lundi 19 avril 2021

Pourquoi faut-il lire des livres ?

C'est une question que je me pose, alors que nous sommes tous plus ou moins parasités par nos smartphones, les jeux en réseaux et les séries Netflix. Oui, pourquoi donc lire des livres, alors qu'il y a tellement plus facile à faire ? Tellement plus divertissant ? Lire demande un effort psychologique, de la concentration, du temps disponible, et surtout nous laisse le choix vertigineux de ce qu'on peut lire, tandis que les écrans, eux, nous déversent tout, tout cuit dans le bec sans qu'on ait besoin de se casser la tête : il suffit de se laisser bercer par le défilement des images et le doux ronronnement des bandes sons (des hurlements, des crissements de pneus et des mitrailleuses)...
A quoi ça peut bien servir, de lire des livres (et en particulier les romans) aujourd'hui, à l'heure du tout numérique ? 

1) Lire sert à entraîner votre capacité d'imagination. Contrairement à tous les autres supports, le livre ne fait pas de vous un simple consommateur d'entertainment prémaché, mais un véritable acteur de l'histoire que vous lisez. Vous vivez l'aventure avec les personnages, vous visualisez les décors dans votre tête (chaque lecteur aura sa propre vision de l'oeuvre, en fonction de sa sensibilité), bref, l'auteur vous guide mais vous gardez le libre arbitre pour beaucoup de choses. 

2) Lire améliore votre champ lexical et votre orthographe de manière passive, par l'exemple. 
Lorsque vous écrivez sans faute, lorsque vous savez nuancer et vous exprimer pour être compris par les autres, vous avez fait la moitié du chemin. C'est valable en société comme dans le milieu du travail. Plus vous êtes lettré, mieux vous êtes considéré et pris au sérieux. Plus vous lirez, meilleur vous serez et plus vous trouverez de portes ouvertes. C'est une évidence et j'en suis la preuve vivante : vous allez dire que je me la raconte et que je radote, mais encore une fois, si ma mère ne m'avait pas donné le goût de la lecture dès le plus jeune âge, je ne sais pas ce que je ferais de ma vie aujourd'hui... Sûrement rien de bien folichon. Je n'aurais jamais eu accès aux métiers que j'ai pu exercer depuis que je suis en âge de travailler (et qui m'éclatent) et en tout cas, il est certain que je n'aurais jamais écrit un livre de ma vie.

3) Lire vous donne accès à des idées (scientifiques, philosophiques, spirituelles...) auxquelles vous n'auriez peut-être jamais pensé par vous même. En lisant, on apprend, on se cultive, on picore un peu partout et cela permet de se construire soi-même un bagage culturel, pilier d'une identité propre. 
Et puis lire divertit, mais pas que. Je ne dis pas qu'il faut arrêter de jouer à Grand Theft Auto 5Assassin's Creed ou Cyberpunk ni de regarder The Walking Dead (et LuciferResident AlienThe boysInvincible, etc.), mais il est important de se ménager du temps quotidien pour se poser et lire, pour les raisons évoquées plus haut (et plus bas), mais aussi parce que le livre, à la différence de tous les autres médias, cultive et ouvre l'esprit. Et son champ des possibilités est presque infini.

4) L'offre littéraire est pléthorique, bien plus variée que l'offre télévisuelle. Sans compter qu'une très grande majorité des œuvres numériques, que ce soient des séries ou des jeux (pour ne parler que des plus importantes) sont des dérivés de la littérature dite classique. Il y a donc beaucoup plus de choix au rayon livres qu'au rayon PS5 ou dans les catalogues de Netflix et Amazon TV réunis. 

5) Lire fait travailler toutes vos émotions et remet de l'humain dans nos vies robotisées/lobotomisées par la bagnole, le travail, la société, les factures, les divorces, la maladie, la vieillesse et la mort. Lire, c'est l'antidote au stress et à la peur de vivre. Quand on lit un livre, on se pose, notre cœur ralentit, le poids de la vie s'estompe et on sort complètement de notre quotidien stressant pour un voyage intérieur reposant et d'une grande richesse. Et lorsqu'on repose le livre, on n'a qu'une envie : tout envoyer balader pour s'y replonger au plus vite !

6) On l'a vu avec les années Covid-19, lire des livres, c'est tout ce qui nous restera quand il n'y aura plus rien. Je vous laisse méditer sur cette phrase qu'André Cazetien m'avait soufflée à l'oreille lors d'un salon du livre à Navarrenx, il y a quelques années.

Il y a sûrement d'autres très bonnes raisons pour lire un livre et que je n'ai pas citées ici. Si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas à les mentionner en commentaires ! Et si vous ne connaissez pas encore Astobelarra - Le Grand Chardon, notre petite maison d'édition souletine qui publie des auteurs locaux (du grand Sud-Ouest) et qui distribue directement du producteur au consommateur, allez faire un tour dans sa boutique en ligne. Nul doute que vous y trouverez votre bonheur pour les prochaines années ! 

jeudi 18 mars 2021

La dernière chance, mais ce fut la première, pour moi.

Souvent, j'essaye de me rappeler du pourquoi du comment des choses. Par exemple, pourquoi j'ai toujours été attiré par la Nature, les grands espaces, la montagne, la vie sauvage, la randonnée, la survie, la solitude ? Pourquoi retrouve-t-on ces éléments dans chacun de mes livres ? Est-ce que c'est un inné ou un acquis ? 

Du plus loin que je me souvienne, le détonateur, encore une fois, c'est ma mère. Non qu'elle soit elle-même une grande aventurière, mais c'est elle qui m'a choisi les livres qui m'ont petit à petit amené à ces passions. Le premier de ces livres - bien avant Désert Solitaire (Edward Abbey), Into The wild (John Krakauer), Wild (Cheryl Strayed), Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson) ou même le récent Encabanée (Gabrielle Filtau-Chiba), que j'ai lus et relus bien plus tard, parce que ma mère a su me donner le goût de la lecture lorsque je peinais à l'école - c'était La dernière chance, de Robert Newton-Peck. Ce roman jeunesse publié chez Castor Poche Flammarion raconte l'histoire de Collin, un jeune ado indiscipliné que son père envoie dans les montagnes du Vermont, chez un certain Monsieur Kirk, un vieux trappeur solitaire qui lui apprendra les rudiments de la vie et accessoirement à devenir un homme. 

Je me souviens avoir adoré ce roman initiatique et l'avoir lu au moins deux fois. J'en garde un excellent souvenir, alors je me suis dit que j'allais me le racheter et le relire à l'âge adulte, pour voir si c'était si bon que ça. Et verdict : c'est un passionnant roman pour adolescents, malgré quelques faiblesses dans la narration (essentiellement des redondances : "Han, je marche tout seul dans la nuit, perdu dans la neige, avec un fusil très lourd, j'ai peur, je suis fatigué, mais quel exploit ! Je me demande ce que dirait mon ancien prof de sport s'il me voyait aujourd'hui" reformulé au moins 3 fois dans le même chapitre) ou dans le réalisme de l'histoire (le gamin qui fout rien à l'école mais qui se souvient parfaitement d'où se situe l'appendice et de comment y accéder, malgré la fatigue et la panique. Il pense à l’asepsie et à recoudre tout bien comme il faut, comme un vrai petit chirurgien). Je me souvenais vaguement des personnages principaux, du fil conducteur, de l'ambiance générale, mais pas de tout les petits à-côtés. Reste que j'ai quand même passé un bon moment à le relire, ces derniers jours et ça m'a fait comme une madeleine de Proust. Quelque part, je ne peux m'empêcher de penser qu'en m'offrant ce livre, ma mère a semé, sans le vouloir, la petite graine qui a fait que j'ai quitté ma Charente natale pour venir vivre dans les Pyrénées. La rencontre avec mon ex, 11 ans plus tard, et son amour inconditionnel pour l'Ariège n'ont fait que faire germer et pousser la plante.

Est-ce que c'était écrit ? Est-ce que j'avais mon libre arbitre dans tout ce cheminement ? Je n'en sais trop rien et quand j'y pense aujourd'hui, à l'aube de mes cinquante ans, je trouve tout ceci tellement vertigineux que je me force immédiatement à penser à autre chose.
Toujours est-il que mon prochain roman, dont le titre de travail est, je le rappelle, Les routes du crépuscule, se déroulera également en partie dans les Pyrénées, notamment en Ariège mais aussi en Soule. En écrivant ses histoires, un auteur se met à nu et livre tout ce qui est en lui. Je ne déroge pas à cette règle : les montagnes et les forêts souletines coulent dans mes veines et font battre mon coeur depuis 24 ans. Mais en vérité, j'ai presque l'impression que c'est depuis toujours.

mercredi 20 janvier 2021

Un petit questionnaire de Proust, à l'aube de mes 50 ans ?

Allez, une fois n'est pas coutume, je m'adonne à ce questionnaire dit "de Proust" parce que tel est mon bon plaisir. Et ça permettra à ceux qui ne me connaissent pas d'en savoir un peu plus sur le pourquoi du comment je suis qui je suis...

1. Le principal trait de mon caractère ?

La flemme et la gentillesse, ex æquo.

2. La qualité que je préfère chez un homme ?

La franchise.

3. La qualité que je préfère chez une femme ?

La franchise.

4. Ce que j'apprécie le plus chez mes amis ?

Leur disponibilité. Leur franchise. Leur constance.

5. Mon principal défaut ?

D'être seulement un être humain. Sinon, j'ai les défauts de mes traits de caractère. 

6. Mon occupation préférée ?

La glande. Mais aussi la randonnée, penser, lire, écrire, dessiner, prendre l'apéro... 

7. Mon rêve de bonheur ?

Me barrer de la société pour aller vivre dans une cabane que j'aurais construite dans la forêt des Arbailles, loin de tout, avec assez de livres pour tenir le restant de mes jours.

8. Quel serait mon plus grand malheur ?

Mourir avant d'avoir eu le temps de faire tout ce que je voudrais faire. 

9. Ce que je voudrais être ?

Écrivain à temps complet. 

10. Le pays où je désirerais vivre ?

Les montagnes souletines. Mais je rêve aussi d'Alaska ou de grand nord canadien. 

11. La couleur que je préfère ?

Toutes les nuances de vert de la forêt.

12. La fleur que j'aime ?

Eguzki Lore, la fleur du chardon sylvestre.

13. L'oiseau que je préfère ?

Le gypaète barbu.

14. Mes auteurs favoris en prose ?

Stephen King, Edward Abbey, Pete Fromm... et puis Constance Dufort et Thomas Ponté !

15. Mes poètes préférés ?

D'une manière générale, je suis hermétique à la poésie. J'en lis peu, mais je sais reconnaître le génie quand je le vois. Alors je dirais Arthur Rimbaud. Et Jacques Prévert.

16. Mes héros favoris dans la fiction ?

L'agent spécial Dale Cooper, dans la série TV "Twin Peaks". Billy Butcher, dans le comic book "The Boys". Actarus, dans le dessin animé Goldorak. Franck Castle, le Punisher. George W. Hayduke, dans le roman "le gang de la clef à molette" (et "le retour du gang"...), d'Edward Abbey...

17. Mes héroïnes favorites dans la fiction ?

Michonne, dans la série TV "The Walking Dead". Westerlies, dans le roman "l'Archipel de Westerlies", de Constance Dufort. Dolores, dans la série "Westworld". Et Scarlett O'Hara, dans le roman "Autant en emporte le vent", de Margaret Mitchell.

18. Mes compositeurs préférés ?

Devin Townsend loin au dessus de tous les autres. Ensuite, Roland Orzabal (Tears for fears), Kurt Cobain (Nirvana), Dave Grohl (Foo fighters), Albert Ketèlbey et David Gilmour (Pink Floyd).

19. Mes peintres favoris ?

Salvador Dali. mais sinon Manu Larcenet, Luz, Gotlib, Mazan, Todd McFarlane, Bernie Wrightson (oui, j'élargis à la BD, c'est plus mon genre "de peinture" à moi...). 

20. Mes héros dans la vie réelle ?

Mes parents ? Mes enfants ?  Ma compagne ? Et Christopher McCandess, aka Alexander Supertramp ainsi que Cheryl Strayed.

21. Mes héroïnes dans l'histoire ?

Quelle histoire ?  Sûrement Amelia Earhart en tout premier. Et Dian Fossey. 

22. Mes noms favoris ?

Mes noms ou mes mots ? Pour les noms, je dirais n'importe quel patronyme basque. Inchastoichipy, ou Patalagoity, par exemple...
Pour les mots, n'importe quel mot imprononçable, rugueux ou évocateur de choses supposément horribles : scrotum, filandreux, dépouille, morve, gras de canard, rupture du corps caverneux... 

23. Ce que je déteste par-dessus tout ?

Le mensonge et la trahison. Les gens qui balancent leurs déchets dans la nature. 

24. Personnages historiques que je méprise le plus ?

D'une manière générale tous les gens de pouvoir. Mais s'il faut donner des noms, alors dans le désordre : Napoléon Bonaparte, Louis XIV, Donald Trump, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, Adolf Hitler.

25. Le fait militaire que j'estime le plus ?

A.U.C.U.N. Je ne vois même pas comment on pourrait se vanter ou se satisfaire d'un truc pareil ! 

26. La réforme que j'estime le plus ?

A.U.C.U.N.E. Rien à foutre. Ce n'est pas dans mes compétences ni dans mon rayon d'action.

27. Le don de la nature que je voudrais avoir ?

Le génie absolu. Dans tous les domaines. A défaut, je veux bien les pouvoirs incommensurables du Beyonder.

28. Comment j'aimerais mourir ?

D'un arrêt cardiaque en randonnée, quelque part dans les Arbailles, quand je serai vieux. J'aimerais ensuite que mon corps soit mangé par les vautours et que personne ne sache jamais ce qu'il m'est arrivé. 

29. État d'esprit actuel ?

Flemme de niveau 7/10 ? Ras-le-bol du Covid de niveau 257000/10 ? Quand est-ce qu'il va sortir, ce putain de nouvel album de Tears for fears ? 

30. Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence ?

L'étourderie, l'oubli, le manque de concentration, la flemme...

31. Chocolatine ou pain au chocolat ? 

Chocolatine, évidemment ! Chaque fois que j'entends "Pain au chocolat", ça me éclater de rire, mais pas autant que lorsque j'entends quelqu'un parler avec un accent québécois très prononcé (ceci dit sans méchanceté, d'ailleurs ; c'est factuel : ça me fait rire, point.). 

32. Ma devise ?

Toujours entrevoir le pire pour pouvoir apprécier le meilleur. 

lundi 28 décembre 2020

CROIRE EN SES RÊVES envers et contre tout serait le secret pour aller de l'avant.

Je ne crois en rien qui ne soit pas prouvé par la science.

Pour moi, tout est lié à notre état physique. La conscience également. Donc il n'y a pas de réincarnation possible ni de résurrection, à plus forte raison. Quand notre corps (notre cerveau, plus précisément) meurt, notre "esprit" meurt également. Les fantômes, les anges gardiens, les maisons hantées (...) n'existent pas non plus. Tout ça, ce sont des histoires pour maintenir les hommes en état de crainte permanente et de soumission, ou pour leur donner un espoir d'un sort meilleur, après une vie de merde, suivie d'une mort inéluctable. Mais pour moi, il n'y a rien au-delà. D'ailleurs, il n'y a pas d'au-delà. On meurt, point.
Pour moi, Dieu, Satan, ne sont que des constructions de l'esprit humain, comme Superman ou le père Noël. De la pure fiction, donc. Tous ceux qui s'en réclament sont soit des illuminés, soit des manipulateurs. 
Ensuite, chacun croit ce qu'il veut, tant qu'on n'essaye pas de me convertir à quoi que ce soit, de quelque moyen que ce soit.

Et à tous ceux qui essayent quand même, en m'expliquant que "sans Dieu, il n'y aurait pas de vie sur Terre", je répète qu'on est loin de savoir encore tout. Mais je ne suis pas du genre à croire en un truc mystique, faute d'explication rationnelle et scientifique. 
En matière de connaissances absolues, nous en sommes un peu au stade d'un enfant qui ne sait pas comment il a été conçu et qui peut donc tout imaginer, sauf la vérité crue. Mais s'il y avait vraiment un Dieu ou un quelconque être céleste créateur de l'univers, il n'y aurait pas d'athée, comme moi. 
Personne ne douterait : NOUS LE SAURIONS TOUS. 
À NOTER : J'ai eu une éducation chrétienne.  Mes parents sont protestants pratiquants et je respecte leurs convictions (ainsi que l'éducation qu'ils m'ont donnée). Je suis allé à "l'école biblique" jusqu'à mes 17 ou 18 ans. 
Mais ce ne sont pas mes convictions intimes.

Lire et écrire, surtout, me font accéder à des états de conscience et d'introspection tels, qu'il m'est impossible de CROIRE en quoi que ce soit. Ce qui est amusant car j'écris principalement du fantastique, de l'anticipation, de l'imaginaire... De la fiction, donc...
Un ami Facebook me faisait remarquer ce matin que lui croyait au moins en lui, bien que pour l'instant, aucun scientifique ne se soit donné la peine de prouver son existence. 
Pour rebondir là-dessus, pendant des années, j'ai lutté contre moi-même. "Non, c'est nul, tu n'y arriveras pas, les autres vont se moquer de toi..." Et puis un jour, j'ai lâché prise. Depuis, je trace mon petit bonhomme de chemin, je fais ce que j'ai à faire, que ça plaise ou non. Y croire est un pas que je n'ai pas encore franchi. Mais j'y travaille ^^

Grâce à mes livres, quelque part, une trace infime de mon esprit survivra quelques temps après ma disparition. Plus que de croire en ce que je fais, c'est surtout cela qui me motive. C'est pour cela que je continue, envers et contre tout. Pour partir l'esprit en paix, en me disant que je ne suis pas passé au travers de cette existence sans rien laisser que de la génétique et de vagues souvenirs qui finiront aussi par disparaître, avec le temps.
Oh, je sais bien que ce que je fais est destiné à rester à toute petite échelle. Mais ça aura le mérite d'avoir existé et de m'avoir survécu. Mes livres seront dans des bibliothèques personnelles ; leurs pages seront feuilletées. Ils existent. Ils sont et seront encore, quand moi je ne serai plus. 

Ah si, il y a tout de même une chose en laquelle je crois profondément : c'est que les livres, c'est tout ce qu'il nous restera quand il n'y aura plus rien d'autre. Et si je dois léguer quelque chose de valeur à ma descendance, ce sera ma bibliothèque. Car les livres sont un trésor.

jeudi 3 décembre 2020

De l’art du pitch qui fait vendre...

Sur les marchés ou dans les salons du livre (pré-covid), on me demande souvent de résumer ma trilogie fantastique et horrifique. C’est clair qu’un bon résumé vaut un bon argumentaire commercial. Et mon problème, c’est qu’autant je sais à peu près écrire, autant je suis une grosse merde à l’oral. J’envie ces gens qui ont la répartie automatique et cinglante, ceux qui arriveraient à vendre leur belle-mère à de pauvres gens heureux. C’est un don de ne pas bafouiller, de garder son self control, de ne pas chercher ses mots. Je n’en ai pas été pourvu à la naissance, et force est de constater que ça ne s’apprend pas non plus, avec l’âge.

Je me retrouve donc très souvent bien embêté quand je dois pitcher mes bouquins car je suis soit tenté de trop en dire, soit au contraire de tellement résumer que ça n’a plus de sens. Et je n’ai pas envie d’apprendre un truc par cœur, parce que je n’aime pas radoter. 
Alors, par où commencer, quand on est pris de court ?

L’infection, c’est l’histoire d’une Intelligence Artificielle qui décide d’en finir avec l’humanité. Sauf que le vrai virus n’est pas celui qu’on croit... Voilà !

Déjà, là, je trouve que j’en ai trop dit. Mais c’est le plus court et percutant que je puisse faire.

Parfois, on me demande aussi quel est le genre de mes livres. J’ai coutume de répondre que ce sont des romans de gare gores, mais malgré la musicalité certaine de la phrase, je ne suis pas sûr que ça parle à tout le monde. Même si c’est pourtant la description la moins prétentieuse, la plus simple et la plus réaliste.

Un ami m’a dit que ça ressemble à du Stephen King en plus gore. Je trouve la comparaison osée (quoiqu’assez agréable à entendre et j'en suis flatté), et de fait, c’est vrai que je suis fan de cet auteur. Mais je ne peux décemment pas sortir ça comme argumentaire commercial. Ah merde, c’est fait… 😋

Parfois, le pitch ne suffit pas. On me demande alors de résumer chaque bouquin. Voilà ce que je peux en dire, sans trop divulgâcher…

Le tome 1, ce sont les premiers méfaits de l’intelligence artificielle dans notre réalité. L’histoire se déroule à cheval entre la Soule et un monde virtuel en 3 dimensions.

Dans le tome 2, l’IA se multiplie et s’attaque à tous les pans de notre société moderne à la fois et dans le monde entier et nul n’est à l’abri. Un petit groupe de résistants s’organise pour la combattre et la faire reculer.

Enfin, dans le tome 3, l’IA s’est retranchée dans le corps d’une enfant et s’apprête à acquérir le pouvoir ultime. La fin de l’humanité n’a jamais été aussi proche, mais Dieu qu’elle est dure à écraser…

Enfin, on me demande souvent si l’histoire s’arrête bien au dernier tome de la trilogie. On dirait que les gens ont peur des histoires à rallonge. Alors oui, la saga de Beau Smart (l’intelligence articifielle) se termine avec Sepsis. Je ne dirai pas si elle se termine bien ou mal, mais elle s’arrête là. Ceci dit, je suis un petit malin. J’ai laissé suffisamment de portes ouvertes pour que cet univers ne s’éteigne pas définitivement avec ce point final. Il n’y aura cependant pas de suite ou de reboot. On s’achemine plus vers un spin off, avec de nouvelles aventures. Mais ce ne sera pas pour tout de suite. Pour le moment, je suis sur un nouveau roman très enthousiasmant qui n’a rien à voir avec L’infection.
Même si… 😉

jeudi 19 novembre 2020

Les routes du crépuscule - début du Chapitre 7

(Photo Garak01 | Pixabay)
Ian la vire du lit avec pertes et fracas. Le réveil est instantané : elle se casse la gueule sur le plancher poussiéreux, jonché de sopalins froissés remplis de foutre, et se cogne la tête contre un ampli guitare à moitié démonté, stocké dans la chambre du musicien. 
    — Go get the dope, bitch ![1]
Valentine se redresse et sort de la chambre. Ian a le temps de lui balancer une de ses rangers avant qu’elle ait atteint le couloir. Elle se la prend en plein dans l’omoplate. Comme si elle était atteinte de la tremblante, elle s’appuie tant bien que mal sur les murs infâmes du couloir et trouve la porte de la salle de bain. Andy trempe déjà dans la baignoire. Il a posé une planche en travers du rebord et joue aux échecs, tout en fumant un joint. Ses pics fluos trempés sont repliés à l’arrière de son crâne. Il aurait presque l’air d’un jeune premier en partance pour son mariage. Il lève la tête et la toise comme s’il venait de surprendre un arachnide répugnant en train de crapahuter sur la faïence à moitié déglinguée. Il finit par grimacer, tout en expirant un long jet de fumée cannabinoïde :
    — Jesus, you look like shit, Val.[2]
Elle se regarde dans le miroir. Effectivement, c’est pas brillant. 
    — Sorry for this nightmare sight. I need to make myself up before I « go shopping ».[3]
    — Feel comfortable, it’s not as if you hadn’t seen my dick before…[4]
Il a raison. Pas besoin de faire la gazelle effarouchée. Elle est quand même restée en couple avec lui pendant six mois, avant qu’il ne se lasse de leurs ébats sexuels pourtant débridés, et ne passe à une nouvelle conquête. Entretemps, Valentine a insensiblement sombré dans la dépendance et la déchéance. Et c’est tout naturellement que l’odieux Ian – le véritable chef et seul compositeur du groupe – a hérité de sa carcasse défraîchie de junkie. Elle ne l’aime pas comme elle a aimé Andy, mais entre les moments où il lui fout de mémorables tannées, il sait aussi être tendre et généreux avec elle. Elle vit donc à ses crochets depuis quelques semaines, tant qu’elle fait ce qu’il lui demande, à savoir être sa chose et jouer les mules, essentiellement. 
Tandis qu’elle applique le plus consciencieusement possible un coup de crayon noir sur ses paupières, elle remarque dans la glace qu’Andy a arrêté de jouer. Il a comme un regard hanté vers son arrière-train. Elle soulève légèrement sa chemise et se penche en avant afin de l’aider à mieux contempler le pli de peau qui lie son sexe à son anus. Sa chatte est à portée de sa main, mais il n’esquisse aucun geste vers elle. Dans son état, regarder et se branler discrètement sous l’eau semble lui suffire. Valentine est déçue et met fin au spectacle en se retournant innocemment vers lui :
    — You were exaggerating, earlier : it wasn't that bad, look! Here I am, brand new ![5]
    — It's something that I always liked about you : you sure know how to make up like a stolen car ! It must be a french girl thing.[6]

Elle prend un air faussement choqué :
    — Well that’s racist, Andy ![7]
Il pose sa tablette sur la cuvette des toilettes attenante. La reine blanche perd l’équilibre et tombe dans le trou, mais ça n’a pas l’air de lui faire de l’effet : la « Marie-Jeanne » l’a suffisamment détendu. Il se lève, tout ruisselant du bac.
    — Let me know when you’re finished. I need to take a shit.[8]
    — Okay, I’ve heard enough. You need something from the market ?[9]
    — You know damn well what’s my poison.[10]
    — Sure. 
Valentine pique une Camel dans le paquet d’Andy et l’allume. Il ne s’offusque pas : c’est pas cher payé pour lui rapporter sa dose. 
Tandis qu’elle tire avidement sur le cylindre, elle remet ses crayons dans sa trousse à maquillage qu’elle repose sur le bord de la fenêtre, à côté de celles de Faith et Tracy, puis prend la porte, sans un mot.

*****

_____________________________ 

[1] Va chercher de la drogue, salope !

[2] Bon Dieu, t’as une sale gueule, Val.

[3] Désolé pour ce spectacle de cauchemar. J'ai besoin de me maquiller avant de « faire du shopping ».

[4] Met-toi à l’aise, c’est pas comme si tu n’avais jamais vu ma bite.

[5] Tu exagérais tout à l’heure : c’était pas si moche. Regarde ! me voilà, toute neuve !

[6] C’est un truc que j’ai toujours aimé chez toi : tu sais te vraiment maquiller comme une voiture volée ! Ça doit être un truc de française.

[7] Ça, c’est raciste, Andy !

[8] Dis-moi quand tu as fini, j’ai besoin de chier.

[9] Ok, j’en ai assez entendu. T’as besoin que je te ramène quelque chose du marché ?

[10] Tu connais très bien mon poison.

vendredi 13 novembre 2020

Une trilogie fantastique et horrifique ? Ben ça, c'est fait !


Je me souviens qu'en 2008, j'assiste à une soirée donnée par l'école de musique de Mauléon-Licharre dans la salle des fêtes de Barcus, dans laquelle mes enfants jouent. A la fin du spectacle je discute avec d'autres parents. Je tombe sur Edith Oliarj et, entre autres choses, nous parlons de Mauvais berger. Je lui dis que je suis fier de la sortie de ce livre, mais qu'entretemps, d'autres souvenirs me sont revenus et que je songe déjà à sortir une version deux, plus complète. Elle me répond quelque chose comme : "Tu devrais plutôt te lancer dans l'écriture d'un autre livre. Il te faut aller de l'avant, pas continuer à capitaliser sur un premier livre et ses multiples mises à jour..." Je me rappelle qu'à ce moment-là, je suis un peu gêné. Je dois répondre un truc nul, du genre :"ah oui, mais c'est prévu..." 

Oui, ça l'était. Je parlais déjà d'écrire un roman fantastique à mes collègues de boulot d'EMAC, en août 2008. Sauf que je n'avais pas encore eu l'idée. C'était comme qui dirait "dans l'air", mais pas encore bien assemblé dans ma tête. En novembre de la même année, j'ai eu cette épiphanie et j'ai entrepris la rédaction de cette saga, nommée L'infection, en suivant. Il m'aura fallu 5 ans pour sortir le premier tome, 5 ans de plus pour publier le second, et 3 ans de plus pour la terminer. 

Je ne vous cache pas que j'ai douté plusieurs fois, L'entreprise n'était-elle pas trop grande pour ma toute petite volonté ? Allais-je vivre assez longtemps pour la terminer ? Aurais-je assez d'imagination pour la développer de la façon dont je l'envisageais au début ? Est-ce que je n'étais pas trop caricatural, par moments ? Est-ce que je ne devrais pas m'occuper un peu plus des miens, au lieu de perdre mon temps sur ce texte idiot ? Qui suis-je pour prétendre écrire une trilogie fantastique et horrifique ? 
Oui, ça n'a pas toujours été simple. J'ai du batailler entre ce projet extrêmement obsédant et chronophage et ma vraie vie, le boulot, la famille (surtout)... Je ne suis pas loin de penser que la sortie du tome 1 Contage (en 2012) a probablement un rapport avec mon divorce. Mais peut-être pas, après tout... En tout cas, les dates coïncident étrangement. 

Parallèlement, le tome 2 Pandémie (sorti en 2017), celui de ma reconstruction personnelle, a été plus facile à écrire, même s'il m'a pris autant de temps que le premier. Le voyage aux USA m'a beaucoup inspiré et surtout redonné goût à la vie, et notamment cet épisode-ci. Autant je doute aujourd'hui de la présentation globale du premier tome (ce lexique à la fin, ce besoin de coller à la réalité de Second Life jusqu'au vocabulaire), autant ce volume correspond exactement à la vision que j'en avais au départ. J'en suis toujours aussi fier. 

Le tome 3 Sepsis, lui, est sorti pratiquement tout d'un coup de ma cervelle pendant le premier confinement. Contrairement aux deux précédents, je l'ai écrit dans l'ordre, un chapitre après l'autre. Les conditions étaient réunies pour un travail en hyper-concentration, et le récit était déjà bien construit dans ma tête, même s'il a fallu que je trouve une façon d'insérer les personnages de Gilen et Youssra, qui n'étaient pas prévus au départ. Je suis assez satisfait du résultat et de mon grand final. 

Pourquoi je vous parle de tout ça ? Tout simplement parce que, pour plagier Jean-Jacques Goldman (une fois n'est pas coutume), il faut aller au bout de ses rêves, où la raison s'achève... Il faut y croire, s'accrocher malgré les critiques, malgré ses propres doutes perfides, malgré la vie qui n'est pas toujours tendre. Il faut croire en soi, en sa capacité à commencer et terminer un boulot et d'y mettre tout son cœur.
Voilà, aujourd'hui, j'ai sorti cette putain de trilogie. Je l'ai fait, et ce malgré tous les sacrifices que ça a pu me coûter. En me retournant vers le passé et sachant ce que je sais, je peux l'affirmer : si c'était à refaire, je le referais sans hésiter. 

Cette dernière phrase, c'est le thème principal de mon prochain roman, intitulé Les routes du crépuscule, dont je viens de terminer le chapitre 6 hier. Je ne sais pas encore combien il y en aura, parce que je l'écris presque au jour le jour. Je suis une trame des plus simplissimes : début/milieu/fin, mais tout le reste s'invente au fur et à mesure. C'est un projet très enthousiasmant, avec beaucoup d'introspection, du cul, du punk-rock, un peu d'aventure(s)... Je vous tiendrai au courant des prochains développements. Possiblement, je publierai ici le premier chapitre. Alors soyez au rendez-vous !