jeudi 19 avril 2012

L’infection : sortie officielle dans J – 30!

Encart de pub pour le Miroir de la Soule.
Ayé! je viens – enfin – de terminer la relecture et les corrections du BAT du tome 1 de L’infection. Je suis fourbu!
Laurent (Caudine) a lui aussi pris des notes, relevé mes coquilles et mes mauvaises utilisations de la ponctuation, et nous avons renvoyé le document à l’imprimeur pour qu’il nous sorte la seconde (et dernière, j’espère) épreuve avant mise en production. Je pense que ce sera moins compliqué pour le tome 2, parce que j’aurais déjà tout formaté comme il faut avant d’envoyer à imprimer. N’empêche, c’est épuisant nerveusement.

La suite, ce sera le tournage d’une interview vidéo, puis, très très vite, la présentation du bouquin à la presse, 15 jours avant sa sortie officielle. Ensuite, pendant tout le mois de juin, je ferai la tournée des salons et des rencontres/dédicaces sur les Pyrénées Atlantiques. Vous vouliez le programme? Le voici :

- 20 mai sortie officielle de L’infection tome 1, à Müsikaren Egüna, à Ordiarp
- 26 mai dédicaces au marché de Mauléon (à confirmer)
- 2 juin 10 h 12 h dédicaces à Tardets
- 9 – 10 juin dédicaces à Oloron au salon du livre
- 16 juin au matin, dédicace à Mauléon, à Xibero bio
- 17 juin, les arts en place, à Oloron Sainte Marie
- 23 juin à partir de 15 h, dédicaces à Garazi (Saint-Jean Pied-de-Port)

Il est probable que d’autres dates (notamment à Navarrenx et à Bayonne) soient fixées d’ici là.
Si vous êtes une librairie du département Pyrénées Atlantiques (mais même ailleurs, je ne suis pas sectaire), que vous êtes intéressé pour journée/matinée de rencontre dédicace avec l’auteur (moi, en l’occurrence, je n’ai pas encore attrapé la Delonite), ou simplement pour recevoir L’infection (et/ou Mauvais berger!) en dépôt/vente, vous pouvez contacter Astobelarra ici : astobelarra@live.fr, ou là : 05.59.28.32.81.

mardi 10 avril 2012

PETIT CONTE AMORAL

Hier soir, à l'atelier d'écriture de la bibliothèque de Mauléon-Licharre, nous n'étions que 5 (en comptant Sophie Pavlovsky, notre "guide" ! Ça fait pas bézef, mais on a quand même pu travailler. Le sujet : écrire un petit conte à partir de données rédigées sur des petits bouts de papier (on commence à avoir l'habitude du principe). Cette fois, chacun d'entre nous jouait le rôle du héros. Nous devions aussi inventer une quête, un pouvoir (ou un objet plus ou moins magique), un personnage secondaire qui jouerait le rôle de "l'aide", et un méchant. Ensuite, comme toujours, on mélange tout, et hop ! Chacun tire un petit papier dans chaque catégorie. Puis zou ! A vos stylos !

Comme à chaque fois, j'ai fait mon vicelard : comme quête, j'ai écrit "sauver l'ours". Comme aide, j'ai mis "une fourmi". Pour l'objet magique, j'ai choisi "le panier à salade" (Ben quoi ?). Et pour le méchant, j'ai écrit "Gnégné l'araignée".

Ce qui est complètement injuste, puisque moi, je suis tombé sur "Sophie", qui devait "sauver le vieux roi qui n'aimait plus le vin", avec l'aide d'une "magicienne-vigneronne" (ben tiens !) et d'un "diamant"; l'ennemi n'étant autre que "la marâtre" ! Trop facile !

Voici le résultat de cette heure d'écriture :

Il était une fois, une petite princesse prénommée Sophie, qui vivait dans un château dans un pays fort, fort lointain. Son père, le vieux roi, était très malade et se mourrait petit à petit, depuis qu'il n'aimait plus le vin. Ce qui n'était pas terrible pour un disciple de Bacchus tel que lui. La mère de Sophie était morte en couches, mais le roi avait repris femme après des années d'une souffrance solitaire, qu'il compensait en vidant dans son gosier des hectolitres de Bordeaux, importés par paquebots. Mais la belle-mère de Sophie était - comme il se doit - une marâtre acariâtre qui, bien entendu, ne rêvait que d'accéder au trône à la place de l'héritière légitime, avec laquelle elles se comportait de manière inique.
Le roi était comme par hasard tombé bien malade peu après que ce remariage fut consommé. Et pour cause : à l'insu de tous, l'odieuse belle-doche versait chaque matin deux gouttes de gelée de carton ensorcelée dans le bol de céréales de son époux, si bien que le souverain perdit le goût à tout aliment, y compris à sa nourriture de base, issue de la culture de la vigne.
Sophie était malheureuse pour son pauvre père, mais elle avait aussi très bien compris qu'une fois parti, rien n'empêcherait sa marâtre diabolique de l'écarter du pouvoir, à tout jamais. Alors elle résolut d'aller quérir les conseils avisés de la magicienne, enfermée à double tour au cachot depuis l'arrivée au palais de sa belle-mère, qui ne supportait pas la concurrence.
― Il se trouve, Sophie mignonne,
que je suis aussi de formation vigneronne.
L'art du vin et celui de la magie sont frères
et j'ai peut-être la solution pour redonner le goût de la vie à ton père !
Tu vas prendre ce diamant;
il t'indiquera ce que tu devras accomplir au bon moment.
Sophie aurait bien voulu obtenir davantage de détails, mais ne put lui tirer un mot de plus. Elle se contenta d'emporter le diamant de la taille d'un œuf de poule, qui brillait de mille feux. Tellement fort, d'ailleurs, que la belle-mère en aperçut ses reflets baladeurs dans les couloirs sombres et humides du château et, toutes griffes dehors, somma la princesse de lui donner le joyaux, séance tenante. La petite fut bien vite acculée dans quelque boudoir, tandis que l'horrible bonne femme s'apprêtait à lui fondre dessus en riant à gorge déployée.
C'est là que Sophie eut une révélation. Ou plutôt, que l'âme du diamant magique lui dicta une intuition :
― Vous la voulez tant que ça, cette pierre ? Et bien la voici, cria la princesse, tout en la lançant au visage de sa marâtre, qui n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait!
La bouche encore toute grande ouverte à force de s'égosiller, la diablesse avala le gros solitaire d'un seul coup. Mais ce dernier, tout en angle, eut du mal à passer et se bloqua en plein milieu de sa gorge. La reine vénale mourut étouffée par la pierre précieuse tant convoitée, tomba par la fenêtre et disparut à jamais dans les douves puantes du château.
Le bon roi fut bien malheureux d'avoir perdu sa seconde épouse, mais curieusement, le goût de la nourriture lui revint le lendemain même, et il se remit à aimer le vin !
Sophie, quant à elle, libéra la magicienne-vigneronne qui, en toute logique, épousa son père quelques semaines plus tard.
Les heureux mariés passèrent le restant de leur vie à picoler plus que de raison, si bien que Princesse Sophie ne tarda pas à devenir reine à son tour, régnant sur un royaume en ruine, aux caves remplies de fûts et de barriques... vides !

Et alors ? Depuis quand un conte doit-il toujours finir bien ?

jeudi 29 mars 2012

JONQUILLE

Hier, le sujet de l'atelier d'écriture de Mauléon était un vrai challenge pour moi. J'aurais pu j'aurais dû m'essayer à quelque chose de nouveau, de différent. Au lieu de ça, par facilité (et manque flagrant d'inspiration) j'ai fait du "Etienne" pur jus.
Ce coup-ci, il fallait écrire le nom d'un végétal sur un bout de papier puis choisir dans le tas, au milieu de la table et écrire son histoire.
Maïtena a eu "l'immortelle", Marguerite "le poireau", Marc "le perce-neige", Pierre (Gastéréguy) "le saule pleureur", Michelle "la digitale pourpre", Sophie "l'asperge", Samuel a tiré "la jonquille", mais, pas inspiré, a décidé de faire un hors sujet sur "l'éphémère" (qui n'est pas un végétal, mais un insecte). Moi je suis aussi tombé sur "la jonquille", qui avait été écrite en doublon.
Chacun s'en est remarquablement tiré, comme d'habitude.
Mais bon, en ce qui me concerne, vous le savez, la poésie n'est pas mon fort. Voici ce que j'ai pondu :

J'aurais pu pousser dans un jardin fleuri, dans un massif ombragé, entre des roses et un buisson de lavande, repiquée par une mamie à la main verte. Mais le destin en a décidé autrement. Moi, je suis née sur les flancs d'une montagne de Soule que les gens du coin appellent Etxekortia. Ici, pas un humain irrespectueux pour me décapiter avant l'heure, pas un chien du quartier pour me baptiser de son urine. Non messieurs-dames, moi, j'ai droit au pipi du renard, à la bave du sanglier, aux fientes des vautours fauves et aux crottes de lapins! Heureusement, je ne serais plus là bien avant l'arrivée des cohortes de brebis estivantes.
Oh, je ne me plains pas de ma situation : c'est toujours la Nature, n'est-ce pas? Et puis, l'avantage d'être accrochée au karst des Arbailles, c'est que le vent de sud balaye régulièrement les mauvaises odeurs et rehausse mon propre parfum et celui de mes innombrables jumelles. Ici, je suis libre et ma blondeur peut rivaliser sans honte avec celle du soleil.
Oh, c'est vrai que je suis nettement moins belle, moins grande et moins prisée que le lys des Pyrénées, la fleur des rois, la reine de la montagne! Mais la jalousie est un concept que j'ignore. J'existe pour moi. D'ailleurs, le propre du "narcisse" n'est-il pas de n'avoir d'yeux que pour soi-même?
Mais n'allez pas croire que j'ai un égo surdimensionné : j'existe aussi pour les insectes, qui viennent s'abreuver à mon nectar. Sans moi, ce qui reste des abeilles sauvages devrait se contenter de faire le miel avec le pollen âcre des pâquerettes ou celui, insipide, des pissenlits!
Et je puis vous assurer qu'elles savent où trouver des produits de qualité, nos petites ouvrières du ciel.
Lorsqu'il pleut, il n'est pas rare que ma corolle orangée leur serve d'abri, pour se protéger des larmes meurtrières. Car oui, je suis aussi une héroïne qui s'ignore...
Je sais bien que je vais faner et mourir avant l'été, mais je sais aussi que je renaîtrai de mon bulbe au printemps prochain, et aux suivants si tout va bien. En fait, je suis bien plus forte que le lys : je suis éphémère, et immortelle à la fois !

mercredi 21 mars 2012

BAT! Le premier bon à tirer est entre mes mains.

Marrant ça : en basque, “bat”, ça veut dire “un” ou “premier”. Bon, dans le contexte du jour, BAT, c’est pour Bon à Tirer. Je précise que ce n’est pas moi qui suis bon à tirer (encore que…). 

L’imprimeur vient de nous faire parvenir la première épreuve du tome 1 de “L’infection”. Je peux vous dire que ça fait bizarre d’avoir ce pavé (420g, quand même) en mains.
Trop heureux d’être content, le Etienne, après 3 ans et demi de boulot, je tiens enfin un truc concret! Ça m’avait déjà fait le coup pour “Mauvais berger!” , mais c’était différent. Il n’y avait pas autant de labeur derrière ce livre ni autant d’ambition.

Bref, pour ceux qui découvrent le principe, le BAT permet, avant le tirage en série, de vérifier que l’édition est OK, de corriger les derniers bugs qui seraient passés inaperçus, etc.

C’est comme ça que je me suis rendu compte que je pouvais encore perfectionner la mise en page (pénible à gérer, la partie reliure!), la titraille des chapitres, et surtout changer la police de caractère du titre. En effet, la font que j’utilisais jusqu’à présent est “gratuite, pour une utilisation personnelle”. J’aurais pu essayer de négocier avec l’auteur, mais bon, c’était plus pratique d’en refaire une moi-même. Mieux que ça : mon poto graphiste Pette en a travaillé une en 5 secondes sur Illustrator rien que pour moi. Donc voilà : ça, c’est fait!

Maintenant, je vais tout relire (j’ai pris suffisamment de recul depuis ma dernière relecture), corriger les dernières phrases bancales et les fautes d’orthographe qui traînent, vérifier une dernière fois la pagination, puis tout refiler à Laurent Caudine pour qu’il en fasse de même de son côté. Et après, zou! Sous presse pour le 20 mai 2012!
Mais si vous voulez le réserver avant, à deux euros moins cher, c’est par ici que ça se passe!

lundi 19 mars 2012

“Mauvais Berger!” : deux dédicaces récentes…

Cahin caha, le stock de “Mauvais berger!” continue de se vendre (ce qui me fait bien plaisir, vous vous en doutez).
Voici ci-dessous deux très récentes dédicaces, réalisées lors des salons du livre de Navarrenx et de Mauléon-Licharre.
Dedicace pour Pette.

Dédicace pour Josyane
Tout ça pour dire quoi? Eh bien qu’en attendant que le tome 1 de “L’infection” sorte enfin (le 20/5/12, mais vous pouvez souscrire ici jusqu’à cette date…), vous pourrez venir vous offrir votre exemplaire dédicacé de “Mauvais berger!” au Leclerc culturel d’Oloron Sainte Marie le 23 mars prochain, à partir de 17 heures. J’y serai en compagnie de Pierre Gastéréguy, dont le recueil de nouvelles “Doux comme un mouton” (Astobelarra – Collection Mozaïk) vient juste de sortir.

mardi 13 mars 2012

Première dose gratuite, dans la République des Pyrénées!

Aujourd’hui est paru un premier article de presse sur la sortie officielle prochaine du livre de Pierre Gastéréguy. Je remercie chaleureusement le correspondant de la République des Pyrénées pour la Soule, Jean-Louis Belhartz d’avoir aussi bien lancé les hostilités! Il a même poussé jusqu’à distribuer une première dose gratuite de L’infection (qui ne sort que le 20 mai prochain, mais auquel vous pouvez déjà souscrire)! Et ça, c’est plutôt cool.

Dans la République des Pyrénées, le 13 mars 2012 (cliquez sur l'image pour lire l'article)

mardi 6 mars 2012

LA RIVALE

J'ai eu un peu les boules de rater le dernier atelier d'écriture. Sophie Pavlovsky m'avait fait passer le sujet, mais je n'ai jamais trouvé le temps de m'y pencher. Et puis, il faut être dans les mêmes conditions, tout ça... En fait, j'ai eu pas mal de choses à régler avec Astobelarra ces derniers temps. Tout ça pour dire que je NE POUVAIS PAS rater l'atelier de ce soir ! Et je suis bien content d'avoir pu y assister, parce qu'on aurait dit que le sujet avait été pondu rien que pour moi ! Ce coup-ci, il fallait imaginer "le fait de tuer une personne, et raconter le pourquoi du comment". Comme souvent, nous devions au préalable écrire un mot qui désigne cette personne (il fallait éviter que ce soit nominatif, quand même; donc impossible de mettre Sarkozy ou Poutine) sur un bout de papier puis tirer au hasard la malheureuse victime. J'en ai écrit deux ("Elle", et "La bibliothécaire" lol), au cas où un retardataire arrive. Il n'y en a pas eu (c'est régulièrement moi, le retardataire) mais Sophie a eu le premier, Maïtena le second. Moi, j'ai eu "La rivale".
J'ai immédiatement eu un genre de flash. J'ai su en quelques secondes ce que j'allais écrire, et comment j'allais l'écrire. C'est sorti tel quel, presque par automatisme. Une fois que j'ai posé le stylo, j'en avais les jambes flageolantes, comme si j'avais fait 30 km en vélo, à fond les manettes !
Mais foin de bavardage, voici le résultat de cette heure et demie d'inspiration :

Dès que je l'ai vue débarquer, j'ai su que les dés étaient jetés : ce serait elle ou moi !
Je partais avec un sacré handicap : elle était jeune, jolie, intelligente, riche et même célèbre pour son investissement sans borne dans diverses associations caritatives locales. Moi, j'étais déjà quinquagénaire, chauve, gras du bide et mes caisses étaient vides. Mais j'avais (et j'ai toujours, il faut croire) une intelligence machiavélique, qui m'a toujours porté chance. Ce n'était pas mon premier coup tordu et je me fis fort de régler son compte en bonne et due forme à cette innocente immaculée.
Mon challenge aura été de lui trouver une faille exploitable, sans trop de prise de risque. Son manque d'expérience n'aurait pas suffit à la liquider pour de bon. Il lui conférait même un petit air fragile, plus prompt à inspirer la pitié et le pardon que le désir brutal de l'écraser comme un cloporte. Il me fallait trouver la faille idéale, celle qui l'empêcherait définitivement de me voler la vedette.
Alors j'ai mis mes meilleurs larbins sur le coup. Ils étaient chargés d'enquêter en profondeur sur son passé, sa vie privée, sa famille ou d'éventuelles activités illicites auxquelles elle aurait pu s'adonner en secret. Mais rien n'entachait en apparence sa personne ni sa réputation. Pas même une pauvre histoire de cul à lui reprocher ! Elle était vraiment blanche comme neige.
Or, comme vous le savez certainement tous, dans mon monde, les ingénus n'ont pas leur place. Les gentils se font croquer par les méchants. Ce sont toujours les salauds qui gagnent à la fin, parce que ce sont les salauds qui ont le plus de ressources pour survivre. Eh non, ce n'est pas simplement une vision subjective du monde, déformée par le prisme de la mégalomanie. C'est la pure réalité ! Regardez le règne animal et vous aurez compris comment fonctionne le mien, celui de l'humanité. Notez bien que j'ai dit HUMANITÉ, et non HUMANISME !
Mais assez digressé : si rien ne pouvait l'atteindre, alors il fallait qu'elle meure car sa présence me faisait trop d'ombre. Je sentais que le vent pouvait tourner et qu'elle pourrait aisément prendre cette place que j'avais si chèrement acquise.
Oh, j'aurais sûrement pu payer quelque sbire pour la supprimer : un sniper qui l'aurait attendue quelque part sur la route et lui aurait logé une balle de neuf millimètres dans l'occiput. J'aurais aussi pu l'étrangler de mes propres mains pendant son sommeil; croyez bien que j'y aurais pris plaisir ! Mais elle ne devait surtout pas mourir en martyr. Personne ne devait la regretter, c'était la condition sine-qua-non afin que je puisse rester bien confortablement à ma place et surtout, sans que j'aie besoin de devoir me justifier. Ce devait être le crime parfait, propre, insoupçonnable mais qui entacherait sa mémoire à tout jamais.
J'aime mieux vous dire que j'ai déployé des trésors d'ingéniosité pour la piéger. Ça n'a pas été du tout cuit, si vous me permettez l'expression, mais j'ai fini par trouver une prise. Ou plutôt : je l'ai inventée...
Vous savez, dans mon métier, il suffit de peu de choses pour manipuler l'opinion. Une caisse de Ricard par-ci, des tarifs préférentiels par-là et toute la presse locale vous mange dans la main. En ce qui me concerne, ça fait des années que c'est le cas. J'y travaillais en sous-main, au cas où j'aurais besoin d'appuis un jour. Comme je n'avais jamais eu de contradicteurs jusqu'ici -du moins jusqu'à ce quelle arrive dans la vallée- je n'avais jamais fait usage de cette carte là.
Alors j'ai raconté des salades et chargé mes larbins de propager discrètement la nouvelle. Et ce qui devait arriver arriva, car un mensonge diffusé par toute une communauté d'abrutis aveugles prend forcément une part de réalité, si elle ne devient pas la seule possible. Résultat, elle a très vite perdu du crédit. Sa parole n'eut bientôt plus de valeur aux yeux des gens qui la soutenaient corps et âme, à ses débuts. Elle s'embourbait dans ses positions car sa fierté était tout ce qui lui restait. Mais c'était trop tard : rien n'aurait pu la sauver !
il ne me restait plus qu'à la tourner publiquement en dérision au moindre prétexte. Je l'ai tuée de sang-froid, comme on tue une rivale politique. Elle quitta le pays et l'on entendit plus jamais parler d'elle...
Quant à moi, eh bien, j'ai encore quelques belles années pour administrer tranquillement cette petite municipalité. Je laisserai une belle trace de mon passage dans l'histoire de la mairie et qui sait, peut-être même que je deviendrais président du Conseil Général? N'ai-je pas apporté la preuve que rien - ni personne - ne me résiste ?