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mercredi 9 septembre 2026

EST-CE QU'UN ROMANCIER A LE DROIT D'ÉCRIRE SUR LE SUJET QU'IL VEUT OU C'EST TROP DEMANDER ?

Misty, personnage principal de mon prochain roman
Je vais remettre une pièce dans le flipper. 

L'idée n'est pas de foutre la merde, mais de dénoncer - une fois encore - la bêtise humaine et de faire réfléchir. J'ai eu envie d'aborder ce sujet car une de mes consœurs - Fanny Campan - subit actuellement une sorte de shitstorm parce qu'elle "écrit sur l'Afrique alors qu'elle est blanche". Un de ses romans ("Sang-mêlés") s'est vu refuser une adaptation en série télé parce que "trop métissé pour représenter l'Afrique". Je précise que Fanny vit à la Réunion, a vécu la majeure partie de sa jeunesse en Afrique et en Haïti. Elle connaît donc son sujet.

Déplaçons la problématique sur mon cas personnel et abordons-la sous le prisme de la caricature : en dehors de mon job, celui qui me rémunère contre mes services, je suis également romancier. Les deux héroïnes de ma nouvelle saga sont une petite fille noire et une soldate lesbienne. Or, je suis un homme (un sénior blanc et hétéro) : en conséquence, ai-je le droit de choisir des personnages principaux féminins, qui plus est de couleur et d'une orientation sexuelle différentes de la mienne, ou est-ce une forme d'appropriation ? 

Du reste, est-ce que cette question n'est pas un peu raciste, sexiste, homophobe... et même fasciste, pour ainsi dire ? Ceux qui argumentent de la sorte : ne seriez-vous pas des nostalgiques du bûcher qui s'ignorent ? 

Mais reprenons : je suis athée (mais d'éducation protestante) ; le narrateur de mon livre a-t-il le droit d'être allé au catéchisme catholique pendant son enfance, ou est-ce de l'appropriation religieuse ? 

Mais allons encore plus loin dans l'abîme de la bêtise (car il semble qu'il n'y ait pas de fond) : Bernard Werber avait-il le droit de mette en scène une fourmi ? Disney avait-il le droit de raconter l'histoire d'un lionceau dans la jungle ? Tolkien avait-il le droit de parler des elfes, alors qu'il n'était qu'un homme ? Et moi, est-ce que j'ai le droit de porter un polo rose si je ne suis pas une fille ou gay, en dehors de la période d'octobre rose ?

Normalement, là, vous avez déjà toutes et tous compris l'absurdité de ces réflexions. Car l'essence même de la littérature est l'empathie et l'altérité : la capacité de se glisser dans la peau de quelqu'un qu'on n'est pas (une soldate lesbienne, un elfe, une fourmi). Exiger d'un auteur qu'il ne décrive que sa propre réalité biologique ou sociale (un "senior blanc hétéro") est la définition même du cloisonnement identitaire. C'est paradoxalement une posture ultra-conservatrice et profondément ubuesque.

Je me permets, quand même, de poser une autre question : un écrivain est-il encore libre aujourd'hui, d'écrire sur le thème qu'il veut, ou va-t-il sans cesse devoir se justifier devant le tribunal des déb... Ah, attendez, on me dit dans l'oreillette que l'expression "débiles mentaux" est psychophobe. Mes excuses aux personnes concernées, qui n'ont absolument rien à voir avec le sujet. Reprenons : devant le tribunal des gardiens du temple de la bêtise institutionnalisée ?