finalement repartir taffer dans des conditions encore moins acceptables qu'aujourd'hui. Retour à la case départ ! Et ça, c'est non ! 

Ce n'est pas que je ne crois pas en mon talent (si, c'est ça en vrai), mais je sais que dans ce métier d'écrivain, il y a beaucoup (de plus en plus) d'appelés et très peu d'élus. Les chiffres croisés de la SGDL (Société ses Gens De Lettres), de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia) et du ministère de la Culture sont impitoyables : en France, moins de 1% des écrivains vivent de leurs droits d'auteurs. Le revenu médian des auteurs déclarés est de moins de 350€ par mois.

Si j'ai écrit six livres qui se vendent plutôt bien (localement), je suis très (très) loin de gagner cette somme, en étant publié chez Astobelarra. D'autant plus que la production littéraire mondiale est en pleine expansion (plus de 70 000 titres par ans), tandis que le nombre de lecteurs, lui, se réduit comme peau de chagrin. En effet, selon le CNL (Centre National du Livre), le nombre de lecteurs français est passé de 70 à 59% entre 2011 et 2024, et la part de non-lecteurs a même doublé (de 9 à 18%) en 10 ans chez les 15-24 ans !

Bref. La littérature, ça nourrit beaucoup l'esprit mais très peu le frigo. Fort de ce constat, je vais donc garder mon emploi qui me plait et qui comporte de nombreux avantages (dont le nombre de jours de repos), tout en continuant à écrire pendant mes congés. C'est, me concernant et jusqu'à présent, un modèle convenable et qui a fait ses preuves. 

lundi 3 février 2025

VIS MA VIE D’ÉCRIVAIN #4

Ce week-end, j’ai participé, comme chaque année depuis la sortie de Mauvais berger !, au salon du livre de Navarrenx. Astobelarra présentait quatre livres au prix des remparts cette année, et c’est avec une joie non dissimulée que la maison d’édition souletine a raflé une troisième récompense (dans ce salon), grâce à Les Sens hors des nerfs, le dernier roman de Thomas Ponté, preuve s’il en fallait une, que nos auteurs sont des cracks et leurs textes de grande qualité. Comble de bonheur, nous y avons réalisé (de très haut) notre meilleure performance commerciale depuis que nous participons à ce salon (je sais que c’est un sujet considéré comme trivial par nombre d’écrivains, auxquels je rappelle qu’ils écrivent à la base pour être lus, donc pour que leurs livres soient vendus, eh oui).

Mais je ne suis pas là aujourd’hui pour passer la brosse à reluire à mon éditeur ni à Thomas Ponté (même s’il le mérite, et ce depuis la sortie de son tout premier livre) ni pour parler "pognon de dingue". Dans ce type d’évènement, il arrive parfois qu’il y ait de courtes vagues de clients potentiels et parfois de longs creux, durant lesquels j’ai tout le loisir d’observer mon prochain, avec un œil souvent critique et implacable, il est vrai...
Dans les épisodes précédents, je vous ai fait le portrait d’improbables badauds ou de confrères plus ou moins opiniâtres. Concernant ces derniers, je pensais avoir tout vu, en 18 ans de salons/marchés en tout genre. Erreur ! Il y a toujours pire et avec encore moins de scrupules !

Ce coup-ci, je me suis agacé (et je ne suis pas le seul) du comportement absolument détestable d’un auteur qui, non content d’afficher une expression dédaigneuse pendant tout le week-end, a passé le plus clair de son temps à interpeler les passants, à peine avaient-ils ouvert la porte. Le type se trimbalait dans les travées (parfois loin de son propre stand) avec une affiche A3 plastifiée dans chaque main et les refourguait impérieusement aux gens avant qu’ils aient eu le temps de dire ouf. Le samedi, il y avait 5 auteurs dans le coin où l’organisation l’avait placé (devant l’une des entrées). Le soir même, 3 d’entre eux avaient lâché l’affaire, excédés et découragés, car en face d’un tel zozo adepte de la concurrence la plus déloyale et la plus impitoyable, impossible de vendre quoi que ce soit. Le dimanche, le quatrième auteur restant a tenu jusqu’à 16 heures, et a préféré partir avant de devenir violent (et on le comprend).

Pile à côté : le même vampire mais « en femme » et qui n’a pas hésité à placer son roll-up juste devant le stand de l’infortuné quatrième, dès qu’il a eu le dos tourné. Aucun respect, aucune vergogne, aucune dignité ! Je ne comprendrais jamais ces gens qui sont prêt à toutes les provocations, toutes les exactions et à marcher sur la gueule des autres pour sortir du lot. Tout ça pour vendre un pauvre livre de plus que le voisin. Il me semble que les organisateurs de salons devraient faire signer un règlement intérieur à chaque exposant, dans lequel serait spécifié qu’il est interdit de démarcher à l’extérieur de son stand, interdit de prendre les gens à partie, interdit de racoler et de faire de la vente forcée et surtout interdit de manquer de respect à ses confrères. Il y va du maintien d'une bonne ambiance comme de la réputation des salons du livre. 

Alors on pourra arguer qu’une signature, ça n’engage que ceux qui respectent les règles. Pourtant, si tout est bien spécifié noir sur blanc et accepté par tous les exposants, ça devient quasi-contractuel. Il n’y aurait alors aucun mal à dénoncer puis à dégager le ou les indésirables qui n’en tiendraient pas compte ! Après tout, un homme averti en vaut deux.
D'ailleurs, si ça ne tenait qu'à moi, ce serait : « Tu fais chier tout le monde ? Ben t’es viré (et tricard partout), basta ! »
Ça m’agace d’avoir à écrire ça, mais même dans ce milieu, où l’on pourrait penser que les gens sont un peu mieux éduqués, plus cultivés et donc plus respectueux des autres que la moyenne, l’homme reste un loup pour l’homme. Aussi vrai que certains ne comprennent rien d’autre que la sanction la plus radicale.

dimanche 5 janvier 2025

ON NE PARLE BIEN QUE DE CE QU’ON CONNAÎT…

C’est, du moins, ce que prétend la maxime. Mais est-elle applicable au travail d’un romancier ? Je me pose cette question car je suis en train de terminer « Dernière nuit à Twisted River », excellent roman de John Irving, et le personnage principal, un romancier (ça ne s’invente pas), s’amuse s’agace de cette manie qu’ont les journalistes de toujours chercher à savoir si tel ou tel personnage, telle ou telle situation, sont directement inspirés de la réalité, de l’expérience ou de la vie de l’auteur : « Quant aux anciens journalistes devenus romanciers, ils adhéraient tous à ce morne précepte hemingwayien : parler de ce qu’on connaît. Foutaise ! Il ne faudrait parler que des gens qu’on connaît ? Ô combien de romans mortellement ennuyeux on commet au nom de ce principe fumeux et boiteux ! »

Avec ma petite expérience d’écrivain local, je dois également répondre à ce genre de questions lorsque je sors un bouquin : « Est-ce que c’est autobiographique ? Est-ce que ce personnage – qui en prend plein la gueule – ne serait pas directement inspiré de tel chef d’entreprise (et ancien maire), qui a un jour été ton patron ?  Est-ce que celui-ci ne serait pas le portrait craché de ton ex-femme ? Il a vraiment fait ci, elle a vraiment dit ça ? » À la décharge des gens de la presse, dont j’ai fait partie durant la première décennie de ce millénaire, je situe les histoires que je raconte sur mon lieu de vie (tout comme beaucoup d’autres auteurs, John Irving ou Stephen King inclus). Forcément, cela peut laisser penser que je parle aussi des gens d’ici et que je chercher à régler des comptes. Difficile de contredire…

Pourtant, et mis à part « Mauvais berger ! », qui est une tranche de vie dans laquelle je n’ai rien inventé, mes livres sont en grande majorité des histoires fantastiques, ou des thrillers horrifiques. Ce sont des romans, c’est à dire des histoires créées de A à Z, avec des personnages entièrement construits pour l’occasion. Même le cadre où se déroule l’action n’est pas exactement conforme à la réalité. C’est une Soule fantasmée, où seules les grandes lignes (les couleurs, les forêts, le nom des lieux et des collines…) sont respectées. Le reste étant comme une empreinte de pas dans la neige. On sait que c’est un pied chaussé de crampons qui l’a faite, mais ce n’est pas le pied en lui-même que l’on voit. Juste le souvenir plus ou moins lointain et dégradé qu’il a laissé après son passage.

Pour les personnages, c’est à peu près la même chose. La différence, c’est qu’ils sont davantage des amalgames d’empreintes que des emprunts directs à telle ou telle personne réelle. Tout comme les monstres/robots en Légo que je fabriquais, enfant, ce sont de pures constructions, uniques, faites de briques existantes et que je m’amuse à mixer dans tous les sens, flirtant souvent avec la caricature (je ne m’en cache pas). Par exemple, pour « Antton Aguer », qu’on retrouve brièvement dans « L’infection T1 : Contage » et dans « Le Moment ou jamais », certains traits de caractère sont empruntés à tel politicien local, d’autres à tel manager d’entreprise, et d’autres encore à deux ou trois autres tyrans rencontrés tout au long de ma vie. Il y a même du « Aimé De Mesmaeker » chez Antton Aguer, pour ceux qui auront la référence ! C’est d’ailleurs l’image qui me guidait parce que je souhaitais coller une dimension tragi-comique à ce personnage.

Vous l’aurez compris, mon but n’est pas d’afficher qui que ce soit en particulier, mais qu’au final, personne – ou n’importe qui – puisse se reconnaître dans ces figures peu nuancées.
En conclusion, mes personnages s’inspirent de la réalité, mais ils ne sont pas la réalité. Ils viennent de moi, ils sont moi. Ce sont des interprétations personnelles d’empreintes déformées laissées dans ma vie par une multitude de vrais gens. Peut-être me suis-je inspiré de quelques-unes d’entre vous pour créer « Jessica » (dans « Les Routes du crépuscule ») ? Peut-être que j’ai décalqué des petits bouts de votre personnalité lorsque j’ai construit « Patrice Bodin » (dans les trois tomes de « L’infection ») ? En tout cas, vous seriez bien bêtes de vous en offusquer, si jamais vous vous reconnaissiez ! ^^

mardi 17 décembre 2024

VIS MA VIE D’ÉCRIVAIN (#3)

Je lisais ces derniers jours cet article paru dans le Monde, et putacliquement intitulé « Ces écrivains qui dédicacent leurs livres en supermarché, « entre les rillettes et les lessives ». On peut y découvrir les témoignages de divers auteurs (le plus souvent auto édités) qui n’hésitent pas à aller vendre leurs livres directement dans les temples de la surconsommation... 

Alors dit comme ça, ça peut paraître glauque, mais en réalité, si on regarde bien, le dernier Houellebecq, le dernier Werber ou le dernier Nothomb trônent déjà côte à côte dans les rayons des Carrefour Market et autres Intermarchés. Donc la présence des livres n’est pas incompatible avec celle des saucissons, des couches culottes ou du Castelvin. Certes, les auteurs en question n'y vendent pas leur littérature en personne, mais il faut dire qu’ils n'ont pas non plus le même rayonnement, les mêmes circuits de distribution ou les mêmes tirages que nous autres, obscurs petits auteurs ruraux.
Les lumières parisiennes se doivent d’éclairer la province jusqu’au fin fond des campagnes, tandis que le parfum du lisier, lui, n’a pas vocation à monter jusqu’aux nez fins des salons de Paname. Chacun chez soi et les veaux et les vaches seront bien gardés ! 

---------------------------------------------------------------------------

Voilà ! Un petit tacle bien senti à l’endroit des « têtes de veau » qui sont de tous les réseaux d’influence, et surtout, ne frayent qu’entre eux ! 
Et non, je ne suis pas aigri : je constate. Lorsqu'on envoie un livre qui a bien marché localement ou qui a du potentiel à des médias nationaux, avec une super lettre de motivation bien ciblée, rien ne se passe jamais (Notez qu'il n'y a aucune obligation).
Mais la moindre des politesses serait qu'ils envoient au moins un mail pour dire "on a bien reçu merci, mais non, désolé, on n'en parlera pas". Au lieu de ça, on a juste droit au ghosting le plus méprisant.
Pisser dans un violon aurait eu plus d'effet que de gâcher un livre de cette façon. Livre qui aurait pu être vendu à une personne qui l'aurait sans doute lu et peut-être même apprécié à sa juste valeur !

---------------------------------------------------------------------------

Mais revenons à nos moutons : si l'on excepte les "espaces culturels", je n'ai pas encore sauté le pas des supermarchés dits classiques. Notez que je ne dis pas un non catégorique, non plus. Foin de snobisme déplacé : je ne suis pas fermé à l'idée, je ne veux juste pas que la passion qui m’anime devienne un sacerdoce, que dis-je, un sacrifice au détriment d’autres choses tout aussi importantes pour moi (comme la vie de famille, par exemple) ! Je fais déjà tout cela sur mon temps libre et je trouve que je suis déjà pas mal overbooké. Si je rajoute des rencontres/dédicaces dans les supermarchés, Je ne sais pas quand je vais trouver le temps de me reposer… 

En tout cas, je n’ai aucune honte à proposer mes (nos) livres à la vente sur les marchés locaux, dans les salons du livre dans des librairies indépendantes (ou pas, d’ailleurs) qui nous soutiennent, dans des événements organisés par des associations comme des comités d’entreprise, sur notre site internet (http://www.astobelarra.fr) ou dans les marchés de Noël. Au contraire : je considère que nos livres (et de manière générale tous les livres) sont des produits - culturels, certes - mais des produits comme les autres ! 

Et puis je ne m’interdis pas de public particulier. Je pense que nos livres peuvent être lus par toutes et tous, sans discrimination. On ne va pas demander à un client potentiel, qui tient notre livre entre ses mains, s’il est chasseur, cadre chez Total, au RSA, ou s’il vote RN, hein ? Ce genre de considération n’entre pas en compte.
La littérature est pour tout le monde, et si notre travail permet d’ouvrir les esprits (ou juste de faire oublier pour quelques temps ce monde de merde dans lequel on vit), alors c’est mission accomplie ! 

À propos de marchés de Noël, les prochaines (et dernières) dates sont les 18 et 21 décembre à Hasparren (stands tenus par Thomas Ponté) et vous pourrez me retrouver "in the flesh" le 22 décembre à Ordiarp, de 10h à 13h ! 🎄🎅 

jeudi 15 décembre 2022

VIS MA VIE D'ÉCRIVAIN #2

Un autre truc particulièrement énervant dans les salons du livre, ce sont les auteurs qui chopent les gens au vol et qui forcent à la vente. Le plus souvent et fort heureusement, la plupart des écrivains qui recourent à ce procédé, que j’estime déloyal*, le font sans trop insister. En général, si ça ne mord pas, ils lâchent l’affaire. Mais il existe des spécimens qui n’ont aucune morale et qui ne s’arrêtent jamais : 

  • Ils apostrophent les gens par tous les moyens possibles, avec culot et mauvaise foi : « Vous avez une belle écharpe orange, Madame ! Figurez-vous que dans mon dernier roman, l’héroïne porte aussi une écharpe orange ! Coïncidence, je ne crois pas, non… » ou alors : « Vous avez quelle âge mademoiselle ? 10 ans ? Quel bel âge ! comme l’héroïne de ce roman ! » et hop, que je te fourre le livre entre les mains, que je me rapproche le plus près possible en plongeant mes yeux irrésistibles dans les tiens et que je te blablate jusqu’à ce que tu cèdes au vertige… Ce rentre-dedans marche presque à chaque coup !
  • Ils te glissent (quasiment de force) leurs livres dans les mains. Du coup, difficile de s’échapper. Beaucoup cèdent parce qu’ils sont conquis (l'auteur est un séducteur né), ou alors parce que l’auteur leur fait pitié (oh, le pauvre petit pépé, il a l’air si gentil…) ou parce qu’ils veulent juste qu’on leur foute la paix. Rares sont les poissons qui s’échappent de ces grossiers filets.
  • Ils vont chercher le chaland dans les allées, parfois loin de leur stand : « Je vois que vous êtes perdu ! Venez par ici, que je vous montre le meilleur stand de ce salon ! » ou encore : « Vous, vous n’avez pas encore lu mes livres ! » et zou, le lecteur est pris.
  • Parfois, ils viennent voler des curieux directement sur ton stand, en n’hésitant pas à dénigrer ouvertement ton travail, mais toujours avec le sourire et sur le ton de la rigolade : « Oh, salut Jean-Louis ! Tu me cherchais je vois ! je suis de ce côté-ci, viens ! » Et hop, le client qui aurait pu rester un peu plus longtemps à feuilleter tes bouquins suit le copain requin et tu perds une occasion.  Parfois, ça va plus loin : « Ah mais faut pas rester là, ils ont le Covid ! » ou encore plus direct : « Mais que faites-vous là ? Venez voir mon stand, il est bien plus beau que le leur ! En plus, c'est nul ce qu'ils font ! » Le pire, c’est que ça fonctionne. 

Alors on pourrait m’opposer que ce sont de simples techniques de marketing un chouïa offensives, et que si je savais faire, j’en ferais de même. FAUX ! La preuve : quand je rentre dans une boutique pour voir les produits et que le vendeur me saute dessus avant même d’attendre les 5 minutes réglementaires, ça m’agace tellement que je fuis sans acheter. Et vous me connaissez, dans la mesure du possible, je ne fais pas aux autres ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse.

*Je trouve le procédé déloyal parce qu’on est tous dans la même galère, mais on n’utilise pas tous les mêmes armes. En plus, les auteurs qui s’adonnent à ces méthodes vendraient quand même plus que les autres, sans cela : ce sont souvent des écrivains/vaines d'un certain âge avec une production longue comme le bras et accompagnés par des réseaux de distribution qui ont fait leurs preuves. Pour terminer, dans un salon du livre classique (dans une grande salle, tous entassés les uns contre les autres), c’est difficile de sortir du lot. Et le lecteur qui a acheté 3 livres sur le stand du requin-marteau d’à côté soit :

  • ne s’arrête pas à ton stand quand il ne l’ignore pas carrément,
  • te répond qu’il ne peut pas acheter tous les livres du salon – alors que tu lui as juste dit « bonjour monsieur », par pure politesse…
Il y a même certains salons régionaux (les plus gros, en général) où les requins, barracudas et autres piranhas sont tellement nombreux, voraces et cannibales que je n'ose plus y mettre les pieds. C'est bien plus valorisant de faire des marchés de Noël ou des fêtes de l'espadrille !

Mais le pire, dans tout ça, c’est quand le fameux « grand squale » trouve quand même le moyen de venir te narguer en te racontant – sans une once de tact – qu’il a vendu comme jamais, voire à te sortir le bilan chiffré de ses ventes quand c’est vrai.

J’ai envie de dire : « mais on s’en balek de tes stats, mec ! On sait bien que tu vendrais père et mère si ça rapportait » ! Mais moi, quand je fais des salons du livre, ce n’est pas pour faire du chiffre, mais pour que mes livres soient vus et lus. Et même si c’est par une poignée de personnes, c’est toujours ça. Et puis je préfère la qualité à la quantité. C’est pour ça que je ne me battrai pas comme si ma vie en dépendait. D'ailleurs ce n’est pas le cas : à côté de l’écriture, j’ai un job qui paie mes factures et que j’aime bien (coup de bol). Ce que je fais, je le fais par passion uniquement, mais sans autre ambition que de faire passer un bon moment à mes lecteurs, fussent-ils rares.

Alors si ça vend, c’est cool. Si ça ne vend pas, c’est pas grave, on, fera mieux la prochaine fois ! En attendant, et même si les requins en question restent relativement fréquentables, malgré un égo et un esprit de compétition surdimensionnés, qu'ils ne s'étonnent pas si on s'arrange pour être positionnés le plus loin possible d'eux 😁

mercredi 7 décembre 2022

VIS MA VIE D'ECRIVAIN (#1)...

J'ai vécu ça un paquet de fois :

- les séances de dédicaces où personne ne vient, ou alors deux pelés et un tondu, mais pas pour toi,

- celle où tu te fais engueuler par un type qui n'a même pas lu ton livre juste parce que le titre ne lui revient pas : "Mauvais berger ! C'est quoi ce titre débile ? Ça n'existe pas les mauvais bergers, grrr...",

- celle où il y a du monde, mais où ton voisin, confrère "mais néanmoins ami" de la "maison d'édition concurrente", truste tous les visiteurs (quand il ne vient pas les chercher directement sur ton stand, parfois en dénigrant ouvertement ta production - lire ici !)... 😱

- Celle où un type vient te tenir la jambe pendant des heures, à te raconter sa vie, pour finalement partir sans te prendre ton putain de bouquin.

- Celle où la lectrice "intéressée" s'aperçoit soudain qu'elle n'a pas de monnaie pour payer, te dit qu'elle "va retirer au distributeur et qu'elle revient en suivant". J'ai fini par cesser de l'attendre.

- J'ai connu des salons du livre où tu te tapes 150 bornes/aller pour revenir bredouille, désespéré et désargenté le lendemain,

- et ceux où tu vois bien que les gens qui viennent ne viennent pas du tout pour les livres, mais pour s'abriter du froid ou de la pluie...

- J'ai quelque fois bravé les éléments dans des marchés en plein hiver pour ne vendre qu'un pauvre livre à 3€ et choper une angine en prime.*

- Et puis j'ai aussi connu les conférences de presse où, malgré un arrosage en grandes pompes deux semaines avant, avec distribution généreuse de "services presse", aucun journaliste ne vient... Aucun article ne sort. Jamais.

Alors je ne serai sans doute jamais aussi célèbre que Stephen King ou même Bernard Werber (notez que ça n'a jamais été mon ambition), mais je pourrais raconter tellement d'autres anecdotes croustillantes autour de la sortie de mes 5 livres, si vous saviez... Mais à quoi bon remuer la fosse à purin ? C'était marrant quand j'étais jeune. Aujourd'hui, si j'ai gardé un côté provocateur, j'aspire à davantage de sérénité dans ma vie quotidienne.

Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il ne faut pas se décourager et qu'il ne faut conserver aucune aigreur, aucun ressentiment. Ça fait partie du lot de tous les auteurs, qu'ils soient grands requins blancs des tréfonds du Pacifique ou petites crevettes grises des ruisseaux de montagne.
Il faut juste croire en ce qu'on fait et d'ailleurs, ce qu'on fait, on le fait d'abord pour soi. 
La sauce finira par prendre, ou pas.

En ce qui me concerne, je saurai me contenter d'une minuscule trace de mon passage sur terre laissée dans quelque bibliothèque familiale anonyme. Ou dans quelque obscure boîte à lire rurale. 😋

*J'ai aussi connu des marchés de Noël où j'ai vendu tout mon stock de livres en une heure et où j'ai dédicacé "à tour de bras" (toutes proportions gardées). Ces moments-là, de pure félicité, compensent voire éclipsent tous les autres !