Un artiste (ou un « wannabe artist », comme moi)
peut-il dévoiler publiquement ses idées politiques, voire prendre position pour
un candidat aux élections présidentielle ? Le doit-il, surtout (je
parle d’un devoir moral, pas d’une obligation légale) ?
Je vais répondre à cette question par une autre question : connaissez-vous les opinions politiques de vos collègues de boulot ? Personnellement, et malgré une grande proximité au quotidien, je l’avoue : non, je ne les connais pas. Et je n’ai pas non plus envie de les connaître, au risque de m’apercevoir qu’il y a un pourcentage de chances pour que je n’aie plus jamais envie de travailler avec eux car leurs convictions pourraient aller radicalement à l’encontre des miennes.
Donc pour la bonne continuation de mon travail dans l’entreprise qui m’emploie et pour la bonne entente de mon équipe, cette ignorance me convient. Elle est même souhaitable et salutaire.
Mais mes collègues de bureau ne sont pas des « personnages publics ». Enfin, pas que je sache. Ils n’ont pas forcément un désir d’être reconnu pour leur art. Moi j’écris des romans et j’édite et publie ceux de mes confrères et néanmoins amis des éditions Astobelarra. Donc en plus d’être salarié d’une entreprise régionale, je possède deux autres casquettes : je suis « artiste » écrivain mais également éditeur, garant de l’image de marque de la maison d’édition qui me publie et pour laquelle je prête bénévolement mes services.
En tant qu’écrivain, j’estime que j’ai le droit, le devoir,
même, de me positionner. Un personnage public est (parfois malgré lui) un
exemple pour les autres. S’il ne s’exprime pas sur les grands sujets de société,
ça pourrait sous-entendre qu’il est lâche (il préfère protéger sa carrière et ses ventes plutôt que de prendre le risque de s’engager), ou pire : qu’il est d’accord
avec l’existant, selon l’adage qui voudrait que « qui ne dit mot, consent ».
Donc en tant qu’artiste, je peux, j’ai le droit de m’exprimer de la façon dont je souhaite (à partir du moment où je n’insulte personne), la liberté d’expression étant valable pour tout le monde, même les artistes. En ce qui me concerne, j’estime même que j’en ai le devoir moral.
Le point de vue est différent en tant qu’éditeur ; je
dois davantage faire attention à mes propos. D’abord par respect pour ceux que
j’appelle « mes talents » (dont je ne connais pas avec précision les
opinions politiques, même si je m’en doute un peu, à la lecture de leurs œuvres.).
Peut-être n’ont-ils pas envie d’être associés à mes paroles. Ensuite car
Astobelarra, même si elle est une maison d’édition associative, est une « marque ».
Elle jouit donc d’une image commerciale, d’une réputation qui ne doit pas être
dénaturée par les opinions de ses membres.
En tant qu’éditeur, je me dois de faire attention à mes propos, même si, et c’est de notoriété publique, Astobelarra est une structure avec des idées situées plutôt à gauche.
C’est pour cette raison que nous avons créé des espaces de communication dédiés à Astobelarra (notre site web et nos différents comptes sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, LinkedIn et Tiktok). Ensuite, chacun d’entre nous possède ses propres organes de communication. Ainsi, le risque de mélange des genres est plus ou moins écarté. Mais en fait, le souci vient surtout du grand public (ou de la presse), qui aurait tendance à mélanger les casquettes quand ça l’arrange.
Et si l'on regarde parmi les célébrités, Daniel Balavoine avait un discours extrêmement politique, Coluche également. Bon, ils sont mort... De là à dire que ce sont les conséquences de leur engagement... 😑
Prenez Stephen King, par exemple. Il n'a jamais fait de mystères concernant son antipathie envers Donald Trump et sa politique. Sans doute a-t-il perdu des lecteurs républicains dans l'affaire... Et alors ? Il reste fidèle à lui-même.
CHOIX, DROIT OU DEVOIR MORAL ?
Après, c’est à chacun de décider s’il assume que ses opinions politiques tombent dans le domaine public. Moi j’ai depuis longtemps décidé que je n’aurai pas de secret à ce sujet : « mon cœur bat à gauche », comme dirait Rammstein. Et quand je dis à gauche, ce n’est pas celle, molle, louvoyante et compromise de Hollande, Faure, Glucksmann ou Tondelier. C’est LA Gauche, la vraie, celle qui se bat, celle qui dénonce, celle qui veut gouverner pour se débarrasser des privilèges des élites et du capitalisme rampant pour changer profondément la société. Celle qui veut impulser une vraie dynamique capable de renforcer les pouvoirs de l’Europe dans ce monde de prédateurs psychopathes et de traitres. Celle qui est prête à imposer de nouveaux paradigmes qui permettront aux prochaines générations de vivre dans un monde égalitaire et respectueux de la planète, créant les conditions nécessaires afin d'envisager un futur heureux et possible pour toutes et tous.
Comment – à moins d’être un multimilliardaire d’extrême
droite – peut-on être contre ces idéaux ? Comment peut-on avoir honte de
se prononcer publiquement pour des idées qui vont dans le sens du partage et du bien commun (sans forcément militer
activement, du reste)
Je ne suis pas fan de Jean-Luc Mélenchon. Je lui
préfère un beaucoup plus calme, sympathique et humain Philippe Poutou (qui ne
se présentera pas, a priori). Mais le
calcul est clair : à gauche (la vraie), c’est Mélenchon qui a le plus de
chances de passer. En conséquence, et à moins d’un nouveau scandale qui le
mette définitivement hors-jeu, je voterai pour la première fois pour lui au
premier tour (et au second s’il y est). Seules les idées comptent puisqu’il ne
gouvernera jamais tout seul. Il y aura forcément des gens plus raisonnables autour
de lui pour tempérer ses excès.
Voilà, un artiste (ou « wannabe artist », comme moi) a le droit de se positionner, dans la mesure où ses opinions n’engagent que lui. De toute façon, quel que soit le contexte, je ne crois pas qu’on puisse séparer l’homme de ses œuvres. Que cela plaise à tout le monde ou non.
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