Au fond, Ttun-ttun est comme tout le monde. Il voudrait
laisser une trace de son passage sur terre et qu’on le considère comme un
bienfaiteur (il rêve d’avoir une rue à son nom, mais n’aura que les chiottes
publiques) alors qu’en réalité, sa spécialité, c’est la prise illégale d’intérêts,
la manipulation des faits, le mensonge, la menace, voire la violence si rien d’autre
ne fonctionne.
En fait, sous une croûte superficielle sèche, dure et amère,
c’est un faible, un enfant gâté qui veut tout et tout de suite. Je vous l’avoue,
je prends un malin plaisir à l’humilier dans mes romans (dans la trilogie L’infection,
dans Le Moment
ou jamais et, bien entendu, dans Un Cauchemar sans nom – toujours en
précommande ici, à ce jour), au nom cette forme de justice poétique dont je
suis friand.
Évidemment, mon Antton Aguer n’existe pas dans la réalité. C’est une caricature absolue. Le réceptacle de toutes les tares que j’ai pu rencontrer dans ma vraie vie professionnelle et personnelle, chez mes congénères (du moins ceux qui jouissent d’une petite autorité, quelle qu’elle soit). Dans ma tête, je trouve qu’il ressemble physiquement à Aimé De Mesmaeker (dans Gaston Lagaffe).
C’est un pratiquant invétéré des sept péchés capitaux (je
pense qu’il y en a plus que sept chez Ttun-ttun) qui représente l’humanité dans
ce qu’elle a de plus crasse, de plus vulgaire, de plus indigne. C’est un
personnage qu’on aime détester tout en le trouvant ridicule. Un genre de
polichinelle bête et méchant, mais qui s’ignore.
Vous l'aurez compris, Antton sert de démiurge social contre lequel se débattent mes autres
personnages. Il est l’obstacle, la figure d’autorité qu’il faut renverser ou
ridiculiser afin de s’émanciper du chaos social, par opposition au chaos
narratif que j’invente et décris en parallèle, dans mes romans.
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