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mercredi 8 juillet 2026

C'EST PAS SORCIER, MAIS C'EST OBSESSIONNEL !


Lorsque je vends nos livres sur le stand des éditions Astobelarra, on me demande souvent comment j’écris les miens. Apparemment, écrire des romans, ça semble être une prouesse pour le commun des mortels, mais en ce qui me concerne (et sans vouloir passer pour un petit prétentieux), il n’y a rien d’extraordinaire : ce sont juste des idées, un carnet, un stylo et surtout beaucoup de temps. Le reste, il y a de grandes chances pour que vous l’ayez appris à l’école ou dans les livres que vous lisez (si vous lisez). Comme je l’ai déjà écrit ici, les rêves que je fais la nuit sont ma principale source d’inspiration ; ce qui se prête bien à mon genre de prédilection : le fantastique. Mais ensuite, comment ça se passe ?

Il n’y a pas de recette type. Chaque écrivain possède son propre mode de fonctionnement, qui ne conviendrait sans doute pas à un autre. L'enjeu étant de trouver lequel est le sien propre. Moi j’ai compris comment je fonctionnais après Pandémie, le tome 2 de L’infection (mon troisième livre). Ce dont il faut bien être conscient, c’est que tout est une histoire de… temps qu’on consacre à son œuvre. Et de passion. J’écris tous les jours, que ce soit pour mes romans, mon blog, ou autres…

Par exemple, j’écris en détail tous mes rêves dans un calepin ou sur Notes, une appli de mon smartphone. Je les mets en forme et soit je les garde pour moi, si c’est trop intime, soit je les publie sur Instagram ou sur mon blog quand ça le mérite. Parfois, ces historiettes en restent là. Parfois, mon cerveau arrive à faire des liens entre elles et alors une trame émerge du brouillard. Je distingue un semblant de chemin.

Une sorte de ligne temporelle sur laquelle des événements se placent de façon plus ou moins logique. Au départ, c’est souvent un début, un milieu et une fin. Parfois quelques jalons timides se calent entre chacun de ces trois principaux cairns. Ce sont soit des rêves, soit des personnages, soit des anecdotes réellement vécues (par moi ou un/une autre) et que je modifie et transpose dans le récit.

En général, cette timeline très succincte me suffit pour ressentir les premiers soubresauts électriques du flow dans mes entrailles, sous ma peau. Je commence comme ça. Et peu à peu, au gré du temps qui passe, de mes trajets professionnels pendant lesquels je laisse mon esprit vaquer divaguer (j’effectue plus de 30 000km par an pour mon travail, alors vous savez, j’ai du temps pour réfléchir), les choses se mettent en place.

Comme je l’ai dit ailleurs sur ce blog, j’ai beaucoup de mal à me mettre à rédiger au long cours, si je n’ai pas au moins huit heures d’affilée disponibles. C’est pour ça que j’écris mes romans essentiellement pendant mes congés ou week-end. Mais tout se joue dans mon cerveau en tâche de fond. En gros, je préécris mes livres dans ma tête. Je construis mes personnages, je trouve mes mots, j’agence mes phrases de manière virtuelle avant de les coucher sur mon ordinateur (et de les réarranger si nécessaire – et croyez-moi, ça l’est !).

Il me faut environ un an à un an et demi pour terminer un premier jet. Ensuite, je laisse « reposer la pâte ». Parce que lorsque j’écris, c’est comme une course de vélo : je suis le nez dans le guidon et je ne vois que ma roue avant et les 10 prochains mètres. Souvent, la route est lisse et calme, mais gare aux chausse-trappes et à la pluie ! Je trouve cette métaphore très classique mais appropriée (et d’actualité).

LA PASSION, COMME FRANÇOIS PIGNON

Un à deux mois plus tard, je reprends mon manuscrit : je relis, je corrige, je rajoute, je supprime, je peaufine avec un esprit frais. Ça me prend à peu près un mois de plus (quand je ne le fais pas pendant mes congés, sinon, deux semaines suffisent). Ensuite, j’envoie ce premier jet corrigé au comité de lecture, afin d’avoir leur avis. Un mois plus tard, j’ai obtenu leurs retours constructifs et je me remets à l’ouvrage, précisant ceci, reformulant cela… car j’ai toujours du mal à lever le nez du guidon ! À ce propos, avez-vous remarqué à quel point c’est compliqué de se relire ? C’est comme si notre cerveau refusait de le faire : « Nan, je sais déjà ce que ça raconte, pas la peine que je me casse le cul. Allez, salut ! ».

Mais je ne suis pas toujours tous les conseils des collègues d’Astobelarra à la lettre parce que je suis le seul à savoir vraiment ce que j’ai en tête. Et comme je ne révèle jamais tout (notamment dans mon dernier livre, qui aura une suite), leur jugement peut parfois être biaisé… Mais je prends ce qu’il y a à prendre. J’en ai à peu près pour un mois de travail supplémentaire avant de pouvoir dire sans honte : ça y est, je suis prêt !   

Vous voyez : il n’y a rien de sorcier. C’est juste une histoire de passion (la même que celle qui anime François Pignon avec ses cathédrales en allumettes, dans Le Dîner de cons, pour ceux qui n’auraient pas la réf.) et d’organisation du temps de travail. Comme toute médaille, il y a un revers… Tout ce temps, si précieux, qu’on consacre à son œuvre, on le vole forcément à quelqu’un. Oui, ça ne doit pas être de la tarte de me supporter au quotidien, dans mes périodes de créativité.

J’en ai bien conscience et j’en suis désolé pour toutes les victimes collatérales (essentiellement mes proches et mes collègues de boulot). Mais ça va avec ce que je suis : on prend le tout (le bonhomme et ses défauts) ou on ne prend rien. J’ai encore des tas d’histoires à raconter et je ne suis pas prêt à en sacrifier une seule.

En fait, je réalise que j’ai beaucoup de similitudes avec le personnage principal de mon nouveau roman, Un Cauchemar sans nom : je suis un grand adulescent totalement égocentré, au comportement addictif et obsessionnel. Malheureusement, je crois bien que ce sont aussi quelques unes des « qualités » nécessaires pour écrire des romans. Ou, plus largement, pour créer quoi que ce soit d’artistique.

Envie d'en savoir plus ? Jusqu'au 20 juillet 2026, vous pouvez précommander mon dernier roman (véritable métaphore du métier d'écrivain – je précise) à cet endroit précis ! Non seulement vous filerez un petit coup de pouce aux Éditions Astobelarra, mais en plus, vous économiserez 5,70€ (frais de port inclus) car après cette date, ce sera plein tarif pour tout le monde ! Alors on arrête de tergiverser et on sort sa CB ! 😁 

mercredi 24 juin 2026

#UCSN : INTERVIEW JUIN 2026

#LMOJ, mon livre précédent !

À la veille (presque) de la sortie de mon nouveau roman Un Cauchemar sans nom, Thomas Ponté (également auteur et membre actif de notre maison d'édition) a bien voulu se prêter au jeu de l’intervieweur pour le compte des éditions Astobelarra et tenter de me tirer les vers du nez. Je pense qu’il s’en est bien sorti ! En tout cas, ses questions sont beaucoup plus naturelles et incitatives que celles de n’importe quelle IA que j’ai pu solliciter… Et lui au moins, il a lu mes livres et il est capable de faire des comparaisons et des liens logiques ! Quant à mes réponses, à vous de juger si vous apprenez quelque chose de nouveau, ou pas :

Thomas Ponté : Quel est ton pire souvenir, en tant qu'écrivain ?

Etienne H. BOYER : On va commencer par le meilleur, si tu veux bien ! Si je devais en choisir un, je dirais que mon meilleur souvenir en tant qu’auteur, c’est lorsque l’imprimeur m’a livré la première édition de Mauvais berger ! Les voir, là, comme ça, dans leurs cartons, tous bien rangés en rang comme des petits soldats, ça m’a fait bizarre. Un peu comme lorsque mes vrais enfants ont vu le jour.
À 37 ans, j’avais (enfin) donné vie à un livre !
Le pire souvenir, ce serait le jour de la sortie de Les Routes du crépuscule, je pense. Nous sommes allés à cinq, Thomas Ponté, Constance Dufort, Caroline Herrera et moi-même au salon du livre d’Hendaye. Nous étions placés tout au fond de la salle, l’entrée pour les visiteurs était payante et consécutivement, il n’y a pas eu grand monde. Résultat : 120 kilomètres, presque deux heures de route et huit heures de présence… pour qu’aucun d’entre nous ne dédicace un seul livre ! La Bérézina, comme on dit !
Plus jamais ça !!!

Thomas Ponté : Au-delà de l'aspect technique de l'écriture au sens strict, quelles peuvent être les étapes mentales par lesquelles il t'arrive de passer ? 

Etienne H. BOYER : Lorsque j’ai un roman en tête, plus rien d’autre ne compte. Mon cerveau est sans cesse noyé de pensées invasives (en rapport avec l’histoire). Et lorsqu’enfin j’arrive à me forcer à me concentrer sur autre chose, je sens que ça travaille toujours en tâche de fond. C’est assez compliqué à gérer, car il faut composer avec le travail, la famille, les amis, la maison d’édition, les besoins essentiels… On ne doit faire l’impasse sur rien. Mais ça demande beaucoup d’énergie et je suis généralement une loque, une fois que le livre est terminé.
L’autre moment difficile, c’est lorsque mon manuscrit est partagé au comité de lecture. C’est là (et seulement là) que le doute me prend. Et si c’était nul ? Et si ça ne plaisait pas ? Et si j’avais travaillé pour rien ?
Mais tout n’est pas négatif : par exemple, il y a ces périodes de créativité intense au cours desquelles les vannes du flow sont ouvertes. La dopamine coule à flots dans mes veines et écrire devient alors comme une drogue, jusqu’à s’en oublier. Plus rien ne compte, autour. Je peux passer 20 heures sans manger, sans ressentir la moindre fatigue, le moindre manque, la moindre douleur physique dans une espèce d’euphorie électrisante. Quand vous lirez Un Cauchemar sans nom, vous retrouverez sûrement les chapitres qui ont été écrits dans le >flow.

Thomas Ponté : Tous tes romans appartiennent au fantastique et à la SF ; d'où te vient cet attrait particulier pour ce genre ? Et est-ce que tu te sentirais d'écrire un roman purement réaliste ? 

Etienne H. BOYER : Alors ça, je pense que ça vient de mon éducation. Je suis un enfant des seventies, donc j’ai baigné dans la culture Goldorak, San ku Kai, Star Wars, puis les livres dont vous êtes le héros, Orwell, Barjavel, Lovecraft, Poe, Stephen King, Mad Movies, Fluide Glacial, les comics, et puis les BD comme Druuna ou le Mercenaire… Puis il y a eu les séries télé comme V, Code Quantum, les X-Files et surtout Twin Peaks, et le cinéma avec Terminator, Freddy Krueger, The Shining, les films de zombie, la pop music et le Heavy Metal. En fait, si vous voulez un résumé assez bien vu de cette période, il vous faut regarder les cinq saisons de Stranger Things, des frères Duffer.
Donc ma culture générale, c’est celle-là. Je ne suis pas spécialement nostalgique de la période, mais elle fait partie de moi. Quand on prend tous ces ingrédients, qu’on les mets dans un mixer et qu’on appuie sur le bouton, ça donne un curieux gaspacho à base de dystopie fantastique, de pop culture, de pulp, de gore et de sexe.

Thomas Ponté : Dans LRDC, ton héros se retrouve projeté dans sa jeunesse ; si tu devais tout recommencer toi aussi, en tant qu'auteur, garderais-tu le même cap, ou changerais-tu ton approche de l'écriture ?

Etienne H. BOYER : Si je pouvais retourner dans le passé tout en gardant la mémoire de mon vécu, comme Maxime, je me mettrais à écrire (pour être lu) beaucoup plus tôt. J’écris depuis longtemps, mais ça restait plus ou moins d’ordre privé. J’avais déjà des histoires qui me trottaient dans la tête et que j’avais commencé à rédiger dans un cahier (essentiellement des scenarii de BD parce que plus jeune, je rêvais de devenir dessinateur de BD) mais sans oser aller plus loin. Manque de maturité et de confiance en moi, sans doute ?
En fait, c’est vraiment mon passage en tant que correspondant local de presse chez Sud-Ouest qui a débloqué cette évolution, je pense. Mais cette période est intervenue assez tard dans ma vie. J’avais déjà 30 ans. 

Thomas Ponté : Quel serait pour toi le roman ultime que tu rêverais d'écrire ?

Etienne H. BOYER : J’adorerais écrire un gros roman comme le fait John Irving. Avec une vraie histoire au long cours qui donne du rêve et qui ne serait pas un roman fantastique ni un polar. Un truc qui plairait enfin à ma mère… Mais ce n’est pas ce que je fais.
Je sais que c’est un pari assez risqué, commercialement parlant, de se cantonner aux romans de genre (c’est un peu un public de niche), mais bon. Moi je fais dans le divertissement, le thriller fantastique, le gore. J’écris ce que je suis, ce que j’ai dans la tête, ce que j’aime lire. 

Thomas Ponté : Tes intrigues sont toujours le fruit de rêves que tu fais, mais est-ce qu'à l'inverse ta vie d'écrivain se retrouve parfois dans tes rêves ?

Etienne H. BOYER : Étrangement, les deux univers ne sont pas poreux entre eux. Je rêve de tas de choses différentes qui finissent souvent dans mes romans, mais jamais que j’écris (ou que je participe à un salon du livre), jusqu’à aujourd’hui. Du moins, pas que je me souvienne parce que, comme tout un chacun, je ne me souviens pas toujours de tous mes rêves.

Thomas Ponté : Y'a-t-il des choses qui peuvent te mettre la pression quand tu écris ?

Etienne H. BOYER : Ce qui me met la pression, c’est le temps qui passe, durant lequel je ne peux pas écrire (ou travailler sur mon livre en cours) parce que je suis au boulot, parce que ma famille ou mes amis ont besoin de moi, parce que je dois consacrer du temps à Astobelarra, etc. Pour pouvoir écrire sereinement, j’ai besoin de conditions spécifiques. Le temps disponible est l’élément essentiel, (je n’aime pas me mettre à écrire si je n’ai pas au moins huit heures devant moi) mais il y en a d’autres, comme la solitude, l’isolement, la musique…

Thomas Ponté : S'agissant de ton travail, quelle est la question ou la remarque que tu ne supportes plus d'entendre ?

Etienne H. BOYER : « Pourquoi tu te fais chier avec tout ça ? C’est une perte de temps ! » Ce que je fais, que ce soit écrire des romans, éditer les livres d’autres auteurs et les vendre sur le marché de Mauléon-Licharre, ce n’est pas pour devenir millionnaire ; c’est par pure passion (et par besoin viscéral de partager ce qui me trotte dans le crâne). Et la passion, c’est forcément déraisonnable pour ceux qui ne la comprennent pas. Au pire tu passes pour un fou, au mieux pour un François Pignon.

Thomas Ponté : As-tu écrit quelque chose que tu as du mal à assumer, avec le recul ?

Etienne H. BOYER : J’assume tout ce que j’ai écrit. Cela dit, si j’avais le temps et la force, je réécrirais le tome 1 de L’infection. Pas que je ne l’aime pas, mais on va dire qu’aujourd’hui, 14 ans plus tard, je ne l’aurais pas écrit comme ça, avec tous ces anglicismes et ces termes techniques. Je supprimerais le lexique et je rendrais le texte plus fluide. Bon, je ne le ferai jamais, en vérité. Car contrairement à Mauvais berger !, qui était incomplet, puisque je lui ai rajouté un paquet d’anecdotes qui me sont revenues après coup, L’infection T1 Contage, s’il n’est pas absolument parfait, est tel qu’il devait être : c’est un premier roman, avec ses qualités et ses défauts. J’en reste très fier et il est la première pierre à « mon édifice ».  

Thomas Ponté : Dans ton nouveau roman à paraître, UCSN, tu crées des ponts avec tous tes autres livres (y compris Mauvais berger !). Est-ce qu'il faut forcément avoir lu tes précédents travaux pour pouvoir suivre ?

Etienne H. BOYER : Pas du tout. C’est un roman à plusieurs niveaux de lecture et donc chacun y trouvera ce qu’il veut. Celui ou celle qui n’a pas lu mes précédents efforts ne sera pas perdu car j’explique ce qui doit l’être en temps voulu. Quant à ceux qui connaissent le reste de mes livres, ils y trouveront de nombreux clins d’œil, certains évidents, d’autres plus subtils. Ce sera un peu comme une partie de « Mais où est Charlie », pour eux !   

Thomas Ponté : Les rêves de ton personnage modifient la réalité. Il en est victime mais en devient également l'horloger conscient, aux dépens de son entourage. Comment as-tu jonglé avec cette dualité ? Et penses-tu que tu te conduirais de façon plus responsable ?

Etienne H. BOYER : Comme aurait dit Lord Acton, je pense que « le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument ». Il suffit de regarder les hommes politiques, de par le monde, pour s’en convaincre. Mon personnage ne déroge pas à la règle. Il a une base égocentrée, immature, cynique. Il n’est pas particulièrement sympathique, pour un héros romanesque. D’ailleurs, ce n’en est pas un, malgré ses pouvoirs. C’est juste un homme faible et névrosé qui tente de s’adapter au changement et essaye de modifier sa réalité, parfois même au détriment du reste de la planète, parce qu’il en a les capacités. Mais il n’est pas foncièrement méchant. Il est juste médiocre. Un peu comme nous tous, non ?
Quant à savoir ce que je ferais si j’avais ses pouvoirs… puisque ce personnage vient de mon cerveau, j’imagine que je ne ferais pas mieux que lui ?

Thomas Ponté : Dans UCSN, on passe de rêves et de leurs conséquences prosaïques pour glisser vers l'extraordinaire. Comment peut-on interpréter cette escalade ?

Etienne H. BOYER : Le personnage perd peu à peu pied avec le réel. Et son pouvoir, qu’il contrôle mal mais qui est incommensurable – puisqu’il crée, malgré lui, de nouvelles dimensions et des personnages eux aussi blindés de pouvoirs – lui échappe en une espèce d’accélération exponentielle. Plus il dort, plus il rêve, et plus il modifie sa réalité (et celle des autres en même temps).
C’est une métaphore du pouvoir (quel qu’il soit : argent, autorité, politique, patronal, etc.), qui, s’il est entre les mains d’un irresponsable incapable de le maîtriser, peut dévier et s’emballer, et fatalement créer des désastres.

Thomas Ponté : Sartre disait « l’enfer, c’est les autres ». Est-ce que ton héros ne ferait pas justement partie de ces autres qui imposent leurs vues sur le monde ? Et est-ce que ce « cauchemar sans nom » ne serait pas, finalement, celui des autres qui subissent les lubies d’un être en manque de repères ?

Etienne H. BOYER : C’est un des niveaux de lecture et je pense qu’il y en a autant que de lecteurs ! Mais oui, on peut voir ce personnage comme une sorte d’architecte quantique complètement inconscient, ou au pire comme un démiurge désinvolte, dont le seul but est de satisfaire son égo. Pas si différent d’un Donald Trump, finalement… Mais contrairement à l’actuel président américain, il est également victime de son pouvoir. C’est, je crois, ce qui le sauve.

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lundi 13 avril 2026

VIS MA VIE D’ÉDITEUR #1 : ITINÉRAIRE D’UNE MICRO MAISON D’ÉDITION.

Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je prends ma casquette d'éditeur.

Vous savez quoi ? Notre maison d’édition associative, Astobelarra – Le Grand Chardon, va fêter ses 20 ans le 26 juin 2026 ! Depuis 2006, nous avons publié 57 livres dont 51 figurent toujours au catalogue. Cette année, 4 sorties de plus sont d'ores et déjà au programme.
Nous avons beaucoup progressé (à tous les niveaux) depuis nos débuts et, au fil du temps passé, nous nous sommes peu à peu auto-régulés (en termes de gestion de production), nous avons créé un modèle économique pérenne et pour ce faire, nous nous sommes affranchis du fonctionnement classique de la chaîne du livre telle qu’on la connaît (auteur – éditeur – imprimeur – diffuseur/distributeur – libraire) en nous passant, autant que faire se peut, de certains intermédiaires entre l’auteur et le libraire.
Et particulièrement des diffuseurs/distributeurs. Pourquoi ?

  • D’abord parce que si l’on souhaite travailler avec eux, les distributeurs/diffuseurs demandent une quantité minimum d'un titre (500 ex.). Or, nous éditons à 200 ex. renouvelables (mon premier livre « Mauvais berger ! » a été imprimé à 1500 ex. pour le moment et se vend encore aujourd'hui. On est loin des chiffres de ventes du dernier Sarkozy, mais bon... nous n'avons pas de frais d'avocats à payer, nous).
  • Ensuite, les distributeurs/diffuseurs que nous avions fait travailler au milieu des années 2010 ont perdu (ou abîmé) le stock que nous leur avions confié et n'ont jamais réussi à nous fournir de bilans chiffrés des dépôts ou de liste des libraires ayant pris nos productions. À leur décharge, nous n’avions sans doute pas été suffisamment regardants sur cette partie purement « gestion » de notre activité. Bref, pas très pro, tout ça…
  • Enfin, le coût de ce service plus qu’aléatoire : 20% du prix du livre !!! Si on ajoute le coût du dépôt en librairie (30%), le coût de l'impression (25%) et celui de la com' (pubs, réseautage, plv, services presse...), il ne reste plus grand chose pour l'éditeur et surtout l'auteur.

Et sans l'auteur... pas de livre, alors que c’est la matière première qui devrait être la mieux rémunérée. Quelque part, ce n’est pas sans nous rappeler la situation des agriculteurs… C’est pour cela que nous nous sommes entourés d’auteurs et de bénévoles passionnés et touche-à-tout, capables d’écrire, de lire et relire, d’effectuer des corrections, de faire des mises en page, de composer des couvertures originales (même s’il nous arrive de faire travailler des illustrateurs), de gérer les comptes, de communiquer auprès du grand public et de la presse et de créer et maintenir la relation client avec les libraires et dépositaires qui nous soutiennent…

Alors oui, ce fonctionnement alternatif a un coût : il ne nous ouvre pas toutes les portes.

  • Nous restons quasiment invisibles pour le reste de la France et notamment pour la capitale, bien qu'il nous arrive fréquemment de recevoir des commandes de libraires par email. Parfois même de Belgique ou du Québec. 
  • Certaines librairies (avec lesquelles nous n’avons pas forcément l’habitude de travailler) font la tronche lorsqu’on débarque chez elles avec nos bouquins. Elles considèrent sans doute que nous ne sommes « pas loyaux » envers la sacrosainte chaîne du livre, et donc que notre production ne mérite pas de figurer dans leur boutique. Pour elles, nous sommes des demi-portions et il leur est plus facile de vendre le dernier Sarkozy que les élucubrations d’obscurs auteurs régionaux, fussent-elles tout à fait lisibles.
  • Certaines grosses librairies de la région – je ne citerai pas de nom – préfèrent parfois dire aux clients qu’elles ne peuvent pas commander nos livres car ils ne sont plus disponibles, plutôt que de leur dire la vérité. À savoir : « on ne veut pas payer la moitié des frais de port, tels que les CGV de l’éditeur l’indiquent, et donc perdre du PNB »…
  • Nous sommes une association Loi 1901, mais nous éditons à compte d’éditeur. Donc nous sommes une maison d’édition à part entière, même si « micro ». En termes d’image, cela peut être problématique dans le sens où nous ne sommes pas toujours pris au sérieux par les professionnels de la chaîne quel que soit le maillon, soit ante soit post publication. Et ce, même si nous sommes bien référencés sur le site de l’ALCA et relativement reconnus pour la qualité de nos œuvres. Et que nous payons rubis sur l’ongle. Il semble que notre façon de fonctionner leur soit difficile à différencier de celle de l’autoédition.
  • En outre, si nous faisons des ventes sur notre boutique en ligne, notre éthique nous impose de ne pas fonctionner avec des Marketplaces comme Amazon. C’est un choix commercial téméraire qui nous supprime probablement de la visibilité et des opportunités de vente, mais nous préférons travailler sur le réel, avec des libraires de terrain, militants et motivés, qui comprennent notre cause, plutôt qu’avec des milliardaires anthropo-obsolétisants et esclavagistes patentés.
  • Nous restons vigilants sur nos prix. Pas pour être concurrentiels, mais pour que la culture reste abordable pour tous. Nous sommes conscients qu’elle ne constitue pas forcément le poste d’achat principal des familles. Et l’idée n’est pas de faire du bénéfice, mais de ne pas perdre d’argent et de pouvoir réinvestir dans nos prochains ouvrages.
  • Enfin, nous faisons très peu appel à des subventions publiques, bien que cela puisse arriver, notamment sur des projets un peu particuliers (soit parce qu’ils sont bilingues ou en Euskara, soit parce qu’ils ont un coût de production supérieur à notre habitude.

Alors oui, notre modèle économique est différent de celui d’une entreprise. C'est pour cela que dans ce modèle, il y a d’abord la quantité de livres produits dans un exercice comptable, liée à notre budget. Et puis les souscriptions en ligne (sur Helloasso), la boutique internet de la maison d’édition, les libraires et dépositaires locaux sur lesquels on s'appuie, et les ventes directes (sur les marchés, marchés de Noël, salons du livre, ou d’autres événements spécifiques...).

Bref, c'est comme ça que nous arrivons à nous maintenir et à continuer nos 3-4 publications par an, depuis 20 ans. Et comme nous n’avons pas l'ambition de devenir Fayard, Albin Michel ou Gallimard, eh bien nous poursuivons tranquillement notre petit bonhomme de chemin. Et ce même si le tout Paris continue de nous ignorer.

Nous restons en mode associatif et, tout comme la Lukinke ou le pâté basque au piment d’Espelette, nous sommes plus ou moins condamnés à être considérés comme une spécialité régionale.

Mais ça nous convient bien. Parce que c'est ce que nous sommes, au final. Une maison d’édition régionale sérieuse et de qualité, à taille humaine, éthique et équitable, qui fabrique et vend en circuit court. Et même si nous avons nécessairement évolué avec le temps, nous avons su rester fidèles à ce que nous étions.

En attendant, je – nous – remercions tous les lecteurs qui nous suivent, nous ont fait confiance en achetant (et en lisant) nos livres. Nous remercions également les libraires et dépositaires qui prennent nos livres en dépôt, nous mettent en valeur dans leurs boutiques et accueillent nos auteurs pour des sessions de rencontres/dédicaces.  Merci à vous tous : c’est grâce à votre soutien et votre fidélité que nous pouvons fêter – avec la fierté du travail accompli – ce vingtième anniversaire !

mardi 27 janvier 2026

LE MESSAGE PASSERA, OU PAS... D'AILLEURS, Y-A-T'IL UN MESSAGE ?

Comme je le disais précédemment, j’ai fait passer mon roman (Un Cauchemar sans nom) par le comité de lecture des éditions Astobelarra. Pour le moment, j’ai reçu 3 commentaires plutôt enjoués (trois filles) et 2 commentaires plutôt « mitigés » (2 garçons). C’est assez amusant de voir les différences de perception de ce texte entre les deux sexes. Est-ce une simple coïncidence ? De là à affirmer que je n’écris que pour la gent féminine, ce serait peut-être exagéré… ;-)

Mais cela m'a indiqué très clairement qu'il fallait que je retravaille certains aspects du livre. Contrairement à une blague qui, si elle a besoin d'être expliquée, est généralement considérée comme foirée, un film, et a plus forte raison, un roman, peuvent tout à fait supporter de conserver une part de mystère. Il est possible de les apprécier sans tout élucider, bien que parfois, des clés de compréhension puissent s'avérer nécessaires. Aussi, laissez moi vous révéler mon « pacte de lecture » pour #UCSN :

CE QUE CE ROMAN N’EST PAS :

Un récit linéaire et objectif, avec des arcs narratifs clairs, un vrai héros défini comme tel, des univers SF explicites et classiques avec un espace d’imaginaire débridé. Ce n’est pas, non plus, une aventure épique avec des péripéties, une histoire « qui avance » et une fin qui ne laisse pas sur sa faim. C’est encore moins un roman d’action ou d’horreur pure (malgré son titre ou sa couverture actuelle). Et pour finir, ce n’est pas un roman qui se lit avec une grille narrative ni même éthique. On ne se situe plus vraiment dans le divertissement, comme j'ai pu le faire précedemment. Même si, vous le lirez, j'y ai disséminé çà et là quelques éléments des plus jouissifs. On ne se refait pas.

CE QUE CE ROMAN EST EN RÉALITÉ :

Un texte introspectif, circulaire, subjectif, atmosphérique, volontairement ambigu, avec des ellipses, des flashbacks, des travellings-avant et construit sur la répétition obsessionnelle. C’est une expérience intérieure avec un personnage principal – le narrateur – plutôt « antipathique », c’est-à-dire fracturé, opaque, égocentré, dangereux, immature, possessif, faible et pas fiable. Ce roman est une immersion psychique, le journal mental d’un homme qui se perd dans ses propres rêves. Des rêves qui, en plus, lui échappent totalement.
C'est aussi le début d'un nouveau cycle. On en reparlera sous peu.

LES MESSAGES QUE JE VEUX FAIRE PASSER :

Avec le titre que j’ai choisi, on pourrait s’attendre à la survenue de monstres, de créatures nocturnes assoiffées de sang, de mygales géantes ou bien de tueurs en série impitoyables. Il y a bien entendu des choses un peu surprenantes, mais rien de tout cela. On est plus dans le « cauchemar ordinaire », si je puis dire. Car mon premier propos, c’est de démontrer que le vrai cauchemar est d’ordre existentiel : c’est avant tout soi-même.
Le deuxième message, c’est que le pouvoir ne libère pas : il amplifie les failles et donne les moyens de détruire ce qu’on aime (et de se détruire soi-même, tant qu’à faire).
En troisième position, vient l’idée que l’amour obsessionnel est une prison, c’est-à-dire une autre forme de cauchemar.

Il y en a d’autres, bien évidemment, mais je vous laisserai les découvrir par vous-même, ceci afin de vous éviter de vous faire spoiler avant la sortie du livre. Patience !

samedi 22 novembre 2025

COMMENT J'AI RÉUSSI À ME FAIRE PUBLIER ?

On me demande souvent comment j'ai réussi à trouver un éditeur (je me demande d'ailleurs comment je dois le prendre...). 
Je ne l'explique pas vraiment. 
J'ai surtout eu de la chance. Beaucoup de chance. 
Il se trouve que quelqu'un (Laurent Caudine) venait de créer (le 26 juin 2006) une maison d'édition associative en Soule. Mon premier texte (Mauvais berger !), publié à l'origine sous la forme de trois billets sur mon ancien blog, a plu à cette personne, qui m'a alors proposé de l'éditer, et voilà. C'était la troisième sortie des éditions Astobelarra - Le Grand Chardon, au printemps 2008. Aujourd’hui encore, cet ouvrage est celui que nous avons le plus vendu. Mais on peut dire qu'à la base, je n'avais jamais eu l'intention ni même la simple idée de publier quoi que ce soit ! J'ai "le cul bordé de nouilles", comme on dit ! Ou alors, pour rester plus positif, "j'ai su saisir les opportunités au vol".
Pour résumer, si je n'avais pas quitté ma Charente natale pour atterrir en Soule, tout ceci n'aurait sans doute jamais vu le jour. 

Ensuite, après ce succès (relatif), je me suis dit que si j'avais été capable d'écrire ce premier livre, une tranche de vie illustrée, je pouvais sûrement écrire un vrai roman, avec une vraie intrigue de taré. Et c'est ainsi qu'en décembre de la même année, j'ai fait un de ces rêves vivaces dont je suis coutumier et qu'est née la trame de ce qui allait être ma trilogie fantastique, intitulée "L'infection". Le premier volume était prêt à l'hiver 2011. La collection Mozaïk (qui accueille romans, novellas et nouvelles d'auteurs contemporains depuis mars 2012) n'existait pas encore. Laurent m'a alors encouragé à chercher un autre éditeur, susceptible de publier mon roman fantastique.

J'ai donc envoyé par la poste une trentaine de manuscrits à autant de maisons d'éditions, qui toutes m'ont soit ignoré, soit répondu par la négative. Une seule m’a renvoyé un mail enthousiaste. Une boite québécoise qui n’existe plus aujourd’hui, a priori. Mais, car il y a un mais, l’éditeur en question souhaitait que je réécrive le livre car – je cite : « beaucoup de choses ne sont pas compatibles avec la langue québécoise ». Il est vrai que ce premier tome comporte beaucoup d’anglicismes ou de termes d’argot strictement franco-français, qui peuvent gêner la lecture des canadiens qui souhaitent voir arriver le Québec libre. J’ai refusé et bien m’en a pris.

C’est ainsi que, devenu président de l’association (entre 2010 et 2014), j’ai peu à peu poussé pour la création de la collection Mozaïk, née en mars 2012 avec la sortie de Doux comme un mouton, le recueil de nouvelles de Pierre Gastéréguy. Collection que nous n'avons ensuite eu de cesse que de développer (peut-être au dépend des autres), recrutant année après année de nouveaux auteurs talentueux, parmi lesquels on retrouve notamment Caroline Herrera, Thomas Ponté, Constance Dufort, puis Martin Koppe et tant d’autres. Aujourd’hui, notre maison d’édition approche des vingt ans et tient toujours le rythme de trois à quatre publications annuelles, malgré les péripéties auxquelles toutes les associations sont un jour confrontées et malgré le marché du livre en berne ces dernières années.

Depuis les années Covid, le marché est noyé de productions diverses et variées, pas toutes de qualité, loin s’en faut. Les grosses maisons d’édition qui ont pignon sur rue sont rachetées par des groupes industriels avec des arrières pensées politiques ; les Marketplaces du genre Amazon foisonnent ; les éditeurs à compte d’auteur peu scrupuleux pullulent et même des auteurs reconnus – nationalement parlant – ont monté des « académies », voulant faire croire à monsieur et madame tout le monde qu’écrire des romans est à la portée de tous. Or, et ceci dit sans aucune prétention : tout le monde ne sait pas écrire pour être lu. Tout le monde ne sait pas inventer et raconter des histoires qui tiennent la route. Ce n'est pas un reproche ou une tare, c'est un fait et c'est comme ça. Je suis mélomane mais pas musicien pour un sou : je ne vais pas m'improviser violoniste demain, ou alors juste pour casser les couilles de mes voisins, si l'envie m'en prend ! Pas pour postuler à l'opéra de Paris !
Bref, de là à affirmer que le marché du livre est en train de se tirer une balle dans le pied, il n’y a qu’un pas que je vais franchir allègrement, puisque c’est le fond de ma pensée et que je suis ici chez moi !

Alors c’est vrai, on n’a pas toujours tout bien fait, nous non plus. Mais si je me retourne, je peux quand même regarder la majorité de ce que nous avons accompli avec une certaine fierté. D’autant que TOUS mes livres (passés par la moulinette du comité de lecture exigeant que nous avons constitué) ont été publiés chez Astobelarra. J’espère juste que les prochains le seront également, car je ne jouis pas d'une immunité diplomatique, du fait de mes fonctions de secrétaire. Mes textes aussi peuvent tomber sous le coup d'un véto.
Cela dit, j’ai depuis longtemps arrêté de perdre du temps à chercher un autre éditeur. Je ne suis pas dans le besoin et je n’éprouve pas la nécessité absolue de briller dans tout le pays ou les salons parisiens. Le succès relatif (je sais, je radote) que je rencontre localement me suffit. Mon seul objectif, c’est de sortir ce qui me trotte dans la tête et le mettre dans la vôtre, tout en vous divertissant. Et tant mieux si c’est mission accomplie !

vendredi 3 octobre 2025

VIS MA VIE D'ÉCRIVAIN #7 : Le livre qui valait un milliard...


Je dois être un grand naïf, mais je suis toujours étonné de la propension qu'ont certains êtres humains à mettre en œuvre des manières plus ou moins légales de faire du fric sur le dos des autres. 😏

J'étais tranquillement assis sur le trône, en train d'essayer de me distraire en scrollant sur les pages d'Amazon lorsque je suis tombé sur "Mauvais berger!", mon premier livre (première édition) mis en vente à 2000€ !

Oui, vous avez bien lu : DEUX-MILLE EUROS !!! Pour un livre à 10€ à la vente, incomplet (j'ai sorti une version augmentée en 2019), avec des coquilles et une couverture jaunie, comme si elle avait été créée par un ChatGPT consanguin ! 

Pour vous dire, je ne sais même pas si mon éditeur a gagné cette somme avec les ventes de cette tranche de vie (qui demeure notre "best seller", jusqu'à aujourd'hui). Je me demande sur quels critères le vendeur a décidé de lui coller ce prix. Article de collection ? Chef d'œuvre en perdition ? L'auteur serait-il entré à la postérité sans même le savoir ? 💵

Si le prix continue à augmenter de façon aussi exponentielle à mesure que passent les années, sa valeur pourrait atteindre le milliard d'ici la fin du siècle ! Et alors là, à moi les implants capillaires ! On m'appellera Etienne BG, après.

Bon, si je préfère en rire, je ne vous cache pas que tout cela m'agace au plus haut point ; mais je me dis que l'idiot qui achètera ce bouquin à ce prix n'est sans doute pas encore né. Du moins j'espère !


lundi 29 septembre 2025

VIS MA VIE D'ÉCRIVAIN #6 : de la difficulté de savoir se vendre.

J'ai toujours eu des difficultés à me vendre. Je ne sais pas choisir les bons arguments, je ne sais pas comment m'habiller pour rassurer un client (je suis super mal à l'aise dans un costume), je ne sais pas aborder les gens sans qu'ils se sentent agressés, ou sans avoir l'impression que j'ai dépassé les bornes (je me sens si nul à l'oral !). Alors la plupart du temps, je ne fais rien. Je souris, je laisse les gens s'approcher de mon stand, je dis juste bonjour du bout des lèvres et j'attends de voir si nos livres ont soulevé un quelconque intérêt. Si oui, j'engage la conversation : "Nous sommes une maison d'édition associative de Mauléon-Licharre au Pays basque, vous connaissez ?" Bien sûr, je m'adapte en fonction du lieu.

À côté de moi, il y a généralement des auteurs avec beaucoup moins de scrupules, qui hameçonnent les passants avec tout un tas de stratagèmes plus ou moins tirés par les cheveux respectueux. Mais souvent, leur boniment fonctionne. Et puis il y en a aussi de beaucoup plus timides que moi, les pauvres. 

Par exemple, samedi dernier, nous étions - Thomas Ponté et moi - au salon du livre de Vic en Bigorre, pour la première fois. Un événement bien organisé, où nous avons été bien accueillis. Nous nous sommes levés à 5h du matin et nous sommes arrivés sur place autour de 7h45. Nous avions fini de nous installer vers 8h30. Les gens ont commencé à affluer dès l'ouverture (10h00) mais personne n'a semblé trouver notre stand intéressant. D'habitude, nous avons de beaux rollups pour attirer le regard du chaland, mais là, impossible de les mettre, au risque de gêner l'autrice placée derrière nous. 

La matinée est passée et nous n'avons rien vendu. Nous nous sommes réinstallés, pleins d'espoir, après le repas de midi et malgré une certaine affluence, personne ne s'est arrêté devant notre stand avant 16h00. Nos voisines de droite et de gauche avaient déjà vendu quelques livres, celle de derrière (qui a gagné le prix Francis Jammes de cette édition) dédicaçait à tire-larigot. Pénible... très pénible... C'était comme si nous étions devenus complètement invisibles. 

Saint Thomas l'assis, priez pour nous... Que la lumière du commerce divin nous inonde !

Bon, on sait que ce n'est pas dans les salons du livre - où nous sommes noyés dans la masse - que nous vendons le plus, mais plus dans les événements alternatifs, comme les marchés de Noël ou les festivals de Metal par exemple. Cela dit, pouvons-nous nous permettre le luxe de ne pas être présents dans ce type de rassemblement dédié au livre ? Je ne crois pas, non. 
Le plus difficile à accepter, dans ce genre de situation, ce n'est pas de ne pas vendre. C'est d'être invisibilisés. Pourtant on a de chouettes produits : de belles couvertures, des romans excellents... Alors quand on passe la journée à voir les gens défiler sans même qu'ils daignent poser un regard dessus, c'est décourageant.

Et puis tout à coup, allez savoir pourquoi, les hostilités on démarré à 16H10. Ensuite, ça n'a plus arrêté jusqu'à 17h40, au grand dam de notre voisine qui n'a pas dû en croire ses yeux tellement ça dépotait. Nous même ne savions plus où donner de la tête, tellement nous étions submergés de demandes. Finalement, et même si nous avons glandé pendant presque 7 heures d'affilée, nous avons bien vendu. On peut dire que nous ne sommes pas venus pour rien, comme c'est déjà arrivé en 2018 au salon du livre de Buzet sur Baïse, puis en 2022 au salon du livre d'Hendaye, d'où on était rentrés bredouilles et désabusés. 


Il y a parfois des petits miracles et il faut savoir les apprécier à leur juste valeur. 

Alors on dit "merci la vie !

Du coup, dimanche prochain, nous serons au salon du livre de Touget (près de Toulouse).
 
On y croit !

lundi 21 juillet 2025

ASTO FAIT DES VIDÉOS !

Celles et ceux qui me suivent sur les réseaux ont déjà vu passer ces vidéos, tournées et montées "à la maison" avec Thomas Ponté. Elles sont nées d'un projet plus global de reportage, qui consistera à expliquer ce que fait la maison d'édition Astobelarra et comment fonctionne notre association. 

Donc Thomas et moi-même (mais le casting est évidemment ouvert à tous nos auteurs, membres, sympathisants...) tournons régulièrement de petits sketches rigolos et souvent crados autour de ce projet de vidéo. L'idée est de s'amuser, mais aussi de teaser. 

Et ne croyez pas que ce que nous faisons soit gratuit. Il y a un sens à toutes ces caricatures dignes de Charlie Hebdo. À vous de chercher les différents niveaux de lecture ! 

Voici les 4 premières que nous avons publiées. Enjoy : 

Le "crotte de chat-llenge"

On va faire de la thune !

C'est certainement l'œuvre du malin

Le communiqué du
Comité Autonome de Création Artistique


Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire, pour la littérature !
La suite au prochain épisode ^^

lundi 30 décembre 2024

CES PETITS MOMENTS DE FÉLICITÉ QUI DÉBARQUENT QUAND ON NE LES ATTEND PLUS...

On ne soupçonne pas l'influence, l'importance, qu'on peut avoir sur/pour les gens. C'est en substance ce que vient de découvrir mon ancienne professeure de français : #SpécialeDédicace à Madame Schoenzetter ! 

Cette année, j'ai enfin sauté le pas ! J'ai décidé de retrouver ma prof de français de seconde et de première (lire ici) dont j'ai appris, par mes parents, qu'elle était toujours de ce monde. Avec un seul objectif : lui donner un exemplaire dédicacé de mes deux derniers romans (Les Routes du crépuscule et Le Moment ou jamais). C'est donc plein d'appréhension (due à ma sempiternelle peur de l'échec et du rejet) et d'espoir que j'ai profité des congés de Noël - et d'un court séjour en Charente - pour me rendre à son domicile et sonner au portail. C'est son mari qui est venu m'ouvrir. Après de rapides présentations, ce dernier m'a invité à l'intérieur et j'ai pu revoir celle qui a ouvert ma boîte de Pandore. Je ne l'ai pas trouvée trop changée. Bien sûr, le temps est passé, mais j'ai retrouvé la même personne, avec le même phrasé, la même érudition, la même bienveillance.
Et je me suis dit : tout ce temps perdu... Alors que j'aurais pu garder contact et bénéficier de son savoir, de sa passion pour les auteurs classiques... Rhaaaa, lala !

Je lui ai tendu mes livres dédicacés et je pense qu'elle a été sincèrement touchée par ce cadeau. Je ne sais pas encore comment elle percevra mes élucubrations - on est loin de Musset ou de Baudelaire - mais j'espère qu'elle passera un bon moment à les lire et à découvrir quel monstre de Frankenstein elle a contribué à créer !

Une chose amusante, tout de même : elle ne m'a pas reconnu. Elle se rappelait bien de mon père (qu'elle a eu comme collègue), mais elle n'a pas eu l'air de se souvenir de moi. Bon, c'est vrai que j'ai pas mal changé physiquement, depuis 36 ans ! J'ai dû prendre 60 kilos et perdre des millions de cheveux... Et puis elle a dû en voir passer des élèves (des pires et des meilleurs), avec des classes de 35, pendant toutes ses années d'exercice ! N'empêche, je croyais vraiment qu'elle se rappellerait du seul garçon de première A2 de l'année scolaire 1988/1989... J'étais sûr de l'avoir marquée autant qu'elle m'a marqué.
Bon, je ne peux pas dire que je sois déçu. J'avoue que, sur le moment, ça m'a un peu pincé au niveau de l'orgueil ! Mais ça m'a rassuré de me rendre compte qu'elle ne se rappelait pas non plus d'autres noms de personnes que je lui ai citées, et qui étaient dans ma classe... Peut-être aura-t-on désormais l'occasion d'approfondir cela, dans les années à venir ? ^^

Elle m'a demandé ce que j'avais appris avec elle ; je lui ai rappelé la litote de Corneille dans Le Cid ("Va, je ne te hais point") et les "morves d'azur" du "bateau ivre" de Rimbaud, qui m'avaient marquées. Je pense que ça a dû lui faire quelque chose de se rendre compte que tout n'a pas été inutile (ah tiens, encore une litote !), dans son enseignement. Elle a dû également se rendre compte qu'on ne soupçonne jamais l'impact qu'on peut avoir sur les gens qu'on croise, ne fût-ce que quelques mois, spécifiquement les adolescents, si influençables, et encore plus spécifiquement lorsque votre rôle est de transmettre un savoir.

Lorsque j'ai pris congé, un quart d'heure plus tard, elle m'a dit : "ça m'a grandement fait plaisir de m'apercevoir que ce que j'ai donné a servi à quelque chose". Je lui ai répondu : "Eh bien c'est à mon tour de vous le rendre !" et je suis parti. Et ce disant, j'ai refermé une porte du passé et j'en ai peut-être - j'espère - ouvert une autre du futur. 

Il me tarde (et il ne me tarde pas) de recevoir ses retours de lecture... 😁

En tout cas, et je vais me répéter (pour ceux qui ont lu mes articles précédents), mais je vais quand même le redire : Merci Monique !

Myriam Chazalon remet le couvert, avec "Mauvais berger !"

Myriam Chazalon, aka Séléné Peel, du blog #SatanBoucheUnCoin a lu et aimé "Mauvais berger !".
Elle a lâché une chronique très sympa sur son compte Instagram : 

Après les routes du crépuscule et le moment où jamais, je retrouve une troisième fois avec grand plaisir Étienne H. Boyer. Me voilà avec entre les mains, son premier roman : Mauvais Berger, roman autobiographique. 
Mauvais berger, ou comment ne pas revenir à ses moutons... 
Premier roman peut-être, mais j'ai bien reconnu sa patte. Celle d'Étienne hein, pas celle du mouton !

Donc mauvais berger c'est l'histoire (vraie) d'un mec qui aurait pu, si il avait côtoyé les bonnes personnes, réaliser son rêve de jeune adulte. Mais le mec, il a mis un pied dans la boue, deux pieds dans la boue et le reste dans la fange...
Et pourtant, pourtant... Pour le commun des mortels, tu sais, celui qui mange son yaourt et qui déguste son fromage de brebis, berger ça semble facile, sympa, bucolique. Tu passes ton temps dans la montagne, à laisser ton chien faire tout ton boulot, à être loin de toute civilisation, de ses contraintes et de tous les cons qui la peuplent. Tu es au grand air toute la journée, et quand tu rentres les joues rosies par ce bon air non pollué, tu te cuisines un excellent repas avec de bons produits sains et bio dans ton refuge. C'est un peu comme si tu étais tous les jours en vacances non ?
Oui mais.... Il a un joli nom ce mais... Il se prénomme Nanette. 
Malheureusement, l'amabilité du personnage est inversement proportionnelle à la douce sonorité de ce charmant surnom... Sous ce patronyme, se terre Fernande.... Aigrie, méchante, qui exploitera et pressera le jeune Étienne comme elle le ferai avec l'un de ses fromages. A tel point que, lorsque tu finis de lire le dernier mot de Mauvais Berger, quand tu penses à Fernande tout tes poils se tendent... Tu l'auras compris lecteur, ce livre te racontera l'histoire d'une passion avortée, d'un harcèlement au travail... Une tranche de vie que tu prends dans la tronche. 

Lire ce roman, c'est se délecter de la réponse du Mauvais Berger à la mauvaise bergère... Précipite toi pour lire Étienne H. Boyer, en cette période de Noël, un petit cadeau lecture, c'est le moment où jamais.... 

À noter : Myriam a également écrit une géniale chronique au sujet de "Le Moment ou jamais" sur le blog #SatanBoucheUnCoin : ici ! Je vous laisse la découvrir ! 

mardi 17 décembre 2024

VIS MA VIE D’ÉCRIVAIN (#3)

Je lisais ces derniers jours cet article paru dans le Monde, et putacliquement intitulé « Ces écrivains qui dédicacent leurs livres en supermarché, « entre les rillettes et les lessives ». On peut y découvrir les témoignages de divers auteurs (le plus souvent auto édités) qui n’hésitent pas à aller vendre leurs livres directement dans les temples de la surconsommation... 

Alors dit comme ça, ça peut paraître glauque, mais en réalité, si on regarde bien, le dernier Houellebecq, le dernier Werber ou le dernier Nothomb trônent déjà côte à côte dans les rayons des Carrefour Market et autres Intermarchés. Donc la présence des livres n’est pas incompatible avec celle des saucissons, des couches culottes ou du Castelvin. Certes, les auteurs en question n'y vendent pas leur littérature en personne, mais il faut dire qu’ils n'ont pas non plus le même rayonnement, les mêmes circuits de distribution ou les mêmes tirages que nous autres, obscurs petits auteurs ruraux.
Les lumières parisiennes se doivent d’éclairer la province jusqu’au fin fond des campagnes, tandis que le parfum du lisier, lui, n’a pas vocation à monter jusqu’aux nez fins des salons de Paname. Chacun chez soi et les veaux et les vaches seront bien gardés ! 

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Voilà ! Un petit tacle bien senti à l’endroit des « têtes de veau » qui sont de tous les réseaux d’influence, et surtout, ne frayent qu’entre eux ! 
Et non, je ne suis pas aigri : je constate. Lorsqu'on envoie un livre qui a bien marché localement ou qui a du potentiel à des médias nationaux, avec une super lettre de motivation bien ciblée, rien ne se passe jamais (Notez qu'il n'y a aucune obligation).
Mais la moindre des politesses serait qu'ils envoient au moins un mail pour dire "on a bien reçu merci, mais non, désolé, on n'en parlera pas". Au lieu de ça, on a juste droit au ghosting le plus méprisant.
Pisser dans un violon aurait eu plus d'effet que de gâcher un livre de cette façon. Livre qui aurait pu être vendu à une personne qui l'aurait sans doute lu et peut-être même apprécié à sa juste valeur !

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Mais revenons à nos moutons : si l'on excepte les "espaces culturels", je n'ai pas encore sauté le pas des supermarchés dits classiques. Notez que je ne dis pas un non catégorique, non plus. Foin de snobisme déplacé : je ne suis pas fermé à l'idée, je ne veux juste pas que la passion qui m’anime devienne un sacerdoce, que dis-je, un sacrifice au détriment d’autres choses tout aussi importantes pour moi (comme la vie de famille, par exemple) ! Je fais déjà tout cela sur mon temps libre et je trouve que je suis déjà pas mal overbooké. Si je rajoute des rencontres/dédicaces dans les supermarchés, Je ne sais pas quand je vais trouver le temps de me reposer… 

En tout cas, je n’ai aucune honte à proposer mes (nos) livres à la vente sur les marchés locaux, dans les salons du livre dans des librairies indépendantes (ou pas, d’ailleurs) qui nous soutiennent, dans des événements organisés par des associations comme des comités d’entreprise, sur notre site internet (http://www.astobelarra.fr) ou dans les marchés de Noël. Au contraire : je considère que nos livres (et de manière générale tous les livres) sont des produits - culturels, certes - mais des produits comme les autres ! 

Et puis je ne m’interdis pas de public particulier. Je pense que nos livres peuvent être lus par toutes et tous, sans discrimination. On ne va pas demander à un client potentiel, qui tient notre livre entre ses mains, s’il est chasseur, cadre chez Total, au RSA, ou s’il vote RN, hein ? Ce genre de considération n’entre pas en compte.
La littérature est pour tout le monde, et si notre travail permet d’ouvrir les esprits (ou juste de faire oublier pour quelques temps ce monde de merde dans lequel on vit), alors c’est mission accomplie ! 

À propos de marchés de Noël, les prochaines (et dernières) dates sont les 18 et 21 décembre à Hasparren (stands tenus par Thomas Ponté) et vous pourrez me retrouver "in the flesh" le 22 décembre à Ordiarp, de 10h à 13h ! 🎄🎅 

vendredi 29 novembre 2024

Ce qui se passe dans ma tête quand j'écris...

Ma mère a lu #LeMomentOuJamais et elle a aimé. Je ne vous dis pas cela parce que je pense que l'avis de ma mère a une importance universelle (elle en a juste pour moi et c'est déjà ça), mais parce que la suite est amusante. Après avoir tourné la dernière page, elle m'a envoyé un sms pour me féliciter et me demander que je la rappelle. Je l'ai fait le soir même. Elle avait des questions au sujet du livre (quelques éclaircissements/confirmations sur des points de l'intrigue) mais aussi au sujet de mon travail de romancier.

Alors je lui ai expliqué. Comme vous le savez sans doute, écrire des romans n'est pas mon métier principal, celui qui m'apporte de l'argent, de quoi remplir mon frigo et payer mes factures. Mais c'est mon occupation principale quand même : celle qui me motive chaque jour, pour laquelle je suis engagé à 100% (même plus, si c'était possible). Car lorsque je ne suis pas pris de frénésie à pianoter sur le clavier de mon PC, je suis investi à fond dans la gestion de ma maison d'édition. Je dis "MA", mais c'est parce que c'est elle qui me publie depuis le début. Elle ne m'appartient pas plus qu'aux autres auteurs.

Bref, j'écris depuis tout petit. Je le dois à la ténacité de ma mère, qui m'a inculqué les bases de la langue à coup de lectures, d'exercices de conjugaison et de grammaire, sans quoi j'aurais sûrement lâché l'école à 13 ans. J'ai commencé par faire des résumés de films ou de livres, puis rédiger des articles pour un journal de lycée, puis des scenarii de BD, puis des chroniques pour un journal de quartier... En 2000, mes écrits sont devenus publics, du moins localement (j'ai publié quelques feuilles d'actualité locale sur le Miroir de la Soule). En 2001, je suis devenu correspondant local de presse pour le quotidien "Sud-Ouest édition Béarn et Soule" et l'hebdomadaire "la Semaine du Pays basque". En 2003, j'ai ouvert mon premier blog. En 2005, j'ai co-créé et animé le premier webdo en ligne du Pays basque nord : Euskobizia. J'ai refermé la page journalisme en 2009, mais j'ai continuer à sévir sur mon blog, sur les réseaux sociaux, et dans des chroniques radiophoniques sur Xiberoko Botza.

Obsessions

C'est ainsi, au fil du temps, que j'ai pu travailler et améliorer ma plume. En 2007, j'ai raconté sur mon blog mon parcours de berger dans les Pyrénées. C'est comme ça que la maison d'édition Astobelarra m'a recruté. Mais tout ça, ma mère le savait déjà. Elle imaginait bien aussi l'immense engagement que nécessite l'écriture d'un roman. Ce dont elle ne se doutait pas, c'est que mes personnages m'habitent et me hantent, comme ils peuvent le faire chez un comédien qui apprend un rôle. La différence, c'est que mes personnages, c'est moi. Ils sont en moi. Je les ai construits, couvés, choyés. Ils ne proviennent pas du scénario d'un autre.

Et comme je l'ai découvert à mes dépens après ce 6ème livre, certains d'entre eux ne meurent pas vraiment lorsque le roman est enfin terminé et publié. Pendant quelques temps, a subsisté dans mon esprit comme le parfum altéré de leur essence. La nuit, il m'est arrivé de me retourner car je sentais encore une présence, comme dissimulée dans quelque venelle obscure. C'était clairement le cas juste après la sortie de #LeMomentOuJamais. Pas parce que le récit est particulièrement horrible (par moments), mais parce que les personnages sont forts.

En fait, j'ai surtout eu du mal à me relever de la présence quotidienne (et pendant deux ans) de "Roger Barbeau" dans mon cerveau. Parfois, lorsque j'écrivais son histoire, il lui arrivait même de déteindre sur moi, de prendre temporairement le contrôle de mon être. Ma fille m'a vu à l'œuvre, la pauvre. Mais elle s'en remettra. Après tout, ce n'est rien d'extraordinaire : je suppose que c'est ce que tout écrivain impliqué doit vivre, lorsqu'il est en processus de création. J'ai néanmoins senti poindre une petite inquiétude dans la voix de ma mère, alors que je lui expliquais le phénomène.

Ne t'inquiète pas, Maman. Je suis guéri.

Enfin, je crois... 👹