lundi 20 septembre 2010

Comme une brebis (galeuse) dans la louverie!

Etienne H. Boyer au concours de chiens de berger à Aramits
Ce week-end, les éditions associatives Astobelarra – Le Grand Chardon sont allées (pour la première fois) exposer au concours international de chiens de bergers d’Aramits. J’y suis allé représenter l’association éditrice le dimanche, et accessoirement dédicacer “Mauvais berger!“. Je n’étais pas dupe : je savais à l’avance que nous n’y ferions pas un chiffre d’affaires record. D’abord parce que l’entrée payante (10€ par personne adulte, 5€ par enfant) était assez prohibitive. Alors qu’on ne s’y trompe pas, avec le temps radieux, il y a eu beaucoup de monde mais les bourses étaient clairement vides.

L’autre raison de mes doutes, c’est qu’Astobelarra est une association à fortes tendances écologistes, avec des idées qui entrent en contradiction avec le pastoralisme des temps modernes, cet-à-dire celui des bergers qui ne veulent pas de l’ours (qui je le rappelle, était dans la montagne bien avant l’homme…), tout en vivant de son image. Évidemment, nous n’affichons pas ostensiblement ces convictions (peu importe la manifestation à laquelle nous participons, d’ailleurs), mais c’est une évidence pour ceux qui suivent nos blogs respectifs, et pour ceux qui lisent les livres issus de notre production (ou au moins les 4èmes de couvertures…) comme notre petit dernier, prévu pour décembre.

Enfin, les gens venaient surtout pour voir le travail des chiens, voire pour avaler rapidement quelque nourriture issue de l’agriculture locale (bière incluse), et pas vraiment pour acheter des livres, c’est une évidence!

Donc malgré un tout petit score de 23€ (on ne rembourse même pas la présence de notre stand à cet évènement qui était de 25€), je resterai globalement positif. D’abord parce que j’ai rencontré plein de gens, qui sont venus spontanément me parler de plusieurs choses, me permettant d’en déduire d’autres auxquelles je n’avais jamais pensé. Commençons par quelques perles recueillies :

- un papy-berger est venu me tenir la jambe pendant une bonne heure. Tout en lisant la 4ième de couverture, il m’a demandé pourquoi je ne m’étais pas entendu avec la bergère. “Une histoire d’amour qui s’est mal terminée, peut-être?” Ça m’a beaucoup fait rire, et surtout ça m’a rappelé mon propre grand père qui avait tendance à devenir un peu fleur-bleue, avec l’âge! Comme si les sentiments amoureux pouvaient tout expliquer…

- Un groupe de gamines (dont la plus jeune devait avoir 6 ans et la plus vieille 10) s’est arrêté devant mon stand. Pointant du doigt la couverture de “Mauvais berger!“, l’ainée a déclaré : “Ah tiens! Mauvais berger! On l’a à la maison, je l’ai lu…” Surpris, j’ai questionné la jeune fille : “Hein??? Et tes parents t-ont laissé faire? C’est tout plein de gros mots horribles!” (sans parler des idées qui heurtent déjà pas mal les adultes!). Réponse du tac au tac avec un gloussement malin : “oui, et j’ai bien aimé, c’est super drôle!” Décidément, les enfants d’aujourd’hui n’arrêteront pas de me surprendre!

Le travail du berger et de ses chiens. Fascinant et effrayant.
- Plusieurs personnes (des mémés un peu acariâtres, surtout) se sont exclamées en passant “Mauvais berger? Mais il n’y a pas de mauvais berger ici, monsieur!“, auxquelles j’ai invariablement répondu : “Mais si! Vous en avez un beau spécimen devant vous!“, assorti d’une belle grimace de psychopathe dont j’ai le secret, ce qui leur rendait illico le sourire… J’ai réalisé qu’en fait, en écrivant ce livre, j’avais heurté un tabou. Pour les gens d’ici (qui ont l’air d’idéaliser un tout petit peu la profession), c’est un peu comme s’il ne pouvait décemment pas exister de mauvais bergers, comme il existe de mauvais profs ou de mauvais flics… Et pourtant!

- Un jeune homme auquel j’ai dédicacé le livre, représentant une association de promotion de la réintroduction du Patou des Pyrénées dans les estives, m’a demandé si j’allais venir à la foire très célèbre qui a lieu chaque année dans la vallée où se déroule l’histoire de “Mauvais berger!“. J’ai répondu : “Non. Il y a des limites. S’il devait exister une frontière virtuelle que le livre et son auteur ne dépasseraient pas, ce serait cet endroit là. Je n’y ai d’ailleurs jamais remis les pieds depuis 1999, c’est dire!” Pourtant, il va bien falloir que j’y retourne un de ces jours, ne serait-ce que pour montrer à mes enfants à quel point c’est beau…

- Un couple est arrivé devant moi. Mari et femme ont tenu à me serrer la main et à me tutoyer. “Merci pour ton livre. Tu sais, on a vécu la même chose que toi avec les mêmes personnes, quasiment au mot pour mot! On a découvert Mauvais berger en écoutant l’interview que tu as donnée sur Radio Mendililia (en 2008, NDEHB). On était en plein dedans! Alors on l’a acheté, on l’a lu et relu, et puis on l’a fait tourner à tous ceux qu’on connaissait!” Eux sont exploitants agricoles, et avaient donné leurs brebis en garde à Nanette et Christophe*. Je vous passe les détails, mais apparemment ça a été très chaud! Bien entendu, ils ont changé de lieu de pension pour leurs bêtes, depuis…

En conclusion, je dirais que “Mauvais berger!” est une singularité dans le milieu agricole (local ou non d’ailleurs). Avec ce livre, j’ai montré ce que tout le monde sait mais ne veut/peut pas encore accepter. Et puis qu’un ouvrier agricole puisse avoir le niveau (scolaire) et les couilles d’écrire un livre qui dénonce les agissements et la perversité de ses anciens patrons, ça ne s’est jamais vu. C’est comme une fêlure dans les certitudes et les habitudes, et surtout ces sacro-saintes traditions qu’il faut à tout prix protéger, même lorsqu’elles sont mauvaises.

Bref, à Aramits au début, je me suis senti un peu comme une brebis (galeuse) dans la tanière des loups (en référence à “Babe, le cochon devenu berger“). Sauf qu’aucun loup ne m’a croqué! Je dirais même – si je n’ai vendu que deux livres en tout et pour tout- que j’ai été globalement bien accueilli. Comme quoi…
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*Noms d’emprunt des exploitants agricoles pour lesquels j’ai travaillé comme aide-berger en 1998 et 1999, et personnages principaux du livre.

jeudi 16 septembre 2010

“Mauvais berger!”, quelques précisions s’imposent…

Hier, Laurent Caudine (Astobelarra – le Grand Chardon) a reçu un coup de téléphone d’une personne qui n’a pas donné son nom, mais qui avait l’air particulièrement remontée contre “Mauvais berger!“,  mon récit autobiographique illustré.
N’ayant malheureusement pas assisté à la discussion, je ne peux donc pas reprendre les arguments qui ont été avancés de manière exacte. 

Selon Laurent, ce monsieur (qui apparemment connaitrait quelques protagonistes du livre) aurait -entre autres choses- affirmé que je “dépeignais un tableau totalement faux” du milieu pastoral, et qu’il “ne comprenait pas comment Astobelarra avait pu publier ça“. Je peux bien accepter (même si ça m’arrache le cul) qu’on critique ce livre sur sa forme (le style, les dessins, etc.)  comme ça l’a déjà était fait ici par exemple, mais le fond est ce qu’il est :  à savoir un témoignage d’une expérience professionnelle personnelle vécue à un instant T et à un endroit précis, avec des gens particuliers. Et comme je l’ai écrit ailleurs sur ce blog, j’ai rencontré plusieurs autres personnes qui ont vécu la même chose que moi, au même endroit et avec les mêmes personnes, mais à des moments différents…

Je vais donc répondre simplement qu’il s’agit d’une question de point de vue et de bonne foi. Comme je le dis d’ailleurs très clairement en conclusion du livre, “ce récit ne prétend pas détenir la vérité universelle et absolue, mais uniquement celle -très subjective- de son auteur. Son but avoué est de jouer pleinement son rôle de catharsis“. Il s’agit donc d’une tranche de vie que j’ai vraiment vécue (sans RIEN inventer, et en essayant de respecter la chronologie d’après ma mémoire), avec des gens et des lieux qui existent vraiment (bien que je les aie renommés). C’est donc en toute logique une histoire que j’ai relatée de mon point de vue, avec mon ressenti et ma manière de dire les choses, et n’est aucunement à considérer comme une façon de rejeter la faute sur les autres. Dans ce livre, comme continuellement dans ma vie, je ne cesse de me remettre en question. Et je ne me dépeins jamais comme un héros vengeur et incorruptible, mais plutôt comme le “brave type” (au sens péjoratif du terme) un peu faible qui se fait avoir du bout en bout.

Au final, qu’on soit bien clair, je me garde bien de faire des généralités et d’affirmer - par exemple - que tous les paysans (bergers comme les autres) des Pyrénées Atlantiques sont des bourrins esclavagistes. Je précise seulement que “ceux sur lesquels je suis tombé étaient particulièrement gratinés”. Donc il serait bien que mes écrits ne soient pas détournés, et qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai jamais dit! Par ailleurs, si ce livre s’appelle “Mauvais berger!“, c’est pour une bonne raison.
Et, jusqu’à preuve du contraire, si des personnes complètement étrangères à cette histoire se sentent visées, c’est qu’elles ont forcément des choses à se reprocher…

Ce livre, je l’ai d’abord écrit pour moi, mais aussi pour tous ceux qui - comme moi en mon temps - se laisseront aveugler par des rêves dorés d’adolescents attardés et finiront fatalement par tomber de très haut. Je l’ai écrit aussi pour tous ceux qui ont enduré les affres du harcèlement moral, qu’ils aient été berger, manutentionnaire, boulanger, ostréiculteur, apprenti plombier, correspondant local de presse, fonctionnaire, ou femme au foyer.

Enfin, pour répondre à la seconde partie de l’attaque, je dirais ceci : qu’Astobelarra (ou toute autre maison d’édition) ait décidé de publier cette histoire ou non, ça ne changerait en aucun cas le fait que je l’aie vraiment vécue. Et je défie ce monsieur mécontent (dont je ne sais pas, finalement, s’il a lu le livre ou non – si je pose la question, c’est que j’ai un doute…) de raconter cette histoire de manière différente, sans omettre de détails et surtout sans mentir. Je le défie de trouver des témoins objectifs pour corroborer ses dires, et contrecarrer les miens…

jeudi 26 août 2010

Qui a tué Mathilda O’Hara?

Cette fois ça y est… J’aurais mis le temps, mais je viens de tuer mon héroïne aujourd’hui. Elle est morte dans des souffrance abominables, et d’une façon proprement ignoble, mais il le fallait, pour l’histoire, pour la cause, et pour moi. Je lui demande pardon…
Recueillez-vous car Matilda O’Hara nous a quitté. Elle va laisser un grand vide dans mon cœur.

Adieu, Matilda. Je t’aimerai pour toujours.

dimanche 22 août 2010

Etat de travail 2...


Première partie

Chapitre 1 : La petite nouvelle… (écrit)
Chapitre 2 : La cigarette du condamné. (écrit)
Chapitre 3 : La fille qui venait d’ailleurs. (écrit)
Chapitre 4 : L’addiction. (écrit)
Chapitre 5 : Coup de foudre. (écrit)

Seconde Partie

Chapitre 6 : Coïncidences troublantes. (écrit)
Chapitre 7 : La proposition. (écrit)
Chapitre 8 : Les petites lignes du contrat. (écrit)
Chapitre 9 : Renaissance. (écrit)
Chapitre 10 : L’espoir fait vivre. (écrit)

Troisième partie

Chapitre 11 : Transcriptions n°1. (écrit)
Chapitre 12 : Azkena. (écrit)
Chapitre 13 : Transcriptions n°2. (écrit)
Chapitre 14 : La mort dans l’âme. (en cours de rédaction)
Chapitre 15 : Le renvoi. (écrit)

Quatrième partie

Chapitre 16 : L’interrogatoire. (écrit)
Chapitre 17 : L’enfer sur terre (en cours de rédaction)
Chapitre 18 : Partie d’échecs (titre de travail)
Chapitre 19 : Arrestation (titre de travail)
Chapitre 20 : La chasse (titre de travail)

Epilogue…

Bon, ça avance lentement, mais sûrement… Mais pour ceux qui suivent, vous constaterez quand même quelques menus changements depuis le premier état des lieux datant de mars dernier.
Et je rame toujours sur le passage de la mort de Mathilde! Si j’étais fin psychologue, je n’aurais aucun mal à analyser les raisons pour lesquelles je n’arrive pas à passer à l’acte. Mais je préfère refouler et continuer à repousser l’échéance qui est de toute façon inéluctable.
C’est dur de tuer un être humain, quels que soient les sentiments qu’on lui porte, et fut-il de papier…

jeudi 5 août 2010

Et un nouveau chapitre de L’infection, un!

Quand je vous ai dit en novembre 2008 (déjà!?) que La petite nouvelle serait le seul et unique texte de L’infection que je publierai sur Internet, je vous ai menti…
Souvenez-vous, en septembre 2009, j’écrivais ce billet sur la gendarmerie. Et bien figurez-vous que j’ai contacté l’ex-gendarme auteur de ce site, et qu’il m’a répondu (fort gentiment, d’ailleurs). Je l’en remercie, car j’ai pu obtenir quelques petites précisions très utiles pour plusieurs chapitres de ce premier tome de ma trilogie, notamment celui-ci : le numéro 16 (pour l’instant).
Bonne lecture ;-)

 
L'interrogatoire
Le gendarme Carré et l’adjudant Marin observaient Patrice Bodin d’un air dubitatif. Le type était avachi sur sa chaise rembourrée en skaï grumeleux grisâtre, les avant-bras posés sur les cuisses, mains ouvertes et paumes dirigées vers le plafond sale du petit bureau. Il avait gardé sa tenue d’ouvrier usagée, alors qu’il avait quitté l’usine il y avait déjà plus de deux heures et qu’il n’avait même pas travaillé ce jour là. Beau Smart avait jugé que ce déguisement typique achèverait de lui donner un petit côté "misère humaine", susceptible d’éloi-gner les soupçons de son hôte, ou du moins d’inspirer la pitié. Il dégageait une forte odeur de crasse et de sueur aigre qui embaumait toute la pièce. Il avait l’air absent, l’œil luisant et hagard, le visage d’une pâleur irréelle, accentuée par l’éclairage du néon blafard. En fait, les deux militaires avaient même l’impression qu’il regardait à travers eux, sans ressentir la moindre émotion, comme s’ils n’avaient pas existé. L’uniforme censé représenter l’autorité ne leur était d’aucune utilité, ce qui était assez inhabituel et désagréable. Géraldine Carré ne pouvait même pas compter sur son physique plutôt avantageux pour espérer amadouer l’être probablement asexué qu’elle avait devant elle.
Quelques minutes auparavant, elle et son coéquipier avaient intercepté Bodin qui marchait d’un pas lent et vouté dans la rue Victor Hugo, le regard vide et les bras ballants. Il correspondait exactement au signalement que leur avait donné la secrétaire en état de choc d’Aguer Industries.
La gendarmette détourna avec gêne son regard bleu de la lamentable silhouette, se redressa sur sa chaise, posa ses mains sur son clavier, puis chercha l’assentiment de son chef, qui hocha la tête, visiblement curieux de voir la suite. Elle commença l’interrogatoire avec un ton plutôt empreint de compassion :
Alors, votre nom?
Bodin, Patrice, répondit la machine, parfai-tement à l’aise dans son rôle.
Vous êtes né le?
17 août 1973.
Où ça?
A Limoges.
Dans la Haute-Vienne, donc. Votre domi-cile?
1 bis, rue Victor Hugo, à Mauléon-Licharre.
Patrice Bodin répondait sur un ton neutre et monocorde. Un peu comme une machine qui répétait une leçon trop bien apprise. Le gendarme Carré lança un regard perplexe à son gradé, qui n’exprima aucun sentiment sur son visage fermé.
Elle reprit :
D’accord. Quel est votre métier?
J’emballe diverses pièces métalliques fabri-quées chez Aguer Industries. Ces objets sont ensuite envoyés chez nos clients, qui les utilisent pour fabriquer leurs propres produits.
Vous voulez dire que vous travaillez au service expédition ?
Voilà, c’est ça.
Pouvez-vous nous expliquer ce que vous faisiez dans le bureau du PDG Antton Aguer, en début d’après-midi?
J’étais convoqué à un entretien préalable à un licenciement.
Pour quelle raison?
A priori, j’ai dû faire un certain nombre d’erreurs répétées qui n’ont pas plu à ma hiérarchie.
Pourquoi "a priori"?
Je ne suis pas dans la tête des gens. Je suppose qu’on avait quelque chose de grave à me reprocher. Mais le temps a manqué pour que j’en sache plus…
Bien, vous rappelez-vous de l’heure exacte?
J’avais rendez-vous à 14 heures précises.
Étiez-vous à l’heure?
Oui, mais on m’a fait patienter une vingtaine de minutes dans le bureau de la secrétaire.
Oui, c’est ce qu’elle nous a dit. C’était le temps que le PDG revienne de sa réunion. Ensuite, étiez-vous seul dans le bureau, avec Monsieur Aguer?
Non, Allande Aguer, son fils et directeur de l’usine était présent dès le début de l’entretien, lui aussi.
Pouvez-vous me décrire les évènements qui ont suivi, le plus fidèlement possible, et dans l’ordre chronologique?
Monsieur Aguer-père s’est fâché tout rouge après moi. A ce que j’ai compris, il n’était pas content de mon travail. Je ne me rappelle pas exactement la teneur de ses propos. Et puis tout à coup, il s’est affaissé, et est retombé sur son bureau.
Une chaleur étouffante régnait dans la pièce, curieusement, elle ne semblait pas affecter Patrice Bodin, dont le regard commençait à retrouver une certaine lueur de vitalité. Les deux militaires avaient quant à eux un peu de mal à respirer dans leurs uniformes. Ils avaient les aisselles humides, et la sueur perlait à leurs fronts. Une sorte de pulsation grave semblait battre à leurs tympans. Ils prirent cela pour leurs propres battements de cœur. Géraldine Carré sentait même une migraine s’installer insidieusement dans sa jolie tête blonde. Le néon défaillant qui éclairait la salle s’était soudai-nement mis à cliqueter bruyamment et de manière anarchique, s’ajoutant à la tension et à l’agacement, palpables dans l’air. Elle tenta vainement de ne pas en faire cas, et reprit son interrogatoire, le visage imperceptiblement tendu :
… D’accord, poursuivez sans omettre aucun détail, s’il vous plait.
Ensuite, son fils a essayé de le secouer en vain, puis il a paniqué, et a fait comme une crise de tétanie. On aurait plutôt dit qu’il étouffait. Il a couru vers la fenêtre, l’a ouverte brusquement, et s’est penché sur le rebord.
Et alors?
Il est tombé par la fenêtre. Je pense que dans la panique, il a dû mal évaluer les distances.
Que faisiez-vous, vous-même?
J’étais assis sur ma chaise. Je n’ai pas bougé. Ça s’est passé si vite, et c’était tellement absurde et inattendu, que je n’ai rien compris à ce qui arrivait.
Qu’avez-vous fait, ensuite?
Je me suis levé, et je suis allé prévenir la secrétaire dans le bureau d’à côté, afin qu’elle fasse appeler les secours.
Continuez…
Et ensuite rien. Dans la panique qui s’en est suivie, je suis sorti de l’usine et suis rentré chez moi.
Comme ça, comme si de rien n’était?
La gendarmette faisait un effort démesuré pour garder son calme apparent. La migraine était maintenant assez douloureuse pour modifier ses facultés de jugement, et son supérieur hiérarchique n’avait pas l’air au mieux de sa forme non plus, avec ce strabisme divergent qui venait d’apparaître, et lui donnait une allure de sadique sexuel en liberté. Le battement dans leurs crânes était maintenant si fort qu’il leur semblait que les murs de la gendarmerie vibraient, voire ondulaient eux aussi. Ils se surprirent à avoir envie d’écourter l’interro-gatoire, qui ne semblait de toute façon donner aucun résultat probant. En interrogeant Patrice Bodin, le binôme avait imaginé pouvoir en apprendre davantage sur les circonstances de la mort violente des Aguer, paraissant être tout autre chose qu’un malencontreux faisceau de coïncidences.
Que vouliez-vous que je fasse de plus? Je ne suis ni médecin, ni pompier. J’étais choqué, et je suis parti.
Admettons. Mme Bergez, l’assistante de direction,  prétend néanmoins que vous avez "ironisé" sur la mort violente des deux hommes. Qu’avez-vous à répondre à cela?
C’est une vieille bique mythomane, psycho-rigide et hystérique. Si vous étiez du coin, vous le sauriez!
… D’accord, donc vous maintenez que vous n’avez pas "ironisé"?
Oui, c’est de la calomnie. Je n’ai pas les moyens de payer un avocat, encore moins maintenant que je suis officiellement sans emploi, mais je voulais dire que je trouve quand même très facile de s’acharner sur des personnes sans défense, qu’on vient de mettre à la porte, qui plus est!
Bien, avez-vous autre chose à ajouter?
Je peux rentrer chez moi? J’ai à faire…
Oui… Oui, bien sûr monsieur, juste après avoir relu et signé votre déposition en trois exemplaires. Merci de rester dans les parages, au cas où nous aurions encore besoin de vous !
Patrice Bodin ne répondit pas et ne relut même pas les documents. Il griffonna une signature inintelligible d’une main fébrile, puis se fit raccompagner à la porte de la brigade de gendarmerie par Géraldine Carré, qui faisait un effort surhumain pour tenir debout sur ses jambes. Elle ne lui tendit même pas la main pour le saluer, tellement l’effort lui coûtait, mais il ne sembla pas particulièrement vexé par cette carence de savoir-vivre. Après tout, on ne demande pas à un militaire de faire ami-ami avec les civils…
Lorsqu’elle retourna dans son bureau, elle fut à peine surprise de trouver son supérieur hiérar-chique l’air hagard, affalé sur la chaise où se trouvait le témoin, quelques minutes plus tôt.
Alors, qu’en pensez-vous, Carré?, réussit-il à articuler.
Mon adjudant, je préfère ne plus penser pour le moment… J’ai une migraine épouvantable, et je vous demande la permission de pouvoir me retirer chez moi.
Vous l’avez, parce que je me sens un peu malade moi aussi… Mais donnez-moi au moins votre avis, avant!
Eh bien pour tout dire, nous n’avons rien de tangible contre Patrice Bodin. Certes, il est seul témoin du drame, donc il n’a pas d’alibi; et puis il a un mobile, puisque ses patrons voulaient le licencier. Mais il nous manque le modus operandi. Sans compter que la mort des deux hommes est tout à fait explicable de façon logique, et la version du témoin concorde avec les premières constatations du légiste.
Oui, c’est un peu tiré par les cheveux, mais ça tient la route… L’accident cardio-vasculaire du père a pu engendrer une situation de grand stress chez le fils, sujet à de fortes crises d’asthmes intempestives (fait connu de tous), notamment en cette période de forte pollini-sation. Panique et accident bête qui aboutissent à la mort des deux hommes.
Voilà. Et le résultat, c’est que nous n’avons pas de quoi inculper Patrice Bodin. Pour autant, je n’arrive pas à dire pourquoi, je ne peux pas l’innocenter, ni accréditer la thèse de l’accident. C’est comme s’il nous manquait une clé essentielle à la compréhension de la vérité.
C’est exactement ça! Il avait l’air bizarre, c’est indéniable, mais pas du tout comme les prévenus habituels. Sa posture était plutôt froide, et dénuée d’émotion. Presque calculatrice, voire inhumaine, par moments, non?
Oui, il disait qu’il était choqué, mais son attitude générale démontrait plutôt le contraire. Et puis à mon avis, vu la façon dont il s’exprime et les mots qu’il emploie, c’est loin d’être le neuneu de service dépeint par ses collègues de travail…
C’est vrai, et ça laisse songeur… Bon. Tout ce que nous pouvons faire à l’heure actuelle, Carré, c’est inscrire nos spéculations dans le rapport, et préconiser une surveillance discrète du bonhomme.
Bien Mon adjudant. Je vais le faire avant de rentrer, histoire que notre conversation reste bien fraîche.
Comme vous voulez. Moi, je rentre me coucher… Si vous avez un quelconque souci, appelez-moi!
C’est noté Mon Adjudant. A demain.
Alors que Marin marchait en titubant comme un alcoolique à 4 grammes dans le petit couloir qui menait à la cour intérieure de la brigade, puis aux logements de fonction des militaires, Géraldine Carré s’assit à son bureau et termina en dix minutes son rapport sous la lumière faiblarde du néon qui avait miraculeusement cessé de cli-queter. Puis elle se leva, en proie aux vertiges elle aussi, repoussa sa chaise et monta, au bord de l’évanouissement, à son appartement.
Lorsqu’elle se réveilla le lendemain matin, Géraldine Carré, 25 ans, n’était plus que l’ombre d’elle même. Le médecin généraliste chez qui elle fut emmenée, dans un état second, diagnostiqua une inexplicable autant qu’ir-réversible atteinte d’une forme fulgurante et très avancée de la maladie d’Alzheimer. Après toute une batterie de tests médicaux étalés sur des mois et qui ne donnèrent aucun espoir, elle fut placée d’office au service psychiatrie de l’hôpital militaire Robert Picqué, à Villenave d’Ornon en banlieue bordelaise et l’on n’entendit plus jamais parler d’elle en Soule.
L’adjudant Marin, quant à lui, eut plus de chance dans son malheur: il mourût paisiblement et sans souffrance d’une rupture d’anévrisme, pendant son sommeil… Sa quasi-addiction au houblon fermenté expliqua largement son décès subit.
Il ne fut fait aucun recoupement, pas plus qu’il n’y eut de complément d’enquête, sur l’étrange destinée des deux militaires : la brigade de gendarmerie de Mauléon-Licharre n’aurait de toute façon pas eu la présence d’esprit d’associer ces évènements à la personne de Patrice Bodin, ni le temps de s’atteler à une enquête secondaire. Car cette nuit allait probablement rester dans le mémorial gendarmique de la compagnie comme la plus longue et la plus effroyable ayant jamais existé en Pays basque…

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vendredi 23 juillet 2010

Ouf! Just in time…

Vous vous rappelez ce billet, dans lequel je disais que le temps passait plus vite sur SL que dans la vraie vie, et cet autre, dans lequel je parle des sites réels qui ont inspiré les lieux où se déroulent l’action de L’infection? Et bien figurez-vous que la vraie vie vient de me faire mentir! Les ex-bureaux de GEMA WM ont été entièrement rasés, et seront vraisemblablement remplacés par des parkings! Les boules!!!

 
Enfin “les boules”… Pas tant que ça! Mais je pense que ça m’aurait vraiment posé un problème si je n’avais pas déjà écrit les chapitres qui s’y déroulent.  Comme quoi, j’ai peut-être été directement inspiré par le grand Manitou en faisant les choses dans le désordre, finalement! Me connaissant, j’aurais probablement été freiné dans le processus rédactionnel du livre simplement à cause de cet évènement!
Cette destruction -arrivée de manière un peu inattendue- n’est pas surprenante outre mesure car ce bâtiment était vraiment vieillissant (pour ne pas dire pourri), mais ça fait un choc quand même, d’autant plus lorsqu’il fait partie de notre passé (relativement) récent (en comptant les périodes d’intérim, j’y ai travaillé presque 3 ans dans cette usine)!

Dans le livre s’y déroule une scène clé de “réunion préparatoire à un licenciement pour faute lourde” assez inhabituelle. Et je dirais d’ailleurs : fort heureusement!
Cette scène - qui va rester dans les annales - est inspirée d’une base vécue, et rehaussée d’autres choses totalement inventées (je n’ai encore jamais été mis à la porte d’une quelconque entreprise, et je n’ai jamais non plus “violenté” personne – croisons les doigts et touchons du bois rond)…
;-)

jeudi 15 juillet 2010

L’infection : le concept schématisé!

Alors que je me rapproche implacablement de la deadline fatidique que je me suis imposée (et que j’espère pouvoir tenir), je me suis dit que je pouvais aussi bien vous révéler le concept de L’infection, du moins très partiellement.

En fait, lorsque j’ai vu (en rêve) le fil conducteur de ce roman, je n’avais pas encore bien saisi certains aspects techniques essentiels de l’histoire, et je n’avais pas encore trouvé toutes les sources permettant d’expliquer logiquement ces points précis. Mais j’avais déjà en tête ce schéma (ci contre) qui représente pour moi toute la symbolique de Contage, le premier volet de L’infection (puisque j’ai tout construit autour de cette image). J’ai eu de la chance de trouver les bons interlocuteurs, et surtout que tout se goupille bien tout seul!

Bref, je pense que -hormis ceux qui sont “dans le secret” et ceux qui ont pas mal de jugeote- ce schéma ne va rien évoquer du tout pour la grande majorité d’entre vous. C’est d’ailleurs très bien comme ça : vous comprendrez sa signification lorsque vous lirez le livre (un jour peut-être) ;-)

Comme je vous l’ai déjà (au moins mille fois) expliqué, ce premier tome se déroule en grande majorité dans Second Life et dans une Soule alternative (la Soule étant une petite vallée pyrénéenne du Pays Basque de France). Les tomes suivants (dont j’ai déjà écrit la trame) se dérouleront ailleurs. Il ne sera quasiment plus question du métavers de Linden Lab (ni de Mauléon-Licharre). Au début de Pandémie (le second tome, vous suivez ou quoi?), le monde ne sera déjà plus tel que nous le connaissons. Et dans Sepsis, ce sera pire encore!

Ce schéma n’aura alors plus aucune raison d’être. Je tenais juste à le partager avec vous, car c’est une clé de compréhension de l’histoire!