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dimanche 8 février 2026

DIS-MOI QUELS SONT TES AUTEURS PRÉFÉRÉS, JE TE DIRAI CE QUE TU ÉCRIS…

J’ai déjà glissé quelques pistes un peu partout dans ce blog, mais sans vraiment aborder le sujet. Pour moi, un romancier lit FORCÉMENT beaucoup de romans. C’est en partie de là qu’il puise son inspiration. Il ne cherche pas nécessairement à copier les idées ou le style, mais plutôt à trouver et entretenir le désir de transmettre une histoire qui lui trotte dans la tête. Il cherche la motivation, en quelque sorte.

Personnellement, je lis un peu de tout mais il est évident que « j’ai mes têtes ». Il s’agit souvent d’auteurs contemporains dont j’ai lu une grande quantité de livres sans (presque) jamais me lasser. Et le premier d’entre tous, vous l’aurez deviné, c’est… Stephen King, le maître du fantastique. Sur la soixantaine de romans qu’il a pondus, j’ai dû en lire au moins la moitié. Le reste, j’ai vu les adaptations au cinéma ou à la télé.

J’aime sa façon d’écrire, son imagination, les histoires qu’il raconte, la psychologie fouillée de ses personnages, les sujets d’actualité qu’il traite avec subtilité et son sens de l’humour. J’aime aussi le fait qu’il soit engagé, politiquement parlant. C’est une star internationale, mais c’est avant tout un citoyen concerné par le devenir de son pays et du reste du monde. Peu de célébrités osent se mettre en danger (commercialement parlant) comme il le fait.

Alors pour être honnête, toute son œuvre n’est pas parfaite. Certains de ses livres ont parfois des fins que j’estime bâclées. Certains personnages (ou situations) peuvent paraître redondants. Mais si je regarde l’ensemble de son travail, il n’a pas à en rougir. Personne ne lui va à la cheville et à 78 ans, il figure toujours au sommet de son art. Je guette chacune de ses sorties comme un fan de la première heure, que je suis.

Si je devais citer mes livres préférés du King, je commencerais par « 22/11/63 », de très loin le meilleur, selon moi. Suivi de « La ligne verte », « Shining », « Ça », « Joyland » ou « Mr Mercedes », « La peau sur les os »… Et puis tous les autres. De « Carrie » à « Misery », en passant par « Cujo », « Bazaar », « Désolation », « Christine » ou « Simetierre », sans oublier que toute son œuvre est reliée par la saga « La tour sombre ».

Mon deuxième écrivain préféré, (j’aurais pu vous en citer deux en fait, mais il faut savoir départager), ce serait Edward Abbey, le roi du « Nature Writing » (j’ai hésité avec Pete Fromm). L’auteur du « Gang de la clé à molette » a également eu une grande importance dans mon processus créatif. J’aime son écriture contemplative, sa façon de magnifier le désert, de créer des ambiances brûlantes et des personnages ambigus, parfois violents.

Le discours radicalement écologiste de cet aventurier me séduit également. Surtout à une époque où des gens comme Donald Trump s’échinent encore à nier l’évidence : à savoir que nous sommes le cancer de la planète. Nous pompons toutes ses ressources pour faire du fric et ce faisant, nous sommes assez cons pour provoquer notre propre extinction dans les 50 années qui viennent !

Je n’ai pas lu toute sa bibliographie, loin s’en faut, mais si je devais citer mon roman préféré, je dirais en premier « Désert solitaire », suivi de « Le feu sur la montagne », et « Le gang de la clé à molette » 1 et 2, évidemment.

Mon troisième serait sans doute John Irving. Encore un Américain, me direz-vous. Lui a écrit un peu moins de vingt romans, mais chacun des livres que j’ai lus m’a laissé une empreinte très prégnante. Et un sentiment de deuil une fois la dernière page refermée. Ses histoires sont habitées, puissantes, charnelles, pleines de rebondissements inattendus, parfois loufoques.

Ses personnages sont profonds, humains, souvent étranges et décalés, quoique tout à fait plausibles, en réalité. J’en connais des bien plus tarés dans la vraie vie ! J’aime cette impression de fatalité qui se dégage de son œuvre. Les choses, même les plus improbables, n’arrivent jamais sans raison. Ou parfois si, mais c’est comme ça, teh !

Si je devais citer un livre, je choisirais certainement… « Dernière nuit à Twisted River » qui se rapproche du roman policier, sans en être. Mais j’ai également adoré « L’hôtel New Hampshire », « Le monde selon Garp », « Une prière pour Owen », « L’épopée du buveur d’eau » et « l’œuvre de Dieu, la part du diable ». Irving fait partie des grands auteurs contemporains qui comptent pour moi.

Allez, vous en reprendrez bien un petit quatrième, pour la route ? Voici un écrivain que j’ai découvert très récemment, mais dont le travail m’a collé une sévère claque. Les romans d’Haruki Murakami (auteur japonais comme son nom l’indique) me font penser à mes rêves. On ne sait jamais si on est dans la réalité crue ou dans un monde onirique, magique, ou même fantastique. Ses personnages sont souvent tendres et flegmatiques et prennent la vie comme elle vient.  

Ses romans sont remplis de poésie et de philosophie sans que ça en devienne barbant et son écriture coule et chante comme l’eau d’un ruisseau de montagne. On pourrait penser qu’elle est simple, mais il n’en est rien. La structure narrative de ses livres est complexe et part dans tous les sens, surtout là où on ne l’attend pas. Et c’est cela que j’aime chez Murakami : l’inattendu, les surprises. Rien que ses titres en disent long !

Là aussi, je n’ai pas tout lu de lui. Mais je vous conseille « Kafka sur le rivage », exceptionnel, troublant, magique. J’ai presque pleuré à la fin : Dire que j’ai beaucoup aimé serait un euphémisme. Et puis « La course au mouton sauvage », « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil » et « La ballade de l’impossible » sont aussi très chouettes. J’en ai acheté plein d’autres que je garde comme un trésor et que je lirai un jour, quand j’aurai du temps pour moi.

Lorsque j’étais jeune, je lisais beaucoup plus (il n’y avait pas de smartphone ou Netflix pour nous faire perdre la boule). D’abord « J’aime lire » et « Je bouquine », auxquels j’étais abonné.  Mais ensuite des auteurs plus classiques puisqu’ils étaient au programme de mon éducation scolaire (Maupassant, Hugo, Zola, Balzac, Musset, Flaubert, Diderot, Green…) ou d’autres, plus récents, que mes parents et ma tante me conseillaient (Vian, Carrère, Mauriac, Bazin, Troyat, Michelet, Sartre, Dostoïevski, Camus, Gary…).

Parallèlement et plus ou moins en cachette (parce que « ce n’étaient pas de vrais livres »), je lisais beaucoup de « comic-books » ou de « livres dont vous êtes le héros ». Plus tard, j’ai découvert l’existence de la littérature jeunesse grâce à mon ex-épouse bibliothécaire, avec des auteurs comme Thimotée de Fombelle (« Vango »), Philip Pullman (« À la croisée des mondes »), Pierre Botéro (« La quête d’Éwilan ») ou Christian Grenier (« Les enquêtes de Logicielle »). Sans doute que tous ces auteurs, mais aussi dessinateurs et illustrateurs pour certains, ont également exercé une influence (plus diffuse) sur mon propre travail. Ne serait-ce que pour améliorer mon expression écrite, mon orthographe et ma grammaire ou juste pour développer mon imaginaire ? 

Bref, et ceci, dit sans une once de prétention : dans chacun de mes livres, on retrouve des éléments fantastiques ou horrifiques (comme chez King), des histoires de vie qui peuvent être violentes, avec des personnages peu communs ou à forts tempéraments (comme chez Irving), une dimension onirique, psychologique, philosophique et parfois absurde en apparence (comme chez Murakami) et des descriptions contemplatives, poétiques presque jusqu’au lyrisme de l’environnement (comme chez Abbey).

Et vous, quels sont vos auteurs préférés ?

vendredi 9 mai 2025

VIS MA VIE D'ECRIVAIN #5 : Dans quelles conditions j'écris ?

Je m'aperçois que je n'ai rien écrit de neuf sur ce blog depuis le 3 mars ! Ça fait plus de deux mois sans nouvelles ! Bon, rassurez-vous, je n'ai pas quitté la planète. Je suis toujours vivant, toujours debout, comme dirait un chanteur énervé. C'est juste que j'ai eu beaucoup de travail jusqu'à la fin avril, puis je suis parti trois semaines en congés, que j'ai mis à profit pour commencer à écrire mon nouveau roman : Un cauchemar sans nom. À l'heure où je couche ces lignes, j'ai déjà les quatre premiers chapitres rédigés et un cinquième en cours. Mais vu que je vais reprendre le travail dès lundi, je suis contraint de me remettre en pause jusqu'aux prochaines vacances. 

Ce qui pose une question essentielle : comment j'écris ? Dans quelle conditions ? 

Je n'écris pas en semaine de travail et rarement en week-end. Pourquoi ? Disons qu'il me faut un certain temps pour "déplier mon cerveau", entrer en phase de créativité. Écrire, ce n'est pas comme répondre à un mail. Cela demande une tension intérieure, un arrachement à la réalité. Et il faut autant de temps (voire plus) pour replier mon cerveau et redevenir un salarié fonctionnel. Donc essayer de m'isoler dans un bureau du boulot et me mettre à écrire entre midi et deux, ce ne sont pas des conditions propices. 

Idem pour le soir (en général, je suis à plat après une journée de travail, pas vous ?). Quant aux week-ends, eh bien c'est le moment de faire un peu d'intendance et de logistique... Et de recharger ses batteries pour la semaine qui arrive. Sans compter les salons du livres, marchés et autres vidéos rigolotes auxquels je participe régulièrement pour le compte d'Astobelarra. Donc là non plus, les conditions ne sont pas idéales. Je ne dis pas que je n'écris jamais les week-ends ou en soirée, mais ça reste relativement rare. D'autre part, j'ai appris de mon ex-épouse "qu'être là sans être là", c'était très risqué pour la vie de couple. Je tiens à ce que ma compagne se sente toujours importante à mes yeux, au moins autant que mes ambitions personnelles (ce qu'elle est, évidemment). 

D'où l'idée de me ménager des plages de travail, de plus ou moins longs espaces temporels qui ne sont consacrés qu'à l'écriture. J'ai mis cela en place depuis à peu près 2013 et c'est plutôt efficace. Dans mon boulot, on bosse en semaines de 39 heures, ce qui nous permet de rajouter presque un mois de congés supplémentaire aux 25 jours annuels autorisés (un mois si on se débrouille bien à caler ses RTT les semaines où il y a des ponts). Parce que oui, ce que recherche en priorité un écrivain, ce n'est pas une augmentation de salaire (quoi que...), mais c'est surtout du temps libre. 

Jusqu'à présent, je me calais sur le mois de mai, qui contient beaucoup de ces ponts. Mais je me suis rendu compte, en vieillissant, qu'attendre cinq mois pour partir en congés avait un inconvénient majeur : la fatigue physique et morale s'accumule trop et il me faut du temps pour être suffisamment en bon état pour me remettre à écrire. Là, par exemple, il m'a fallu une semaine complète de repos. Sur trois semaines de congés. Ça fait donc une semaine de perdue. C'est trop. Je vais donc modifier cela à partir de l'année prochaine et prendre des congés plus courts, mais plus souvent. 

J'entends déjà des petits malins me suggérer que, puisque je manque de temps, je n'ai qu'à démissionner pour me consacrer exclusivement à l'écriture. Je pourrais, en effet. Ce serait un choix de vie. Mais alors je devrais revendre ma maison, m'incruster chez ma compagne, diminuer mon niveau de vie, pour finalement repartir taffer dans des conditions encore moins acceptables qu'aujourd'hui. Retour à la case départ ! Et ça, c'est non ! 

Ce n'est pas que je ne crois pas en mon talent (si, c'est ça en vrai), mais je sais que dans ce métier d'écrivain, il y a beaucoup (de plus en plus) d'appelés et très peu d'élus. Les chiffres croisés de la SGDL (Société ses Gens De Lettres), de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia) et du ministère de la Culture sont impitoyables : en France, moins de 1% des écrivains vivent de leurs droits d'auteurs. Le revenu médian des auteurs déclarés est de moins de 350€ par mois.

Si j'ai écrit six livres qui se vendent plutôt bien (localement), je suis très (très) loin de gagner cette somme, en étant publié chez Astobelarra. D'autant plus que la production littéraire mondiale est en pleine expansion (plus de 70 000 titres par ans), tandis que le nombre de lecteurs, lui, se réduit comme peau de chagrin. En effet, selon le CNL (Centre National du Livre), le nombre de lecteurs français est passé de 70 à 59% entre 2011 et 2024, et la part de non-lecteurs a même doublé (de 9 à 18%) en 10 ans chez les 15-24 ans !

Bref. La littérature, ça nourrit beaucoup l'esprit mais très peu le frigo. Fort de ce constat, je vais donc garder mon emploi qui me plait et qui comporte de nombreux avantages (dont le nombre de jours de repos), tout en continuant à écrire pendant mes congés. C'est, me concernant et jusqu'à présent, un modèle convenable et qui a fait ses preuves. 

lundi 3 février 2025

VIS MA VIE D’ÉCRIVAIN #4

Ce week-end, j’ai participé, comme chaque année depuis la sortie de Mauvais berger !, au salon du livre de Navarrenx. Astobelarra présentait quatre livres au prix des remparts cette année, et c’est avec une joie non dissimulée que la maison d’édition souletine a raflé une troisième récompense (dans ce salon), grâce à Les Sens hors des nerfs, le dernier roman de Thomas Ponté, preuve s’il en fallait une, que nos auteurs sont des cracks et leurs textes de grande qualité. Comble de bonheur, nous y avons réalisé (de très haut) notre meilleure performance commerciale depuis que nous participons à ce salon (je sais que c’est un sujet considéré comme trivial par nombre d’écrivains, auxquels je rappelle qu’ils écrivent à la base pour être lus, donc pour que leurs livres soient vendus, eh oui).

Mais je ne suis pas là aujourd’hui pour passer la brosse à reluire à mon éditeur ni à Thomas Ponté (même s’il le mérite, et ce depuis la sortie de son tout premier livre) ni pour parler "pognon de dingue". Dans ce type d’évènement, il arrive parfois qu’il y ait de courtes vagues de clients potentiels et parfois de longs creux, durant lesquels j’ai tout le loisir d’observer mon prochain, avec un œil souvent critique et implacable, il est vrai...
Dans les épisodes précédents, je vous ai fait le portrait d’improbables badauds ou de confrères plus ou moins opiniâtres. Concernant ces derniers, je pensais avoir tout vu, en 18 ans de salons/marchés en tout genre. Erreur ! Il y a toujours pire et avec encore moins de scrupules !

Ce coup-ci, je me suis agacé (et je ne suis pas le seul) du comportement absolument détestable d’un auteur qui, non content d’afficher une expression dédaigneuse pendant tout le week-end, a passé le plus clair de son temps à interpeler les passants, à peine avaient-ils ouvert la porte. Le type se trimbalait dans les travées (parfois loin de son propre stand) avec une affiche A3 plastifiée dans chaque main et les refourguait impérieusement aux gens avant qu’ils aient eu le temps de dire ouf. Le samedi, il y avait 5 auteurs dans le coin où l’organisation l’avait placé (devant l’une des entrées). Le soir même, 3 d’entre eux avaient lâché l’affaire, excédés et découragés, car en face d’un tel zozo adepte de la concurrence la plus déloyale et la plus impitoyable, impossible de vendre quoi que ce soit. Le dimanche, le quatrième auteur restant a tenu jusqu’à 16 heures, et a préféré partir avant de devenir violent (et on le comprend).

Pile à côté : le même vampire mais « en femme » et qui n’a pas hésité à placer son roll-up juste devant le stand de l’infortuné quatrième, dès qu’il a eu le dos tourné. Aucun respect, aucune vergogne, aucune dignité ! Je ne comprendrais jamais ces gens qui sont prêt à toutes les provocations, toutes les exactions et à marcher sur la gueule des autres pour sortir du lot. Tout ça pour vendre un pauvre livre de plus que le voisin. Il me semble que les organisateurs de salons devraient faire signer un règlement intérieur à chaque exposant, dans lequel serait spécifié qu’il est interdit de démarcher à l’extérieur de son stand, interdit de prendre les gens à partie, interdit de racoler et de faire de la vente forcée et surtout interdit de manquer de respect à ses confrères. Il y va du maintien d'une bonne ambiance comme de la réputation des salons du livre. 

Alors on pourra arguer qu’une signature, ça n’engage que ceux qui respectent les règles. Pourtant, si tout est bien spécifié noir sur blanc et accepté par tous les exposants, ça devient quasi-contractuel. Il n’y aurait alors aucun mal à dénoncer puis à dégager le ou les indésirables qui n’en tiendraient pas compte ! Après tout, un homme averti en vaut deux.
D'ailleurs, si ça ne tenait qu'à moi, ce serait : « Tu fais chier tout le monde ? Ben t’es viré (et tricard partout), basta ! »
Ça m’agace d’avoir à écrire ça, mais même dans ce milieu, où l’on pourrait penser que les gens sont un peu mieux éduqués, plus cultivés et donc plus respectueux des autres que la moyenne, l’homme reste un loup pour l’homme. Aussi vrai que certains ne comprennent rien d’autre que la sanction la plus radicale.

jeudi 15 décembre 2022

VIS MA VIE D'ÉCRIVAIN #2

Un autre truc particulièrement énervant dans les salons du livre, ce sont les auteurs qui chopent les gens au vol et qui forcent à la vente. Le plus souvent et fort heureusement, la plupart des écrivains qui recourent à ce procédé, que j’estime déloyal*, le font sans trop insister. En général, si ça ne mord pas, ils lâchent l’affaire. Mais il existe des spécimens qui n’ont aucune morale et qui ne s’arrêtent jamais : 

  • Ils apostrophent les gens par tous les moyens possibles, avec culot et mauvaise foi : « Vous avez une belle écharpe orange, Madame ! Figurez-vous que dans mon dernier roman, l’héroïne porte aussi une écharpe orange ! Coïncidence, je ne crois pas, non… » ou alors : « Vous avez quelle âge mademoiselle ? 10 ans ? Quel bel âge ! comme l’héroïne de ce roman ! » et hop, que je te fourre le livre entre les mains, que je me rapproche le plus près possible en plongeant mes yeux irrésistibles dans les tiens et que je te blablate jusqu’à ce que tu cèdes au vertige… Ce rentre-dedans marche presque à chaque coup !
  • Ils te glissent (quasiment de force) leurs livres dans les mains. Du coup, difficile de s’échapper. Beaucoup cèdent parce qu’ils sont conquis (l'auteur est un séducteur né), ou alors parce que l’auteur leur fait pitié (oh, le pauvre petit pépé, il a l’air si gentil…) ou parce qu’ils veulent juste qu’on leur foute la paix. Rares sont les poissons qui s’échappent de ces grossiers filets.
  • Ils vont chercher le chaland dans les allées, parfois loin de leur stand : « Je vois que vous êtes perdu ! Venez par ici, que je vous montre le meilleur stand de ce salon ! » ou encore : « Vous, vous n’avez pas encore lu mes livres ! » et zou, le lecteur est pris.
  • Parfois, ils viennent voler des curieux directement sur ton stand, en n’hésitant pas à dénigrer ouvertement ton travail, mais toujours avec le sourire et sur le ton de la rigolade : « Oh, salut Jean-Louis ! Tu me cherchais je vois ! je suis de ce côté-ci, viens ! » Et hop, le client qui aurait pu rester un peu plus longtemps à feuilleter tes bouquins suit le copain requin et tu perds une occasion.  Parfois, ça va plus loin : « Ah mais faut pas rester là, ils ont le Covid ! » ou encore plus direct : « Mais que faites-vous là ? Venez voir mon stand, il est bien plus beau que le leur ! En plus, c'est nul ce qu'ils font ! » Le pire, c’est que ça fonctionne. 

Alors on pourrait m’opposer que ce sont de simples techniques de marketing un chouïa offensives, et que si je savais faire, j’en ferais de même. FAUX ! La preuve : quand je rentre dans une boutique pour voir les produits et que le vendeur me saute dessus avant même d’attendre les 5 minutes réglementaires, ça m’agace tellement que je fuis sans acheter. Et vous me connaissez, dans la mesure du possible, je ne fais pas aux autres ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse.

*Je trouve le procédé déloyal parce qu’on est tous dans la même galère, mais on n’utilise pas tous les mêmes armes. En plus, les auteurs qui s’adonnent à ces méthodes vendraient quand même plus que les autres, sans cela : ce sont souvent des écrivains/vaines d'un certain âge avec une production longue comme le bras et accompagnés par des réseaux de distribution qui ont fait leurs preuves. Pour terminer, dans un salon du livre classique (dans une grande salle, tous entassés les uns contre les autres), c’est difficile de sortir du lot. Et le lecteur qui a acheté 3 livres sur le stand du requin-marteau d’à côté soit :

  • ne s’arrête pas à ton stand quand il ne l’ignore pas carrément,
  • te répond qu’il ne peut pas acheter tous les livres du salon – alors que tu lui as juste dit « bonjour monsieur », par pure politesse…
Il y a même certains salons régionaux (les plus gros, en général) où les requins, barracudas et autres piranhas sont tellement nombreux, voraces et cannibales que je n'ose plus y mettre les pieds. C'est bien plus valorisant de faire des marchés de Noël ou des fêtes de l'espadrille !

Mais le pire, dans tout ça, c’est quand le fameux « grand squale » trouve quand même le moyen de venir te narguer en te racontant – sans une once de tact – qu’il a vendu comme jamais, voire à te sortir le bilan chiffré de ses ventes quand c’est vrai.

J’ai envie de dire : « mais on s’en balek de tes stats, mec ! On sait bien que tu vendrais père et mère si ça rapportait » ! Mais moi, quand je fais des salons du livre, ce n’est pas pour faire du chiffre, mais pour que mes livres soient vus et lus. Et même si c’est par une poignée de personnes, c’est toujours ça. Et puis je préfère la qualité à la quantité. C’est pour ça que je ne me battrai pas comme si ma vie en dépendait. D'ailleurs ce n’est pas le cas : à côté de l’écriture, j’ai un job qui paie mes factures et que j’aime bien (coup de bol). Ce que je fais, je le fais par passion uniquement, mais sans autre ambition que de faire passer un bon moment à mes lecteurs, fussent-ils rares.

Alors si ça vend, c’est cool. Si ça ne vend pas, c’est pas grave, on, fera mieux la prochaine fois ! En attendant, et même si les requins en question restent relativement fréquentables, malgré un égo et un esprit de compétition surdimensionnés, qu'ils ne s'étonnent pas si on s'arrange pour être positionnés le plus loin possible d'eux 😁