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lundi 13 avril 2026

VIS MA VIE D’ÉDITEUR #1 : ITINÉRAIRE D’UNE MICRO MAISON D’ÉDITION.

Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je prends ma casquette d'éditeur.

Vous savez quoi ? Notre maison d’édition associative, Astobelarra – Le Grand Chardon, va fêter ses 20 ans le 26 juin 2026 ! Depuis 2006, nous avons publié 57 livres dont 51 figurent toujours au catalogue. Cette année, 4 sorties de plus sont d'ores et déjà au programme.
Nous avons beaucoup progressé (à tous les niveaux) depuis nos débuts et, au fil du temps passé, nous nous sommes peu à peu auto-régulés (en termes de gestion de production), nous avons créé un modèle économique pérenne et pour ce faire, nous nous sommes affranchis du fonctionnement classique de la chaîne du livre telle qu’on la connaît (auteur – éditeur – imprimeur – diffuseur/distributeur – libraire) en nous passant, autant que faire se peut, de certains intermédiaires entre l’auteur et le libraire.
Et particulièrement des diffuseurs/distributeurs. Pourquoi ?

  • D’abord parce que si l’on souhaite travailler avec eux, les distributeurs/diffuseurs demandent une quantité minimum d'un titre (500 ex.). Or, nous éditons à 200 ex. renouvelables (mon premier livre « Mauvais berger ! » a été imprimé à 1500 ex. pour le moment et se vend encore aujourd'hui. On est loin des chiffres de ventes du dernier Sarkozy, mais bon... nous n'avons pas de frais d'avocats à payer, nous).
  • Ensuite, les distributeurs/diffuseurs que nous avions fait travailler au milieu des années 2010 ont perdu (ou abîmé) le stock que nous leur avions confié et n'ont jamais réussi à nous fournir de bilans chiffrés des dépôts ou de liste des libraires ayant pris nos productions. À leur décharge, nous n’avions sans doute pas été suffisamment regardants sur cette partie purement « gestion » de notre activité. Bref, pas très pro, tout ça…
  • Enfin, le coût de ce service plus qu’aléatoire : 20% du prix du livre !!! Si on ajoute le coût du dépôt en librairie (30%), le coût de l'impression (25%) et celui de la com' (pubs, réseautage, plv, services presse...), il ne reste plus grand chose pour l'éditeur et surtout l'auteur.

Et sans l'auteur... pas de livre, alors que c’est la matière première qui devrait être la mieux rémunérée. Quelque part, ce n’est pas sans nous rappeler la situation des agriculteurs… C’est pour cela que nous nous sommes entourés d’auteurs et de bénévoles passionnés et touche-à-tout, capables d’écrire, de lire et relire, d’effectuer des corrections, de faire des mises en page, de composer des couvertures originales (même s’il nous arrive de faire travailler des illustrateurs), de gérer les comptes, de communiquer auprès du grand public et de la presse et de créer et maintenir la relation client avec les libraires et dépositaires qui nous soutiennent…

Alors oui, ce fonctionnement alternatif a un coût : il ne nous ouvre pas toutes les portes.

  • Nous restons quasiment invisibles pour le reste de la France et notamment pour la capitale, bien qu'il nous arrive fréquemment de recevoir des commandes de libraires par email. Parfois même de Belgique ou du Québec. 
  • Certaines librairies (avec lesquelles nous n’avons pas forcément l’habitude de travailler) font la tronche lorsqu’on débarque chez elles avec nos bouquins. Elles considèrent sans doute que nous ne sommes « pas loyaux » envers la sacrosainte chaîne du livre, et donc que notre production ne mérite pas de figurer dans leur boutique. Pour elles, nous sommes des demi-portions et il leur est plus facile de vendre le dernier Sarkozy que les élucubrations d’obscurs auteurs régionaux, fussent-elles tout à fait lisibles.
  • Certaines grosses librairies de la région – je ne citerai pas de nom – préfèrent parfois dire aux clients qu’elles ne peuvent pas commander nos livres car ils ne sont plus disponibles, plutôt que de leur dire la vérité. À savoir : « on ne veut pas payer la moitié des frais de port, tels que les CGV de l’éditeur l’indiquent, et donc perdre du PNB »…
  • Nous sommes une association Loi 1901, mais nous éditons à compte d’éditeur. Donc nous sommes une maison d’édition à part entière, même si « micro ». En termes d’image, cela peut être problématique dans le sens où nous ne sommes pas toujours pris au sérieux par les professionnels de la chaîne quel que soit le maillon, soit ante soit post publication. Et ce, même si nous sommes bien référencés sur le site de l’ALCA et relativement reconnus pour la qualité de nos œuvres. Et que nous payons rubis sur l’ongle. Il semble que notre façon de fonctionner leur soit difficile à différencier de celle de l’autoédition.
  • En outre, si nous faisons des ventes sur notre boutique en ligne, notre éthique nous impose de ne pas fonctionner avec des Marketplaces comme Amazon. C’est un choix commercial téméraire qui nous supprime probablement de la visibilité et des opportunités de vente, mais nous préférons travailler sur le réel, avec des libraires de terrain, militants et motivés, qui comprennent notre cause, plutôt qu’avec des milliardaires anthropo-obsolétisants et esclavagistes patentés.
  • Nous restons vigilants sur nos prix. Pas pour être concurrentiels, mais pour que la culture reste abordable pour tous. Nous sommes conscients qu’elle ne constitue pas forcément le poste d’achat principal des familles. Et l’idée n’est pas de faire du bénéfice, mais de ne pas perdre d’argent et de pouvoir réinvestir dans nos prochains ouvrages.
  • Enfin, nous faisons très peu appel à des subventions publiques, bien que cela puisse arriver, notamment sur des projets un peu particuliers (soit parce qu’ils sont bilingues ou en Euskara, soit parce qu’ils ont un coût de production supérieur à notre habitude.

Alors oui, notre modèle économique est différent de celui d’une entreprise. C'est pour cela que dans ce modèle, il y a d’abord la quantité de livres produits dans un exercice comptable, liée à notre budget. Et puis les souscriptions en ligne (sur Helloasso), la boutique internet de la maison d’édition, les libraires et dépositaires locaux sur lesquels on s'appuie, et les ventes directes (sur les marchés, marchés de Noël, salons du livre, ou d’autres événements spécifiques...).

Bref, c'est comme ça que nous arrivons à nous maintenir et à continuer nos 3-4 publications par an, depuis 20 ans. Et comme nous n’avons pas l'ambition de devenir Fayard, Albin Michel ou Gallimard, eh bien nous poursuivons tranquillement notre petit bonhomme de chemin. Et ce même si le tout Paris continue de nous ignorer.

Nous restons en mode associatif et, tout comme la Lukinke ou le pâté basque au piment d’Espelette, nous sommes plus ou moins condamnés à être considérés comme une spécialité régionale.

Mais ça nous convient bien. Parce que c'est ce que nous sommes, au final. Une maison d’édition régionale sérieuse et de qualité, à taille humaine, éthique et équitable, qui fabrique et vend en circuit court. Et même si nous avons nécessairement évolué avec le temps, nous avons su rester fidèles à ce que nous étions.

En attendant, je – nous – remercions tous les lecteurs qui nous suivent, nous ont fait confiance en achetant (et en lisant) nos livres. Nous remercions également les libraires et dépositaires qui prennent nos livres en dépôt, nous mettent en valeur dans leurs boutiques et accueillent nos auteurs pour des sessions de rencontres/dédicaces.  Merci à vous tous : c’est grâce à votre soutien et votre fidélité que nous pouvons fêter – avec la fierté du travail accompli – ce vingtième anniversaire !

samedi 22 novembre 2025

COMMENT J'AI RÉUSSI À ME FAIRE PUBLIER ?

On me demande souvent comment j'ai réussi à trouver un éditeur (je me demande d'ailleurs comment je dois le prendre...). 
Je ne l'explique pas vraiment. 
J'ai surtout eu de la chance. Beaucoup de chance. 
Il se trouve que quelqu'un (Laurent Caudine) venait de créer (le 26 juin 2006) une maison d'édition associative en Soule. Mon premier texte (Mauvais berger !), publié à l'origine sous la forme de trois billets sur mon ancien blog, a plu à cette personne, qui m'a alors proposé de l'éditer, et voilà. C'était la troisième sortie des éditions Astobelarra - Le Grand Chardon, au printemps 2008. Aujourd’hui encore, cet ouvrage est celui que nous avons le plus vendu. Mais on peut dire qu'à la base, je n'avais jamais eu l'intention ni même la simple idée de publier quoi que ce soit ! J'ai "le cul bordé de nouilles", comme on dit ! Ou alors, pour rester plus positif, "j'ai su saisir les opportunités au vol".
Pour résumer, si je n'avais pas quitté ma Charente natale pour atterrir en Soule, tout ceci n'aurait sans doute jamais vu le jour. 

Ensuite, après ce succès (relatif), je me suis dit que si j'avais été capable d'écrire ce premier livre, une tranche de vie illustrée, je pouvais sûrement écrire un vrai roman, avec une vraie intrigue de taré. Et c'est ainsi qu'en décembre de la même année, j'ai fait un de ces rêves vivaces dont je suis coutumier et qu'est née la trame de ce qui allait être ma trilogie fantastique, intitulée "L'infection". Le premier volume était prêt à l'hiver 2011. La collection Mozaïk (qui accueille romans, novellas et nouvelles d'auteurs contemporains depuis mars 2012) n'existait pas encore. Laurent m'a alors encouragé à chercher un autre éditeur, susceptible de publier mon roman fantastique.

J'ai donc envoyé par la poste une trentaine de manuscrits à autant de maisons d'éditions, qui toutes m'ont soit ignoré, soit répondu par la négative. Une seule m’a renvoyé un mail enthousiaste. Une boite québécoise qui n’existe plus aujourd’hui, a priori. Mais, car il y a un mais, l’éditeur en question souhaitait que je réécrive le livre car – je cite : « beaucoup de choses ne sont pas compatibles avec la langue québécoise ». Il est vrai que ce premier tome comporte beaucoup d’anglicismes ou de termes d’argot strictement franco-français, qui peuvent gêner la lecture des canadiens qui souhaitent voir arriver le Québec libre. J’ai refusé et bien m’en a pris.

C’est ainsi que, devenu président de l’association (entre 2010 et 2014), j’ai peu à peu poussé pour la création de la collection Mozaïk, née en mars 2012 avec la sortie de Doux comme un mouton, le recueil de nouvelles de Pierre Gastéréguy. Collection que nous n'avons ensuite eu de cesse que de développer (peut-être au dépend des autres), recrutant année après année de nouveaux auteurs talentueux, parmi lesquels on retrouve notamment Caroline Herrera, Thomas Ponté, Constance Dufort, puis Martin Koppe et tant d’autres. Aujourd’hui, notre maison d’édition approche des vingt ans et tient toujours le rythme de trois à quatre publications annuelles, malgré les péripéties auxquelles toutes les associations sont un jour confrontées et malgré le marché du livre en berne ces dernières années.

Depuis les années Covid, le marché est noyé de productions diverses et variées, pas toutes de qualité, loin s’en faut. Les grosses maisons d’édition qui ont pignon sur rue sont rachetées par des groupes industriels avec des arrières pensées politiques ; les Marketplaces du genre Amazon foisonnent ; les éditeurs à compte d’auteur peu scrupuleux pullulent et même des auteurs reconnus – nationalement parlant – ont monté des « académies », voulant faire croire à monsieur et madame tout le monde qu’écrire des romans est à la portée de tous. Or, et ceci dit sans aucune prétention : tout le monde ne sait pas écrire pour être lu. Tout le monde ne sait pas inventer et raconter des histoires qui tiennent la route. Ce n'est pas un reproche ou une tare, c'est un fait et c'est comme ça. Je suis mélomane mais pas musicien pour un sou : je ne vais pas m'improviser violoniste demain, ou alors juste pour casser les couilles de mes voisins, si l'envie m'en prend ! Pas pour postuler à l'opéra de Paris !
Bref, de là à affirmer que le marché du livre est en train de se tirer une balle dans le pied, il n’y a qu’un pas que je vais franchir allègrement, puisque c’est le fond de ma pensée et que je suis ici chez moi !

Alors c’est vrai, on n’a pas toujours tout bien fait, nous non plus. Mais si je me retourne, je peux quand même regarder la majorité de ce que nous avons accompli avec une certaine fierté. D’autant que TOUS mes livres (passés par la moulinette du comité de lecture exigeant que nous avons constitué) ont été publiés chez Astobelarra. J’espère juste que les prochains le seront également, car je ne jouis pas d'une immunité diplomatique, du fait de mes fonctions de secrétaire. Mes textes aussi peuvent tomber sous le coup d'un véto.
Cela dit, j’ai depuis longtemps arrêté de perdre du temps à chercher un autre éditeur. Je ne suis pas dans le besoin et je n’éprouve pas la nécessité absolue de briller dans tout le pays ou les salons parisiens. Le succès relatif (je sais, je radote) que je rencontre localement me suffit. Mon seul objectif, c’est de sortir ce qui me trotte dans la tête et le mettre dans la vôtre, tout en vous divertissant. Et tant mieux si c’est mission accomplie !