dimanche 28 juillet 2024

UNE INTERVIEW EXCLUSIVE SUR LE BLOG D'ASTOBELARRA

Cet entretien exclusif est paru sur le blog des éditions Astobelarra. Il me semblait opportun de le republier ici, sur mon propre blog :

Le nouveau roman d'Etienne H. Boyer s'apprête à sortir dans le courant du mois de septembre 2024, aux éditions Astobelarra. Mais le livre est déjà en précommande à 13€, frais de port inclus (ici :
https://tinyurl.com/LMOJ2024) jusqu'au 17 août prochain. À sa sortie, le livre fera 248 pages et sera au prix de 14€.
L'auteur a bien voulu nous en dire un peu plus sur ses projets et ce nouveau roman, intitulé "Le Moment ou jamais" : 

Astobelarra : Comment a été accueilli ton précédent roman, "Les Routes du crépuscule"?

Etienne H. BOYER : Super bien ! J'ai eu une majorité de très bons retours des lecteurs et lectrices. Beaucoup de gens m'en reparlent encore, plus de deux ans après sa sortie (la page 13 a visiblement marqué les esprits).
Et le roman a même été primé au salon du livre de Navarrenx en 2023. J'en suis très heureux ! Mais c'est presque de l'histoire ancienne. Aujourdhui, on parle de "Le Moment ou jamais !"

Astobelarra : Pourquoi ce titre, "Le Moment ou jamais" ?

Etienne H. BOYER : C’est une phrase populaire, un tic de langage qu’on entend partout et tout le temps. Je la ressens comme une injonction, en forme d’autohypnose, à faire les choses sans délai, à vivre à fond le moment présent quitte à le regretter amèrement plus tard. Je trouvais que ça faisait un bon titre pour un thriller horrifique ! Mon personnage principal, Roger Barbeau, en fait son mantra personnel pour accomplir sa destinée.

Astobelarra : De quoi parle ce nouveau roman ?

Etienne H. BOYER : Alors là, on change complètement de registre : c'est l'histoire de Roger Barbeau, un vieillard qui est sur le point de mourir. Il se rend compte qu'en devenant méchant, il pourrait vivre plus longtemps et en bonne santé. Alors il laisse le salopard qui dort en lui prendre les rênes de sa vie. Évidemment, tout cela a un coût, et plutôt élevé.

Astobelarra : C'est un roman d'horreur ?

Etienne H. BOYER : On peut dire ça, bien que ce soit un peu réducteur. L'épouvante est un prétexte pour aborder des sujets de société graves, comme la vieillesse, le déclin, la peur de partir trop tôt, ou de finir épave dans un Ehpad.

Astobelarra : C'est quelque chose qui t'effraie personnellement ?

Etienne H. BOYER : C'est surtout la façon dont notre société gère ses anciens qui m'effraie. Certaines de ces "maisons de retraite" sont des mouroirs. Des prisons pour pépés et mémés rendus inutiles et dangereux pour eux-mêmes. Il suffit de se rendre dans l'un de ces établissements pour s'en rendre compte et voir toutes ces personnes âgées laissées à l'abandon, l'œil vide et dodelinant de la tête comme des jouets cassés, sans autre perspective que d'attendre chaque jour que la mort les soulage de leur ennui. Personne, même le pire des salauds, ne mérite d'y finir ses jours. Cette marchandisation déshumanisée de la vieillesse m'horripile. Il y aurait tout un système, toute une société à revoir.


Astobelarra : Comment t'est venue l'idée de cette histoire ?

Etienne H. BOYER : C'est arrivé au lendemain de l'enterrement de ma grand-mère, en décembre 2020. Je me souviens que dans son sermon, le curé a dit quelque chose que j'ai interprété comme "ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier". Ma grand-mère est partie à l'âge très avancé de 98 ans, a vécu les 14 dernières années de sa vie en Ehpad, et j'ai trouvé ironique qu'on puisse penser que c'était trop tôt pour partir. De là, je me suis dit que si les meilleurs partent les premiers, ceux qui restent c'est quoi, alors ? Et voilà comment on trouve un sujet de roman !

Astobelarra : D'accord, mais le roman ne raconte pas l'histoire de ta grand-mère, si ?

Etienne H. BOYER : Pas du tout. La grande majorité de la trame du livre provient de cauchemars que je fais la nuit. Parfois, il arrive qu'ils se suivent. Ce sont des rêves qui sont tellement forts, tellement réels (mais pas forcément réalistes) qu'ils en deviennent des souvenirs. Parfois, j'arrive à les assembler en une histoire cohérente. Ensuite, j'ajoute des personnages, des événements à l'arc narratif principal.
Souvent, je les élabore pendant mes trajets en allant au boulot. Je me mets derrière un camion ou un SUV et je n'en bouge plus jusqu'à ce que j'arrive à destination. Ça me permet de rouler de façon semi-automatique tout en imaginant les scènes que je vais ensuite écrire. C'est un genre d'autohypnose.
C'est flippant de savoir que vous pourriez me croiser sur la route, n'est-ce pas ? 😁

Astobelarra : "Le moment ou jamais" se déroule en Soule, tout comme tes précédentes œuvres... Pourquoi donc ?

Etienne H. BOYER : On ne parle bien que de ce qu'on connaît. Je vis en Soule depuis 1997. C'est à dire depuis plus longtemps que partout ailleurs où j'ai vécu, en comptant Cognac, la ville où je suis né, où j'ai grandi. La Soule, c'est le pays où j'ai choisi de vivre. Elle a été un révélateur : c'est ici que j'ai trouvé mes marques, compris qui j'étais et ce que je voulais faire de ma vie. La mettre en scène dans mes romans, c'est une façon de la remercier. Même si je ne décris pas exactement la Soule telle qu'on l'a connaît, mais plus un monde parallèle où le réel et le cauchemar le plus brut se mêlent. "Qui aime bien châtie bien", dit-on...

Astobelarra : Il y a ce "Polichinelle", un personnage onirique récurrent dans le roman. De quoi s'agit-il ?

Etienne H. BOYER : Au départ, je l'ai conçu comme une personnification de la démence sénile de Roger. Ce personnage excentrique permet de comprendre pourquoi Roger fait les choix qu'il fait. Mais finalement, au fil de l'écriture, j'ai décidé de brouiller les pistes afin que le lecteur ne sache pas s'il s'agit d'une simple hallucination liée à sa pathologie, d'un double maléfique qui devient tangible ou d'une véritable entité diabolique avec laquelle Roger a signé un genre de pacte faustien. Chacun décidera, en son âme et conscience...

Astobelarra : Et puis il y a Hervé, le chihuahua de Roger...

Etienne H. BOYER : Ah oui. Eh bien dans tous les dessins animés de Disney, Pixar, Dreamworks ou autres (même les trucs japonais), le personnage principal est toujours affublé d'au moins un "petit animal mignon", servant de faire-valoir au héros. C'est la recette immuable du succès de ces histoires. Bambi et Panpan, Shrek et l'âne, Wall-E et son cafard, Pocahontas et son colibri, Manny et Sid, Candy et Capucin, Sacha et Pikatchu... etc. En plus d'être un clin d'œil à tous ces personnages secondaires de dessins animés, Hervé, c'est un peu le miroir déformant de Roger. Son Pikatchu mais en négatif.

Astobelarra : Sans divulgacher le grand final de ce roman, y aura-t-il une suite, comme ce fut le cas pour la trilogie fantastique l'Infection ?

Etienne H. BOYER : Trop tôt pour le dire. Pour le moment, j'ai juste prévu une année sabbatique pendant laquelle je n'écrirai rien. La gestation et l'accouchement de "Le moment où jamais" m'ont littéralement épuisé. Je suis allé chercher très profondément des choses, une noirceur, que je ne pensais pas avoir en moi. Ou du moins, que je savais que j'avais mais que je ne voulais pas voir. Je me suis comme auto empoisonné l'esprit en écrivant ce roman, pour ainsi dire. Je compare l'expérience à celle de certains acteurs, tellement bien ancrés dans leur rôle qu'ils en perdent corps et âme.
Bref, je suis rincé et j'ai besoin de me purifier la tête, de ranger le costume de Roger dans un placard et d'en oublier son emplacement.

Astobelarra : D'autres projets en tête, sinon ?

Etienne H. BOYER : J'ai toujours quelques idées, bien sûr, mais rien d'assez mûr. Je me vois bien donner une suite à l'Infection : c'est mon projet le plus abouti à ce jour. Ou alors sortir un recueil d'anecdotes improbables et rigolotes que j'ai vraiment vécues, traitées comme des nouvelles... mais si ça se trouve, je vais carrément passer à un tout autre genre littéraire ; qui sait de quoi l'avenir est fait ? 


Quelques avis de primo-lecteurs sur "Le moment ou jamais", pour vous faire saliver :

Mayie : Bon roman ! J’irais même jusqu’à dire que c’est ton meilleur. Ton style s’affine vraiment et ça a de la gueule.  

Thomas : J’ai bien tripé ! T’as vu : je l’ai bouffé, ton livre !  

Ludivine : C’est un bon livre que tu tiens là !  

Nathalie : Je voulais te dire que j’adore la couverture, elle est absolument horrible, géniale ! Je te félicite d’avoir, une nouvelle fois, mené à bien une aventure littéraire, bravo, bravo, bravo !  

Marjorie : C’est ton meilleur : il est plus léché au niveau de l’écriture et la psychologie du personnage est très intéressante.   

Caroline : Niveau écriture et intrigue, il est très bien mené. Tu peux en être fier ! 

Karine : J'ai adoré. Je l'ai littéralement dévoré et j'étais tellement happée par l'histoire que j'avais du mal à lâcher. En toute sincérité, ça fait longtemps que je n'ai pas été autant emballée par un roman !


RAPPEL : pour précommander le roman, c'est par ici : https://tinyurl.com/LMOJ2024)


dimanche 21 juillet 2024

Le moment ou jamais en précommande, ici et maintenant !


J'ai profité de ces quelques semaines de repos forcé (je me suis cassé le poignet...) pour terminer les corrections de mon nouveau roman, "Le Moment ou jamais". Le livre est fin prêt et le BAT est même en cours de production. Je devrais le recevoir dans le courant de la semaine, si tout va bien ! 

Et comme je voudrais que le roman sorte pour les salons du livre de l'automne, j'ai mis en ligne une campagne de souscription : http://tinyurl.com/LMOJ2024. Cette campagne, qui durera jusqu'au 17 aout, vous permet de précommander le livre à 13€ au lieu de 14€ le jour de sa sortie ; vous recevrez votre exemplaire dédicacé chez vous (ou en main propre, selon le cas) et les frais de port sont inclus. Le nom des souscripteurs figurera dans les remerciements du livre à la page 241.*

Voici les détails techniques que je peux d'ores et déjà vous communiquer : 

ISBN : 9791090126459 - Nombre de pages : 248 - Prix unitaire : 14€ - Sortie officielle septembre 2024.

* Beaucoup d'entre vous pourraient être tentés de zapper la souscription pour prendre le livre au moment de sa sortie. "Je préfère te le prendre à toi, tu auras un euro de plus, etc..." Sachez que même si vous me le prenez à moi, l'argent va directement à l'association : je ne touche pas de royalties sur mes œuvres littéraires. C'est un choix personnel auquel je me suis toujours tenu, et ce depuis la publication de mon premier livre. 

Pourquoi je fais ça ? 

1/ Je ne suis pas sensible à l'appât du gain. Et j'ai déjà un employeur qui me paie pour mon travail. Ceci n'est pas une critique à peine voilée à l'endroit de mes confrères auteurs. Chacun fait ses choix et tous sont respectables ; le mien, c'est de laisser tout à mon éditeur. 

2/ Et puis même si je vends mes livres, les sommes gagnées seraient tellement dérisoires que ça me mettrait mal à l'aise (lire ici pour info). 

3/ Je n'écris pas pour gagner de la thune, mais pour mon plaisir personnel (et le vôtre aussi, j'espère). 

4/ Le fait de savoir que mes livres seront lus (et peut-être même appréciés) par des générations d'êtres humains bien après mon passage sur cette Terre suffit à mon bonheur. Un peu de moi restera et c'est tout ce qui compte, même si c'est très vain.

5/ Cet argent récolté, c'est aussi pour que les autres auteurs de l'association (qui sont tous nettement plus talentueux que moi), puissent sortir leurs propres œuvres dans des conditions acceptables. Je ne le fais pas par esprit de sacrifice, mais parce qu'ils le méritent. Parce que cette maison d'édition associative le mérite. 

Donc voilà, si vous voulez vraiment nous aider à continuer, c'est en répondant positivement à nos appels à souscription. Avec HelloAsso, vous avez la garantie que toutes les sommes récoltées iront à Astobelarra, et que toutes les souscriptions seront honorées. Personne n'a eu à se plaindre jusqu'à aujourd'hui ! Merci de votre attention et n'oubliez pas : http://tinyurl.com/LMOJ2024 !!!




dimanche 2 juin 2024

J'AI ADORÉ "DARK MATTER", DE BLAKE CROUCH

Je viens de terminer "Dark Matter", le roman de Blake Crouch, publié aux éditions Gallmeister. Un livre qui me restera en mémoire, aussi profondément ancré que le Replay" de Ken Grimwood. 

Loin de moi l'idée de vouloir vous spoiler : cette histoire parle des choix que nous faisons, des chemins que nous prenons (ou des aléas de la vie que nous subissons) et qui nous transforment et déterminent notre réalité. Ça parle donc de ce qui pourrait (ou pourrait ne pas) être, mais aussi de voyage dimensionnel et de multivers. Autant de sujets qui résonnent en moi et que j'essaye de développer dans mes propres romans, à mon très humble niveau.

"Dark Matter", c'est un thriller fantastique passionnant qui fait réfléchir au sens de la vie, jusqu'au vertige. Ce livre est tellement bon qu'il a été adapté en série, actuellement diffusée sur Amazon Prime.

Sans vouloir me la péter, j'y trouve quelques similitudes narrative avec "Les routes du crépuscule". Mon roman sorti en 2022 met en scène un homme qui tente de "réparer" ses erreurs passées, de sauver son couple brisé, et donc de "reconstruire" sa vie, subitement partie en morceaux. J'y fais également référence aux mondes parallèles. 

Pour terminer, Blake Crouch est l'auteur de la trilogie "Wayward Pines" (aussi adaptée en série, avec Matt Dillon), que je vous conseille également, si vous aimez les histoires avec des milliardaires complètement givrés, fanas d'eugénisme. Gallmeister a aussi publié "Upgrade", du même auteur, disponible en grand format.

lundi 22 avril 2024

UN MOIS POUR FINIR « LE MOMENT OU JAMAIS »

Image par Pexels de Pixabay
Dans une semaine, je suis en congés pour un mois complet. Je fais souvent ça, en mai. D’abord parce que c’est un mois plein de jours fériés, ce qui fait que j’épuise moins vite mon capital annuel de vacances (je rappelle que je ne vis pas de mes écrits : j'ai un vrai travail salarié), mais surtout : c’est un mois de merde où il pleut tout le temps souvent et où il fait encore assez froid. C’est donc le moment idéal pour s’enfermer dans sa forteresse de solitude avec l’ordinateur, de la bonne musique, un truc alcoolisé à boire pour ouvrir les vannes du délire et zou ! En avant les histoires !
Je ne sais pas si c’est toujours bien compris de tous mes collègues de boulot, mais heureusement, j’ai la chance d’avoir un job (et de travailler dans une équipe en or) qui permet ce genre de fantaisie.

Cette fois-ci, j’ai bien l’intention de terminer la rédaction de Le moment où jamais, mon dernier projet en cours d’écriture depuis deux ans, maintenant. Pour ceux qui ont raté l’info : Le moment où jamais, c’est l’histoire Roger, un petit papy tout gentil qui sent qu’il va passer l’arme à gauche, parce que, comme le dit le proverbe, « ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers… ». Sauf qu’il n’a pas envie de claquer alors qu’il n’a pas vécu la moitié des choses qu’il aurait voulu vivre. Alors il va devenir de plus en plus mauvais pour tenter de retarder l’échéance. Mais malheureusement, tout a un prix. Combien sera-t-il prêt à payer pour quelques instants de plus ?

Vous l’aurez compris, Le moment où jamais est un roman fantastique qui balance entre le terroir (ça se passe à Mauléon-Licharre, en Soule) et l’épouvante (Roger est contraint de monter le curseur de l’horreur au maximum s’il veut survivre). J’ai prévu d’écrire quinze chapitres et un épilogue. Pour le moment, j’ai quasiment écrit jusqu’à la fin du chapitre treize. Mais il me reste des tas de choses à corriger car j’ai rajouté des actions au fil du récit qui ne peuvent s’accomplir que si un postulat de départ est modifié. Donc il me reste beaucoup de travail. Je n’aurai pas trop d’un mois pour mettre tout ça d’équerre et livrer un manuscrit propre à Astobelarra. En espérant qu’ils le prennent !

Et la suite, c’est quoi ? Ensuite, J’ai encore plein d’autres projets fifous dans ma besace. Mais avant de me lancer, je pense que je vais prendre une année sabbatique (sans écrire) pour assurer la promo de Le moment où jamais, mais également pour me reposer. Je vous avoue que je suis passablement épuisé ces derniers temps et j’aimerais en profiter pour NE RIEN FAIRE de constructif pendant mes prochaines vacances ! Voilà les nouvelles ! Vous n’en aurez pas d’autres avant début juin !

dimanche 31 mars 2024

L'INSPIRATION, D'OÙ ÇA ME VIENT ?

Crédit photo : jackmac34 (Pixabay.com)

Dans le hameau où je vis, on s'adonne régulièrement à des travaux d'intérêts communs, comme les amish, dans Witness. Bref, très récemment, pendant que passais l'aspirateur sur le sol de la salle des fêtes inondée par les récentes pluies diluviennes, un de mes voisins, un agriculteur d'habitude plutôt placide et sympathique, est venu à ma rencontre avec un air très soucieux, mêlé de détermination. M'entraînant plus loin dans un champ de fougères fraîchement coupées, il m'a demandé :

    — Dis, ça reste entre nous mais toi qui écris des livres, tu saurais comment te débarrasser de quelqu'un sans que ça se sache, non ?

    Moi, naïvement, pensant qu'il s'intéresse à mes romans :

    — Euh oui. Tu es éleveur : tu dois bien avoir de la kétamine chez toi, pour soigner tes animaux. Avec une seule ampoule injectée dans une artère, tu tues un humain normal.

    — Ah oui, pas bête. Je n'y avais pas pensé.

    — Bon, sauf que c'est un produit réglementé. Un enquêteur un peu malin finira par trouver le point d'injection. Sans oublier qu'après l'analyse du sang de la victime, hein ?

    J'ai réfléchi deux secondes, puis j'ai ajouté :

    — Ou sinon avec un macérât de sève de digitale pourpre ! Il y en a partout, de cette plante, ici, en saison.

    — Ah bon ? Ce truc avec les clochettes, là ?

    — Oui, c'est un poison mortel qui cause des arrêts cardiaques à celui ou celle qui l'avale. Et c'est pratiquement indécelable dans l'organisme, si tu ne sais pas ce qu'il faut chercher.

    Le paysan arborait un air pensif et souriait. De mon côté, je commençais à trouver ce drôle d'interrogatoire plus que suspect :

    — Mais attends, pourquoi tu me demandes tout ça, au fait ?

    L'agriculteur a laissé passer un certain temps, le regard comme aspiré par l'horizon. Puis il a lâché, entre ses dents :

    — Tu sais tenir un secret ?

    J'étais subitement mal à l'aise, comme quelqu'un qui en sait déjà trop. Néanmoins, je me suis entendu lui répondre :

    — Euh, tu sais, je travaille dans une banque... C'est le mantra de mon employeur, "le secret des affaires"...

    Après un petit temps de réflexion, il a affecté un air rassuré et m'a donné une petite tape (qui se voulait connivente) sur l'épaule, avant de dévoiler, le ton bas :

    — D'accord. C'est à cause de mon voisin. Il refuse de me vendre une parcelle de terre qui jouxte le ruisseau. Or, j'en ai besoin pour abreuver mes brebis et mes vaches. Mais quand je lui ai demandé gentiment, il m'a insulté et il a même menacé de décrocher le fusil. Alors qu'on est copains depuis la maternelle et qu'on chasse ensemble ! Donc je veux qu'il crève, ce sale enfoiré !

    J'ai avalé ma salive, devant la véhémence du propos.

    — Ah ok...

    — Reste à trouver comment lui administrer le jus de digitale, sans qu'il s'en aperçoive...

    — Beh je sais pas, moi. T'en mets dans son café, ou dans sa bouteille de Ricard !, j'ai fait, comme si c'était une évidence.

    Le temps de voir la scène dans sa tête, le type m'a retapé sur l'épaule. Il semblait très satisfait de notre entretien :

    — Je compte sur ta discrétion, bien sûr !

    J'ai masqué mon intimidation du mieux que je pouvais, avant de mimer une braguette horizontale que je refermais sur mes lèvres, assortissant le tout d'un clin d'œil un peu forcé :

    — Bien sûr : je serai comme une tombe !

Le sourire carnassier que m'a lancé mon voisin après cette sortie ne m'a absolument pas plu. 


    Et là, je me suis réveillé. Le réveil marquait 8h36, mais il était déjà 9h36 sur mon smartphone. Le changement d'heure, c'est vraiment de la merde.

lundi 11 mars 2024

FAITES UN PETIT EFFORT, QUOI !? (Je sens que ça va pas faire plaisir à tout le monde, mais bon... Fuck it !)

Dans le cadre de ma mission d'éditeur chez Astobelarra, il m'arrive de participer à des salons du livre ou de représenter l'association chez nos amis libraires ou encore sur des marchés...
C'est une litote. En fait, je suis partout en même temps car j'ai le don d'ubiquité 🙃.
J'y vais pour mes livres, bien sûr, mais également pour représenter et défendre ceux de mes collègues écrivains que nous éditons, because this is the way

Donc je suis très souvent en première ligne et en contact direct avec le public. Parmi lequel il y a les lecteurs, qui viennent feuilleter (et parfois acheter) nos nouveautés. Il y a les simples passants, dont on se demande bien ce qu'ils viennent foutre* dans un salon du livre tellement le sujet a l'air à des années lumières de leurs préoccupations quotidiennes... Et puis il y a aussi les écrivains en herbe qui viennent à ton stand avec un seul but en tête : te fourguer leur manuscrit. 

Il faut savoir que depuis le Covid, énormément de gens ont eu la révélation qu'ils devaient absolument publier un livre. À tel point qu'on se demande s'il n'y a pas plus d'écrivains que de lecteurs, désormais...
Attention, ceci n'est pas un jugement du travail produit par ces personnes. Dans le lot de ce que nous recevons, il y a parfois des pépites. Mais ce n'est pas le propos de ce billet. 

La vraie raison pour laquelle j'écris aujourd'hui, c'est que la grande majorité (si ce n'est la totalité) des personnes qui viennent nous proposer leurs manuscrits semblent se foutre* totalement de ce qu'on publie. Je m'explique : moi, si je devais cibler une maison d'édition pour qu'elle publie mes textes, je saurais ce qu'elle publie d'habitude (histoire d'être raccord avec la ligne éditoriale) et le niveau d'exigence demandé pour la bonne et simple raison que j'aurais déjà acheté et lu des livres de cette maison d'édition. Je trouve que c'est la moindre des choses. Voyez ça comme une règle de politesse élémentaire, ou comme un investissement pour l'avenir... Et puis, quelque part, c'est aussi une manière de se comparer à d'autres et - souvent - de soigner son égo 😁. 

Alors on pourrait arguer qu'il n'y a rien d'intéressant dans notre catalogue, et que c'est pour ça qu'on n'a rien acheté. Mais alors, si c'est vraiment le cas, il faut se poser la question : est-ce que je cible la bonne maison d'édition ? L'autre raison qu'on pourrait nous opposer, c'est je ne peux pas accueillir toute la misère acheter tous les livres du monde. Non, c'est sûr. Mais en tout cas, ça donne l'image d'une personne qui ne souhaite pas s'impliquer plus que ça et c'est pas top comme premier contact : tout le contraire de la dimension militante affichée par notre association. 

Pour vous dire à quel point je suis moi-même militant : j'achète systématiquement les livres de tous les auteurs d'Astobelarra, même si, de par mon métier d'éditeur, je les ai déjà lus au moins une fois, voire deux ou trois, même, parfois. Alors je ne demande pas à ce que tout le monde en fasse autant. C'est mon choix à moi de soutenir nos auteurs, et donc l'asso. Car, ne soyons pas dupes, je le fais également parce que l'argent qui rentre, c'est aussi celui qui va permettre de publier ou réimprimer mes propres romans. 

Par contre, il me semble que quand on souhaite se faire éditer, il est nécessaire qu'on connaisse un peu son sujet... Notez que ce n'est pas non plus un prérequis pour se faire éditer : il y a des gens qui achètent nos livre et dont nous avons pourtant refusé le manuscrit. De même qu'il y a aussi des gens dont on a pris (et publié) le manuscrit sans pour autant qu'ils aient jamais acheté ou lu une seule de nos productions. 

C'est le jeu (ma pauvre Lucette), mais quand même, quand on cherche à se faire éditer par une petite maison d'édition comme la nôtre**, et d'autant plus lorsqu'on se déplace pour venir nous voir en vrai, l'effort serait grandement apprécié. Et pour joindre le geste à la parole, sachez qu'Astobelarra lance une nouvelle souscription en ligne pour la sortie du 5ème roman de Thomas Ponté, intitulé Les Sens hors des nerfs et qui n'est autre que la suite très attendue d'Essences ordinaires, sorti en 2016. Si vous n'avez pas encore lu ce livre génial, jetez-vous immédiatement au gave, ça vous rafraichira les idées !
Cliquez ici pour en savoir plus et/ou précommander Les Sens hors des nerfs !
Amen.


** C'est d'ailleurs très rarement un premier choix. Ne nous leurrons pas : si le fameux manuscrit finit dans notre PAL, c'est plus souvent parce qu'aucune autre maison d'édition n'a voulu du manuscrit auparavant. 

lundi 26 février 2024

LE DERNIER VOL DU CORSAIR F4U.

PREMIÈRE PARTIE : LE PÉCHÉ ORIGINEL



La Genèse.


Automne 1980. J'ai 9 ans et je suis en CM1 à l’école primaire Paul Bert, à Cognac. J'ai une institutrice toute jeune et toute gentille. Elle est blonde et frisottée et elle ressemble un peu au Michel Polnareff de l'époque (mais en fille). Je ne suis pas un très bon élève. Plutôt classé dans les moyens / médiocres. Je n'aime pas l'école. Je ne l'ai jamais aimée, quels que soient mes enseignants. Ce doit être en réaction, parce que mes parents sont tous les deux profs et qu'on m'en fait baver avec ça… Un jour, un camarade de classe, Stéphan L., arrive à l'école avec un petit avion en métal. C'est un Corsair F4u d'un bleu métallisé profond, avec plein de décalcomanies à consonances américaines dessus, et fabriqué (à l'époque) par la société Matchbox. Il en est très fier de son avion. C'est un cadeau de sa grand-mère, je crois. Il nous permet d'y toucher, mais pas plus, dès fois qu'on écaillerait la peinture... À la récré, il le tient par la dérive et le fait voler avec des grands « Vraoums » en courant dans toute la cour, ce qui fait des admirateurs mais aussi, évidemment, des envieux.

Vile tentation.

L'après-midi, nous avons cours de sport sur un grand terrain attenant à l'école primaire. Pendant que nous faisons je ne sais quel exercice physique sans intérêt (je hais les exercices physiques sans intérêt), je demande à aller faire pipi. Avec ma bouille d’ange, je reçois l'autorisation de la maîtresse, et promets de revenir au plus vite. Mais alors que je passe le portail du préau, devenant invisible pour le reste du groupe, j’en profite pour fausser compagnie à tout le monde : j’entre dans la salle de classe en douce, puis fouille dans le cartable de mon camarade qui, resté à faire le clown sur la pelouse du terrain de sport, ne se doute de rien. Je saisis l'avion et le dissimule dans une poche de mon propre cartable avant de retourner sur le terrain de sport, comme si de rien n’était. Arsène Lupin n'aurait pas fait mieux. Pourtant, je sens mes muscles qui frétillent sous ma peau tout le restant de la journée, sous l’effet de l’adrénaline. Que se passera-t-il si jamais Stéphan s’aperçoit que son avion a disparu et qu’il donne l’alerte avant que la cloche ne sonne ? J’ai la trouille, mais heureusement, après le sport, la classe est finie et le vilain voleur que je suis a tôt fait de plier bagage pour retrouver la voiture maternelle qui attend, devant l’école.

Voyou, voleur, chenapan !

Personne n'en a jamais rien su, pas même son propriétaire initial qui a dû être bien malheureux, le pauvre. Mais Stéphan, qui est aussi dans ma classe l’année suivante, ne parlera jamais de cet avion volé avec lequel je joue ensuite pendant les longues années qui suivent, puis qui passe entre les mains de mes deux frangins brise fers avant de disparaître je ne sais où. En grandissant, ma conscience du bien et du mal s’éveille peu à peu jusqu’à cet événement fatidique - dans un futur plus ou moins lointain et que vous allez découvrir dans la deuxième partie - à partir duquel ce jouet devient un symbole maudit, pour moi. Il représente tout ce que j'ai fait de moche dans ma vie et que je regrette amèrement aujourd'hui. Mais à ce moment-là de mon existence, j'aurais aimé pouvoir le retrouver dans mes affaires (ou le même en neuf, pourquoi pas) pour le renvoyer à celui à qui il appartenait. Je me disais que je ne serai pas tranquille tant que ce ne serait pas fait… Ne me demandez pas pourquoi, je n'en savais rien moi-même !

*****


DEUXIÈME PARTIE : LA RÉVÉLATION


L’effet papillon.


Hiver 2010. J’ai 39 ans et je suis marié et père de deux enfants. Je travaille dans une agence web à Oloron-Sainte-Marie. Quelques années auparavant, j’assiste avec mon épouse et mes gamins au baptême de mon neveu par alliance, (le fils du frère de ma moitié – ‘fin je me comprends). La cérémonie, qui a lieu en l’église de Saint-Jacques à Cognac, me gonfle prodigieusement, mais je fais bonne figure. Il y a belle lurette que les religions, quelles qu’elles soient, ne font plus partie de mon système de pensée. D’ailleurs c’est bien simple, je ne crois en rien. Même plus en l’amour, mais ce n’est pas le sujet. Nous nous retrouvons ensuite pour un repas partagé entre les deux familles. L’un des convives, fortement alcoolisé, et qui paraît mis de côté par les autres, me dit quelque chose.

Retrouvailles.

C’est qu’il n’a pas tellement changé physiquement, en trente ans, contrairement à moi qui ai pris autant de kilos en trop que d’années. Son visage ressemble à un parchemin exhumé des pyramides, il a les traits creusés et ses paupières sont bouffies d’alcool, mais je le reconnais presque immédiatement : c’est Stéphan. Échangeant une coupe de champagne avec ma belle-sœur, j’apprends qu’il n’est autre que son cousin, qu’il ne picole pas seulement pour les fêtes familiales, qu’il vit tout seul et qu’il n’a pas de boulot fixe. Je songe : « quand même, dans mes souvenirs, c’était un mec sympa, assez populaire auprès de ses petits camarades masculins et apprécié des filles (malgré une coupe au bol bien ridicule, quoi que typiquement de son époque). C’est fou, ça ! Qu’est-ce qui a fait qu’il en est arrivé à un tel niveau de déchéance ? » Jamais je n’aurais pu imaginer ça de sa part, et pourtant…

Il n’y a pas de hasard.

À ce moment-là, j’ai complètement oublié cette histoire de Corsair F4u. Ça fait même des années que je n’ai pas pensé à cet avion, que j’ai perdu de vue depuis que mon second petit frère a arrêté de jouer avec. Mais en observant Stéphan qui maugrée, mégot entre les doigts jaunis, tout en s’affaissant lentement sur sa chaise après chaque verre englouti, je ne peux pas m’empêcher de me sentir mal à l’aise. Tout en avalant un dessert pas suffisamment intéressant pour me distraire, je continue de m’interroger : « Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer pour qu’il soit comme ça aujourd’hui ? Pourquoi m’en suis-je sorti, moi, et pas lui ? » C’est en faisant ce parallèle hasardeux avec ma propre histoire que tout me revient en mémoire, en un flash ! C’est ce putain d’avion. Et par association d’idées (et selon la théorie du chaos, qui veut que le battement d’aile d’un papillon peut déclencher une tornade à l’autre bout du pays), je ne peux plus m’empêcher de penser qu’il se pourrait bien que je sois la cause de tous ses malheurs.

*****


TROISIÈME PARTIE : LA RÉDEMPTION ?


La chasse au trésor.


À partir de ce moment-là, je ne pense plus qu’à ça. Le livre que je suis en train d’écrire, le tome 1 de ma trilogie fantastique « L’infection », est mis de côté, le temps que je résolve cette histoire. Je suis persuadé que si j’arrive à lui rendre son avion, les choses pourraient rentrer dans l’ordre, pour lui. Mais je ne sais pas trop comment je dois m’y prendre pour réparer ce que je considère comme le péché originel. La première chose à faire, c’est de chercher dans les jouets restants, chez mes parents, pour voir si le fameux coucou est toujours de ce monde. Après moi, qui étais relativement soigneux, il est passé entre les pognes des mes deux frères, le cadet ayant pratiquement réussi à casser tous mes jouets ainsi que les siens. Mais dans mes souvenirs, le Corsair F4u était en métal et assez solide pour résister à ses assauts : il avait de bonnes chances d’avoir survécu à son pouvoir de destruction. J’ai donc demandé de l’aide à mes parents. Ils ont farfouillé dans tous les recoins de leur maison, vidé toutes les caisses de jouets, mais ça n’a rien donné. L’avion avait bel et bien disparu…

La baie des désespérés.

Impossible de lui rendre l’avion original, celui-là même que je lui avais volé, sans vergogne, trente ans plus tôt. Et sans cette action, impossible de trouver le salut… Impossible de me remettre au travail. Il ne me reste plus qu’Internet pour tenter de sauver la mise. Avec l’accord de mon épouse, qui se fait bien prier (car elle « n’aime pas quand je dépense l’argent du ménage en conneries »), je me lance pour la première fois de ma vie dans le labyrinthe d’eBay, en espérant pouvoir y trouver la lueur au bout du tunnel. Je tombe sur plusieurs offres avec exactement le même jouet, mais à des prix résolument abusifs. Et puis à force d’observer le manège, je finis par comprendre le système des enchères et quelles stratégies je dois adopter pour remporter la mise à moindre prix. Je n’achète pas un Corsair F4u, mais quatre, dont un encore préservé sous son blister d’origine. Et tout ça pour une quarantaine d’euros, au grand dam de ma moitié qui me maudirait sur plusieurs générations, si seulement elle pouvait.

Le chemin vers la rédemption.


Je donne un avion à chacun de mes enfants. J’en garde un (orange) pour moi, en souvenir de mon méfait, et je décide d’envoyer le plus beau, encore emballé, à Stéphan. Ma belle-sœur, à qui je raconte toute l’histoire, me prend certainement pour un fou, mais me communique quand même l’adresse de son cousin. Il reçoit le colis et un petit mot explicatif quelques jours plus tard. Je n’entre pas dans les détails, mais je lui écris que je lui ai subtilisé son avion à l’école primaire et que le fait de l’avoir revu au baptême de mon neveu m’a donné des remords, d’où cet envoi. Suite à cela, Stéphan contacte sa cousine. Il lui assure qu’il ne se souvient absolument pas de cet avion, mais lui demande de me remercier pour le geste. Étrangement, je suis soulagé et déçu à la fois. Je suis heureux de ne pas avoir été le papillon qui a généré la tornade de sa vie et triste (pour moi) d’avoir perdu tout ce temps avec ces remords stupides. La vie reprend son cours, et je finis presque par oublier.

Jusqu’à ce que, à peine quelques semaines plus tard, ma belle-sœur m’apprenne que son cousin est mort. Une cirrhose, parait-il. Mais d’un coup, ma vision s’obscurcit ; c’est à nouveau le chaos dans ma tête. Et si… et si c’était encore de ma faute ? Serait-il encore de ce monde si je ne lui avais pas renvoyé ce fichu avion ? Le battement de l’aile du papillon…

*****


QUATRIÈME PARTIE : LA SAISON 2


Les fantômes du passé.

C'est à ce moment-là que ma conscience du bien et du mal explose comme un geyser, ou plutôt comme un lac artificiel auquel on aurait subitement ôté son barrage, noyant tout mon être sur son passage dans des flots bouillonnants de culpabilité et d'opprobre. Et soudain, tous les moments où j'ai été un fieffé connard me reviennent au visage, d'un seul coup. Je suis hanté par les fantômes de mon passé, comme Kiefer Sutherland dans Flatliners, sauf que, par bonheur, je ne me fais pas casser la gueule par mes victimes à tout bout de champ, comme lui. Et pour cause : je n'ai tué ni violé personne. Mais le résultat est similaire sur mon mental : je fais cauchemars sur cauchemars, je stresse pour un rien, je tente de m'anesthésier l'âme avec des litres de bière, parfois même du rhum... Mais l'image de Sophie C., une ancienne camarade de classe que j'ai harcelée au collège, ne veut pas quitter mon esprit. Je revois toutes mes exactions à son encontre et j'ai envie de pleurer. Si je la retrouvais par hasard, je pense que je me jetterais à ses pieds pour lui demander pardon, tellement la honte m'accable.

Rebelote. 
 
Je me mets donc en tête de fouiller l'Internet de fond en comble, mais évidemment, elle n'apparaît nulle part, ni sur sur les réseaux sociaux ni sur les moteurs de recherche. Pas une seule photo sur Google Images et même le dinosaure "Copains d'avant" ignore son existence ! C'est quand même dingue qu'avec cette profusion de smartphones qui envahissent nos vies jusqu'à l'aliénation, il puisse encore exister aujourd'hui des gens qui n'ont absolument aucune identité numérique ! Je me persuade que si elle avait voulu fuir son passé, elle ne s'y serait pas prise autrement. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue ; aucun de mes copains de troisième n'ont gardé de contact avec elle non plus.
"Pas de nouvelle, bonne nouvelle", dit-on. Peut-être qu'elle a rencontré quelqu'un de bien qui la rend heureuse ? Peut-être même qu'il - ou elle - lui a complètement fait oublier le calvaire de son adolescence ? Ou peut-être est-elle morte seule, malheureuse et alcoolique dans un cul de basse-fosse, elle aussi ? Et à cette simple pensée, il me semble entendre son rire si caractéristique, que je prenais un malin plaisir à railler. 

Point final.

J'ai peur que mon battement d'aile de papillon ait encore frappé. Et j'ai peur que toute nouvelle action de ma part engendre une nouvelle tornade incontrôlable. Le chaos. Je devrais sûrement lui foutre la paix, à cette pauvre Sophie C., mais en même temps, mon esprit tordu m'intime l'ordre de me racheter, sous peine de mourir à petit feu, comme Stéphan. Et si jamais, par chance, j''arrivais à lui présenter mes excuses, j'en aurais certes fini avec elle ; mais qui dit qu'un autre vent mauvais ne viendrait pas souffler sur les braises de ma conscience ? "Si l'un tombe, un autre sort de l'ombre à sa place", c'est connu. Je me sens perdu comme un enfant dans une forêt primaire, peuplée de hyènes aux crocs acérés.
Peut-être que je devrais apprendre à lâcher prise, au lieu de me rendre malade pour des choses - que d'aucuns jugeraient insignifiantes - et qui sont très loin derrière moi ? Car finalement, peut-être que c'est Sophie C., le battement de papillon de ma tornade, et que je dois apprendre à (sur)vivre avec... Il serait temps, à presque 53 ans !


La première partie de ce texte a été écrite et publiée en décembre 2010 sur mon blog "Xiberoland", aujourd'hui fermé. Je la republie ici dans une version plus complète afin d'en garder une trace. C'est plus une trame qu'un texte travaillé. Peut-être l'utiliserais-je un jour, dans un futur recueil de nouvelles ? Ai-je besoin de préciser que tout est vrai ?