vendredi 28 novembre 2025

DES NOUVELLES EN DIRECT DU FLOW

Dans le cadre d'une très intéressante formation que j'ai récemment suivie avec les collègues de travail sur le thème de "l'histoire, le langage et le process du design graphique", j'ai découvert un mot que je ne connaissais pas. Je connaissais le concept, pour le vivre à chaque période de créativité intense, mais pas le mot qui le décrit. Et ce mot, c'est : "le flow". 🌊

De quoi s'agit-il exactement ? 

Selon mon "copain" Gudule :

Le concept de "flow", dans le cadre de la création (artistique, littéraire, musicale, etc.), est une notion développée par le psychologue hongrois et américain Mihály Csíkszentmihályi, qui désigne un état mental optimal dans lequel on est pleinement absorbé par ce qu'on fait, au point que le temps, les doutes, l'autocritique et l'anxiété et même les douleurs physiques et la fatigue disparaissent presque totalement, ce faisant. C'est souvent décrit comme un état de grâce, un canal grand ouvert sur soi-même. 

Pour un artiste, quel que soit son mode d'expression, le flow se manifeste par des pages qui se déroulent d’elles-mêmes, des idées qui « s’enchaînent » de manière logique, fluide, le sentiment d’être habité par l’histoire, les personnages, la musique, l’impression de « capter » quelque chose plutôt que de l’inventer.

Le flow permet une créativité plus brute, moins filtrée, une cohérence intuitive dans les idées, une productivité très élevée sans effort ressenti et un sentiment de plaisir profond, presque méditatif.

Amusant qu'une IA décrive aussi bien un état modifié de conscience qu'elle ne peut absolument pas expérimenter. Mais en même temps, ChatGPT ne fait que reproduire des contenus fournis par les humains. Il n'y a pas de surprise...

Cette semaine, j'ai eu accès au flow de manière presque continue, jour et nuit. Parce que comme je l'ai déjà écrit plusieurs fois dans ce blog, lorsque j'ai un projet littéraire en cours, mon cerveau est en ébullition permanente. En semaine, je vais au boulot, je fais ce pour quoi je suis payé par l'entreprise qui m'emploie. Mais pendant ce temps, mon cerveau est divisé en plusieurs parties qui produisent de la matière créative, simultanément. Souvent, la partie "écriture" tourne en tâche de fond, à l'arrière de ma tête. Ça "processe", comme on dit, sans que je m'en rende compte. C'est un état permanent, différent du flow. 

Et puis tout à coup, sans raison particulière, le truc se déclenche. Les pièces de puzzle qui tournaient dans tous les sens, cherchant un emplacement à peu près potable, s'emboitent parfaitement et c'est l'illumination, l'épiphanie.😇

J'entre alors dans un état second, une sorte de transe au cours de laquelle j'ai l'impression que mon corps physique devient tout léger. C'est comme si mon cerveau était soudainement devenu trop petit pour toutes les idées qu'il pond et toutes les informations qu'il reçoit à toute vitesse. Une sorte d'électricité parcourt mes organes qui deviennent fébriles, je me sens heureux comme jamais et tout excité, tout émoustillé comme à un premier rendez-vous amoureux. Je souris bêtement, j'oublie les soucis de la vie (les impôts, les pépins de santé, Poutine, Trump...), les obligations vitales...
Je frôle l'orgasme 😍 (petite pointe d'exagération sur ce coup-là).

Quand le robinet du flow est ouvert, toutes mes facultés de concentration coulent avec. Et lorsque ça arrive, je suis obligé d'arrêter tout ce que j'ai en cours pour prendre des notes (plus par peur d'oublier un détail que parce que mon roman est plus important que tout le reste). Je ne sais pas si tout le monde a accès au flow ni si tout ceux qui l'expérimentent le vivent comme moi. Après tout, chacun a sa propre sensibilité...

En tout cas, je suis content de pouvoir enfin mettre un mot sur ce ressenti et surtout, de savoir que l'expérience est partagée par d'autres ! Maintenant, il me tarde ce week-end pour coucher sur papier toutes ces idées géniales qui me sont apparues ! Le flow va couler à flot ! Je vais asperger tout le monde : sortez vos parapluies ! ☔

lundi 24 novembre 2025

SUIS-JE À L'ORIGINE D'UNE TEMPÊTE DANS UN VERRE D'EAU À OLORON ?

#trollface
On vient de me rapporter que je suis à l'origine d'une tempête médiatique de merde à Oloron-Sainte-Marie. Je vous avouerais que c'est assez déstabilisant de voir des gens se monter le bourrichon pour des raisons qui nous dépassent, d'autant qu'elles n'ont aucun fondement. Je vous explique...

Parfois, l'expérience des salons du livre peut être assez décevante. Surtout lorsqu'il faut se lever à 5h du mat pour rentrer à 21h et se taper 250km pour ne ramener que 16 € de ventes ! Ce n'est pas ce qu'on appelle un Week-End très productif... Nous sommes un peu abonnés à cela depuis la rentrée et c'est assez usant.

Mais CE N'EST PAS ce qui s'est passé il y a deux semaines à Oloron-Sainte-Marie, où nous participions pour la énième fois au "salon du livre sans frontières". Comme d'habitude, nous y avons été très bien accueillis et même si nous n'avons pas atteint "nos objectifs commerciaux" (lol), ou plutôt : même si nous n'avons pas vendu des masses par rapport à d'habitude, c'était quand même un très bon moment, et pas à des kilomètres de chez nous. Et il y avait de la bière. 

Durant ce Week-End-là, j'ai été interrogé par le correspondant local de la République des Pyrénées, Michel Lample, au sujet de l'ambiance générale. J'ai dit ce que j'avais à dire, à savoir : "je préférais lorsque le salon se déroulait en Mai car en novembre, il y a déjà beaucoup de salons, ce qui monopolise tous nos week-ends et c'est une période pas très reposante". Ce qu'il a - très justement - résumé ainsi dans l'article publié le 18 novembre sur le site du journal

Etienne H. Boyer des Éditions Astobelarra regrette l’organisation du festival en mai. « Plusieurs salons se tiennent déjà en novembre dans les Pyrénées-Atlantiques et en Hautes-Pyrénées », explique-t-il.

Il ne m'a rien fait dire d'autre et je n'ai pas dit un mot de plus. Une phrase tout ce qu'il y a de plus banale, avec des arguments factuels qui ne constitue ni une attaque ad hominem ni un dénigrement systématique. Vous verrez plus bas pourquoi je précise cela. 

Dans l'article, Michel (ou le secrétaire de rédaction car les articles envoyés par les CLP sont souvent retravaillés par les secrétaires de rédaction - parfois pas à très bon escient, mais c'est un autre débat) a choisi d'angler sur la "demi-teinte" de cette édition du salon. Ce n'est pas à moi de discuter de ce choix. Et en ce qui me concerne, les journalistes sont libres d'écrire ce qu'ils ont envie d'écrire, à partir du moment où les faits ne sont pas "alternatifs". C'est ce qu'on appelle un point de vue. Et ne l'oublions pas : le point de vue d'une vache dans un près n'est pas le même que celui du voyageur, dans le train qui passe à côté. 

Mais, si je suis objectif : oui, le lieu, bien que sympathique, n'était pas tellement approprié (salle de sport, cachée derrière une autre salle de sport où se déroulaient des événements sportifs sur les deux jours) et surtout situé assez loin de l'hyper centre. En outre, la communication autour du salon (notamment les indications pour y accéder) m'a semblée assez légère, mais je n'ai pas fait le tour de la ville pour vérifier. Par contre, j'ai trouvé qu'il y avait un progrès notable en termes de composition graphique sur l'affiche du salon et son programme. Tout cela, je ne l'ai pas dit au correspondant de presse et en conséquence (et en toute logique), il ne l'a pas écrit dans son article, non plus. 

Il faut l'avouer, il y a eu peu de visiteurs par rapport aux fois précédentes. Mais on ne peut pas tout coller sur le dos des organisateurs du salon. D'abord, il a fait beau temps et les gens n'aiment pas s'enfermer quand il fait beau, dans une région où il pleut plus que de raison. Et puis il faut tenir compte du marasme ambiant : le marché du livre est actuellement en chute libre (lire le billet précédent). Les gens ne lisent plus, ou alors sur leurs smartphones. Et ne dites pas que c'est faux : ça m'arrive aussi de me prendre sur le fait en train de scroller pendant des heures des vidéos stupides sur TikTok, au lieu de lire. 

Foin de digression : si je vous raconte tout cela, c'est parce qu'une personne, qui se réclame de l'association Livres Sans Frontières, a cherché à me joindre au téléphone suite à la publication de l'article. Il faut savoir que je ne réponds jamais à un numéro qui n'est pas enregistré dans mon répertoire. Un trop plein de démarchages téléphoniques m'a incité à agir ainsi, de façon systématique. J'estime que si c'est important, l'appelant peut toujours me laisser un message, auquel cas je le rappelle lorsque je suis disponible. Je crois savoir que je ne suis pas le seul à le faire. 

Cette personne n'a pas laissé de message. Mais elle a appelé le numéro de Marjorie Vandevenne (nouvelle trésorière des éditions Astobelarra depuis dimanche) pour se plaindre de mes propos repris dans la presse, lesquels auraient dénigré le salon. Sur le site de la Rep, si on regarde l'article (dont 90% de la lecture est réservé aux abonnés - donc il faut payer pour le lire dans son intégralité), on pourrait effectivement penser cela. Je vous montre (à noter : j'ai supprimé la photo sur la capture d'écran) : 


C'est vrai qu'on dirait bien, vu la titraille un peu putaclic (mais c'est de bonne guerre : il faut bien vendre) et la façon dont l'article se coupe, que j'ai été médisant. Mais c'est faux. Je le répète, je n'ai rien dit - qui puisse être considéré comme une critique - dans la presse, laquelle n'a pas rapporté de faux propos non plus. C'est ce qu'on appelle faire une tempête dans un verre d'eau. Après, je ne maîtrise aucunement le ressenti des gens. Cela leur appartient totalement, et je dois avouer qu'en règle générale, je n'en ai rien à foutre, de ce que pensent les autres. Tant qu'ils ne s'amusent pas à appeller mes ami(e)s pour chialer leur misère : "Ouiiin, Boyer il est méchant !" 😭 

Maintenant que les choses ont été bien clarifiées quant à ce que j'ai dit ou pas, je tenais quand même à rappeler que la liberté d'expression, ce n'est pas pour les chiens. Et si on commence à s'offusquer et à téléphoner à droite et à gauche pour se plaindre parce qu'on croit que quelqu'un a dit un truc, on ne va pas s'en sortir. 

Du coup, dorénavant, lorsqu'un journaliste viendra me voir pour obtenir mon verbatim, je répondrai invariablement par : "c'est de la merde !" Comme ça, il n'y aura plus de débat. 

samedi 22 novembre 2025

COMMENT J'AI RÉUSSI À ME FAIRE PUBLIER ?

On me demande souvent comment j'ai réussi à trouver un éditeur (je me demande d'ailleurs comment je dois le prendre...). 
Je ne l'explique pas vraiment. 
J'ai surtout eu de la chance. Beaucoup de chance. 
Il se trouve que quelqu'un (Laurent Caudine) venait de créer (le 26 juin 2006) une maison d'édition associative en Soule. Mon premier texte (Mauvais berger !), publié à l'origine sous la forme de trois billets sur mon ancien blog, a plu à cette personne, qui m'a alors proposé de l'éditer, et voilà. C'était la troisième sortie des éditions Astobelarra - Le Grand Chardon, au printemps 2008. Aujourd’hui encore, cet ouvrage est celui que nous avons le plus vendu. Mais on peut dire qu'à la base, je n'avais jamais eu l'intention ni même la simple idée de publier quoi que ce soit ! J'ai "le cul bordé de nouilles", comme on dit ! Ou alors, pour rester plus positif, "j'ai su saisir les opportunités au vol".
Pour résumer, si je n'avais pas quitté ma Charente natale pour atterrir en Soule, tout ceci n'aurait sans doute jamais vu le jour. 

Ensuite, après ce succès (relatif), je me suis dit que si j'avais été capable d'écrire ce premier livre, une tranche de vie illustrée, je pouvais sûrement écrire un vrai roman, avec une vraie intrigue de taré. Et c'est ainsi qu'en décembre de la même année, j'ai fait un de ces rêves vivaces dont je suis coutumier et qu'est née la trame de ce qui allait être ma trilogie fantastique, intitulée "L'infection". Le premier volume était prêt à l'hiver 2011. La collection Mozaïk (qui accueille romans, novellas et nouvelles d'auteurs contemporains depuis mars 2012) n'existait pas encore. Laurent m'a alors encouragé à chercher un autre éditeur, susceptible de publier mon roman fantastique.

J'ai donc envoyé par la poste une trentaine de manuscrits à autant de maisons d'éditions, qui toutes m'ont soit ignoré, soit répondu par la négative. Une seule m’a renvoyé un mail enthousiaste. Une boite québécoise qui n’existe plus aujourd’hui, a priori. Mais, car il y a un mais, l’éditeur en question souhaitait que je réécrive le livre car – je cite : « beaucoup de choses ne sont pas compatibles avec la langue québécoise ». Il est vrai que ce premier tome comporte beaucoup d’anglicismes ou de termes d’argot strictement franco-français, qui peuvent gêner la lecture des canadiens qui souhaitent voir arriver le Québec libre. J’ai refusé et bien m’en a pris.

C’est ainsi que, devenu président de l’association (entre 2010 et 2014), j’ai peu à peu poussé pour la création de la collection Mozaïk, née en mars 2012 avec la sortie de Doux comme un mouton, le recueil de nouvelles de Pierre Gastéréguy. Collection que nous n'avons ensuite eu de cesse que de développer (peut-être au dépend des autres), recrutant année après année de nouveaux auteurs talentueux, parmi lesquels on retrouve notamment Caroline Herrera, Thomas Ponté, Constance Dufort, puis Martin Koppe et tant d’autres. Aujourd’hui, notre maison d’édition approche des vingt ans et tient toujours le rythme de trois à quatre publications annuelles, malgré les péripéties auxquelles toutes les associations sont un jour confrontées et malgré le marché du livre en berne ces dernières années.

Depuis les années Covid, le marché est noyé de productions diverses et variées, pas toutes de qualité, loin s’en faut. Les grosses maisons d’édition qui ont pignon sur rue sont rachetées par des groupes industriels avec des arrières pensées politiques ; les Marketplaces du genre Amazon foisonnent ; les éditeurs à compte d’auteur peu scrupuleux pullulent et même des auteurs reconnus – nationalement parlant – ont monté des « académies », voulant faire croire à monsieur et madame tout le monde qu’écrire des romans est à la portée de tous. Or, et ceci dit sans aucune prétention : tout le monde ne sait pas écrire pour être lu. Tout le monde ne sait pas inventer et raconter des histoires qui tiennent la route. Ce n'est pas un reproche ou une tare, c'est un fait et c'est comme ça. Je suis mélomane mais pas musicien pour un sou : je ne vais pas m'improviser violoniste demain, ou alors juste pour casser les couilles de mes voisins, si l'envie m'en prend ! Pas pour postuler à l'opéra de Paris !
Bref, de là à affirmer que le marché du livre est en train de se tirer une balle dans le pied, il n’y a qu’un pas que je vais franchir allègrement, puisque c’est le fond de ma pensée et que je suis ici chez moi !

Alors c’est vrai, on n’a pas toujours tout bien fait, nous non plus. Mais si je me retourne, je peux quand même regarder la majorité de ce que nous avons accompli avec une certaine fierté. D’autant que TOUS mes livres (passés par la moulinette du comité de lecture exigeant que nous avons constitué) ont été publiés chez Astobelarra. J’espère juste que les prochains le seront également, car je ne jouis pas d'une immunité diplomatique, du fait de mes fonctions de secrétaire. Mes textes aussi peuvent tomber sous le coup d'un véto.
Cela dit, j’ai depuis longtemps arrêté de perdre du temps à chercher un autre éditeur. Je ne suis pas dans le besoin et je n’éprouve pas la nécessité absolue de briller dans tout le pays ou les salons parisiens. Le succès relatif (je sais, je radote) que je rencontre localement me suffit. Mon seul objectif, c’est de sortir ce qui me trotte dans la tête et le mettre dans la vôtre, tout en vous divertissant. Et tant mieux si c’est mission accomplie !

dimanche 19 octobre 2025

L'OEUF OU LA POULE ? #BoucleDeCausalité

En ce moment, je travaille en arrière plan sur mon roman Un Cauchemar sans nom (titre de travail), en cours d'écriture. J'en suis à un passage un peu difficile car j'y aborde un thème (dit du "paradoxe de l'écrivain" ou "boucle de causalité") qui demande une certaine logique mathématique, qui n'est pas à la portée de tout le monde (j'avoue que j'ai mis beaucoup de temps à me l'expliquer à moi-même). Mais en fait, il existe une parabole toute simple et connue de tous : l'œuf ou la poule ! 

Image par Le Chat (Mistral)

Qu'est-ce qui est arrivé en premier ? L'œuf ou la poule ? Question existentielle... En effet, l'œuf a besoin que la poule le ponde pour exister et la poule doit sortir de l'œuf pour naître !
Bref, ma problématique était celle-ci, et j'ai eu besoin de ce schéma pour la comprendre pleinement et de Chat GPT pour la valider (il me manquait des notions et des concepts que j'ai vérifiés par la suite). Voici le schéma :

 

Dans une chronologie classique, si on part du principe que le point 0 est le départ de l'histoire et le point F la fin, imaginons que le personnage principal ait la capacité de réaliser ses rêves à partir du point 0. Aux trois quarts de la fin du récit, il fait un rêve qui se déroule au point EF (pour "événement fondateur") à un moment antérieur au point 0. Il modifie donc le passé et permet au point 0 d'exister, et donc au point R d'exister. On appelle ce paradoxe temporel une "boucle de causalité".
Alors, l'œuf ou la poule ? Vous avez compris le principe, ou pas ? 

vendredi 3 octobre 2025

VIS MA VIE D'ÉCRIVAIN #7 : Le livre qui valait un milliard...


Je dois être un grand naïf, mais je suis toujours étonné de la propension qu'ont certains êtres humains à mettre en œuvre des manières plus ou moins légales de faire du fric sur le dos des autres. 😏

J'étais tranquillement assis sur le trône, en train d'essayer de me distraire en scrollant sur les pages d'Amazon lorsque je suis tombé sur "Mauvais berger!", mon premier livre (première édition) mis en vente à 2000€ !

Oui, vous avez bien lu : DEUX-MILLE EUROS !!! Pour un livre à 10€ à la vente, incomplet (j'ai sorti une version augmentée en 2019), avec des coquilles et une couverture jaunie, comme si elle avait été créée par un ChatGPT consanguin ! 

Pour vous dire, je ne sais même pas si mon éditeur a gagné cette somme avec les ventes de cette tranche de vie (qui demeure notre "best seller", jusqu'à aujourd'hui). Je me demande sur quels critères le vendeur a décidé de lui coller ce prix. Article de collection ? Chef d'œuvre en perdition ? L'auteur serait-il entré à la postérité sans même le savoir ? 💵

Si le prix continue à augmenter de façon aussi exponentielle à mesure que passent les années, sa valeur pourrait atteindre le milliard d'ici la fin du siècle ! Et alors là, à moi les implants capillaires ! On m'appellera Etienne BG, après.

Bon, si je préfère en rire, je ne vous cache pas que tout cela m'agace au plus haut point ; mais je me dis que l'idiot qui achètera ce bouquin à ce prix n'est sans doute pas encore né. Du moins j'espère !


lundi 29 septembre 2025

VIS MA VIE D'ÉCRIVAIN #6 : de la difficulté de savoir se vendre.

J'ai toujours eu des difficultés à me vendre. Je ne sais pas choisir les bons arguments, je ne sais pas comment m'habiller pour rassurer un client (je suis super mal à l'aise dans un costume), je ne sais pas aborder les gens sans qu'ils se sentent agressés, ou sans avoir l'impression que j'ai dépassé les bornes (je me sens si nul à l'oral !). Alors la plupart du temps, je ne fais rien. Je souris, je laisse les gens s'approcher de mon stand, je dis juste bonjour du bout des lèvres et j'attends de voir si nos livres ont soulevé un quelconque intérêt. Si oui, j'engage la conversation : "Nous sommes une maison d'édition associative de Mauléon-Licharre au Pays basque, vous connaissez ?" Bien sûr, je m'adapte en fonction du lieu.

À côté de moi, il y a généralement des auteurs avec beaucoup moins de scrupules, qui hameçonnent les passants avec tout un tas de stratagèmes plus ou moins tirés par les cheveux respectueux. Mais souvent, leur boniment fonctionne. Et puis il y en a aussi de beaucoup plus timides que moi, les pauvres. 

Par exemple, samedi dernier, nous étions - Thomas Ponté et moi - au salon du livre de Vic en Bigorre, pour la première fois. Un événement bien organisé, où nous avons été bien accueillis. Nous nous sommes levés à 5h du matin et nous sommes arrivés sur place autour de 7h45. Nous avions fini de nous installer vers 8h30. Les gens ont commencé à affluer dès l'ouverture (10h00) mais personne n'a semblé trouver notre stand intéressant. D'habitude, nous avons de beaux rollups pour attirer le regard du chaland, mais là, impossible de les mettre, au risque de gêner l'autrice placée derrière nous. 

La matinée est passée et nous n'avons rien vendu. Nous nous sommes réinstallés, pleins d'espoir, après le repas de midi et malgré une certaine affluence, personne ne s'est arrêté devant notre stand avant 16h00. Nos voisines de droite et de gauche avaient déjà vendu quelques livres, celle de derrière (qui a gagné le prix Francis Jammes de cette édition) dédicaçait à tire-larigot. Pénible... très pénible... C'était comme si nous étions devenus complètement invisibles. 

Saint Thomas l'assis, priez pour nous... Que la lumière du commerce divin nous inonde !

Bon, on sait que ce n'est pas dans les salons du livre - où nous sommes noyés dans la masse - que nous vendons le plus, mais plus dans les événements alternatifs, comme les marchés de Noël ou les festivals de Metal par exemple. Cela dit, pouvons-nous nous permettre le luxe de ne pas être présents dans ce type de rassemblement dédié au livre ? Je ne crois pas, non. 
Le plus difficile à accepter, dans ce genre de situation, ce n'est pas de ne pas vendre. C'est d'être invisibilisés. Pourtant on a de chouettes produits : de belles couvertures, des romans excellents... Alors quand on passe la journée à voir les gens défiler sans même qu'ils daignent poser un regard dessus, c'est décourageant.

Et puis tout à coup, allez savoir pourquoi, les hostilités on démarré à 16H10. Ensuite, ça n'a plus arrêté jusqu'à 17h40, au grand dam de notre voisine qui n'a pas dû en croire ses yeux tellement ça dépotait. Nous même ne savions plus où donner de la tête, tellement nous étions submergés de demandes. Finalement, et même si nous avons glandé pendant presque 7 heures d'affilée, nous avons bien vendu. On peut dire que nous ne sommes pas venus pour rien, comme c'est déjà arrivé en 2018 au salon du livre de Buzet sur Baïse, puis en 2022 au salon du livre d'Hendaye, d'où on était rentrés bredouilles et désabusés. 


Il y a parfois des petits miracles et il faut savoir les apprécier à leur juste valeur. 

Alors on dit "merci la vie !

Du coup, dimanche prochain, nous serons au salon du livre de Touget (près de Toulouse).
 
On y croit !

mardi 5 août 2025

LA DEUXIÈME FOIS QUE JE SUIS ALLÉ CHEZ LUI #journaldurêve


Cette nuit, j'ai rêvé que j'allais manger chez un certain Jean-Michel Oçafrain, dit "Alfitcha", qui habitait une vieille ferme du côté d'Idaux-Mendy. Cet Alfitcha était un improbable mix entre un paysan soixante-huitard attardé fraîchement à la retraite et un riche héritier d'une famille consanguine. Il ne faisait pas restaurant ni bar, mais il y avait tout le temps du monde chez lui : des jeunes désœuvrés qui venaient manger et se saouler gratuitement (il fallait avoir envie, vu la crasse de la maison, des ustensiles de cuisine et des couverts), des petits vieux qui jouaient au Mus... et des filles "aux mœurs légères". Pas des prostituées, non, mais des filles qui se faisaient entretenir par les visiteurs ou par notre hôte, contre quelques faveurs sexuelles ou non, du reste. Par exemple, l'une d'elles, un peu retardée, décatie, comme en perpétuelle sortie de bad trip au Fentanyl, était chargée de masser les horribles pieds sales et puant le Munster d'Alfitcha et n'était connue que pour ça. Mais ça allait car elle-même n'était d'ailleurs pas très appétissante.

Dans mon rêve, c'était la deuxième fois que j'allais chez lui. La première fois, c'était il y a des années, lorsque j'étais encore correspondant local de presse chez Sud-Ouest. J'avais fait un reportage sur lui parce que sa femme officielle (roumaine) venait de le quitter en emportant une partie de sa fortune avec elle. Il avait décidé d'entreprendre un voyage en Roumanie avec un ami, afin de la retrouver et de récupérer ses biens. A priori, il avait réussi.

Alfitcha, que j'appelais Jean-Michel (ne m'autorisant pas à employer son nom de maison pour l'interpeller), avait un faux air de Fétus, le chanteur d'Ultra Vomit, mais en plus âgé. Maigre et glabre, l'œil malicieux, le cheveux long et gras, un nez Bourbon, de la couperose. C'était un être assez étonnant, entre le gourou libertaire et le péquenaud cracra.

Il faut que je décrive la maison : c'était une vieille ferme sale et peu entretenue, les terrains alentours étaient ensauvagés et jonchés de vieux tracteurs rouillés, de frigos morts, de détritus divers. L'intérieur de la maison était à l'avenant. Entre vieux manoir parcouru de dédales sombres et grotte aménagée, avec un sol en poussière et terre battue, sur lequel étaient posés tantôt de grandes tables et bancs en bois vermoulu, tantôt des matelas et couettes crasseux.

Cette fois-ci, je m'y étais rendu juste pour manger. J'avais envie d'un bon confit de canard (avec des frites bien grasses) et le sien était réputé dans toute la vallée. Le vin qui était à notre disposition était un tord-boyaux infect, mais on ne s'en rendait plus compte au bout de trois verres. Et comme tout était gratuit, hein ? On n'allait pas se plaindre, en plus !

Alfitcha se souvenait de moi, vingt ans plus tard, et voulait que je lui fasse un nouvel article car il envisageait de repartir en voyage, sur les sentiers de guerre de la grande Russie, ce coup-ci. Il était passionné par ce pays et idolâtrait Staline. D'ailleurs, il ne pouvait s'endormir qu'avec un casque audio diffusant un discours de deux heures du tyran moustachu russe, tandis que son "esclave" fétichiste des pieds lui massait les siens. À noter : le discours commençait par la citation qu'on entend en introduction de The Power, du groupe Snap ! (Amerikanskaya firma Transceptor Technology. Pristupila k proizvodstvu komp'yuterov "Personal'nyy sputnik"). Mais je ne pouvais pas l'aider. Je n'étais plus correspondant local de presse. Et j'étais fin bourré. Je me suis allongé sur le matelas le moins sale que j'ai trouvé et j'ai essayé de dormir. Mais ça sentait trop mauvais la vieille fouine morte et la pisse. 

Je me suis relevé et, toujours avec le vertige de la piquette ingurgitée, je m'en suis retourné à ma voiture, garée parmi les autres contre un fossé. Je me disais que j'allais essayer de faire une petite sieste avant de décoller, à cause des gendarmes. Tandis que je titubais sur le sentier mal défriché, Alfitcha m'a dépassé sur son vieux Solex, qu'il guidait avec la même majesté que s'il conduisait une Harley Davidson
Il partait pour la Russie...

Et le réveil a sonné.