dimanche 1 mars 2026

QUAND LE DOUTE M'HABITE...

"Alas ! Poor Yorick !"

Ne pensez pas que, parce que j’ai déjà publié six livres (dont un est le « best seller » absolu de mon éditeur - quoi "je me la pète ?" - et un autre a obtenu un prix sur un salon), je ne sois jamais habité par le doute. Oui, ça m’arrive plus souvent qu’à mon tour de penser que je n’avance pas, que le comité de lecture a trop défoncé mon manuscrit, que les gens ne vont pas aimer mon roman, que je fais encore trop de fautes, que je perds mon temps, que c’est trop de travail, que je devrais arrêter tout ça, bref, que je fais de la merde. 

Que JE SUIS une merde.

Dans ces moments-là, toute mon énergie créatrice est au plus bas, le goût de vivre m’abandonne et je n’ai qu’une idée en tête : prendre une bouteille de Jack Daniel’s et la siroter jusqu’à ce que je m’endorme sur le canapé. Et si j’en mourrais, eh bien ma foi (mon foie aussi, d'ailleurs), ce ne serait pas si dommageable pour l’existence même. Je ferais alors comme toutes les déjections : je nourrirais la terre pour faire pousser des plantes. Plantes qui se retrouveraient soit dans le régime alimentaire de mes congénères, soit transformées en papier sur lequel un auteur plus talentueux publierait ses propres lignes.

Dans mes moments les plus noirs, je pense aussi au papier WC, qui sert à ce que vous savez…

Heureusement, ces moments ne durent jamais trop longtemps. D’abord parce que je suis résilient. Avec le temps, j’ai appris à résister à ma tendance naturelle à l’autoflagellation. Mais surtout, j’ai compris que, quoi qu’on fasse, il y aura toujours quelqu’un pour penser qu’on est nul à chier. C’est une des leçons que j’ai retenue de Stephen King (encore lui), dans son très intéressant livre : Écriture, mémoires d’un métier. Il faut refuser d’écouter ces voix négatives là. Elles n’apportent rien, ne construisent rien. Nous, si.

Il faut se convaincre que ce qu’on fait a une utilité. Si elle n’en a pas pour le reste de l’humanité, elle doit au moins en avoir une pour nous et c’est l’essentiel. Le doute fait partie du jeu, de l’expérience de la création, de l’écriture. Il ne faut pas le laisser prendre le dessus. Il faut le cloisonner. Si c’est vraiment la passion qui vous anime, alors vous ne pouvez qu’avancer. Si vous êtes convaincu du bien-fondé de ce que vous faites, alors c’est à vous de voir si vous voulez conserver une totale autonomie sur votre œuvre (et, du coup, prendre le risque de vous fermer des portes), ou si vous êtes prêt à faire des concessions (mais sans compromission) afin de lui donner une chance de ratisser un plus large public.

En clair, est-ce que votre ego est prêt à supporter la critique, nécessaire à l’évolution (vers le mieux) de votre travail, ou pas ? C’est un choix à faire. Moi, je ne suis pas une diva, mais j'essaye de ne prendre QUE ce que j’estime être le meilleur, le plus utile, le plus juste. Je m’efforce d’ignorer le reste. 

Enfin, jusqu'à la prochaine crise de doute...